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HYGIÈNE DES SUITES DE COUCHES

Sans appartenir au domaine de la pathologie, la période des suites de couches réclame néanmoins des soins attentifs, pour faciliter le travail de la nature et écarter surtout les obstacles qui pourraient l'entraver. Les imprudences de l'accouchée et de son entourage sont particulièrement à craindre. Elles exposent à de nombreuses maladies, qui aboutissent fréquemment à une terminaison fatale dans les cas les plus graves, ou à une infirmité permanente dans les cas les moins sérieux.

Examen des organes génitaux après la délivrance. — Après la délivrance, l'accoucheur introduit dans les parties génitales de l'accouchée sa main préalablement trempée dans une solution antiseptique. Il vérifie l'intégrité des parois vaginales et du col utérin, et constate si l'utérus est bien revenu sur lui même, si enfin il n'est pas en état d'inversion. Il profite de cette exploration, pour retirer les débris de placenta ou de membranes et les caillots sanguins demeurés dans la cavité de la matrice. Tous ces obstacles à son retrait régulier prédisposent aux hémorrhagies puerpérales. Pour les éviter et prévenir l'inertie des parois utérines, l'accoucheur exerce ensuite avec la paume de la main de douces frictions sur la région hypogastrique. Il fait renouveler de temps à autre cette manœuvre par la

sage-femme, la garde, ou toute autre personne intelligente. , ,

Toilette de l'accoucliée. — On procède alors a la toilette de l'accouchée. On la débarrasse rapidement des linges souillés par le sang et le liquide amniotique ; on lave les membres inférieurs et les organes génitaux externes avec une éponge fine, imbibée d'une solution antiseptique tiède : une injection de même nature, poussée avec précaution et lenteur dans le vagin met ce canal dans des conditions de propreté satisfaisantes.

Bandage abdominal. — Pour faciliter la régression des parois abdominales et la rétraction de l'utérus, les praticiens anglais et français recommandent de serrer le ventre des femmes récemment accouchées. Ils se servent de bandages de corps ou de ceintures fixées avec des épingles. Danyau, Campbell, Stolz, Bouchacourt préfèrent à ces appareils un drap de lit, plié en plusieurs doubles et appliqué en travers sur le ventre. Ce drap est facile à déranger, mais aussi facile à replacer, sans occasionner jamais ni gêne ni souffrance.

Position de l'accouchée. — Après avoir interposé entre les cuisses le linge destiné à recevoir l'écoulement lochial, on transporte sans secousse l'accouchée dans son lit, où une alèze a été convenablement disposée par précaution sous le siège. En Angleterre, la femme reste dans la station demi-assise, position excellente pour l'issue des lochies , mais propice aux chutes de matrice. En France, on conseille le décubitus dorsal beaucoup plus pénible à garder, et capable d'exciter secondairement la fièvre, suivant la remarque de Stolz. Avec ce dernier, Bouchacourt et bien des accoucheurs, je suis d^'avis de laisser à la femme entière liberté de

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changer de position, absolument comme une personne bien portante. Si l'utérus a quelque tendance à une déviation dans un sens déterminé, on interdit à l'accouchée le décubitus dans ce sens.

Sommeil. — Le travail de la parturition entraîne toujours une fatigue plus ou moins considérable. Aussi après la délivrance, existe-t-il un besoin impérieux de •repos complet. L'accouchée est portée à dormir. Ce sommeil salutaire, autrefois prohibé par crainte des syncopes et des hémorrhagies, doit être soigneusement respecté. On le favorise en entretenant dans la chambre une demi-obscurité et un silence absolu. Une surveillance attentive et intelligente en prévient les inconvénients éventuels.

