CHAPITRE IV
Il y a plusieurs manières d'apprécier les qualités du lait chez une nourrice : — 1° l'examen à l'œil nu ; — 2** l'analyse avec le microscope ; — 3* l'analyse chimique, qui permet de fixer la proportion des éléments de ce liquide.
I. Examen à l'œil nu. — Quelque insuffisant que soit V examen du lait à lœil nu, cette manière de faire donne des résultats qui ne sont pas à dédaigner, et jadis on n'avait que cette manière d'en apprécier l'excellence. — Voici du reste les traditions de l'antiquité à cet égard (1) : «Le meilleur lait est celui qui offre des conditions moyennes, sous le rapport de l'épaisseur, de la quantité, de l'odeur, de la couleur, du goût et de l'écume ; si la quantité n'est pas moyenne, on préférera une nourrice qui a plus de lait. C'est là la meilleure épreuve qu'on puisse faire à l'aide des sens; la seconde consiste d'abord à verser de l'eau bouillie, ou filtrée, ou aussi pure que possible, dans un vase propre d'argent ou de cuivre blanc, pourvu d'une cavité assez grande pour recevoir du liquide
(i) Oribase, CSEuwrts^ trad. de Daremberg et Bussemaker, Paris, 1858, t. HI, p. 129 : Des qwxXiUs d\k lait, tiré de Mnésithée de Gydque et de Galian.
VUdiriS W UIT M FEMXE. 2Si
en quantité, (mis à faire tomber dans cette eau dix ou quinze gonttesde lait ; alors on examinera si la disperâon du kdt dans Teau ne s'opère ni extrêmement vite, ni très-lentement, mais avec une célérité moyenne, car ce lait-là est le meilleur, il fimt faire cette épreuve dans l'état de santé.
■ C'est encore une bonne qualité du lait d'èti*e transparent sur l'ongle : on l^ûssera tomber des gouttes de lait sur l'ongle du pouce, et ou le regardera au grand jour en faisant attention en même temps à la manière dont il s'écoule, rapidement, ou lentement, lorsqu'on abaisse l'ongle, car ces deux cas sont également mauvais; au contraire, le lait qui s'écoule avec une lenteur moyenne est bon.
» On fera encore l'épreuve suivante : on versera la huitième partie d'un cotyle de lait dans un vase de verre ou de corne, ou dans une coquille marine, on y ajoutera une quantité moyenne de présure, on écrasera avec les doigts, puis on abandonnera le mélange à lui-même jusqu'à ce qu'il se coagule; ensuite on examinera si l'on obtient une quantité plus abondante d'éléments aqueux que d'éléments caséeux, car un tel lait ne vaut rien comme aliment, et la plus grande partie en passe par les urines. Si le lait figé contient plus de parties caséeuses que de^ parties aqueuses, il faut croire qu'il se digérera et s' élan
borei*a difficilement ; le meilleur lait est celui qui contient une quantité moyenne d'éléments caséeux et une quantité également moyenne d'éléments aqueux.
> Il faut encore faire l'épreuve suivante, surtout au printemps : le soir on remplit de lait le vase de verre ou de corne, ou la coquille marine, on le place dans un endroit bien exposé au soleil ; le matin on examine le coagulum ou pellicule, s'il est très-abondant ou si, au contraire, il existe en petite quantité, tandis que le liquide est abondant ; ces deux espèces de lait sont mauvaises ; celui, au contraire, qui présente une bonne proportion des divers éléments est le meilleur.
» S'il arrive que la nourrice ait les mamelles ou les papilles trop petites, il faudra lui frotter les seins. On relèvera aussi les mamelles, en appliquant de haut en bas un bandage de charpie longue et molle, et Ton pressera doucement afin qu'il y ait un afflux de lait plus abondant.
