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CHAPITRE III

OBSTACLES A l'aLLAITEMIïNT MATERNEL

Article i . — De la part de la mère.

Obstacles à rallaitement. — Il y a des contre-indications absolues à l'allaitement maternel. Elles en empêchent l'établissement ou^obligent à en suspendre le cours. Elles proviennent : i*^ De l'âge de la mère; 2° De l'état de sa santé; 3° De sa condition sociale; 4° De l'organisation anatomique ou des maladies des seins; 5° De la nature de leur sécrétion.

Age. — Une mère âgée de moins de 1 9 ans et de plus de 35 ans, est incapable d'allaiter son enfant, plus de 2 à 4 mois.

Maladies chroniques existant avant le début de l'allaitement. Tuberculose. — Dans la phthisie pulmonaire confirmée, l'allaitement est proscrit dans l'intérêt de la mère et de l'enfant.

Dans l'intérêt de la mère, car il favorise l'évolution rapide de la tuberculose ( Hérard ). L'expérience démontre qu'il détermine ou accélère la fonte de ces productions morbides, avec lesquelles on peut, en évitant toute excitation forte, fournir une carrière assez longue (Moreau) . Lorain, Jacquemier, Blache, J. Simon etc. donnent les mêmes conseils.

Dans l'intérêt de l'enfant, parce qu'il peut contracter

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plus facilement l'affection maternelle en se nourrissant de ce lait (page 297 ), et parce que ce lait laisse en général beaucoup à désirer, au point de vue de la quantité et des qualités nutritives.

L'interdiction d'allaiter sera, par prudence, étendue à la tuberculose latente, aux femmes prédisposées par hérédité a la phthisie, car l'allaitement, en affaiblissant l'organisme, provoquerait l'éclosion de la diathèse.

Scrofule. — On se comporte de la même manière dans la scrofule, lorsqu'il existe des traces de cette affection, cicatrices, adénites etc., à cause de ses relations avec la phthisie.

Syphilis. — Dans la syphilis, on n'interdit l'allaitement maternel, que si la débilité générale est trop prononcée. Mais alors, pour éviter Tinfection de la nourrice par le nourrisson, on pratique l'allaitement par une femelle d'animal (Tarnier, Parrot, J. Simon).

Hormis ce cas, la mère est dans l'obligation formelle de nourrir, alors même que la maladie aurait été transmise à l'enfant par le père, au moment de" la fécondation de l'ovule, sans contamination de la mère. On sait par la loi de Colles que la mère ne contracte jamais la syphilis, en allaitant son enfant atteint de cette diathèse héréditaire.

Fournier veut même plus. Si l'on objecte, dit-il, que la mère est bien faible pour nourrir, qu'elle ne saurait supporter les fatigues de l'allaitement sans danger pour elle-même, il faut insister. Car il est assez rare qu'une femme ne puisse au moins pour quelques mois allaiter son enfant. Qu'elle donne donc le sein au moins pendant les premières semaines. La syphilis infantile se révèle presque toujours dans le cours du premier

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trimestre. Cette période d'allaitement maternel peut servir et de critérium pour la santé de l'enfant et de guide pour la conduite à tenir dans la suite.

Et en effet i° Si la syphilis, dans ce laps de" temps, s'est révélée chez l'enfant, tout est dit : il ne peut être confié à une nourrice. Ou bien l'allaitement maternel devra être prolongé, ou bien force sera de recourir à l'alimentation par une chèvre nourrice, une nourrice syphilitique ou le biberon.

2° Si après trois, quatre ou cinq mois, rien de suspect ne s'est produit, il y a des présomptions pour que l'enfant ait échappé à l'influence héréditaire, et, si la mère ne peut continuer l'allaitement, on peut permettre une nourrice non toutefois sans soumettre le nourrisson à une surveillance assidue, minutieuse, suffisant pour écarter tout risque de contagion (Fournier).

Herpétisine. — L'herpétisme, pas plus d'ailleurs que l'arthritisme, n'est toujours un obstacle à l'allaitement. Les maladies de la peau qui ont une valeur négative absolue dans le choix d'une nourrice, ou qui doivent devenir un obstacle à la continuation de Tallaitement, appartiennent à plusieurs catégories. Pour Teczéma, l'impétigo, le lichen, l'incompatibilité peut exister, lorsque ces maladies, à l'état chronique, ont une étendue et une intensité exceptionnellement considérables. Il y a d'autres 'maladies de la peau qui, par elles-mêmes, et en dehors de toutes les circonstances de durée, d'énergie, trahissent en général, bien qu'à des titres différents, une altération de l'économie toute entière. Cette altération, bien qu'accidentelle et pouvant n'être que passagère, est telle que sa présence doit donner aux éruptions qui la traduisent, même à l'état aigu, une

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valeur négative absolue dans l'allaitement. Tels sont : l'ecthyma chronique, qui est toujours l'expression d'un^ constitution mauvaise, d'un état cachectique; le rupia, le pemphigus, le purpura, qui révèlent également une détérioration de l'économie.

