SOINS PENDANT LA PREMIÈRE ANNÉE
Vêtements. — La chaleur rayonnante tend à abaisser constamment la température du nouveau-né. Dans les régions tempérées ou froides, l'alimentation ne réussirait pas à rétablir l'équilibre, si la déperdition continuelle de chaleur, n'était entravée par le port des vêtements. Chez le nouveau-né, ces derniers ont une importance majeure au point'de vue hygiénique. Ils doivent lui permettre de lutter avec avantage contre les variations de la température atmosphérique, sans nuire au développement régulier de ses organes et de ses extrémités.
EmmaîUotement. — L'ancien maillot, aussi absurde que barbare (Tarnier), semblait précisément avoir été inventé, pour obtenir des résultats contraires à ceux que l'on cherchait. L'enfant y était étroitement serré comme dans un étui trop exigu et exposé à des déformations plus ou moins sérieuses pour la suite.
Condamné par les médecins et les philosophes] ce maillot est aujourd'hui à peu près abandonné pour le plus grand bien de l'humanité. On l'a remplacé par un autre maillot plus logique dans la classe ouvrière, et par l'habillement à l'anglaise dans la classe . aisée.
PREMIÈRE ANNÉE
Le maillot actuel se compose d'une chemisette, d'une brassière^ d'une couche et de deux langes. La chemisette en toile fine ou en batiste, et la brassière en laine, flanelle, ou coton, ont exactement la même forme et les mêmes dimensions. Elles sont fendues par derrière, et descendent seulement jusqu'à l'ombilic afin de ne pas être souillées par les déjections al vines. Elles sont toutes deux pourvues de manches assez longues pour recouvrir les bras et avant-bras. On les fixe à l'aide de cordons. Pour les introduire, les gardes disposent la chemise au dessous de la brassière, en forme de doublure. Elles coiffent ensuite la main de l'enfant et son avant-bras jusqu'au coude d'un cornet de papier un peu résistant (comme le papier d'emballage), qui dépasse les doigts de 5 à 6 centimètres, et font glisser les manches au dessus. Le cornet sert de conducteur à la main et la préserve contre toute lésion involontaire.
■ La couche est en toile. Les langes sont l'un de laine l'autre de coton ou de piqué.
La forme carrée de la couche tend à disparaître et à être remplacée par la forme triangulaire. Le modèle définitivement adopté comme plus commode par les familles aisées, rappelle un triangle isocèle à base plus longue que les autres côtés. Sur la base est adaptée une ceinture terminée par des cordons. Au dessous de l'angle du sommet existe une ganse ou un anneau en étotfe. Les autres angles latéraux portent un double cordon.
La nourrice étend sur ses genoux la couche ; elle place au dessus l'enfant, dans le décubitus dorsal, de manière à ce que la ceinture enveloppe le thorax au niveau de la septième vertèbre dorsale, et maintienne
SOINS SPÉCIAUX
croisées les extrémités inférieures de la chemisette et de la brassière. La partie médiane de la couche est ramenée de haut en bas, le long de la colonne vertébrale, puis d'arrière en avant sur le périnée pour recouvrir les organes génitaux, et enfin remontée vers la région épigastrique. A travers l'anneau du sommet parvenu à la hauteur de la ceinture, on passe les cordons de cette dernière et on les fixe par un nœud en rosette. Quant aux chefs latéraux, ils sont enroulés séparément sur chaque membre inférieur, et fixés à l'aide du double cordon de leur sommet.
La couche est pour l'enfant une véritable culotte; on la place quelquefois double.
Les langes de forme quadrilatère sont disposés par ordre d'épaisseur ; le plus mince au dessus de l'autre. Leurs bords supérieurs, situés à deux ou trois centimètres au dessous de l'aisselle et laissant les bras complètement libres, embrassent le thorax comme la ceinture.
Leurs extrémités sont ramenées en avant pour être fixées par des cordons sur le sternum. Les langes figurent alors des jupes très longues, séparées par une fente verticale au milieu de leur face antérieure. Leurs deux cinquièmes dépassant les pieds de l'enfant sont repliés sur cette face. Grâce à cette manœuvre, le bord inférieur répond à l'appendice xyphoïde, et les angles inférieurs vont se fixer en arrière. Les deux membres pelviens se trouvent ainsi renfermés dans un même double sac, où ils peuvent se mouvoir à l'aise, sans crainte de refroidissement.
