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CHAPITRE II

INFLUENCE DE l'ÉTAT DE SANTÉ OU DE MALADIE

Conditions de santé des futurs époux. — Dans les mariages entre personnes appartenant à la classe moyenne ou à la classe élevée, on se préoccupe beaucoup des questions de fortune, de position, d'agréments physiques, de relations etc. On néglige le plus souvent de procéder à une enquête aussi sérieuse, sur la santé et les qualités morales du futur conjoint et de sa famille. Cet oubli peut entraîner les plus graves résultats, soit pour le bonheur des époux, soit pour la santé de leur descendance. En dehors des affections susceptibles de se transmettre dans la vie conjugale, il en est d'autres qui exercent leur influence néfaste sur le produit de la conception dont elles entravent le développement intra-utérin, ou sur l'enfant après sa naissance.

On ne saurait donc attacher une trop grande importance à ne point suivre les errements de la majorité.

Débauches habituelles, Alcoolisme Les habitudes de débauches et d'alcoolisme sont une des nombreuses plaies de la société moderne. De quinze à trente ans, il est impossible de compter les victmies que ces vices moissonnent parmi la jeunesse. Quand ils ne ruinent pas entièrement la santé, ils la débilitent

considérablement. Le système nerveux surtout en ressent le contre-coup.

Ces habitudes déplorables sont, aux yeux de l'hygiéniste, une contre-indication formelle au mariage. Le débauché est incapable de trouver et de donner le bonheur dans la vie de famille. Blasé avant l'âge, il n'éprouve de satisfaction relative que dans le changement perpétuel; c'est pour lui le seul moyen d'assouvir momentanément ses passions. Marié, il ne s'attache point à sa femme; père de famille, il n'a point d'affection pour ses enfants. Dans bien des cas, il ne se borne pas à souiller le lit nuptial, en communiquant à sa femme les maladies les plus honteuses, mais, par une hérédité fâcheuse, il transmet à sa descendance, comme un héritage funeste d'infirmités rebutantes qui l'accompagnent jusqu'au tombeau. Heureusement les excès précoces entraînent fréquemment la stérilité!

On est moins sévère pour l'alcoolisme que pour la débauche; c'est à 'tort. Sans l'envisager au point de vue de ses conséquences morales, je rappelle seulement que les rapports sexuels, pratiqués pendant l'ivresse et suivis de fécondation, sont une cause de folie, d'épilepsie ou d'hystérie pour l'enfant. M'' Martin, pendant son internat à la Salpêtrière, sur 150 aliénées épileptiques de son service, a recueilh 83 observations dans lesquelles les renseignements sur les familles présentent toutes les garanties désirables. Il a divisé ses observations en deux catégories : l'une, pour les cas où les habitudes alcooliques des ascendants étaient certaines; l'autre, pour les cas douteux à ce point de vue, et dans lesquels l'alcoolisme était seulement soupçonné pour quelques-uns. Les 60 filles épileptiques de la

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première catégorie avaient eu 244 frères ou sœurs. Sur ce nombre, 48 ont été affectés de convulsions de la première enfance; 132 étaient morts en i 874, et 1 12 vivaient encore en i 879. Parmi ces derniers, la plupart très jeunes, quelques uns avaient le système nerveux plus ou moins gravement atteint. Dans le deuxième groupe, 23 filles épileptiques ont eu 83 frères ou sœurs, parmi lesquels 10 ont eu des convulsions. En i 874, 37 étaient morts et 46 vivaient encore.

Dans la statistique d'Echeverria , 68 hommes et 47 femmes alcooliques, donnent le jour à 476 descendants, sur lesquels nous relevons, 23 morts-nés, 107 cas de convulsions dans la première enfance, 3 suicidés, 1 3 idiots de naissance, 19 fous, 7 paralytiques généraux, 5 ataxiques, 26 hystériques etc. et 96 épileptiques.

Lannurieh, médecin de l'asile des aliénés de Morlaix, n'hésite pas non plus à attribuer à cette cause, la plupart des cas d'idiotie observés dans son hospice.

L'alcoolisme de l'un ou des deux parencs est aussi d'après Grancher pour les descendants une cause de scrofule.