i Si, au milieu de l'allaitement, le lait se tarit, le meilleur est de passer à ime autre nourrice ; si cela est ûnpossible, on donnera du lait (à la nourrice) en faisant des affusions abondantes d'eau chaude, précédées de Tadministration, sous forme de boisson, de quelque médicament qui puisse amener ou donner du lait, comme par exemple le fenouil de cheval, qu'on fera bouillir
à la dose de deux cotyles avec du vin odoriférant ou du maceron administré de la même façon, ou de la racine de céleri. Après les affusions on fera sucer les mamelles par quelqu'un qui tirera avec violence ; on fera des frictions et de nouvelles affusions et, après le bain, on donnera à boire deux cotyles d'une décoction d'oignons, de poireau, de mauve, de céleri, de fenouil ou de quelque autre espèce d'herbe potagère sauvage (décoction qui devra contenir du froment fortement cuit), qu'on décantera avec soin et à laquelle on mêlera, au lieu d'huile, du vin odoriférant. On donnera aussi une espèce de graine quelconque bouillie avec de la luzerne en arbre ou avec quelque autre des ingrédients sus-nommés, et l'on donnera la même quantité, après l'avoir décantée au tamis avec du vin. Après l'administration de ces médicaments, on appliquera une ventouse sur chaque mamelle et l'on ordonnera à quelqu'un de sucer les mamelles avec assez de force ; on donnera des aliments qui aient peu de cohésion et qui se distribuent facilement dans le coi^as, et des boissons abondantes, par exemple du vin odoriférant et ténu, qu'on boira chaud en ayant soin de mettre dans l'eau qu'on y mêle quelqu'un des médicaments que nous venons de nommer.
» Il faut faire soigneusement l'épreuve du lait à l'aide du goût, de la vue et de l'odorat ; en effet.
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le lait qm offre les meilleuies qoaGtés est agréa* ble au goût et àrod<Mrat; à Voâi^ Spanllra Uanc et Ime ; il présent»^ une amsisUooe moyenne entre le liquide et l'épais ; le mauraiâ lait, au contraire, sera épais et caséaix, liquide ou séi^eux ou livide, ou de couleur et de consistance inhales, ou entrecoupé de stries sèches, écnm^ix, Codeur dégoûtante ou désagréable; il s'aigrira vite, il aura une amertume trës-prommcée, un goût de saumure ou quelque autre saveur peu pro{H« au lait ; car un tel lait est mauvais et n'a pas même une odeur agréable. Ce sont là les signes distinctifs entre le bon et le mauvais lait ; si d'après eux vous conjecturez que la femme est maladive, vous passerez à une autre nourrice; chez les gens riches, il faut qu'il y en ait plus d'une. Si le lait se rassemble en quantité insuffisante dans les seins, il faut faire attention au sang : en effet, cette humeur sera en quantité moindre qu'il ne le faut, ou elle sera détériorée. Si donc le sang est diminué, il-exige un régime entièrement approprié à humecter et à échauffer : quant au sang détérioré, il exige, s'il est biUeux, d'abord une purgation, ensuite le régime que nous venons de décrire ; s'il est pituiteux, il demande des médicaments qui échauffent au premier, ou, plus tard aussi, au second degré, mais qui ne dessèchent pas. Les meilleurs de ces médicaments sont ceux qui ne
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jouent pas seulement le rôle de médicaments, mais aussi celui d'aliments, comme la roquette, le fe« oouil et Taneth. Je veux parler des herbes ellesmêmes, quand elles sont encore vertes et humides, car quand elles sont sèches, elles dessèchent et échauffent déjà plus qu'il ne le faut pour le cas actuel. A ce genre appartiennent le smymium, le céleri, la barbe, les pois chiches, le cresson sauvage et le polygala. Les deux espèces d'aménone donnent aussi du lait, si on les applique à l'extérieur. Les substances qui font du tort au lait sont innombrables : en effet, aussi bien celles qui échauffent que celles qui dessèchent ou refroidissent outre mesure, empêchent la formation du lait, les unes en détériorant la qualité du sang, les autres en diminuant sa quantité. Les substances qui sont de nature à provoquer ou à arrêter l'écoulement des règles, ont des vertus analogues à celles des substances dont nous venons de parler, car le sang contenu dans les veines est la source commune aussi bien du lait que des règles. Si donc le sang se porte vers l'un des deux organes, l'autre devient sec. 11 n'y a donc rien d'étonnant s'il y a de l'analogie entre le régime et les médicaments qui provoquent ou qui arrêtent l'évacuation revenant régulièrement chaque mois, et ceux qui agissent de la même manière sur la formation du lait dans les seins ; il existe cependant entre eux
cçtte différence que la matrice exige quelquefois des agents plus incisifs et plus chauds, car elle a un plus grand besoin d'être ouverte. Les médicaments donc qui provoquent l'écoulement du lait font également du bien en cas d'insuffisance des règles ; mais, quand l'évacuation utérine a éprouvé un empêchement plus grave, ou qu'il est complément arrêté, aucun de ces médicaments ne saurait plus y porter remède, mais il faut recourir à la Sabine, au cistre, à l'iris, à la calaminthe et à toutes les autres substances analogues qui guérissent la rétention complète de l'écoulement utérin. Que ce soit là des signes distinctifs entre le bon et le mauvais lait. »
II. Examen à laide du microscope. — Au moyen de l'analyse optique, on peut constater la richesse et la bonne élaboration du lait, c'est-àdire la quantité de globules ou de crème qu'il contient, ensuite la forme plus ou moins volumineuse sous laquelle se présente la matière grasse.
