‹ Hygiène de la première enfanceChapitre 81 sur 171 · BUREAUX DE LOCATION DES NOURRICES · texte numérisé non relu

BUREAUX DE LOCATION DES NOURRICES

Le choix étant fixé, le nourrisson remis est présenté, dans les vingt-quatre heures, au médecin, pour savoir s'il est vacciné, s'il est de mauvaise santé, s'il n'a pas de maladies contagieuses, et si la nourrice peut le prendre sans inconvénient pour elle ou pour son propre enfant. De cette manière, on protège la nourrice comme par la visite médicale de sa personne on avait pris les intérêts de l'enfant à lui donner.

Quand tout est réglé, que l'inspection de la nourrice et de son enfant a eu lieu, que la visite du nourrisson est faite, que l'engagement est signé, le départ a lieu immédiatement, et dans le pays l'agent de l'administration et le médecin envoient tous les mois à Paris un bulletin de santé véritable et sincère que les parents peuvent venir lire dans les bureaux de l'établissement.

Tout cela est gratuit, et si dans la pratique il y a quelque chose qui laisse à désirer, sachons reconnaître qu'en principe cette organisation, au plus haut point charitable, mérite les plus grands éloges et l'approbation de tous ceux qui aiment véritablement l'enfance.

Malgré tous ces avantages, l'établissement n'est cependant pas très-connu ; il ne place que 1 C à 1800 nourrissons par an, tandis que les bureaux particuliers en placent 16 000 , mais il est vrai de dire que ces derniers donnent une prime de

5 à 10 francs à tous les médecins, sages-femmes ou autres qui veulent l'accepter, comme prime, pour leur amener des enfants. C'est là un effet fâcheux de la concurrence, mais nonobstant ce désavantage, l'établissement municipal doit être conservé, et il y aurait seulement à élever de

6 francs la garantie administrative fixée en 1794 à 12 francs, chiffre insuffisant aujourd'hui, pour maintenir cette institution au rang que voulurent lui donner ses généreux fondateurs.

IL Bureaux particuliers de nourrices. — Fondés par la spéculation désireuse de vivre et de s'enrichir aux dépens de ceux qui ont besoin d'elle, les bureaux ouverts pour la location des nourrices à Paris sont très-nombreux. En voici l'énumération:

Mademoiselle Bertin, route d'Orléans, âl, à Montrouge.

Madame Barthélémy, rue Pascal, 7.

Madame Chérut, rue Fourcy-Saint-Jacques, 8.

Madame Collet, passage des Petites-Écuries, h.

Madame Coulbeaux, rue Pagevin, 11.

Madame Devauze, rue de la Victoire, 69.

Madame Hecquet, passage de l'Industrie, 17.

Madame JuUiot, rue des Écouffes, 6.

Madame Labussière, rue Lacépède, 31.

Mesdames Lugaud et Leblanc, rue delà Harpe, 5,

Madame Moréno, rue de la Pépinière, 52.

BUREAUX DE LOCATION DES N013RKICES. 2Sd

Madame Pommereuil-Boulay, rue Cherche- Midi, 24.

Madame Thévenot, rue Pascal, 13.

. Dans ces bureaux particuliers de placement des nourrices qui se mettent en location pour vendre leur lait, rien ne ressemble à ce qu'on trouve dans rétablissement municipal des nourrices, fondé par la ville de Paris. Créés par la spéculation, privés de toute surveillance médicale sérieuse, et par cela même sans sécurité pour ceux qui sont dans l'obligation de s'y adresser, les bureaux particuliers de nourrices sont très-souvent un lieu d'exploitation des femmes qui veulent nourrir l'enfant des autres. Tout s'y paye fort cher par les nom*rices qu'on y loge et qui s'y nourrissent à leurs frais, en attendant la place qu'elles désirent, et une fois placées on leur retient le premier mois de location. S'il est quelques-uns de ces bureaux, je dois le reconnalti-e, où l'installation est convena* ble, dans le plus grand nombre le logement privé d'air est malsain par suite de l'encombrement, et la nourriture est insuffisante et mauvaise. Je ne comprends pas que, dans une grande ville comme Paris, 'OÙ l'on s'occupe avec tant de soin de l'hygiène publique, où l'on inspecte les bêtes et les gens, les ruisseaux et les ordures, où l'on peut fermer les logements insalubles, où l'on fait la visite des boissons, du laitj des autres alitoentsj

UOl'CHUTi — HYG. PREM. ENF. 17

tels que le poisson et les viandes apportés dans les halles, ou débités dans les magasins, il n'y ait pas une inspection officielle des maisons ou se fait le commerce du lait de femme.

