CHAPITRE II
Les accidents de la grossesse sont personnels à la mère ou bien ils peuvent .agir sur le fœtus.
I, Accidents de la grossesse personnels à la mère. — Parmi ceux dont se plaignent les jeunes femmes, nous citerons l'inappétence ou. anorexie y les nauséeSy les vomissements ^ les étourdissements eilesvertiges de la pléthore oa de f anémie , la constipation^ la leucorrhée^ les troubles sen-
soneis, et les différentes maladies aiguës et chroniques.
Anoreode , nausées , vomissements. — Un des premiers accidents de la grossesse, peu désagréable d'ailleurs, c'est le dégoût des aliments, c'est-à-dire \ inappétence ou X anorexie. Les femmes ne veulent pas manger ou ont pour l'odeur de la cuisine et pour certains aliments une répugnance qui va jusqu'au dégoût. La viande, particulièrement, leur répugne à voir, et elles n'en peuvent manger; elles ont au contraire du goût pour les salaisons, la salade, les fruits, le vin, ou même des choses qu'on ne mange pas habituellement. Sauf ces dernières fantaisies qu'il faut combattre, les femmes feront bien de prendre tous les aliments qui leur font plaisir. Pourvu qu'elles mangent, peu importe ce qu'elles prennent, si elles y trouvent une certaine quantité de matière nutritive.
Les nausées ont quelque chose de plus désagréable. Une continuelle envie de vomir, des éructations aigrelettes, des eaux acides dans la bouche, sont très-difficiles à supporter. Ce sont des incommodités contre lesquelles il y a peu de* chose à faire. Néanmoins, le vin pur sucré, Teau de mélisse, les eaux gazeuses, le vin mousseux, les acides, la teinture d'iode opiacée, deux gouttes clans un verre d'eau peuvent rendre service et
soulager beaucoup les jeunes femmes qui sont dans cette situation.
Les vomissements sont au moins aussi fréquents que les nausées au début de la grossesse. Quelques femmes ne vomissent pas, mais c'est une exception. D'autres vomissent à une première grossesse et ne vomissent pas à une grossesse suivante, d'où certaines idées populaires, fort répandues, attribuant la présence des vomissements, tantôt àr la gestation des garçons, tantôt à la gestation des filles. C'est là une de ces erreurs comme il en règne tant, et qui n'ont d'autre base que la crédulité publique.
Le vomissement, sa fréquence et sa persistance n'indiquent absolument rien quant au sexe de l'enfant procréé. C'est un accident sympathique comme l'anorexie, et certains autres troubles nerveux sensoriels, et il est impossible d'en donner une autre explication.
Les vomissements se montrent quelquefois dès le début de la grossesse, à sa première heure, si l'on peut ainsi dire, mais ordinairement, ils ne viennent qu'au bout de quinze jours, d'un mois, et ils durent pendant deux, trois ou quatre mois. Us cessent peu à peu et n'existent plus à la fin de la grossesse. Il est très-rare de les voir persister jusque-là. Chez quelques femmes, ces vomissements, par leur fréquence, par leur durée et par
leur abondance, deviennent une cause d'affaiblissement excessif et constituent un véritable péril pour l'existence. A ce degré, on les désigne sous le nom de voinissements incoercibles. Les femmes ne peuvent rien prendre sans vomir, elles ne gardent aucune boisson et aucun aliment, elles s'épuisent, leur système nerveux s'irrite, tous les sens se troublent, et il en résulte des désordres d'innervation générale connus sous le nom d'état nerveux chronique ou de nervosisme (1). Elles tombent 'dans un état de marasme qui se terminerait par la mort, si des remèdes appropriés et, au besoin l'avortement, ne venaient arrêter le vomissement et l'inanition qu'il entraîne.
Les vomissements de la grossesse peuvent être diminués ou suspendus par les aliments froids et les boissons glacées, par les préparations ferrugineuses, par le suc de citron, l'eau de Seltz, de Saint-Galmier, de Bussang, de Saint- Alban, etc., par les vins mousseux, par le sirop de teinture d'iode opiacé, par le sous-nitrate de bismuth à 3 et A grammes, par 1 ou 2 centigrammes d'opium avant les repas, par la belladone, etc. Mais, si, malgré ces moyens, ils persistaient au point de compromettre la vie de la mère, il y aurait lieu dé se réunir avec d'autres confrères pour décider s'il
(I, Bouchul, De l*ctat nerveux aigu et chronique, ou nervosisme. Paris, 1861, p. 270.
ne conviendrait pas de sacrifier l'enfant. L'abstention en pareille matière fait inévitablement deux victimes. Mieux vaut, quand la question est ainsi posée, la résoudre en essayant de sauver la mère. C'est ainsi que font aujourd'hui la plupart des accoucheurs. Toutefois il y a ici une distinction à faire. Au septième mois, quand l'accouchement prématiu'é peut sauver la mère et l'enfant, il ne faut pas hésiter à employer les manœuvres nécessaires à provoquer l'expulsion du fœtus; mais avant cette époque, les opinions sont partagées et il y a des accoucheurs qui ne croient pas utile de provoquer l'avortement. Cazeaux (1) est de ce nombre. Il ne croit pas que l'opération fasse disparaître les vomissements, et il pense que dans beaucoup de cas on a pu différer et voir la grossesse se terminer d'une façon avantageuse. C'est là une question des plus délicates et qu'un médecin ne doit jamais résoudre seul. Dans un cas pareil, s'il croit la femme en danger, il doit prendre l'avis de ses confrères et ne rien entreprendre qui n'ait reçu leur assentiment ou celui de la famille.