Gendron résume ainsi le triste héritage transmis à leur descendance par les alcooliques: intendance à boire des liqueurs fortes; 2° convulsions chez les enfants, déterminées par les excoriations les plus légères ; 3° asymétrie du crâne et microcéphalie; 4° développement général de l'individu faible, ou revêtant la forme hémiplégique; 5 ^ intelligence faible, idiotie; 6° perversité et cruauté précoces ; 7^ tendance à la folie; 8^" tremblements surtout accentués aux membres supérieurs; 9° fourmillements et picotements analogues, à ceux de l'alcoolisme aigu, sauf le moment de leur apparition;

10° vertiges et épilepsie; 11^ beaucoup d'enfants morts-nés ou mourant en bas âge.

Affections du système nerveux. —Les fonctions du cerveau comme sa structure, dit Déjerine, sont transmissibles par hérédité. On connaît l'hérédité des instincts, des facultés perceptives, de la mémoire, des habitudes; il en est de même des modes supérieurs de l'intelligence. Les aptitudes artistiques ou scientifiques sont fréquemment héréditaires. Mozart avait une sœur douée comme lui d'une grande précocité musicale, et son père était violoniste. Beethoven était le fils d'un ténor. Dans la célèbre famille de J. Sébastien Bach, on compte huit générations de musiciens. Tout en étant moins fréquente chez les peintres et les sculpteurs, l'influence héréditaire estpourtant commune. GermainPilon était fils d'un sculpteur distingué ; le père de Thorwaldsen était aussi sculpteur ; celui de Raphaël était peintre ; Van Loo était frère, petit-fils, et arrière-petit-fils de peintres. Titien était d'une famille de peintres, comme celle des Bassano. On connait des familles de mathématiciens, les Bernouilli; de botanistes, les de Jussieu; de littérateurs et romanciers, les Dumas. La transmission des qualités morales se retrouve également dans l'histoire des familles princières et des aristocraties (Létourneau, Déjerine).

Pourquoi n'en serait-il pas de même dans les maladies du système nerveux? On rencontre en effet cette hérédité, et dans les maladies du système nerveux sans lésions anatomiques appréciables (psychoses et névroses, folie, hystérie, épilepsie, hypocondrie, chorée, maladie de Parkinson, goitre exophthalmique, neurasthénie, etc.), et dans celles avec lésions anatomiques

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(paralysie générale, maladies de la moelle épinière, névroses vaso-motrices et trophiques) (Déjerine).

Sans rapporter ici des exemples à l'appui de cette transmission héréditaire, de peur d'être entraîné trop loin, je citerai seulement quelques statistiques relatives à l'épilepsie, et à la folie.

Folie. — Esquirol a connu une famille dont tous les membres furent atteints dè folie à l'âge de quarante ans. Il a constaté pareille influence héréditaire 163 fois sur 572 cas de folie. L'hérédité du côté maternel serait plus fréquente. Baillarger, comme Esquirol, admet ce fait comme incontestable. Sur 453 faits d'hérédité de la folie, les deux tiers étaient d'origine maternelle.

Epilepsie. — Echeverria a observé ( 1881 ) que 136 épileptiques mariés avaient engendré 533 enfants, sur lesquels 195 sont morts de convulsions, et parmi les survivants, il y eut 78 épileptiques. Voisin, sur 3 5 enfants issus de 17 mariages, dont un des conjoints était épileptique, trouve 1 6 épileptiques ou morts de convulsions. Hippolyte Martin a aussi remarqué cette tendance des descendants d'épileptiques, à mourir de convulsions dans leur enfance. Moreau a noté chez les ascendants de 124 épileptiques, 30 cas d'épilepsie. Foville dit (1868) que le quart des enfants survivants des épileptiques sont atteints d'épilepsie ou de folie. Brown-Séquard a démontré que des cobayes, rendus accidentellement épileptiques par section du nerf sciatique ou de la moelle, mettent au monde des petits qui ne tardent pas à être en proie aux mêmes troubles nerveux. K

Diathèses. — L'hérédité, ou la transmission hérédi-J taire, est admise pour les diathèses. Pour plusieurs!

d'entre elles, le mariage expose à la procréation d'enfants prédisposés aux mêmes lésions que leurs ascendants. Déplus, pour ce qui concerne plus spécialement la femme, il y a une aggravation marquée de la maladie antérieure, par le fait d'une grossesse le plus sou:;, vent interrompue avant son terme.

