MODIFICATIONS DU LAIT PAR L'ÉTAT MORAL
tion des accès. On rapporte (1) qu'une nourrice encore émue du danger que venait de courir son mari dans une querelle avec un soldat, qui venait de tirer le sabre contre lui, et auquel elle avait arraché cette arme, présenta le sein à son enfant, âgé de onze mois et bien portant. L'enfant le prit, puis le quitta bientôt avec agitation, et mourut en quelques instants. Le docteur Contesse (2) a signalé un fait du même genre : M. et madame Sev... eurent onze enfants. La mère, sujette à se laisser emporter par la colère, en nourrit dix qui périrent à divers âges de maladies de langueiu* ; elle-même succomba à une affection aiguë. Le onzième enfant fut confié à une nourrice étrangère et eut le bonheur d'en rapporter une brillante santé. — Sont-ce bien là les effets des affections morales d'une mère-nourrice sur la santé de son enfant ? C'est ce qu'il est bien difficile de dire, mais la coïncidence n'en est pas moins curieuse à signaler. On sait d'ailleurs, et Burdach (3) nous le rappelle, que les vaches donnent moins de lait quand elles sont traites par une main étrangère. Elles n'en fournissent pas, d'après Schubler, lorsque la servante les a maltraitées, ou lorsqu'elles sontentou-
(1) Ann. de la littérature médicale britannique, 1824, t. 1.
(2) Contesse, Thèse inaugurale. Paris, 1837, n^ 355.
(3) Burdach, Traité de physiologie, traduit de Tallemand par A. J. L. Jourdan. Paris, 1839, t. lY, p. 379.
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rées d'un grand nombre de personnes inconnues. Comme il n*y a point d'appareil musculaire dans la mamelle, on ne peut lui attribuer cette diminution de l'écoulement lacté. C'est un effet entièrement involontaire, qui dépend d'abord de ce que dans la répugnance de l'animal le sang afflue en moindre quantité dans les glandes mammaires qui deviennent moins actives, et ensuite d'une sorte d'occlusion des orifices excréteurs par le tissu érectile qui les entouFe.
Cki Sait aussi que la vue du nourrisson, l'idée de le voir au sein, la joie qui en résulte pour certaines mères, exercent, sur la sécrétion du lait, une influence morale tout à fait indépendante de leur volonté. Elles sentent monter le lait dès qu'elles revoient leur enfant, ou si elles y pensent trop vivement; et chez une femme qui vit le sien tomber à terre, le lait s'arrêta et ne reparut que lorsque l'enfant, revenu à lui-même, parut essayer de prendre le sein.
On trouvera plus loin d'autres faits du même ordre et qui me serviront à établir la réalité du trouble occasionné dans la santé des nourrices par leurs différentes affections morales (1) .
III. Altérations de composition du lait par les diat /lèses et par les maladies proprement dites.
(1) Voyez le chapitre De Vinflumce des maladies des nourrices sur la santé des enfants.
MODinCATIONS DU UIT PAR LES MALADIES. 22S
-— La sécrétion lactée s'altère dans les maladies ou dans les diathëses, cela est incontestable» mais on ignore quelle est la véritable nature de cette altération. M. Donné n'a fait connaître que celles qu'on peut observer au microscope, dans les deux états morbides suivants : leif engorgeiùents et les abcès du sein. Je dirai, dans un instant, quels sont les résultats publiés par ce médecin. Dans les autres maladies de la nourrice, et elles sont nombreuses, les modifications de composition du lait n'ont été que fort peu étudiées. A. Becquerel a analysé le lait de cinq nourrices affectées de différentes maladies aiguës ou chroniques, et Ton verra qu'il en ressort des conclusions pleines d'intérêt malheureusement peu susceptibles d'être généralisées, en raison du petit nombre d'analyses sur lesquelles elles s'appuient.
D'une manière générale, dans les maladies aiguës, la quantité du lait est fort diminuée ; le poids des parties solides augmente et celui de l'eau dimi* nue : le beurre, lecaséum et les sels s'accroissent; le sucre diminue dans la même proportion. Sou-vent, si la fièvre est très-vive, la sécrétion se tarit entièrement. Une expérience bien curieuse et qui aurait besoin d'être renouvelée a été faite par Rochon (1) . Après avoir soumis, à deux reprises, une
(i) Roebou, De l*abus des purgatifs {Journal de médecine, tome XXXVUI).
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vache nourricière à des purgations réitérées avec le jaliip, le lait diminua, devint séreux et le veau fut purgé ; à la seconde série de purgations continuées tous les deux jours pendant un mois, le veau mourut, puis enfin la vache.
Dans l'engorgemeift du sein, le lait reprend les caractères du colostrum. On y trouve alors des corps granuleux et des îlots de globules soudés par du mucus.
Dans les abcès de la mamelle, qui intéressent le
Q ^ tissu glanduleux lui-même,
(?^ Ç5 il ^ ^ ^ % ^"^^ 5^^ ^^^^ ^^^ abcès sous-
C!^ 0 * (S°0 A^ mammaires ouverts en avant
o^^r^ iSeSài « ou dans les abcès mam- ^ mau'es proprement dits, on
FiG. iO. — Lait mêlé d« pus A r r
et de colostrum B. trouvc dans le lait des globules de pus reconnaissables à leur contour frangé, etc. (fig. 10).
Dans rictère,lelait renferme souvent quelquesuns deséléments de labile et principalement sa matière colorante jaune, ce qui donne à ce liquide une teinte safranée, qui se change en vert par l'addition d'une petite quantité d'acide nitrique. C'est une expérience que j'ai eu occasion de faire plusieurs fois, et qui a été faite également par M. Gorup-Besanez (1).
(1) Gorup-Besanez y ArcMv fur physiologische Beilkund0y