Leucorrhée. — Des flueurs blanches, constituant ce qu'on appelle aussi leucorrhée^ existent trèssouvent chez la femme enceinte. Au dire d'Hippo-
(1) Cadeaux, Dullelin de l* Académie de médiciney 1851- 1852, t. XVn, passim.
crate (1) elles peuvent produire ravortement, mais cela est rare et il faut pour cela qu'elles soient la conséquence d'une large ulcération fongueuse du col de la matrice.
Ce flux a l'inconvénient de troubler les fonctions de l'estomac, de provoquer la gastralgie et l'anémie. Il agit en outre comme irritant local des parties extérieures de la génération et provoque un prurit et une cuisson désagréable accompagnés de vives douleurs au moment de l'émission des urines.
Des lotions ou injections d'eau froide, d'eau et d'extrait de Saturne, de décoction d'écorce de chêne, de liqueurs de Gowland, de sublimé, de tannin, l'insufflation tous les deux jours de sousnitrate de bismuth sur le museau de tanche, et quelquefois la cautérisation du col de la matrice sont nécessaires pour remédier à cet accident.
Constipation. — La constipation est un phénomène très- ordinaire chez les femmes enceintes. Il est souvent le résultat d'une disposition naturelle, mais, chez plusieurs d'entre elles, il est la conséquence de la gestation, soit à cause de l'état chlorotique qu'elle produit, soit à cause de la pression que la matrice très-développée exerce sur le rec-
(1) Hippocrale, Aphorismes^ section 5 [Œuvres^ Irad. LiUré, Paris, 1844, l. IV, p. 549).
BOUCUUT. — HTG. PREM. ENF. 7
tum. Elle doit être combattue par les lavements émoUientsou purgatifs, par les laxatifs et quelquefois par de légères purgations.
Hémorrhoïdes et varices. — L'état de grossesse, en raison du volume de la matrice qui presse su* les veines de la partie inférieure du ventre et dt l'intestin, détermine la stase veineuse des jambes, du rectum, et la formation de tumeurs hémorrhoïdaires plus ou moins douloureuses au pourtour de l'anus.
Les varices des jambes doivent être maintenues par un bas élastique d'une très-faible pression et elles disparaissent par l'accouchement.
Contre les hémorrhoïdes , il faut employer les lavements émollients et les lavement purgatifs, les lavements froids, les compresses d'eau froide, X ongViÇXii populeum et les suppositoires de beurre de cacao, etc.
Pléthore. — L'état de grossesse modifie rapidement et profondément le sang. Il en résulte rapidement un état particulier que révèlent la céphalalgie, la lourdeur de tête, les bouffées de chaleur, les étourdissements, les congestions locales, quelques hémorrhagies, etc. C'est à l'ensemble de ces malaises qu'on donne le nom de pléthore^ et il résulte, soit de l'augmentation de la masse du sttig ♦ avec accroissement du chiffre de ses globules, ce qui est rare, soit, au contraire, de l'aug-
mentation de l'eau du sang, avec diminution du chiffre des globules.
Quand il y a augmentation de la masse du sang avec augmentation des globules , il y a pléthore vraie j et la pléthore est dite fausse pléthore ou pléthore séreuse , quand l'augmentation de la masse du sang coïncide avec la diminution des globules sanguins.
Les analyses de MM. Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier, enfin celles de M. Jules Regnault (1) ont mis le fait hors de doute.
Ainsi, sur 3à saignées faites en différentes époques de la grossesse, MM. Andral et Gavarret n'ont vu qu'une fois le chiffre des globules s'élever à 145 millièmes, et une fois à 128 millièmes, qui est la moyenne de l'état physiologique. Dans les 32 autres cas, le chiffre des globules variait de 125 à 95 millièmes , proportion bien inférieure à ce qu'elle devrait être.
Pour la fibrine du premier au sixième mois, sa proportion est restée normale ou à peu près, mais du sixième au neuvième, elle s'est élevée à 3, 4, et près de 5 millièmes.
De son côté, M. le professeur JuiCs Regnault directeur de la pharmacie centrale des hôpitaux de Paris, a voulu rechercher les altérations de la
(1) J. Regnault, Dex modifications de quelques fluides de Véco^ fiom<« pmdait^t la getmkm. Thèse inaugurale. Paris, i8A6.
grossesse sur 25 femmes, à différentes époques de la gestation, et voici ce qu'il a trouvé :
Composition de <000 parties de sang chez 25 femmes à différentes époques de la gestation.
ÉPOQUES de