Il existe en outre des maladies de la peau qui sont bien autrement graves encore pour Tallaitement ; ce sont ces formes, qui révèlent une altération permanente et générale, une lésion totius substantiœ, caractérisées par la dégénérescence des tissus, et par leur tendance à détruire les parties affectées. Telles sont : l'éléphantiasis, le molluscum, le lupus, la kéloïde etc.

Une dernière classe de maladies de la peau, intéressante à étudier, toujours au même point de vue, est celle des maladies contagieuses , gale , herpès tonsurant et favus. Ces affections toutes locales ne sauraient avoir aucune influence à cet égard, sauf le favus qui constitue un des motifs d'exclusion les plus puissants (Cazenave).

Affections nerveuses. — Les névroses graves : folie, épilepsie, hystérie, sont des causes d'exclusion pour l'allaitement. Mais on se montrera moins sévère suivant les cas, pour les femmes simplement nerveuses et très impressionnables, à condition de les empêcher de donner le sein, sous le coup d'une vive émotion (page 290). Leur lait se transformerait alors en vrai poison pour l'enfant, susceptible d'entraîner les convulsions et la mort, comme l'ont observé Petit-Radel , Van- Swieten, Levret, Cazeaux etc.

1 Autres affections. — On déconseille encore l'allaittement aux mères sujettes à des dérangements d'enitrailles ou atteintes de cachexie.

Affections survenues depuis l'allaitement. Débilité générale. — Quelques mères tiennent à allaiter leur enfant, et sont d'excellentes nourrices. Mais, au bout d'un temps variable, tandis que le baby se développe à ravir, leur santé s'affaiblit visiblement. L'enfant, dont les besoins s'accroissent avec l'âge, a fini par demander à l'organisme maternel plus qu'il ne peut lui fournir, et provoqué ainsi, par rupture d'équilibre, l'affaiblissement de la constitution. Il n'est pas toujours nécessaire en pareil cas, de défendre l'allaitement. Tout en administrant des toniques, on permet à la mère de continuer à donner le sein à son enfant, à condition de se faire aider par une nourrice ou une femelle d'animal, ou à leur défaut, de donner le biberon un certain nombre de fois dans la journée. On ne renonce absolument à l'allaitement par la mère, que dans les cas de force majeure, comme la persistance ou l'accroissement de la débilité, malgré la diminution des fatigues et l'administration d'un traitement tonique.

Affections aigûes. — Dans quelques affections fébriles de la mère ou de la nourrice, dont la durée ne dépasse pas un mois ou six semaines, il ne faut pas se hâter de changer le mode d'allaitement ou de sevrer le nourrisson. L'expérience de tous les jours démontre combien Natalis Guillot avait raison d'insister sur ce précepte, applicable en particulier aux affections légères.

Mais, contrairement à beaucoup d'auteurs, je trouve qu'il faut renoncer à l'allaitement, dans toutes les affections aigiies ou infectieuses, pneumonie, fièvre typhoïde, variole, scarlatine, rougeole, choléra etc., pour ne point exposer l'enfant aux dangers de la con-

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tagion. Que la sécrétion lactée ait été influencée ou non, en qualité ou en quantité, peu importe. La prudence en pareil cas dicte seule notre ligne de conduite.

Dans le cours de ces maladies, on élève momentanément l'enfant au biberon, ou on le confie à une nourrice, jusqu'à l'entrée en convalescence de la mère. A cette époque, si la santé générale n'a pas trop été altérée, on reprend l'allaitement.. La sécrétion lactée aura pu être entretenue pendant la maladie à l'aide des tirelait. Si elle avait disparu, il serait aisé de la faire revenir. Trousseau, Gubler, Ballou, Siredey etc. ont montré par des exemples nombreux, que la sécrétion lactée se rétablit aisément après une interruption de quelques semaines et même de quelques mois. Ce privilège de la femme est exceptionnel. Chez les autres mammifères, chez les vaches en particulier, la sécrétion lactée, une fois arrêtée, n'est plus susceptible de reparaître.

