DES NOURRICES SUR LIEU ET DES NOURRICES DE CAMPAGNE
11 y a deux sortes de nourrices :
Celles qui viennent prendre des enfants à Paris pour les emmener à leur domicile et pour les
élever à la campagne, ou nourrices de campagne.
Celles qui veulent entrer au milieu d'une famille pour nourrir sous la surveillance des parents. Ce sont des nourrices sur lieu.
Par suite de leur éloignement de Paris, les premières ne peuvent être surveillées; absolument maîtresses d'elles-mêmes, elles soignent Tenfant Men ou mal, selon leur bon cœur, avec inintelligence ou parcimonie, et souvent avec une dureté qui fait peine à voir.
S'il en est d'excellentes, il en est beaucoup de mauvaises, et dans ce choix tout est livré au hasard. Tant mieux si la nourrice habite dans un pays où l'on connaisse quelqu'un qui puisse la visiter souvent pour lui donner des conseils et lui montrer qu'on veille ; mais il n'en est pas toujours ainsi. Les nourrices emportent un nouveau-né loin de sa famille, après avoir promis de sevrer leur propre enfant; mais souvent elles n'en font rien, elles donnent à teter à l'un et à l'autre, et il va sans dire que le leur est le mieux partagé. Comme elles n'ont pas assez de lait pour deux enfants, on donne de la soupe au nourrisson étranger, au risque de lui faire mal, et ce qui les encourage dans cette manière de faire, c'est le défaut de surveillance.
Le choix des nourrices mercenaires est un des plus importants problèmes de la vie domestique et de la famille. C'est à la fois une question de
2M L.âLLiniJU5T.
mtfdenie et mie quesuoo <f b;pèoe pubCque et sociale. Iblfaenreiiseiiient. die se trouve complélemeiit abondnmée au caprice de chacun, et l'iuitiadvç indÎTÎdudle. dent il ne faut pas médire, reste à cet égard libre de £ûre ce qui lui convient, sans qu aucune indication ne vienne guider le choix des mères ou sans qu'aucune protection défende leur petit enfuit contre la cruauté de nourrices égoïstes et cupides. La médecine sait cmabien est grande la mortalité des enfants qu'on aaivoie en nourrice, et ceb par suite des mauvais traitements qu'on leur fait subir; elle a même bien des fois élevé la voix en fa\^ur de ces pauvres victimes de l'infanticide légal eu appelant sur eUes l'attaition de l'autorité, mais sa voix est restée sans écho et les petits enfants continuent à partir pour la campagne, emportant les espérances et le bonheur d'une mère qu'ils ne reverront peut-être plus. Il ne faut pas qu'elle se décourage, la médecine a une mission sociale qui la place tellement au-dessus de toutes les autres branches des connaissances humaines, qu'elle peut bien ne pas tenir compte des oppositions qu'elle rencontre. Elle a mis la vaccine dans ce berceau du nouveau-né pom' le préserver des horribles conséquences de la petite vérole, elle a su régler son régime de façon à faciliter le passage de la vie intia-utérine à la vie
de la mamelle et de celles! à la vie indépendante; en étudiant les détails de son organisation, et rinfluence que lui font subir les influences extérieures, elle a découvert les moyens de préserver et de conserver sa vie au point d'avoir étendu la durée de sa vie moyenne ; elle est enfin la dispensatrice de toutes les ressources qui sont nécessaires à l'homme pour neutraliser les effets destructeurs de ses excès, de ses passions, de sa manière de vivre, de se nourrir ou de se vêtir, et de sa naissance à sa mort elle l'accompagne en lui faisant perpétuellement sentir qu'il ne vit que par sa protection hygiénique ou thérapeutique.
De tels services sont difficiles à reconnaître pour ce qu'ils valent, et c'est sans doute pour cette raison qu'on voit tant d'ingrats soulever contre elle les oppositions les plus inintelligentes jusqu'au jour où, personnellement mis en cause, ils seront obligés de venir implorer ses bienfaits.