Alimentation. — A son réveil, l'accouchée éprouve généralement la sensation de la faim et de la soif, et demande à prendre quelque nourriture. Rien ne s'oppose à ce qu'on lui accorde une légère réfection. Cette pratique si rationnelle a été mise en honneur depuis Legroux. Les infusions à haute dose de plantes officinales, qui provoquaient tant de répugnances, sont aujourd'hui à peu près délaissées. On les remplace par des boissons toniques, du Champagne, du bordeaux, ou du vin d'Espagne etc., étendus d'eau pure ou d'eau de seltz; de la bière faible, du lait, du bouillon froid etc. En Syrie, sous prétexte de faciliter l'écoulement des lochies, on administre alors de l'infusion de cannelle.

Dès le premier jour, on tolère 2 ou 3 potages gras ou maigres. Le lendemain, on permet le matin du café au lait, du thé, du chocolat; à déjeuner, des potages, œufs à la coque, poissons, ailes de volaille, côtelettes d'agneau ou légumes verts ; le soir des potages et fruits

cuits : en somme une. nourriture légère, facilement assimilable, et en petite quantité. Les jours suivants, la composition des repas devient de plus en plus substantielle jusqu'au moment où l'on reprend le train de vie accoutumé. A l'apparition de la fluxion mammaire, le régime est réduit durant 48 heures ou davantage, s'il se manifeste de la lièvre, ou si la femme ne doit pas nourrir. On le limite à quelques potages de tapioca, semoule, riz ou purées.

Miction. — Les troubles fonctionnels de la vessie ne sont pas rares après la délivrance. On observe alors une torpeur semi-paralytique des éléments musculaires, accompagnée d'un défaut de réaction du système nerveux et par suite de rétention urinaire. Schrœder regarde ce phénomène comme la conséquence d'un changement de pression supportée par la vessie, débarrassée après l'accouchement de la gêne suscitée par le volume énorme de l'utérus à la fin de la grossesse. Le besoin d'uriner, ne se faisant point sentir à l'accouchée, sa garde néglige de recueillir les urines. Cet oubli favorise la distension exagérée de la vessie, qui constitue en arrière et en haut du pubis, une véritable tumeur hypogastrique et peut faire croire à l'existence d'inflammation pelvienne, si l'on ne pense à la cause réelle des accidents. Pour éviter semblable méprise, je recommande à mes élèves de ne jamais oublier dans chaque visite aux accouchées, au moins pendant la première semaine, de demander à voir les urines expulsées depuis la veille. Il serait imprudent de se contenter d'une simple affirmation, que «tout va bien de ce côté ». Dans le cas de rétention, sans recourir aux fomentations émollientes, ni aux cataplasmes, cause

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fréquente de refroidissement ou d'hémorrhagie, on pratique immédiatement le cathétérisme. L'introduction de la sonde n'a jamais d'inconvénient, et possède l'immense avantage d'évacuer sûrement tout le liquide accumulé dans la vessie. Si la rétention persiste durant une ou deux semaines, on répète la même opération deux fois par jour jusqu'à complète guérison.

Impressions morales. — Il a été dit (ch. II, pag.67) que, pour ne pas exposer les accouchées aux émotions et à leurs suites fâcheuses, il était utile d'interdire les visites pendant quelques jours.

Aération. — On se gardera cependant de maintenir leur chambre hermétiquement fermée. Il convient de prévenir les refroidissements, sans qu'il soit nécessaire de respirer un air chargé de miasmes de toute sorte. En été, les fenêtres peuvent rester largement ouvertes, si le temps est beau, de 8 heures du matin à 6 heures du soir, pourvu qu'il n'y ait pas de courant d'air. En hiver, l'entretien nuit et jour d'un bon feu dans une cheminée qui tire bien, donne une température de 16° à 20°, et assure le renouvellement de l'air sans qu'il soit besoin d'ouvrir les fenêtres après les toilettes et les évacuations. Vibert recommande de ne jamais laisser le lit des accouchées dans les alcôves, qui toujours aérées imparfaitement, exercent une influence pernicieuse, à cause des microorganismes dont elles sont le réceptacle. Cet auteur appelle les alcôves, les marais pontins des appartements.