Les sangles, sortes de larges bandes de plusieurs mètres de long, en tissu rigide, étaient anciennement
PREMIÈRE ANNÉE
enroulées au dessus des langes en circulaires imbriqués. Ces sangles constituaient une carapace inextensible, et exagéraient si possible, les inconvénients du maillot. Elles sont aujourd'hui presque entièrement délaissées, et dans les familles qui les ont conservées, on n'emploie guère sous ce nom que des bandes de toile un peu larges, souples, de i mètre 50 environ de long, appliquées directement sur la brassière.
Pour ne point s'exposer à blesser les nouveau-nés, on assujettit les diverses pièces d'habillement avec des cordons, et jamais avec des épingles.
Habillement à l' anglaise. — Dans l'habillement dit à l'anglaise, la chemisette, la brassière, la couche en toile sont identiques à celles du maillot. Au dessus de la couche en toile, on en met une autre en flanelle ou en molleton. Les extrémités inférieures sont couvertes de bas et de chaussons en laine. Le corps tout entier est revêtu de deux longues robes avec ou sans manches, l'une de dessous, en flanelle, fendue en avant dans toute la longueur de la jupe, et en arrière dans le corsage, l'autre de dessus en linge généralement moins ouverte.
Quand l'enfant est un peu plus âgé, on remplace les couches précédentes, par d'autres plus simples, ou avec boutons et boutonnières.
Pour protéger les robes contre les urines et les matières fécales, on a conseillé l'usage d'une petite culotte de caoutchouc, de même forme que les précédentes et placée entre les deux. Cette coutume occasionne souvent des bronchites, lorsqu'on n'a pas soin de changer souvent l'enfant ; elle fait en effet remonter les liquides jusque dans les vêtements supérieurs, oij ils mouillent la chemisette et la brassière.
SOINS SPÉCIAUX
La méthode anglaise offre le grand avantage de ne point gêner le développement des membres ; mais elle protège moins efficacement le corps contre le froid que le maillot. Aussi beaucoup d'accoucheurs préfèrent-ils ce dernier nuit et jour pendant la mauvaise saison, ou au moins pendant le premier mois de l'existence, et ne le délaissent-ils plus tard que pendant les heures les plus chaudes du jour.
Vêtements de nuit. — A partir du dixième mois, l'enfant remue beaucoup durant la nuit ; il se découvre pendant le sommeil. Le moyen le plus sûr de prévenir les refroidissements est de lui faire en linge ou en flanelle, de longues robes de nuit, terminées en cul-de-sac inférieurement, et pourvues de manches, dépassant les mains de 1 5 à 20 centimètres, et cousues à leur extrémité. L'enfant peut ainsi remuer sans inconvénient.
Flanelle. — A moins d'y être forcé par la mauvaise santé de l'enfant, on s'abstiendra de l'habituer au port de la flanelle sur la peau. Ce tissu entretient chez lui une transpiration énervante, origine d'éruptions sudorales, accompagnées parfois de démangeaisons très vives.
Vêtements de la tête. — Dans la méthode anglaise, on laisse la tête de l'enfant entièrement nue, sauf pendant les sorties. On ne saurait blâmer cette coutume qui le rend moins impressionnable au froid.
Le vêtement ordinaire de la tête se compose de deux bonnets superposés et assez grands pour ne pas comprimer le crâne. L'un le béguin en flanelle ou futaine pour l'hiver, en batiste ou toile pour l'été, s'applique immédiatement sur la peau ; il est dépourvu de cordons et d'ornements. L'autre placé au dessus du béguin,
PREMIÈRE ANNÉE
sert à le maintenir et porte des cordons pour l'arrêter sous le menton. Ce bonnet extérieur en mousseline renferme, suivant la fortune et le goût des familles, plus ou moins de dentelles, broderies et rubans.
Bandeau. — Dans la Haute-Garonne, près de Toulouse,et dans quelques autres endroits, on resserrait en outre le crâne à l'aide d'un bandeau, faisant au moins deux fois le tour de la tête. Cette désastreuse habitude devient de plus en plus rare, grâce à Foville. Cet auteur a montré que l'usage du bandeau produisait toujours des déformations du crâne, et à la suite des troubles intellectuels et l'aliénation mentale.