Depuis longtemps les médecins ont signalé le mal qui résulte du défaut de surveillance des bureaux de nourrices et surtout du défaut de surveillance des enfants emportés loin de leurs familles par des nourrices mercenaires. Rien n'a encore été fait pour répondre à leur appel. Mais quand viendra la réforme, et elle ne peut manquer d'avoir lieu, on la verra se produire entre deux réclamations de la science, et l'on peut être sûr qu'elle sera faite au
nom de quelque philanthrope usurpant à son profit tout l'honneur d'une idée scientifique qui ne lui appartient pas et qui aura été formulée par les personnes compétentes.
Il ne faut pas que les médecins s'étonnent de cette manière de faire. 11 en a toujours été ainsi, et cela sera toujours de même, parce que cela est dans la nature des choses. Chacun envie plus grand que soi, et l'on n'a jamais vu l'administration accepter sans peine les arrêts de la science. Espérons toutefois qu'avec le temps, dans cette question de la surveillance des nourrices et des bébés conduits à la campagne, la voix du médecin unie à celle des mères finira par être entendueassez loin pour que, d'en haut ou d'en bas, par le fait d'une association privée, on mette un terme à ce que j'oserai appeler Y infanticide légal.
Afin que chacun puisse juger l'importance des faits qui motivent la sévérité de ce langage; je vais raconter ce que c'est qu'une nourrice mercenaire emportant un bébé en province, les abus de ce trafic du lait de femme relativement aux nourrices et aux enfants, et l'on pourra voir combien est urgente la réforme que j'appelle au nom de Thygiène, de la morale publique et de l'humanité.
Sans vouloir rien exagérer et sans prétendre, conune quelques médecins, que tout enfant qu'on
envoie en nourrice est un enfant qu'on envoie à la mort j je dirai, en empruntant ces pages à Francisque Sarcey:
« Il y a de bonnes nourrices, cela est certain. Les femmes de la campagne sont des femmes, après tout ; il s'en trouve parmi elles qui ont des entrailles et dont le cœur se fond au sourire d'un enfant qui leur tend ses petits bras. Mais on comprend bien, en réfléchissant un peu, que ce ne doive pas être le plus grand nombre.
)) Elles ont toutes reçu, à la campagne, la rude éducation de la pauvreté. A peine ont-elles pu se servir de leurs bras et de leurs jambes, qu'on les a forcées d'aller aux champs ou aux bois ; on a chargé leurs dos de fagots ou d'herbe ; on les a maigrement nourries, largement souffletées ; leur cœur et leur corps se sont endurcis à la fois. Elles se sont habituées à voir dans l'enfant un instrument de travail dont la perte ne devait pas coûter grand' chose, s'il n'était pas bon.
» Leur esprit s'est si fort courbé aux nécessités matérielles d'une vie excessivement dure, qu'il ne leur reste plus de sensibilité pour les souffrances morales. L'enfant n'est pas pour elles cette créature chétive et sacrée qui ne vit que du regard de sa mère incessamment attaché sur lui. Elles le laissent aller, comme elles ont poussé ellesmêmes, à la grâce de Dieu.
» On comprend qu'elles ne traitent pas mieux les enfants des autres qu'elles ne traitent ceux qui leur appartiennent. Leur insensibilité naturelle s'accroît encore, avec eux, de l'appât du gain. L'argent acquiert une valeur extraordinaire dans les pays où il a peu de cours. Il n'y a pas d'avarice plus effroyahle que celle du paysan français; aucun sentiment ne prévaut contre cet incessant désir d'amasser sou sur sou pour payer quelque jour un lopin de terre et s'arrondir. Les nourrices ne regardent plus les bébés qu'on leur remet que comme des champs ou des prés, dont elles doivent tirer tant par année.