Constipation. — La constipation est la règle pendant les suites de couches. Il est inutile de la combattre jusqu'après la montée du lait. Le quatrième jour, si les selles ne sont pas rétablies spontanément, elles

sont ramenées par quelques lavements à base d'eau salée ou d'infusion de mauve, additionnée ou non de glycérine ou d'huile d'olive (quatre cuillerées à bouche et un jaune d'œuf). En Syrie on préfère aux lavements, l'usage de suppositoires de savon. La femme qui ne doit pas nourrir, absorbe vers le sixième jour les purgatifs salins, citrate ou sulfate de magnésie, sulfate de soude, etc., ou encore une faible dose d'huile de ricin, ainsi que les diurétiques, infusion de feuilles de pariétaire, de frêne, ou de racines de chiendent, avec du nitrate de potasse ou du bicarbonate de soude.

Les efforts pour aller à la selle, consécutifs à la constipation, sont aussi nuisibles à l'accouchée que les purgations trop violentes. Dans les deux cas, les prolapsus ou chutes de matrice, métrorrhagies, surviennent aisément. Voilà pourquoi on défend à la femme de se lever, et on l'oblige à se" servir d'un bassin plat garni de linges. Ce surcroît de précaution est d'ailleurs toujours utile.

Tranchées. — La constipation, la rétention d'urine, les contractions de l'utérus, la présence d'un caillot dans la matrice, provoquent aisément dans les trois premiers jours des tranchées. Ces douleurs, assez vives pour déterminer une grande agitation, de l'insomnie et même de la fièvre, surtout chez les multipares, ne sont point heureusement rebelles aux ressources de la thérapeutique. On supprime avant tout, la cause qui les a engendrées, puis on administre le remède par excellence de ces accidents, l'opium et ses dérivés sous la forme la plus commode. L'extrait d'opium les •sels de morphine, le laudanum, etc., en lavements,'potions, pilules ou injections hypodermiques, réussissent

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également. D'autres calmants, la belladone, la jusquiame, etc., possèdent les mêmes avantages. Une dose de o, lo à 0,25 centigrammes d'extrait d'opium ou de jusquiame dans les 24 heures suffit en général à soulager la malade. Quelques accoucheurs conseillent comme moyen prophylactique, de combiner l'opium avec o, 50 c. ou o, 60 centigr. d'ergotine dans une potion après la délivrance.

Arrangement du lit. — Un séjour prolongé dans le lit est très pénible si on n'arrange les draps au moins une fois dans les 24 heures. A partir du sixième jour, on accorde la permission de faire le lit, trois ou quatre fois la semaine. C'est un grand soulagement pour l'accouchée. Ce travail demande à être surveillé. On transporte à bras la femme sur un lit voisin, de préférence à toute chaise longue ou canapé. On l'y laisse jusqu'au moment ou le lit est fait. Jamais elle ne doit le regagner à pied.

Séjour au lit. — Le séjour au lit se continue durant trois semaines. Pendant les huit à dix jours suivants, l'accouchée reste étendue sur la chaise longue. Elle ne recommence à marcher que vers la cinquième semaine, et sort vers la sixième. Les femmes raccourcissent parfois ce temps de quinze jours, même dans la classe aisée. Elles se lèvent après deux semaines, marchent au bout de trois, et sortent avant le trentième jour. Cette mauvaise habitude à une époque où le travail d'involution n'est pas terminé, occasionne souvent des chutes, des déviations, flexions ou inflammations de la matrice.

Sorties. — Tout arrêt ou trouble d'involution utérine, toute affection accidentelle survenue pendant les

suites de couches, obligent par prudence à retarder la première sortie. Pour être une cause de délassement et non point de fatigue, dans les premiers temps, la promenade, toujours très courte, sera faite à pied, par une belle journée, dans des endroits abrités du vent et des courants atmosphériques. La saison est le meilleur guide pour le choix de l'heure. Les courses en voiture n'auront lieu que vers la septième semaine. On dirigera les chevaux au pas, dans des routes bien entretenues, de crainte de secousses violentes qui retentiraient sur l'utérus.

