MOYENS DE FAIRE VENIR LE LAIT
continué avec la même facilité sans nouvelle excitation électrique, et Tenfant, bien rétabli, a été sevré au terme ordinaire.
Encouragé par cet exemple, Alfred Becquerel a eu recours à cette méthode dans un cas semblable, et il déclare avoir parfaitement réussi. — Le lait, âgé de six mois, avait disparu sous Tinfluence d'impressions morales. Le sein droit conserva un peu de lait, et le gauche se tarit à peu près complètement. Il fallut sevrer; on fit manger l'enfant, mais il dépérit et s'affaiblit. Becquerel voulut prendre une nourrice, mais la mère s'y refusa. C'est alors qu'il employa les courants électriques d'abord sur le sein gauche, où, depuis près de huit jours, il n'y avait que quelques gouttes de lait. 11 opéra avec une machine de Gaeffe et Loiseau de force médiocre. Les excitateurs humides (éponges) étaient placés successivement dans les divers points de la circonférence du sein , de manière que les courants puissent traverser l'organe dans tous les sens. Trois séances de quinze minutes eurent heu. La malade souffrit à peine, c'était plutôt un malaise qu'une souffrance réelle. Dès la première séance, la montée du lait survint presque immédiatement après l'application des courants électriques. Après la troisième séance, la sécrétion était pleine et entière ; l'enfant avait repris le sein et la sécrétion
lactée est toujours très- abondante du côté du sein gauche. Depuis un mois, c'est le sein droit qui fournit le moins, mais il en donne assez cependant pour qu'il n'y ait pas eu besoin d'appliquer l'électricité comme du côté gauche.
M. Lardeur (1) a eu recours au même moyen avec avantage , et l'observation suivante de M. Fournier (2) prouve tout le parti qu'on en peut retirer.
Obs. XII. — Le 23 mars 4 862, dit le docteur Fournier (d'Angoulème), je fus appelé chez iftadame L... pour voir sa petite fille, âgée de huit mois. Cette pelite fille, peu développée pour son âge, n'ayant pas encore une seule dent, est aUeinte depuis quelques jours d'une diarrhée muqueuse abondante et vomit tout ce qu'elle prend. Elle a eu successivement deux nourrices, mais a beaucoup souffert, la première n'ayant pas assez de lait, la seconde lui donnant des soupes, des panades, au lieu de lui pré* senter le sein.
Il y a un mois, la mère prit chez elle une troisième nourrice; mais l'enfant n'ayant pas pu prendre le sein, elle résolut, d'après les conseils de plusieurs personnes de sa connaissance, de la nourrir avec du lait de vache coupé avec du gruau et quelques panades. L'enfant ne profitait pas, mais ne présentait aucun symptôme grave, lorsque survinrent les accidents pour lesquels je fus appelé.
Je prescrivis d'abord 0,05 de calomel en dix paquets, et conseillai de remettre l'enfant au sein le plus tôt possible.
(!) Lardeur, Thèse inaugurale, 1859.
(2) Fournier, GazeUe des hôpitaux, 1862, p. 226.
MOYENS DE FAIRE VEMIR LE UlT. 175
Les pirentg désiraient beaucoup ne pas changer une quatrième fois de nourrice, et voulaient garder celle-ci, qui paraissait attachée à l'enfant.
Mais cette femme, accouchée il y a deux mois, n'ayant pas donné à teter depuis un mois, avait les deux seins complètement affaissés, et c'est à peine si par une forte pression on pouvait exprimer une goutte de lait de chaque mamelon.
L'occasion me paraissant favorable à l'emploi de Télec- Iricité, je fis, le 24 mars, une première séance d'un quart (l'heure. Au moyen de la machine de Gaeffe, je fis placer à travers chaque glande mammaire une série de courants intermittents assez faibles. La femme déclara n'éprouver aucune douleur et ne ressentir qu'un peu de chatouillement et de chaleur dans les seins. Je promenais h peine depuis quelques minutes les éponges humides sur la région mammaire, que je vis le sein droit prendre presque subitement un accroissement notable; eu même temps des veines bleuâtres apparaissaient à sa surface, et le toucher permettait de constater une dureté manifeste de ses lobules. Bientôt il s'échappa quelques gouttes de lait du mamelon.