D'après Cazenave, quelques-unes d'entre les maladies de la peau, à l'état aigu, dans certaines conditions et en vertu de certains rapports, acquièrent une valeur particulière, distincte des autres affections. Ainsi, l'eczéma aigu généralisé peut avoir pour résultat de diminuer la sécrétion lactée. L'impétigo, exprimant l'exagération morbide du tempérament lymphatique, peut au même titre, constituer une sorte d'incompatibilité; de même pour le lichen et l'ecthyma. Quelques particularités relatives, et certaines circonstances individuelles ou certains rapports de conditions organiques entre la nourrice et l'enfant, impriment aux éruptions cutanées, un caractère de gravité , dont la valeur

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ne peut être convenablement appréciée qu'en vue de chaque cas particulier. A part ces cas, Cazenave pense qu'en général, et si on ne les envisage qu'à un point de vue absolu, la plupart de ces éruptions à l'état aigu, ne sauraient être considérées comme une raison de rejeter une nourrice, alors qu'il s'agirait de la choisir, et encore moins de discontinuer ou de changer l'allaitement, si l'une de ces éruptions survenait pendant son cours.

Autres affections. — Toute affection à marche plus lente, tendant à déprimer l'état général et survenue pendant l'allaitement (tuberculose, névroses graves, troubles intenses de la digestion etc. ) en fera suspendre le cours.

On surveillera en particulier les hémorrhagies utérines. Chez certaines femmes, elles se manifestent aisément à chaque tétée, au début ou dans le cours de Tallaitement. Ces hémorrhagies tenaces et persistantes, rebelles au perchlorure de fer et aux traitements hémostatiques, compromettraient gravement la santé, si on ne-confiait l'allaitement à une autre nourrice.

Grossesse. — Une nouvelle grossesse est une contreindication à l'allaitement. Dans cet état, la mère a besoin de toutes les ressources de son organisme, sans en distraire aucune partie par la sécrétion mammaire.

Condition sociale. — Quelques conditions sociales créent des obstacles insurmontables à l'allaitement maternel. Dans cette catégorie, rentrent les journalières, et les employées de magasins, obligées de rester la plus grande partie du jour hors du logis. Telles sont encore les personnes appartenant à la haute société, obligées à des relations très étendues, à faire et à rç-

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cevoir beaucoup de visites, à donner des soirées, des bals, etc.

Mauvaise conformation des seins. — Malgré la meilleure volonté du monde, il y aurait, sans l'interven- ''tion de l'art, impossibilité absolue, chez quelques femmes, de nourrir leur enfant. L'empêchement résulte tantôt d'un vice de conformation ou d'une maladie des seins, tantôt d'une altération de qualité ou de quantité de la sécrétion mammaire.

Dans la mauvaise conformation des seins, le mamelon, au lieu de reposer sur une partie saillante, est circonscrit par une dépression plus ou moins profonde qui lui donne une certaine analogie avec la cicatrice ombilicaJe. L'enfant s'épuise en vains efforts, sans jamais réussir à prendre sa nourriture.

Cette conformation vicieuse des seins, plus fréquente dans la classe aisée que dans la classe laborieuse, à la ville qu'à la campagne, est le plus souvent provoquée par la pression continue exercée sur le mamelon par le corset. En Syrie, oij l'usage du corset est fort peu répandu, la conformation vicieuse des seins est très rare.

Pour permettre l'allaitement avec cette organisation défectueuse, plusieurs méthodes ont été préconisées. Les unes tendent à corriger la conformation vicieuse, les autres à faciliter l'allaitement, à l'aide de mamelons artificiels.

Pour rendre le mamelon plus saillant, on conseille le port des bouts de sein pendant la grossesse. On donne ce nom^à des plaques de bois concaves, préparées au tour , disposées de façon à coiffer exactement le mamelon à leur centre. La femme applique ces appareils

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sur le sommet des seins, et exerce une pression sur eux à l'aide du corset. Cette pression fait saillir le mamelon dans l'excavation; au bout de deux ou trois mois de traitement, cet organe finit par acquérir une longueur d'un centimètre.

Cette méthode est la seule prudente jusqu'au huitième mois de la gestation. A partir de cette époque, on peut recourir aux autres méthodes basées sur la succion. Si en effet, à ce moment, l'excitation mammaire retentit sur l'utérus et favorise le travail, on en sera quitte pour un accouchement prématuré , l'enfant est parfaitement viable.

En France, dans les campagnes, on pratique l'aspirationàl'aide d'une simple pipe en terre. Dans les villes^on se sert volontiers de pompes ventouses, dites tire-lait.