Un sentiment bien légitime de reconnaissance dictée par la foi religieuse pousse souvent les femmes à consacrer à l'église leur première sortie. Sans s'y opposer SI la distance n'est pas trop grande, on exigera que cette visite faite avec les plus grandes précautions, soit limitée à quelques minutes. Les églises sont en effet, pour la plupart, froides ^t humides ; en dehors des heures fixées pour les offices, la multiplicité des ouvertures y détermine des courants d'air très nuisibles. Bien des nouvelles accouchées ont contracté dans leurs nefs, des indispositions devenues ensuite le principe de maladies beaucoup plus sérieuses.

Corset. — A partir du moment où elle se lève, la femme est libre de reprendre son corset ; si elle a de l'embonpoint, ou si elle a eu plusieurs grossesses antérieure, elle se munira aussi d'une ceinture abdominale.

Rapports sexuels. — Il est délicat de décider combien devra durer l'abstention des rapports conjugaux. Pour ne point entraver l'involution utérine, il vaut mieux les ajourner au moins, gitout va bien, jusqu'à la

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sixième semaine, et jusqu'à une époque indéterminée, en cas d'accident.

Gardes. — On a l'habitude de placer auprès des nouvelles accouchées, des gardes de profession. Elles se comportent parfois en véritables tyrans, que Donné a sévèrement mais justement jugés dans les lignes suivantes :

Pour une bonne garde intelligente et discrète, il y en a dix ignorantes, ou qui abusent auprès des jeunes ménages de l'autorité que semble leur donner l'habitude de manier les enfants. Elles veulent à tout prix se rendre utiles, nécessaires, et bon gré mal gré il faut qu'elles s'occupent de l'enfant, quand il n'y aurait qu'à le laisser tranquille. C'est ainsi qu'elles lui donnent une mauvaise direction, et lui font prendre de mauvaises habitudes, telles que celle d'être tenu sur les genoux et dans les bras quand il devait être dans son berceau, habitude difficile à corriger dans la suite.

Elles ne tourmentent pas moins la mère que l'enfant. Elles sont sans cesse autour d'elle, et lui persuadent qu'elle a besoin d'une foule de soins minutieux. La jeune femme, sans expérience, se laisse faire, elle n'ose résister de peur de compromettre elle ou son enfant ; et la garde devient un être incommode ou même un tyran, dont on est heureux de se débarrasser enfin. Il y a si peu de chose à faire auprès d'un nouveau-né et même de la mère, quand tout se 'passe régulièrement, que la première personne venue, pourvu qu'elle ne soit ni bruyante, ni trop remuante, ni bavarde, suffit au service d'une femme en couches. Aider à la toilette de la mère, la tenir elle et son enfant chaudement, lui présenter son enfant, si c'est elle qui le nourrit, entretenir le

nouveau-né dans un état de propreté parfait, le laisser dormir dans son berceau, l'y habituer même tout de suite, malgré ses cris qui ne seront ni intenses, ni de longue durée, le promener pendant quelques instants dans la chambre, au dehors si le temps est doux, etc. ; voilà à quoi se bornent les soins à donner à une femme chez laquelle il n'est survenu aucun accident, et à un enfant bien venu. Ces soins ne réclament pas une matrone bien savante, et c'est à ce service que l'on doit restreindre l'emploi des gardes de profession (Donné).

Bibliographie

BoucHACouRT : Art. Couches. Dict. encyc. se. méd. — Charpentier: Traité accouch. t. I i88j p. 548. — Donné : Conseils aux mères etc. Paris 1884 p. 42. — NœGELÉ et Grenser, trad. Aubenas : Traité accouchem. 1869. — Stolz : Art. Couclie. Now. dict. méd. et chir. prat. — Tarnter et Chantreuil : Traité accouch. t. I. 1882 p. 79J. — Vibert : Influence pernicieuse des alcôves sur les" accouchées. Ann. de gynéc. t. III p. 299. — Voir aussi les traités classiques d'accouchements.

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