» Elles ne songent pas que le petit être qui crie dans son berceau est une créature humaine, qui a une âme, et sur qui une famille a mis ses espérances de bonhem*; ces idées ne les touchent point : elles supputent ce qu'on leur donnera au bout du mois, et comment elles pourront s'y prendre pour tout garder. On leur demande du dévouement, elles ne font pas même leur métier.
» Si elles ont jamais su ce que'c'est que d'être mères, elles l'oublient pour ne plus songer qu'au gain à empocher. Elles finissent par avoir un cal au cœur, comme elles en ont aux mains. Elles contractent, à la longue, une insensibilité qui semblera bien incroyable aux dames de la ville. Deux
femmes de la campagne se rencontrent dans une rae de village :
» — Tiens 1 dit Tune, on sonne ; pour qui sonnet-^n donc?
» — Oh ! rien, répond l'autre ; c'est un petit Paris qui est mort ce matin.
)) On appelle de ce nom dans les campagnes les • nourrissons qui viennent de la grande ville. Un petit Paris qui meurt! qu'est-ce que cela? Vaut-il la peine d'y faire attention ? il en meurt tant ! Et puis, comme disait encore une autre nourrice, qui était philosophe :
» — Bah I ils en feront d'autres !
» Il est certain que la mortalité est effrayante dans les villages où l'on envoie les bébés en nourrice. Un médecin de campagne a compté dans une commune de 1756 habitants les petits enfants morts faute de soins ; la moyenne est de onze par année. Onze meurtres contre lesquels la justice ne peut rien, et qui ne laissent pas même un remords aux malheureuses qui les ont commis (1) .
(1) En circonscrivant celte question très -importante d'hygiène publique à rarrondissement de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), où Tunique industrie des femmes est de venir chercher des nouveau-nés à Paris pour les allaiter, M. le docteur Brochard la résout de manière à lever tous les doutes à cet égard. Sur 2429 nourrissons arrivés en 1859, il a constaté officiellement, comme chargé du service médical de la direction des nourrices dans cet arrondissement, qu'il en était mort 866, soit 53 pour 100; tandis que, sur 2165 naissances survenues pen-
» Qui ne sait qu'elles sont parfois plus sottes encore que dénaturées. Un bébé tombe ; il se brise quelque membre. La première idée de la nourrice, c'est de cacher Taccident aux intéressés. Elle se garde bien d'appeler le médecin, d'écrire aux parents. Non, elle aime mieux attendre. Qu'attendelle? car enfin il faudra bien que tout se découvre. Mais ce sont toujours trois semaines de gagnées. Elle ne voit pas plus loin que cela. Et cependant le bras de l'innocente créature, qu'il eût été si
dant ce temps dans Tarrondissement, il n'y a eu que A96 décès d'enfants n'ayant pas deux ans, soit 22 seulement pour 100, défalcation faite, bien entendu, des 866 précédents^ enregistrés par erreur comme formant la mortalité locale; soit 1362 décès sur 2163 naissances. Ainsi se trouve faussé le mouvement annuel de la population parisienne et celui des départements où s'exerce rindustrio des nourrissons. La différence est ici authentique et très-frappante, d'autant plus qu'aucune cause locale ou endémique n'avait agi durant cette période.
Les causes réelles de cette extrême mortalité chez les nourrissons de Paris ne ressortent pas moins clairement de cette statistique. Elle a été de 17 pour 100 chez les nourrissons parfaitement surveillés de la direction des nourrices ; de /i2 sur ceux des bureaux particuliers privés de surveillance ; de 55 parmi les Enfants assistés de Paris, quoique surveillés comme les premiers, et de 60 à 75 parmi ceux du département, qui sont tous élevés au biberon par ordre supérieur (*). C'est donc bien au défaut de soins et d'allaitement naturel, soit dans les huit à dix premiers jours de la naissance, soit indéfiniment, comme chez ces der. niers, qu'il faut s'en prendre, sans que la différence de constitution avec les enfants des campagnes, des prédispositions héréditaires morbides, etc., puissent y être invoquées.