Pour acquérir une meilleure conformation du mamelon, certaines femmes se font téter par un nourrisson vigoureux, par leur mari, ou par un jeune chien, dont elles enveloppent les pattes avec du linge, pour ne pas être blessées par les griffes. Tous ces moyens sont peu pratiques. Le nourrisson et le chien refusent souvent de prendre le sein mal conformé. L'intervention du mari est au moins ridicule. Le meilleur procédé me semble l'usage du bout de sein d'Auvard qui sera décrit plus loin.

Maladies des seins. Ecréma. — Les seins sont parfois le siège d'un eczéma pénible qui se localise généralement au mamelon et à l'aréole, surtout chez les nourrices. Il appartient d'habitude à la variété vésiculeuse et se transforme rapidement en eczéma rubrum avec croûtes et fissures. Quand la femme allaite, les douleurs deviennent intolérables, de sorte qu'on est

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obligé d'éloigner l'enfant de la mère, temporairement ou d'une façon définitive. Cette maladie est toujours aggravée par l'allaitement; dans les cas intenses, les mamelons se rétractent, s'enfoncent, et se recouvrent de croûtes (Duhring).

Dans la lactation , le traumatisme résultant des tétées et de la galactorrhée n'engendre pas seul l'eczéma mammaire ; il faut encore tenir compte de la fermentation lactique, agissant comme cause d'irritation cutanée. Parfois , chez les personnes prédisposées , c'est-à-dire strumeuses, la gale ou la grossesse provoquent Téclosion d'un eczéma des seins, qui peut présenter la ténacité désespérante de l'eczéma chronique (Barthélémy) et persister pendant l'allaitement, longtemps après la disparition des causes déterminantes.

Gerçures. — Les plus fréquentes affections des seins sont incontestablement les excoriations ou gerçures. On donne ce nom à de petites ulcérations très douloureuses, consécutives à l'exposition au froid, du mamelon encore humide et chaud, après une tétée. L'érosion est le degré le plus bénin, la crevasse, le plus grave. Ces excoriations occasionnent pendant la succion, de vives douleurs, en rapport avec leur étendue. Si l'on ne suspend l'allaitement direct, elles deviennent le point de départ d'inflammations de voisinage, érysipèle, lymphangite, phlegmon sous-cutané ou glandulaire, qui se propagent au mamelon, à l'aréole, et à la glande ellemême. Ces petits accidents s'observent de préférence, dans un premier allaitement, chez les femmes à peaii fine et délicate, dont le mamelon était très sensible pendant la grossesse.

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Rossi, sur 37 primipares ayant allaité leur enfant, en a trouvé 22, ayant eu des excoriations. On prévient ces lésions en lavant les seins, à partir du huitième mois, avec un peu d'eau alcoolisée (alcool, eau-de-vie, cognac, rhum), ou additionnée de quelques gouttes d'eau-blanche ; on se sert aussi avec succès de pommades au tannin ou au borax (4 grammes), à condition de remplacer l'axonge par la vaseline ( 40 grammes ) qui ne rancit pas. Après l'accouchement, on prend les soins de propreté les plus minutieux, en passant sur l'organe une éponge fine, aussitôt après que l'enfant a fini de téter; on essuie ensuite avec un linge fin, et on protège avec du coton ou de la flanelle contre le contact de l'air.

On a vanté une foule de formules pour guérir les excoriations du sein, après leur apparition. Bondel a conseillé d'enduire le bout du sein de teinture de benjoin; Charrier a proposé les lotions avec une solution d'acide picrique i gr., dans 1000 gr. d'eau distillée. Lediberder se borne à administrer le sulfate de quinine pendant cinq jours, à dose de 40 centigrammes matin et soir, puis de 25 centigrammes pendant trois jours. Je recours avec succès au borax et à la vaseline précédés de lavages antiseptiques avec l'eau au thymol et suivis des précautions énumérées plus haut contre le froid. Pour calmer les douleurs, j'utilise la solution de chlorhydrate de cocaïne au vingtième.

Pendant tout le traitement, l'allaitement direct est nuisible. Pour pouvoir le continuer après la guérison, on dégorge pendant la maladie les glandes mammaires à l'aide de téterelles. En attendant, il faut prendre une nourrice, ou élever l'enfant au biberon. Pour éviter cet

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inconvénient, sans s'exposer au traumatisme consécutif à la succion, on recourt parfois à l'emploi d'un bout de sein artificiel, et on continue l'allaitement.

Bouts de sein. — Le plus commode des bouts de sein est sans contredit celui de Bailly , composé d'une cupule de verre, terminée par une téterelle en caoutchouc. Son usage malheureusement oblige de faire des efforts trop considérables pour un nouveau-né, et souvent celui-ci, après quelques essais infructueux, finit par se rebuter dans cette tâche trop pénible.