Le microscope facilite beaucoup l'étude des globules. Leur nombre est en rapport avec la richesse et les qualités nutritives du lait. Plus il renferme de globules, plus ce liquide est substantiel, le caséum et le sucre étant assez souvent en proportion de la qualité des globules laiteux, qui représentent la partie grasse ou butyreuse. Trop ou trop peu de globules sont chose également fâcheuse.
Le volume des globules est de la plus haute importance.
Quand le microscope nous fait voir de trèspetits globules, de la poussière de globules, il est présumable que le lait est mal élaboré ; quand il nous montre des globules trop volumineux, le lait est indigeste.
III. Examen d Faide de F analyse chimique. — Différents procédés t)nt été imaginés pour mesurer avec plus ou moins d'exactitude la richesse du lait, en n'entendant par ce mot que la proportion de bem're qu'il renferme, proportion qui, d'ailleurs, ne suit pas toujours invariablement celle de la caséine.
Pour mesurer le beurre ou le sucre du lait on se sert du butyromètre de Leconte , du saccharimètre de Soleil, du procédé de Marchand, pharmacien à Fécamp, ou du crémomètre (voy. plus loin, p. 247).
1^ Butyromètre de Leconte. — L'un de ces procédé a été imaginé par M. Leconte, agrégé à la Faculté de médecine, et il me paraît excellent. Je l'ai employé plusieurs fois avec avantage. Il consiste à chauffer dans un tube spécial, large de 2 centimètres, dans une longueur de 20 centimètres, et large d'un demi-centimètre dans une longueur de 10 centimètres le lait à expérimenter. Ce tube, ouvert par un bout, est fermé par le bout
âSd L*ALLAtTEMËNt.
qui est gradué (fig. 11). On verse du lait par la partie large, jusqu'à la hauteur du n* 5, et Ton achève de remplir le tube avec de l'acide acétique
Îcristallisable jusqu'au n° 26 ; on agite. On chauffe légèrement ; le caséum se dissout ; le beurre monte à la surface du liquide (on ferme le tube avec un bouchon qui doit arriver au niveau du liquide et on le renverse) : le beurre monte alors dans la partie rétrécie, graduée d'avance, et il n'y a plus qu'à compter les divisions qu'il occupe.
Cette analyse facile, et qu'on peut faire en moins de cinq minutes , donne des résultats d'une grande précision.
2° Saccharimètre de Soleil. — Pour faire le dosage du sucre contenu dans le lait, on coagule d'abord le lait au moyen de l'acide sulfurique, à la température de AO ou 50 degrés, on filtre ensuite et l'on ajoute au liquide filtré quelques gouttes de sous-acétate de plomb qui déterminent un précipité assez abondant. On
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mètre Leconte. obtient par unc nouvelle filtration une liqueur parfaitement transparente et trèspropre à ce genre de recherches.
QUiLltÉS Dt) LAtt Dfi FEMME. 23d
Le sérum étant ainsi préparé, on V;ntroduit dans un tube d'observation de 20 centimètres de longueur et après l'avoir fermé, on le place sur rinstrument pour obtenir le nombre de degrés, indiquant la déviation que la lumière polarisée éprouve en traversant le liquide sucré. Si Ton a trouvé, je suppose, 28 degrés, il suffira de consulter la table dressée à cet effet par M. Poggiale (1) pour avoir le poids du sucre contenu dans 1 litre de petit-lait.
201,90 est la quantité de sucre de lait, qui, dissoute dans Teau distillée et portée au volume de 1000 centimètres cubes, produit une déviation de 100 degrés.
QUAHTITÉ