C'est là une lacune dans Fadministration, ordinairement si vigilante et si sévère pour tout ce qui concerne la santé publique. Espérons que tôt ou tard cette lacune sera comblée, et qu'on parviendra à régulariser au point de vue des mœurs et de la santé, le service particulier aujourd'hui assez mal compris de la location des nourrices. La tolérance en pareille matière est une chose impossible, et il suffit de signaler le bien à faire pour Songer qu'il sera fait.

Dans ces bureaux particuliers, les nourrices qui viennent y chercher des enfants sont ordinairement des filles-mères, et il y en a peu qui soient mariées, tandis que dans le grand établissement municipal de la rue Sainte-Apolline ce sont toutes des femmes mariées ayant les modestes ressources de la campagne. Elles arrivent avec leur enfant dans les bureaux créés par la spéculation, et là, entassées en grand nombre dans des chambres peu aérées, elles se nourrissent comme elles 1^ peuvent, c'est-à-dire très-lnal, en attendant qu'une jeune mère vienne leur confier son enfant pour la campagne, ou peut-être les emmener chez elle comme nourrices sur Ueu. On sait d'où elles vien-

Bl'RËÂVX DE LOCATION DES NOURRICES. 291

nent, car une ordoDDance de police leur enjoint d'avoir des papiers qui indiquent leur provenance et un certificat de bonne vie et mœurs, mais en ce qui touche leur santé, Tautorité ne s'en occupe pas sérieusement. Il existe bien à la date du 20 juin 1842, une ordonnance de M. le préfet de police (1) , qui enjoint à toute nourrice de la campagne, qui vient à Paiîs prendre un nourrisson, de présenter 1" un certificat de la préfecture de police, où, sur le dépôt qu'elle en fera, il sera procédé à son inscription sur les livres de l'administration; 2* un autre certificat, dûment légalisé, délivré par un docteur en médecine ou en chirurgie, et attestant qu elle réunit, sous le rapport sanitaire, toutes les conditions désirables pour élever un nourrisson.

(1) Cette ordonnance n'est iii plus rigoureuse ni plus prévoyante que n'étaient la dcclaralion des 29 janvier 1715 et i" mars 1720, l'édit de juillet 1729 et Tarrêt de règlement du 19 janvier 1737, qui formaient Tancienne législation sur les recommandaresses et les nourrices.

On nommait recommandaresses les femmes préposées par le lieutenant de police^ à Paris^ à l'clTet de tenir les bureaux dans lesquels on allait chercher des nourrices pour les enfants.

Les recommandaresses devaient avoir au moins quarante ans accomplis. — Leur nomination appartenait au lieutenant général de police? — Elles étaient au nombre de quatre seulement, et tenaient un registre sur lequel elles inscrivaient, d'après un certificat émanant du curé de la paroisse oij demeurait la nourrice^ le nom, l'âge el les mœurs de celle-ci, la profession de son mari, l'âge de son propre enfant mort ou vivant, et l'allcslation qu'elle n'avait pas d'autre nourri>son, car il était expressément défendu

202 L'ALLÂltEMÈNt.

Ces pièces doivent rester déposées dans les bureaux de la préfecture, et le certificat présenté à la préfecture, doit, en outre, spécifier :

V Que la nourrice a des moyens d'existence suffisants.

2° Qu elle et son mari sont de bonnes vie et mœurs.

Tout cela est inutile, car il n'y aucune enquête sur l'âge ni sur les antécédents de ces nourrices, nulle constatation de l'identité des enfants, nulle inspection officielle de l'état sanitaire, enfin il y a liberté absolue dans le commerce du lait de femme. Celui qui prend une nourrice doit savoir qu'il peut introduire ainsi chez lui des femmes malsaines, ou n'ayant pas de lait, ayant présenté un enfant qui n'était pas à elles, et il est souvent obligé de les renvoyer au bout de quelques jours.

d*avoir deux nourfissom étrangers à peine du fouet contre la nourrice et de 50 livret contre le mari. — Les droits qni étaient payés aux recommandaresses s'élevaient à 30 sols par nourri8<> son. — Il n'était point permis de prendre des nourrices ailleurs que dans ces bureaux, de sorte qu'il était défendu & toutes autres personnes, sous peine de 90 livres d'amende, de loger les nour^rices ou de leur procurer des nourrissons. — Lorsque les nourrices re'.ournaient dans leur pays pourvues d*un enfant, elles devaient emporter un extrait du registre de la recommandaresse contenant le nom, Tftge de l'enfant, les noms, la demeure et la profession des pèreetmèrCy conformément à la sentence de police du 27 août 17^3; à leur arrivée, elles présentaient cet extrait au curé de la paroisse, qui leur en donnait un cerliflcat ; elles étaient tenues d'envoyer ce même cerliflcat au lieutenant de police.

Page 1