A la ùû de cette première séance, il se manifesta un peu de gonflement du sein gauche ; mais c^était peu de chose relativement à l'effet produit sur le sein droit.
Le soir même, je chargeai une sage-femme de faire une seconde séance, et le lendemain j'en fis faire deux autres, toutes de même durée que la première. Pendant ce temps, Tenfant tétait une nourrice du voisinage.
Pendant chacune de ces quatre séances, comme pendant la première, la femme ne ressentit qu'un peu de chatouillement dans la région mammaire, et au bout de quelques minutes le gonflement des seins, surtout du sein droit, fut également évident. Le soir du second jour, après la
quatrième séance, la pression exercée sur les mamelons faisant venir une assez grande quantité d'un lait qui me parut suffisamment épais, je fis teter Tenfant. 11 teta parfaitement, et depuis il a continué à prendre le sein de sa nourrice, dont le lait est abondant et de bonne qualité.
Un de mes anciens élèves, le docteur Touzelin, a réussi de la même manière dans un cas semblable. — Quatorze séances furent nécessaires pour rappeler la sécrétion laiteuse, mais dès la première électrisation, le lait avait commencé à revenir; on voyait, sous Tinfluence du courant, le sein se fluxionner d'une façon évidente.
Ce serait un moyen à employer dans les étables pour prolonger la lactation des vaches au delà du terme ordinaire, et pour leur faire donner une plus grande quantité de lait dans les vingtquatre heures.
A ces moyens, il faut joindre l'excitation de la mamelle par la succion prolongée du mamelon.
11 paraît, si Ton en croit quelques faits extraordinaires, qu'on peut obtenir du lait chez certaines femmes, récemment ou anciennement accouchées, même chez des filles, par l'emploi de ce moyen. — En tétant ou en faisant teter fréquemment des mamelles devenues arides par le fait de Tàge, du temps ou de la maladie, on y fait revenir le lait en quantité suffisante pour la nourriture d'un enfant.
MOYENS DE FAIRE VENIR LE UlT. 177
11 est en effet un usage traditionnel parmi les habitants du Cap-Vert qui, lorsqu'une femine meurt en nourrissant son enfant, oblige la plus proche parente, qu'elle soit ou non mariée, et quel que soit son âge, à nourrir immédiatement l'enfant privé de sa mère : pour cela, la femme est soumise à une série de pratiques très-bizarre, consistant dans l'application de feuilles de ricin tièdes sur les seins, et dans l'emploi de fumigations chaudes vers les parties génitales; l'enfant est en outre approché plusieurs fois par jour du mamelon ; après trois à quatre jours au plus, la sécrétion lactée s'établit; sans doute, l'excitation produite par l'approche de l'enfant joue un grand rôle dans l'établissement de la sécrétion; mais peut-être aussi les applications de feuilles de ricin et les fumigations vers les parties génitales ne sont-elles pas saris quelque effet sur la sécrétion.
Une jeune chèvre, qui n'avait jamais été couverte, fut tetée par un agneau, et, au bout de quelques jours, elle avait assez de lait pour qu'on pût la traire.
Legroux a vu une jeune chienne, entendant crier un petit chien, s'arrêter et lui livrer ses mamelles, elle finit par avoir du lait et le nourrir.
Quelque incroyables que puissent paraître ces faits, il faut les accepter comme réels, car ils ont pour garants des auteurs recommandables et
dignes de toute confiance. Cependant il ne faut pas généraliser une exception et dire, comme un médecin de nos contemporains, qu'on peut laisser perdre le lait d'une nourrice et le retrouver aisément par le procédé que je viens d'exposer, car, à ce compte, toutes les nourrices auraient du lait à volcMité, ce qui est loin d'être exact.