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CHAPITRE II

DIRECTION DE l'aLLAITEMENT MATERNEL.

La mére pourra-t-elle allaiter son enfant ? —

I Beaucoup de femmes enceintes désirent savoir avant l'accouchement, si elles pourront nourrir elles-mêmes leur enfant, ou si elles devront arrêter à l'avance une „ nourrice.

La solution de ce problème est donnée par des examens multiples sur la santé de la femme, sur le fonctionnement de la menstruation avant la grossesse, sur le développement et la disposition des seins, et la nature de leur sécrétion.

Santé. — Un préjugé très répandu dans la classe aisée, consiste à croire qu'une bonne nourrice doit avoir ; une santé très robuste. Si l'on se montrait difficile à ce ; point, il n'y aurait jamais possibilité pour l'habitante 1^ des villes d'allaiter son enfant. L'expérience montre tous les jours qu'il n'existe aucune relation directe entre la santé générale et la richesse de la sécrétion lac- I tée. Certaines femmes d'apparence presque chétive, I' sont des nourrices bien supérieures à d'autres femmes beaucoup, plus vigoureuses. Sans exiger des constitu- |. tions exceptionnelles, on se contentera donc de celles qui^sont satisfaisantes dans leur ensemble.

Réné Blache a cité plusieurs observations de mères,

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appartenant aux classes moyennes ou élevées de la société, qui, dans de semblables conditions, ont pu conduire à bien l'allaitement de leurs enfants.

Menstruation. — Trousseau trouve, dans le fonctionnement habituel de la menstruation avant la grossesse, un indice de la sécrétion future du lait. Une menstruation irrégulière et peu abondante laisse craindre que la sécrétion lactée se fasse mal. Des règles trop abondantes sont aussi chose fâcheuse, parce que, lors du rétablissement de l'hémorrhagie menstruelle, après deux ou trois mois d'allaitement, la fluxion utérine peut contrebalancer et annihiler la fluxion mammaire. Le retour régulier des époques, et la quantité moyenne de la perte, établissent des présomptions favorables.

Mamelles. — On connaît (page 263 ) l'influence du volume des mamelles sur la sécrétion lactée. Reste à étudier la conformation du mamelon qui déverse le lait au dehors.

L'allaitement direct au sein nécessite un mamelon saillant et de dimensions moyennes. Un excès de longueur provoquerait des titillations de la luette et des vomissements; un excès de volume empêcherait l'introduction dans la cavité buccale ; les conditions inverses offriraient trop peu de prise pour la succion régulière.

Le mamelon doit être percé d'un grand nombre d'orifices, pour permettre au lait de sortir facilement. A la pression, le lait doit sourdre en forme de gerbe.

Examen de la sécrétion mammaire pendant la grossisse. — Le troisième mois de la grossesse s'accompagne de la sécrétion d'un lait imparfait, appelé colostrum. Les caractères de ce colostrum permettent de

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prévoir d'avance les qualités futures du lait. Donné divise les femmes enceintes en trois catégories.

1° Dans la première, se rangent celles chez lesquelles, à quelqu'époque que l'on fasse cet examen , la sécrétion du colostrum est très peu abondante. On peut à peine en obtenir une goutte ou une demi-goutte par la pression la plus soigneusement exercée sur la glande mammaire et le mamelon. Si l'on joint l'observation microscopique à cet examen, on voit que ce colostrum contient très-peu de globules laiteux, petits, mal formés, et un très-petit nombre des corps granuleux propres à ce fluide. Dans ce cas, le lait sera presque à coup sûr, en petite quantité, après l'accouchement, pauvre et insuffisant pour la nourriture de l'enfant.

2° La seconde catégorie comprend les femmes, qui sécrètent un colostrum abondant, mais fluide, aqueux, coulant facilement, semblable à une légère eau de gomme, également pauvre en globules laiteux proprement dits et en corps granuleux. Il semble qu'il est étendu et délayé avec de l'eau. Les femmes offrant ce caractère peuvent avoir du lait en plus ou moins grande quantité, quelquefois abondant, quelquefois rare, mais leur lait est toujours pauvre, aqueux et très-peu substantiel.