Nettoyage. — La sécrétion urinaire et les déjections alvines sont abondantes chez le nourrisson. Leur contact prolongé avec la peau devient une cause d'irritation, si l'on ne s'empresse de changer les couches et autres vêtements, aussitôt après qu'ils sont souillés. Avant de placer les couches nouvelles, on procède à un nettoyage des plus minutieux. A l'aide d'une éponge fine, très propre, trempée dans de l'eau à température ordinaire en été, légèrement tiède en hiver, on lave avec soin et douceur, les téguments, sans négliger les plis des ames, et ceux de la région génitale externe, oij les matières séjournent facilement. Le nettoyage terminé, on essuie la peau avec un linge demi-usé, et on saupoudre les parties lavées, avec de la poudre de lycopode, d'amidon, de fécule de pomme de terre ou de riz.
L'enfant ne se salit jamais pendant le sommeil, mais presque toujours un peu après le réveil. Cette remarque est utilisée, pour l'habituer dès l'âge le plus tendre à faire dans . un vase. Il suffit de le démailloter aussitôt qu'il s'éveille, et de le placer sur le récipient
SOINS SPÉCIAUX
pour qu'il satisfasse aux besoins naturels. Cet usagé économise des couches, et expose moins la peau au contact irritant des matières.
On reconnaît que l'enfant s'est sali et a besoin d'être nettoyé à divers symptômes : les yeux prennent un regard fixe, des gaz s'échappent par l'anus, et quelques efforts d'expulsion se manifestent ( Depaul). Une légère pâleur qui ne fait que traverser la face et que remplace bientôt une rougeur turgescente, est aussi un indice de l'effort pour expulser les matières fécales (Parrot).
Bains. — Les nettoyages habituels ne suffiraient pas à entretenir le corps dans un état de propreté satisfaisante, si l'on n'y joignait les lotions générales et les bains. Cette méthode, prônée par les uns, combattue par les autres, est toujours salutaire, si on l'applique avec intelligence. C'est le meilleur moyen de fortifier le système nerveux et cutané, et de préserver les enfants des affections nerveuses, catarrhales et rhumatismales (Hufeland). Par lui, les érythèmes des cuisses et de la partie inférieure du tronc sont moins fréquents ou plus légers; l'action générale sédative produit du calme et du repos, et n'est pas étrangère à la régularisation des fonctions digestives (Depaul).
En attendant la 3® ou la 4® semaine pour donner des bains généraux, on lave chaque jour le corps à l'aide d'une éponge imbibée d'eau tiède. Ces lavages sont exécutés lestement, une heure et demi après la dernière tétée, et autant que possible, quand le nouveau-né est déjà levé depuis un certain temps.
Pour les bains généraux, comme pour les lavages, on emploie de l'eau à la température de 25 a 27° en
PREMIÈRE ANNÉE
été, de 30° à 3 2° centigrades en hiver. Il est préférable de commencer par une température de 3 2° et de diminuer graduellement, de façon à arriver à 25° vers le 3® ou 4® mois. Pour apprécier sûrement le degré de chaleur de l'eau, au lieu de se contenter d'y plonger le bras, on aura soin de placer un thermomètre à alcool dans la baignoire pendant cinq minutes.
Les immersions seront toujours très courtes; leur durée ne dépassera pas deux ou trois minutes. On a fabriqué des ceintures et appareils pour maintenir l'enfant dans le bain. Il n'en est pas de préférable aux mains de la nourrice : l'une passée sous le siège permet de soulever facilement le corps, l'autre, les doigts écartés, embrasse et soutient par la face palmaire la région dorsale.
Les anglais donnent un bain chaud matin et soir. Depaul est partisan des bains quotidiens. Donné, Bouchut, Tarnier blâment cette pratique. Un, deux, ou trois bains au plus par semaine leur paraissent bien suffisants. Dans ma clientèle, j'engage les parents à donner trois bains par semaine en été, deux seulement en hiver. Les autres jours on se contente de lotions générales.
Le bain est pris vers les neuf heures du matin en toute saison; en cas de fatigue. Donné préfère les administrer le soir avant le sommeil qu'ils facilitent.
En sortant de l'eau, l'enfant est enveloppé d'un tissu de flanelle, essuyé rapidement, et habillé au coin du feu, s'il fait froid. Sauf par un temps chaud, il vaut mieux ne point sortir l'enfant immédiatement après le bain.
Jules Simon conseille de se servir pour les lotions et les bains, d'eau de feuilles de noyer, qui raffermit la