{*) Brochard, Joum, de mid. de BordeattXj février 1866, et Union méd. du 3 mars 1806.
NOOKRIGES. 263
facUe de remettre le premier jour, gonfle et se gangrène; et voilà \m enfant estropié pour la vie, à moins même qu'il ne meure, ce qui est incontestablement plus heureux.
» Et ne croyez pas que ce soient là des tableaux de fantaisie. J'ai connu, au lycée, un pauvre garçon dont les deux jambes étaient tournées, et qu ne marchait qu'avec des béquilles; c'était sa nourrice qui l'avait laissé choir et n'avait avoué l'accident que trois semaines après, quand il s'était agi de rendre l'enfant à la mère.
» Il est vrai que le bureau des nourrices fournit aux parents des intermédiaires qui se chargent de voir les nourrissons et de rapporter des nouvelles. Ce sont les meneurs ou meneuses. On les appelle ainsi parce qu'ils ont pour métier de faire la traite des nourrices, de les mener à Paris, et de les ramener chez elles, par convoi de cinq ou six. Mais on comprend assez que le contrôle de ces meneurs ne puisse être sérieux : toute leur industrie consiste à tirer des pourboires, et de la nourrice qu'ils effrayent, et de la mère qu'ils flattent par de bonnes nouvelles. En l'état, les mères ne doivent se fier qu'à la surveillance qu'elles exercent ellesmêmes ; et combien n'en peuvent exercer aucune!
» La nourrice sur lieu a des inconvénients moindres, mais elle en a d'autres. Beaucoup de médecins croient, et cela n'est point dénué d^
nh I/ALLAITEMENT.
fondement, que le changement brusque d'air et de région doit altérer la qualité du lait. Toutes les mères savent d'ailleurs que la nourrice sur lieu exige une surveillance incessante ; que la plupart, aussitôt qu'elles ont un quart d'heure de libre, s'en vont dans d'infimes gargottes se repaître goulûment des saletés dont on les prive à la maison; qu'à la promenade, elles abandonnent leur enfant à une payse pour aller à des rendezvous que leur indique ou leur mari, ou quelquefois même un amant ; qu'elles donnent presque toujours plus de peine qu'elles ne rendent de services.
» Mais le plus grand mal n'est pas là encore. Les mères qui font venir des nourrices à Paris, et qui les installent chez elles, ne se doutent guère que le plus souvent elles ruinent ces malheureuses et contribuent même à ruiner le pays d'où elles viennent. J'ai trouvé sur ce sujet les renseignements les plus curieux dans un très-bon livre qu'a publié M. deMagnitot (1).
» M. de Magnitot est préfet de la Nièvre. Il s'occupe probablement, comme tous ses confrères, de combinaisons électorales et autres,, c'est la profession qui le veut. Mais enfin tout son temps n'est pas pris par ces misères de la haute politique. Il a trouvé le moyen d'étudier les problèmes
(1) Magnitot, De Vassistance en province.
sociaux OÙ le pays qu'il dirige est intéressé; c'est lui qui le premier a exterminé la mendicité de son -département, qui a organisé l'assistance laïque, et a réuni sur toutes Jes questions qui se rattachent à celle-là une foule de documents statistiques et moraux d'où est sorti l'ouvrage dont je parle : un ouvrage excellent, et plût à Dieu que tous nos préfets voulussent nous en écrire de pareils !
«L'industrie des nourrices sur lieu aperdu, cela est à la lettre, quelques conununes du départcr jnent de la Nièvre, et il en doit être de même en Bourgogne et en Normandie ; les mêmes causes produisent partout les mêmes effets. C'était jadis les plus pauvres qui se décidaient à- quitter leur famille pour vendre leur lait à un étranger. Toutes aujourd'hui se mettent de la partie, même les plus aisées.
» C'est un métier si commode I Le mari se croise les bras, tandis que sa femme lui gagne de l'argent. On demandait à un ouvrier de la campagne, qui ne travaillait plus :
» — Qu'est-ce que tu fais donc, maintenant?