3^ Dans la troisième catégorie, le colostrum a des caractères plus tranchés. La sécrétion chez une femme grosse de huit mois, par exemple, est assez abondante. On en obtient facilement plusieurs gouttes dans un ver- .re de montre. Ce fluide contient une matière jaune, plus ou moms foncée, plus ou moins épaisse, tranchant par sa consistance et par sa couleur avec le reste du liquide, dans lequel elle forme des stries distinctes. Il est riche en globules laiteux déjà bien formés, d'une bonne

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grosseur, sans mélange de globules muqueux. Il contient également une plus ou moins grande quantité de corps granuleux. Cette réunion de symptômes est favorable. Elle permet d'espérer que la femme aura du lait en suffisante quantité, que ce lait sera riche en principes nutritifs, et qu'il jouira en un mot, de toutes les qualités essentielles.

La méthode de Donné comporte des exceptions. L'expérience journalière démontre l'aptitude à nourrir de femmes, de sa première et de sa seconde catégorie.

Utilité de l'allaitement maternel dès les premières couches. — La jeune mère qui, présentant les conditions requises pour conduire à bien l'allaitement de son enfant, a pris la décision de ne point le confier à une mercenaire, devra commencer à nourrir dès ses premières couches. Elle se mettra ainsi pour plus tard, à l'abri d'une cause de découragement qui en a rebuté un grand nombre.

Chez les multipares, en effet, dans les deux ou trois premiers jours consécutifs à la délivrance, les contractions utérines déterminent des douleurs assez vives connues sous le nom de tranchées (page 83 ). L'excitation du mamelon, produite par la succion buccale, exagère ces douleurs. Les primipares en sont généralement exemptes.

Lors d'un premier allaitement, cet obstacle ne surgira pas, pour détourner la primipare de son louable dessein. Plus tard, dans les couches ultérieures, la mère éclairée par l'expérience, aura plus de courage, et le terrible argument perdra à peu près toute sa valeur.

Nécessité pour la femme de prendre librement la décision de nourrir. — «Toute médaille a son revers,»

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dit le proverbe, et il a raison. L'allaitement est sans doute une consolation pour la mère, mais^ il ne faut pas se faire illusion, il exige aussi beaucoup de sacrifices et beaucoup de dévouement.

Pour être bonne nourrice, dans toute l'acception du terme, il ne suffit pas de remplir certaines conditions physiques ; d'autres conditions morales sont bien plus indispensables. Là est le secret qui donne de beaux succès à des mères d'apparence chétives, alors que tant de mères incontestablement plus robustes échouent. // faut vouloir nourrir, et prendre librement cette décision.

Une tâche imposée nous paraît toujours plus dure à accomplir, et telle est la faiblesse de la nature humaine, que nous nous exagérons en pareil cas les difficultés. Cette lutte morale aboutit nécessairement à une défaite.

Au lieu d'entourer le nouveau-né de soins minutieux, de veiller sur lui avec la sollicitude la plus tendre, la mère à qui l'allaitement est en quelque sorte imposé, ne tarde pas à délaisser ce petit importun, qui absorbe tous ses instants. La négligence de ces soins indispensables, ceux de propreté surtout, l'inobservation des préceptes de l'hygiène, le décubitus dorsal prolongé etc., ne tardent pas à porter leurs funestes conséquences. La santé du baby en souffie. Les maladies se manifestent. On en conclut que la mère ne peut pas nourrir, et il faut recourir à une autre nourrice ou à l'allaitement artificiel.

On pourrait, peut-être, atténuer ces inconvénients, dans les familles de la classe aisée, en confiant l'enfant à une nourrice sèche, chargée d'administrer tous les

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soins les plus éclairés et les mieux entendus, et en ne réservant pour la mère que l'allaitement proprement dit.