Cancer. — Bourgeois a rassemblé 1 1 observations de femmes, qui ont accouché dans la cachexie cancéreuse. Trois avaient un cancer de l'utérus, les autres des cancers de la mamelle ou d'autres organes. Quatre ont accouché avant terme d'enfants morts-nés. Une est accouchée à terme; les manœuvres obstétricales ont déterminé la mort de l'enfant. Les six autres ont donné •naissance à des enfants chétifs. Trois de ces enfants ont langui quelques mois, et se sont éteints dans le marasme; un est mort dans les convulsions; deux seulement ont grandi, et l'un d'eux a présenté des signes de scrofule.

Ces résultats sont moins importants à constater que ceux des autres diathèses. Le seul nom de cancer est un motif de crainte suffisante pour écarter, même chez les plus courageux, toute idée de mariage avec un sujet qui en serait affecté. Loin de méconnaître les caractères réels de ces productions néoplasiques, on serait plutôt porté à tomber dans l'excès contraire, et à les attribuer sans distinction à toute espèce de tumeurs bénignes ou malignes. Si je les rapporte, c'est seulement pour mettre en garde contre les alliances avec certaines familles qui, plus que d'autres, paraissent prédisposées aux lésions cancéreuses.

Scrofule. — Sur 5 2 femmes observées par Bourgeois, atteintes de scrofules légères ou graves, dans la

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jeunesse ou pendant la gestation, unies à des hommes paraissant sains et sans état diathésique prononcé, 1 2 (à peu près le quart) ont avorté. Quelques-unes même ont eu plusieurs fausses couches consécutives, et donné un total de 37 avortements.

Lugol a connu un scrofuleux, affecté de bec-delièvre, à peine pubère à trente ans, qui s'est marié quelques années plus tard. Sa femme n'a jamais pu arriver au terme d'une grossesse, malgré sa bonne santé.

La transmission héréditaire de la scrofule n'est mise en doute par aucun auteur.

Racliitisme. — H est certain que si le père et la mère présentent des signes de rachitisme, leurs enfants auront de grandes chances de devenir rachitiques. On a remarqué que les mêmes lésions avaient plus d'influence du côté de la mère que du côté du père; c'est dans ces circonstances particulièrement, qu'on a observé le rachitisme intra-utérin, ou les formes précoces (Tripier).

Phthisie. — Aptitude à la conception. — L'aptitude à la conception existe dans la phthisie au premier degré. Mais le chiffre des grossesses est inférieur aux moyennes habituelles. Les statistiques publiées sur ce sujet, montrent 13 femmes seulement sur 95, devenant enceintes une seconde fois. Le nombre de celles qui eurent une troisième grossesse est très restreint, et dans ce cas, elles n'en atteignirent pas le terme.

Influence de la grossesse sur la marche de la phthisie. — Cette influence a été interprétée en différents sens. D'après Cullen, Bordeu, Baumès, Frank, Dugès, Sims, Brioude, Marc, etc., la grossesse s'oppose au

développement de la phthisie, ou arrête l'évolution déjà commencée; après la délivrance, la maladie reprend son cours. Gaulard, dans sa thèse d'agrégation, a combattu cette opinion comme erronnée ; avec Grisolle, Stolz, Dubreuilh, Caresme, Ortega, Depaul, Louis, Hervieux, Guéneau de Mussy, Grancher, Perroud, Schrœder, Braun, Spiegelberg, Hecker, Spath, Playfair, etc., il croit que, dans l'immense majorité des cas, la grossesse, l'état puerpéral et l'allaitement aggravent la tuberculose. La marche de la maladie et le pronostic varient avec les conditions pathologiques et hygiéniques du sujet affecté. Mes observations personnelles m'ont conduit à adopter ce sentiment.

Injluence de la phthisie sur la marche de la grossesse. — La phthisie est une entrave à la marche régulière de la grossesse. Dans un certain nombre de cas, elle favorise les avortements et les accouchements prématurés.

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