» — Moi ! répondit-il, je suis nourrice sur lieu.
» Il était aussi fier que ces maris qui sont chanteuses à r Opéra. Que ferait-il à la maison? Il s'ennuie tout seul ; il prie la voisine de soigner les enfant^, et il va boive, au cabaret. Sa femm^
s'en donne là-bas; il est bien juste qu'ici il ne se prive de rien.
)) JjSl femme, en effet, tombe d'une étroite indigence dans une vie plantureuse. On la gorge de viandes succulentes, on lui donne quelquefois une femme de chambre ; c'est la mère souvent qui se fait sa domestique, pour la maintenir en bonne humeur. Madame se goberge dans cette situation si nouvelle ; elle prend toutes ses aises, elle ne s'inquiète de ses propres enfants, de ses enfants, à elle, non plus que s'ils n'existaient pas.
» Savez-vous pourtant ce qu'ils sont devenus? Elle est arrivée avec son poupon dans les bras, escortée de la meneuse. Elle l'a montré à la mère, qui Ta trouvé gros, gras et vermeil. Les poupons qu'apportent les nourrices, comme échantillon de leur lait, sont toujours frais et dodus. Car vous saurez, ô mères de famille, qui l'ignorez peut-être, que lorsqu'une nourrice a un enfant malingre, elle en loue un dan&le village pour s'en faire honneur. Cela coûte trente francs, prix fait, dans la Nièvre. Notez que le pauvre bébé a déjà fait le voyage de Paris avec sa vraie mère, en troisième classe, et souvent par des froids terribles ; elle expose une seconde fois cette frêle créature aux périls de l'aller et du retour, elle met la vie de son fils sur un enjeu de trente francs. Tout cela est aussi vrai qu'incroyable.
NOUimiCES. 267
» Quand la nourrice a trouvé une condition, elle y entre aussitôt et remet son enfant à la meneuse, qui doit le remmener au pays. Il n'est pas que vous n'ayez vu, ou dans les rotondes de diligences, ou dans les troisièmes de chemin de fer, de ces femmes qui portent à la fois trois ou quatre bébés. Vous avez cru peut-être que c'étaient des mères en qui Dieu avait renouvelé les miracles de la fécondité égyptienne. Point du tout ; ce sont des meneuses qui, armées d'un biberon, rapportent ces enfants à leurs pères respectifs.
» Ces misérables n'ont point d'entrailles ; l'habitude du métier qu'elles font leur a endurci le cœur. Elles mêlent au lait du biberon quelques gouttes de laudanum; les bébés s'endorment d'un sommeil inerte, qui est parfois le sommeil étemel, et elles voyagent ainsi avec des colis humains qui ne les embarrassent plus. Beaucoup de personnes révoqueront en doute ces faits révoltants; mais ils sont attestés par tous les médecins. Quelques-uns même m'ont assuré que l'usage du laudanum est très-répandu dans les campagnes ; que les nourrices, quand elles ont à sortir, ne se font point faute d'administrer à leurs nourrissons du sommeil à forte dose, et que plusieurs périssent ou se ressentent toute leur vie de cet empoisonnement quotidien.
)) La meneuse, chargée de trois ou quatre bébés
-iH vLLAiTn«3rr.
:uiae reaawnnuaat ^t ^^ ilutereaswn: juire* « rompe ffueunitAoïs» *^Q i»^ Hipportant lax pefiîs.. rresM fun pour l' luur. 'lai&cL la oauipaicne ta : V i-psarc» ps» ae îsi pn»» m ^fUiaau ruBi rn Fi '•>a, LL esï-+-.e t)aâ iou|uur» laïutjfiieeiiars:?/ VI ie ïlaçnnot coaie. tiiuuie uii laii aumemicnie, me leax. viildiceoii», a inuia oienetiâtt prcâ^mcau iteox "rfliaiiis vetuâ «le» :uemi»-iOqiJt:EK laiem :'(KT m. leiBe de <iiaiiiigzttx4eBr Dieu.