Même dans ces conditions, en apparence si satisfaisantes, la mère qui nourrit de force, restera une piètre nourrice.

Après tous les anciens accoucheurs, Jacquemier et Delore ont insisté sur ce point. De même, observe ce dernier, que la bouche se sèche sous l'empire d'une émotion, de même le lait est tari par le chagrin et la contrainte morale.

Avant d'engager une jeune femme à nourrir dès ses premières couches, le médecin qui l'assiste de ses conseils, doit donc engager certaines négociations diplomatiques. Avant de s'adresser directement aux intéressés, le père et la mère, il tâchera de convaincre l'entourage, surtout les belles-mères.

Ici les avis sont presque toujours partagés. La mère du mari pousse à l'allaitement, la mère de la femme le combat de toutes ses forces. Elle craint toujours pour la santé de sa fille, et il n'est pas de dangers chimériques qu'elle n'invoque à l'appui de son opinion. Si les grand'mères maternelles avaient eu le pouvoir de proscrire l'allaitement maternel, nul doute qu'elles ne l'eussent fait depuis longtemps, et à une forte majorité.

La plus difficile à convaincre est donc la mère de l'accouchée. Si cette difficulté disparaît, tout va comme par enchantement ; tout le monde est docile aux conseils de la science, et on obéit sans murmurer. La mère réussit toujours à convaincre sa fille.

Dans le cas contraire, l'allaitement est compromis. La femme se plie, en apparence, au désir de son mari

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et de sa belle-mère. Elle affecte même de penser comme eux. Dans le fond, il n'en est rien ; l'influence de i sa mère reste prépondérante. On peut s'attendre d'un moment à l'autre, à voir surgir de ces causes providentielles qui forceront d'interrompre l'allaitement.

Hygiène de la mère pendant rallaitement. — L'allaitement est une cause de fatigues incessantes ( pour l'organisme maternel. Pour y résister, il faut savoir observer certaines règles, dictées par la prudence i et l'hygiène. Certains caractères enthousiastes ne voudraient point en entendre parler. Ces jeunes mères s'engagent étourdiment dans une voie qu'elles ne con- 1 naissent pas. Elles ne réussissent jamais à atteindre leur but. Pour celles-là, la Roche tarpéienne est proche du Capitole.

Aliments. — A en croire les matrones toujours disposées à donner les conseils qu'on ne leur demande i pas, et à parler de sujets qu'elles ignorent, la question du régime alimentaire devrait être instituée sur des bases singuHères. On classe surtout parmi les aliments qui donnent du lait, ou parmi ceux qui le font passer, des substances n'ayant jamais possédé aucune des propriétés qu'on leur attribue gratuitement.

Les principes les plus sages sont tout autres. L'alimentation de la mère nourrice doit se rapprocher le plus possible du type auquel elle est habituée. Substantielle et variée, cette alimentation renfermera du gras et du maigre. Les viandes de bœuf, veau, mouton, agneau, en constitueront la base. Les autres viandes blanches ou noires, les volailles, le gibier, le poisson, les légumes, le lait, le chocolat, etc. , ne seront pas exclus , à condition d'éviter Vabus des épices et

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condiments, du sel, du poivre, du vinaigre et autres assaisonnements.

La composition des repas ainsi fixée entretient l'appétit, prévient les troubles digestifs et par suite l'épuisement des forces.

On conseille de s'abstenir de certains végétaux, ail, oignons, carottes, asperges, artichauts etc., susceptibles de transmettre des principes odorants au lait, et de déplaire au nourrisson (page 276).

Boissons. — Les effets pernicieux de l'alcool sur la santé de l'enfant (page 274), font interdire le rhum, le cognac, l'eau-de-vie et les liqueurs alcooliques pendant l'allaitement. L'usage de vin coupé avec de l'eau ou de bière faible, de cidre, suivant les pays, aux repas, n'offre point d'inconvénient, si on en a l'habitude.