— âakl tiii nu pii»avi33^, :L*>jevaieni rous eâ-uesx: oioBfraiacoanepaiile.
— Tope : lik iamre.
' L£L iemnat <f un ùe QOâ^aïueuf» àrsmaôaafls^ :<^ pimesyagiieiueccHitaii imesetsersupiiièfe. <tmir ette avait ecè temoia liatis-nw ^afe Je «ruemin ne fer. Ta petit clan de aouEnces- camsit* 3a rvUmi deiasaile. lea-pttnsa-iïar les-baacàeffvefles avaient ppMahhtnftit «iépefie leura- iMMMiiawws ftemimri)iiueaijaigEOftta&zxtaipropi:e. Lidiociie iwrtii^^f*»îïeprécipïi:^â«rle»bdfev et ne les r^y/mwawiiwiPC pb» dai» la (xmioaiAa :
» — Voilà letien! ^ — Hkm^ non, c'est le tien !
» — %h hftti î c'est toujoure une fille. 0 Va pfsrlex^fUfii, après cela, de la voL\ du saiig! S^. tf^n \nm (\}ie Cl» échanges sont rares ; il suflit <f»/}l<*<^fiftrt pOMÎbles, et il est certain qu'ils ont Ml 0^1 /(n^kffiefob. Jimagine que les mères qui
lisent ces lignes en prendrcaieiit moin» aisément leur parti que ces bons paysans, ces poétiques fils de r^logâe champêtre.
» Je reviens à eux. Croyez-vous qu'après douze ou quinze mois passés à Paris, dans une bonne maison et où Ton mange si bien, la nourrice soit enchantée de revenir au village, de retrouver raffreuse et dure vie qu'elle a quittée? Elle y revient, sans doute, si le mari l'exige ; mais elle n'a plus d'autre envie au monde, c'est de retourner à Paris ; elle veut être mère de nouveau, non pour le bonheur d'avoir un fils ; elle n'a point élevé les siens ; elle ne les connaît pas ; ils ne lui rappellent que des idées de misère. Non, c'est pour redevenir nourrice, pour reporter son lait à ceux qui l'achètent. Le mari finit par entrer dans ces raisons ; tous les liens de famille sont peu à peu rompus.
» Le plus souvent la nourrice trouve à se caser à Paris; elle devient femme de chambre; elle attire alors son mari par de belles promesses ; il sera lui-même domestique. C'est un si bon état que celui de domestiqué, un métier de fainéant. S'il résiste, on l'abandonne, ou on lui rend la vie si dure qu'il est bien contraint de céder. La famille s'embarque pour la grande ville, et Dieu sait ce qu'elle y devient.
)) M. de Magnitot assure que pour son dépar-
270 L'ALUITEBIENT.
teinent du moins, rémigration des nourrices qui traînent après elles leurs maris et leurs enfants est une des causes les plus actives de la dépopulation dans les campagnes. Les ménages qui ont résisté à cette contagion n'en sont pas moins presque toujours des ménages perdus, et dont l'exemple devient déplorable pour ceux qui les entourent.
» Les femmes ont rapporté de Paris de détestables habitudes, et quelques-unes même des vices, qu'elles répandent autour d'elles. Le mari, lui, s'est abruti dans la boisson. M. de Magnitot en cite un qui avait fondé sur le lait de sa femme Tachât d'un billard, un billard qui devait renrichir ! Il était cabaretier ; mais il but le billard, par avance, et son fonds en même temps. Il était sur la paille quand sa femme revint. Les fils, en grandissant, ne trouvent que de mauvais exemples chez leurs parents ; ils disparaissent du pays, et on les retrouve sur les bancs de la police correctionnelle. Pour les filles, il est inutile de dire ce qu'elles deviennent : les honnêtes femmes en coudoient quelques-unes sur le trottoir.