Le café, le thé et autres stimulants seront consommés avec la plus grande modération ; cette règle n'est point applicable à toutes les régions. En Angleterre pour le thé, en Orient pour le café, l'habitude contractée dès le bas-âge d'absorber en quantité considérable ces infusions, les rend tout à fait inoffensives aux nourrices.

Sommeil. — Le sommeil régulier contribue au moins autant que l'alimentation à réparer les forces. On connaît l'adage, qui dort, dîne. L'un de ces actes peut suppléer le second. Mais si tous deux s'effectuent dans de bonnes conditions, la santé générale ne s'en porte que mieux.

Le moyen d'obtenir ce repos indispensable à la mère nourrice, consiste à bien régler dès les premiers jours, les repas du nourrisson pendant la nuit. Ce petit être contracte facilement l'habitude qu'on désire lui donner,

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et finit par se réveiller, comme sa mère, à heure fixe pour les tétées.

Dans beaucoup de familles, pour plus "de garanties de sommeil, on pratique pendant la nuit l'allaitement au biberon. L'enfant couche alors dans la chambre d'une domestique chargée de l'allaitement artificiel. Tout obstacle au sommeil de la mère est ainsi écarté.

Cette méthode mixte a l'avantage de permettre l'allaitement à des mères, incapables d'en supporter les fatigues, sans cette précaution. Elle doit être encouragée, à condition toutefois que l'on puisse avoir une confiance absolue dans la femme chargée des repas nocturnes.

Exercice. —La vie continuelle à la maison deviendrait aussi monotone qu'insalubre pour les mères nourrices. Les promenades à pied ou en voiture, au grand air, permettant un exercice modéré, sans fatigue, ne peuvent qu'entretenir le fonctionnement régulier des or-

' ganes. En choisissant pour les effectuer une température convenable, un beau temps, elles donnent toujours d'excellents résultats. Elles aiguisent l'appétit, déten-

, dent le système nerveux etc.; enfin leur utilité n'est pas moindre pour le nourrisson.

Vie mondaine. — La mère qui allaite a besoin d'une vie paisible et régulière. Dans son intérêt et dans celui de son enfant, elle doit prévoir l'emploi de sa journée et s'astreindre énergiquement à ce règlement approuvé par la science. Il lui faut donc renoncer aux plaisirs

! et aux agitations de la vie mondaine. L'amour maternel

1 1 aidera à accomplir ce sacrifice, elle en récoltera amplement les fruits plus tard. Beaucoup de jeunes fem-

•mes n ont malheureusement pas le même courage. Leur

égoïsme est parfois cruellement puni. Combien de mères ont terminé dans les larmes, une nuit commencée dans les festins, les plaisirs et la joie. Pendant qu'elles se réjouissaient loin du berceau de leur enfant, un accident grave, provoqué par la négligence des domestiques ou leur ignorance, a mis les jours du nourrisson en danger ou même l'a emporté en quelques instants !

Moment où il faut donner la première tétée, au nouveau-né. — Les doctrines erronées ont toujours exercé une influence fâcheuse sur la pratique médicale. Autrefois, la croyance à la prétendue fièvre de lait, entraînait comme conclusion logique, la remise au troisième ou au quatrième jour de la première tétée du nourrisson. Jusque-là, on ne soutenait l'enfant qu'avec un peu d'eau sucrée ou miellée. Cette coutume était vicieuse. L'absorption de cette eau sucrée déterminait chez l'enfant des troubles digestifs, et le dégoûtait parfois du sein, dont le colostrum est amer.

Dans les premières heures de la vie, le nouveau -né n'a pas un besoin si pressant de nourriture. Il peut attendre, il vaut mieux même qu'il attende quelques heures, avant d'être mis au sein pour la première fois. Pendant ce temps, ainsi que sa mère, il goûtera un paisible repos.

La durée de ce sommeil pour l'accouchée, varie, suivant la fatigue du travail, entre^deux et douze heures. Parfois, la faiblesse exceptionnelle de la mère réclame un repos plus prolongé. Durant cet intervalle, toutes les heures au plus, ou toutes les trois heures au moins, l'enfant avale une ou deux cuillerées à café d'eau tiède, renfermant un quart environ de bon lait de vache, et édulcorée avec du sucre de lait.

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Il est important, pour la mère, dit Trousseau, de donner à téter à son enfant, après les premières heures de l'accouchement. Car lorsque la montée du lait est faite, le sein devient douloureux, l'érection du mamelon se fait mal, et de plus, lorsque la mamelle est distendue, le mamelon est tiré à sa base et s'efface de telle manière que l'enfant ne peut plus téter, ou, s'il parvient à téter après l'élongation du mamelon, la succion est fatigante et cause des déchirures. Au contraire, lorsque, immédiatement après l'accouchement, on donne le mamelon à l'enfant, l'érection se fait avec facilité. La bouche le saisit bien et l'organe s'habitue à ses nouvelles fonctions. De cette manière, les canaux galactophores, au lieu d'être engorgés de colostrum, sont préparés à l'excrétion du lait, rendue plus facile et plus commode. Si l'on n'agit pas ainsi, les seins s'engorgent, les canaux se déchirent ou se rompent, les mamelles s'enflamment, deviennent .le siège d'abcès, de fissures, et l'allaitement est compromis.

Précautions à prendre avant de placer l'enfant au sein. — Avant de présenter le sein pour la première fois à l'enfant, on a soin de laver le mamelon à l'eau tiède, pour faire disparaître divers produits sébacés ou épidermiques accumulés dans les sillons où aboutissent les canaux lactifères ; les lotions augmentent la souplesse de l'organe et en faciHtent la dépréhension. Dans la suite, on les renouvelle pour enlever la petite quantité de lait qui pourrait , en séjournant dans les rephs du mamelon, avoir contracté un goût acide.

Repas. Nombre et moment. — Tant que l'enfant perd de son poids, Trousseau engage de le laisser téter sans

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aucune règle, parce qu'il a besoin d'un surcroît de vie considérable; mais Blache voit au contraire dans cet allaitement irrégulier, une puissante cause de déperdition de poids. En effet, dit-il, l'estomac de l'enfant comme celui de l'adulte, a besoin de repos avant de digérer une nouvelle quantité d'aliments. L'enfant qu'on fait téter à chaque instant, fatigue sa nourrice, en même temps qu'il fatigue son estomac et ne le remplit que de la partie la plus liquide du lait, car il quitte le sein au moment oiî la portion caséeuse et vraiment nutritive se présente.

Ces réflexions sont parfaitement justes. J'ai remarqué que l'irrégularité du nombre des repas facilite beaucoup les vomissements, dans les premières semaines de la vie. Il semble donc utile d'en fixer le nombre et les heures.

Dans la journée, on donne à téter toutes les deux heures. La nuit, on double au moins cet intervalle, de manière à avoir huit à dix heures de sommeil séparées par un seul allaitement. Par exemple, l'enfant prend le sein à neuf heures du soir, ensuite de une heure à deux après minuit, puis de cinq à sept heures du matin. Si l'enfant s'éveille et crie, fait qui arrivera en moyenne deux à trois fois par nuit, on cherche à l'apaiser et à l'endormir; s'il est trop récalcitrant, on lui donne, à l'aide d'une cuillère ou d'un biberon, un peu de lait de vache bouilli, coupé avec de l'eau. Après quelques nuits des plus pénibles, le nourrisson finit par s'habituer à cette méthode, et sa mère peut goûter le repos nécessaire. En somme, pendant les premiers mois, l'enfant doit être mis au sein, huit ou dix fois par 24 heures. A partir de quatre mois, les tétées doivent être moins

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nombreuses; après six mois, l'enfant peut téter seulement toutes les trois heures, les repas devenant naturellement d'autant plus copieux qu'ils sont moins fréquents; six tétées, dont quatre ou cinq le jour et une ou deux la nuit, sont alors suffisantes.