» Pour les autres, elles restent au village. Mais les récits qu'on leur a faits des plaisirs de la ville et de la douce vie qu'on y mène leur ont monté la tête : elles prétendent être nourrices à leur tour, mais elles ne veulent pas avoir les {tracas d'un
MOURRICKS. 271
ménage légitiine, car elles savent que ce qui eflhiye le plus les bourgeoises de la ville, qui choisissent une nourrice, c*est l'idée qu elles se mettent une famille sur les bras. Ces filles cherchent partout leur défaite, non par amour, non par tempérament, non par aucun des motifs qui pourraient, sinon justifier leur faute, l'excuser tout au moins, mais par amour du gain, par mdustrie.
» Elles veulent être mères pour jouir des avantages de la nourrice ; et quand elles ont terminé une première éducation, elles se mettent en quête d'en mériter une seconde, puis une troisième, jusqu'au jour où il ne leur reste plus d'autre asile que la rue. Elles se sont, jusqu'à Tâge de trentecinq ans, dévouées aux bébés ; ce métier leur manque, elles se chargent des jeunes filles. Elles leur aplanissent les voies du crime ; elles se font les pourvoyeuses des maisons où elles auraient mérité d'entrer, où elles commencent souvent par envoyer leurs propres filles.
» Vous le voyez, mettre son enfant en nourrice, c'est une chose mauvaise pour la mère d'abord, puis pour le bébé, mais aussi pour la nourrice elle-même. Y a-t-il à cette horrible situation un remède certain?»
Que peut-on faire pour remédier à de pareils malheurs et pour enipêchei' tant d'infanticides
causés par ineptie ou commis par imprudence. — Sur les 1 6 ou 1 8 000 enfants que Paris envoie chaque année en nourrice, il y en a peut-être la moitié qui succombe ; il faut voir dans quel état on rend l'autre moitié aux parents pour comprendre l'indispensable nécessité d'un patronage des nourrices. Substitution â! enfant ^ — Rachitisme^ — Con-somption et Mort prématurée^ telles sont les conséquences très-fréquentes du système actuel de l'envoi des enfants en nourrice. Il y a dans ce fait autre chose qu'un deuil de famille causé par la mort des enfants, il y a un mal moral et social auquel il importe de remédier, mal moral si l'on considère que l'envoi en nourrice peut être un moyen déguisé d'infanticide, et un mal social, puisque la mort de tant d'enfants qui poiuraient arriver à l'âge d'homme, enlève au pays des bras qui pourraient lui être utiles. Sans entrer dans les considérations économiques que soulève ce côté de la question, afin de ne pas m' éloigner du point de vue hygiénique et médical de ce livre, je me contenterai de dire qu'il n'est pas de sujet plus digne d'exciter l'attention et la compassion des économistes ou des philanthropes. Au reste, je ne doute pas que tôt ou tard cet appel ne soit entendu. La médecine, qui est la première des sciences sociales, a le privilège et le devoir de promulguer des vérités qui sont tout d'abord com-
battues par radministration que cela gêne, mais avec le temps l'idée fait son chemin, l'initiative privée s'en empare, la fait entrer dans la pratique, et bientôt chacun profite du progrès qu'on avait d'abord méprisé et dont l'auteur restera peut-être toujours inconnu.
Il y a si longtemps que la science réclame l'institution officielle ou privée d'une inspection et d'un patronage des noumces et des bébés sans pouvoir Tobtenirl II faut aujomd'hui que ceux dont la sensibilité s'émeut à l'idée des périls et des souffrances du novveau-né mis en nourrice avisent aux moyens de faire par eux-mêmes ce que pourrait feîre beaucoup plus aisément l'autorité. Du reste, la résistance administrative n'est pas un mal; au contraire, elle pousse chacun à s'habituer de faire par l'association ce qui parait utile à la société tout entière. Nous sommes trop disposés à remettre en toutes choses nos pouvoirs à l'autorité, et la meilleure éducation d'un peuple qui veut être libre est celle qui consiste à faire de son initiative privée par l'association, une puissante force industrielle, morale et sociale. Tant qu'une nation n'aura pas fait cet apprentissage, elle ne pourra pas jouir de la liberté politique.
Ce que l'administration n'a pas fait pour le patronage des nourrices, l'initiative privée peut le faire. Voici comment :
Une société de surveillance des nourrices par des dames mères de famille peut s'organiser et correspondre avec les dames charitables, les maires ou les curés des pays où sont envoyés les enfants, de façon à savoir ce que les nourrices font du petit être qui leur a été confié, et ce que devient cet enfant Imn de la surveillance maternelle ; avec le dévouement et Tardeur que les femmes apportent à faire le bien, en raison de leur nature aimante, douce et sensible, c'est à elles que revient la mission de protéger Tenfant au berceau pour l'arracher à la mort qui le menace, et tant d% souvenirs s'é- ' veillent en elles à la vue d'un nouveau-né qu'elles sont les meilleurs soutiens des œuvres de la maternité. Il n'y a qu'elles pour savoir comprendre les besoins de l'enfance, pour deviner ce qui lui est utile, et attirées par les cris d'un nouveau-né qui ne leur est rien par le sang, il y a bien peu de femmes qui ne se sentent pas en elles les tressaillements d'une mère.
Si cette société voulait même essayer d'un moyen de surveillance autre que celui des maires» des curés ou des patronesses de province, elle pourrait, comme l'ont demandé quelques médecins, et avec eux M. Sarcey dans l'article que j'ai indiquéj faire concourir à leur œuvre les médecins cantonaux ou tel autre médecin qui conviendrait. Il faudrait pour cela se mettre en rapport avec eux,
NOOHRICES. S75
et, moyennant un faible salaii*e (1) semblable à celui que Tasâstance publique donne à ses médecins de nourrices en province, ils visiteraient les mfants et donneraient chaque mois un bulletin aârieux sur une feuille imprimée, faisant connaître l'état moral de là nourrice et Tétat physique des eD&nts.
Quelle est la mère qui ne payerait pas cette modique rétribution pour avoir un bulletin véridique de la santé de son enfant, et qui ne serait pas heureuse de savon* qu'une surveillance réelle protège le petit être que son peu de fortune et les occupations du commerce l'ont obligée d'abandonner.
Mais s'il est difficile de créer d'un seul coup à Paris une société de surveillance des nourrices, se mettant en rapport avec les âmes charitables de la campagne où habitent les nourrices, il serait possible à une Société maternelle déjà instituée d'étendre ses attributions à l'enfance. On connaît à Paris plusieurs sociétés qui se sont fondées dans le but de secourir les malheureuses filles victimes de leur inconduite et qu'un état de grossesse rend si misérables, peut conduire au désespoir et de là au suicide ou à l'infanticide. Est-ce qu'une de ces sociétés maternelles ayant pour mission de secourir le courage des mères coupables, ne pourrait pas
(1) En donnant 25 centimes par visite, comme pour une œuvre de bienfaisance, on aurait des médecins qui feraient ce service.
encore, une fois l'œuvre de la maternité finie, étendre ses bienfaits à Tenfant de la malheureuse assistée, et, d'une manière générale, à toute Tenfance que les parents sont obligés d'envoyer en nourrice. Quand une société est fondée, dure depuis un certain nombre d'années et n'a plus qu'à s'étendre pour chercher de nouvelles adhésions et des correspondants de province, la tâche est bien plus facile à remplir et n'a rien d'irréalisable. — Dieu veuille que ces lignes soient lues et appréciées comme elles le méritent par une femme de cœur, appartenant à l'une de ces sociétés de bienfaisance. Si cela peut être, nous verrons se créer une association nouvelle pour le patronage des nourrices et la conservation des enfants; mais jusque-là les nouveau-nés continuent comme par le passé à mourir pour le profit des nourrices, au détriment de l'État et au grand chagrin des bonnes mères.