Direction. — Il convient, les premiers jours, d'introduire le mamelon dans la bouche de l'enfant, pour lui éviter la fatigue des succions inutiles sur tout ce qui se présente à sa bouche. Pendant l'allaitement, on tiendra libre l'ouverture des narines, en refoulant avec la main, la mamelle, qui, sans cette précaution, serait appliquée contre le nez et le visage du nourrisson. La mère, dans le même repas, présentera successivement les deux seins. Elle restera couchée, suivant la mode américaine, sur le côté correspondant au sein qu'elle laisse tomber dans la bouche de son enfant placé le long de sa poitrine. Cette position est moins pénible que la station assise. Enfin, pendant la nuit, elle ne s'endormira jamais, sans avoir replacé son enfant dans son berceau. Si l'enfant est confié, pendant la nuit, à une nourrice, on exigera qu'elle prenne la même habitude. Cette précaution n'est pas inutile, car un grand nombre de nouveau-nés, partageant le même lit que leur mère ou leur nourrice, ont été étouffés par elles, dans le premier sommeil. Depaul, Fonssagrives , Lefebvre de Villebrune ont vu se produire ces horribles accidents. Ils sont signalés depuis la plus haute antiquité, comme le prouve le jugement de Salomon : une des mères avait étouffé son enfant en le couchant avec elle. Rosen de Rosenstein évaluait à sept cents au moins par an, les nourrissons qui, de son temps, en Suède, succombaient ainsi étouffés.

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Séinéiologie de la succion. — L'introduction du petit doigt dans la bouche du nouveau-né, donne le degré d'énergie de la succion. L'enfant robuste et bien portant saisit aussitôt le doigt, comme il ferait du mamelon et tette avec force et continuité, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive de l'inutilité de ses efforts. L'enfant faible ou malade suce lentement et sans énergie. Dans les maladies cérébrales, il tette avec irrégularité et en mâchonnant. L'enfant sain et pourvu d'une bonne nourrice tette régulièrement ; s'il se jette sur le sein avec une certaine avidité, c'est avec une sorte de jouissance paisible qu^il opère les mouvements de succion consécutifs, et avec la plus grande régularité qu'il avale, soit après chacun de ces mouvements, soit après trois ou quatre; la déglutition doit se faire entendre à distance. Après cinq à dix minutes d'une succion continue, il ôst ordinairement rassasié et s'endort sur le sein que sa bouche abandonne ( Roger ).

Vomissements. — Si l'enfant a de la tendance à vomir facilement, on interrompt un peu plus tôt chaque repas. Le vomissement produit sans effort, aussitôt après la tétée, est un acte mécanique par lequel l'estomac se débarrasse de son trop-plein; il n'entraîne aucune conséquence, et n'empêche pas le baby de prospérer. C'est à tort cependant que les nourrices le considèrent comme un phénomène heureux; il vaut mieux l'éviter, de crainte qu'il ne finisse par devenir habituel, ce qui pourrait nuire à la santé générale.

Régurgitations laiteuses. — Les enfants qui se portent le mieux ont souvent des régurgitations laiteuses. Cela arrive surtout, lorsqu'ils sont vigoureux, voraces et quand les seins de leur nourrice se remplissent aisé-

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ment. Quelques instants après qu'ils ont fini de téter, on voit un flot de lait liquide, inodore, s'échapper de leur bouche, comme d'un trop-plein, et sans qu'il en résulte aucun malaise (Parrot).

Hoquet. — Le hoquet est presque aussi fréquent et en général beaucoup plus tenace, car il n'est pas exceptionnel de le voir durer à plusieurs reprises, dans la journée, pendant 20, 30 minutes, et même une heure entière. Il ne gêne en rien l'enfant, dont la face reste épanouie, et ce n'est pas sans raison, qu'on y voit l'indice d'un estomac satisfait et digérant sans peine un copieux repas. Il cesse toujours quand le mal vient, et ne reparaît qu'avec la santé (Parrot).

Bibliographie.

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