Diverses modifications ont été proposées pour tourner la difficulté; les plus récentes et les plus pratiques sont celles de Triaire (de Tours), de Smester et d'Auvard.

Triaire a fait adapter à la cupule ordinaire, un ajutage mécanique pourvu d'un robinet. Au-dessus, se fixe à volonté, à l'aide d'un pas de vis, soit une ventouse en caoutchouc pour faire le vide, soit une téterelle, pour que l'enfant puisse absorber le lait. L'appareil est certainement ingénieux, mais son maniement entraîne une perte de temps très précieux.

Les bouts de sein de Smester et d'Auvard, sont à peu près identiques. Tous deux ont été construits par Galante. Le premier aurait été exécuté un an avant le second. C^est en somme le bout de Bailly, avec embout latéral de verre creux, auquel se fixe un tube en caoutchouc terminé par une tétine. Les deux tétines sont pourvues de soupapes.

Bout de sein d'Auvard. — Cet appareil consiste en une cupule en verre à sommet fermé. Un peu au-dessous du sommet, aux deux extrémités d'un diamètre, sont deux ouvertures circonscrites au dehors par deux

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prolongements cylindriques en forme de tubes, supportant deux tuyaux en caoutchouc, terminés chacun par une téterelle, l'une destinée à la mère, l'autre à l'enfant. Dans cette dernière, existe une petite soupape de même matière, qui permet à la nourrice ou à la mère de faire le vide dans la cupule appliquée sur le sein, même quand l'enfant, pour une cause quelconque, abandonne l'extrémité du caoutchouc. La mère commence par aspirer; le lait arrive dans la cupule de verre, se dirige spontanément vers le tuyau qui gagne la bouche de l'enfant; quelques mouvements de succion suffisent pour amener le liquide dans sa bouche.

Les seuls défauts de cet appareil sont : sa grande fragilité reconnue par l'inventeur, les soins minutieux de propreté qu'il exige à cause de ses tubes en caoutchouc et le fonctionnement défectueux des soupapes. Il paraît néanmoins appelé à rendre de grands services.

Viciation de la sécrétion lactée. A^a/ac^i^.— L'absence totale de sécrétion lactée ou agaladie s'oppose aussi à l'allaitement. Elle est très rare. Chez certaines femmes en effet, la montée du lait se fait mal; chez d'autres, elle est diminuée ou suspendue par un accident, une impression morale, etc.; chez très peu, il y a absence absolue et primitive de fluxion mammaire, liée à un défaut de développement ou à une atrophie de la glande.

L'agalactie secondaire succède le plus souvent aux influences morales, chagrins, peur, honte, brusque nouvelle d'événements malheureux, etc. Elle provoque l'amaigrissement rapide du nourrisson. On la reconnaîtra néanmoins avant qu'elle ait entraîné de fâcheux résultats.

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Si, bien portant, le nourrisson se jette avidement sur la mamelle qu'on lui présente, s'il fait des efforts précipités, puis s'arrête pour crier avec colère, si l'on n'entend point le bruit répété de la déglutition qui s'accomplit, il n'y a pas à douter, le lait est très peu abondant (Roger ). Natalis Guillot a proposé, dans ce cas, comme moyen de contrôle, de peser l'enfant avant et après chaque tétée. L'augmentation de poids dans la seconde pesée, représente la quantité de lait ingéré.

Lorsque l'agalactie est partielle (et c'est la règle, lorsqu'elle survient dans le cours d'un allaitement), à moins de contre-indication formelle, on oblige la jeune mère, durant les six premières semaines qui suivent la délivrance , à donner le sein à son enfant, au moins trois fois par jour. Une nourrice fournit le supplément nécessaire à l'alimentation.

Autrefois, on recourait en pareille occurrence à l'usage de remèdes spéciaux, dits galadogènes , aujourd'hui presque abandonnés. Avant de renoncer à l'allaitement maternel, en totalité ou en partie, pourquoi n'essaierait-on pas de ces remèdes, dans tous les cas où l'agalactie ne dépend pas d'une lésion organique de la glande?

Galadogènes. — L'emploi des galadogènes est incertain, dit-on, et plusieurs de nos confrères n'y croient pas. En médecine, le scepticisme est répandu de nos jours, et, il faut bien l'avouer, l'ignorance plus fréquemment que la science conduit à cette disposition d'esprit. Pour croire aux galactogènes, il suffit de les voir recommander par des hommes d'une valeur incontestable.

Sans revenir sur l'action galactagogue de certaines

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substances d'origine végétale, aliments ou remèdes (pages 268, 276 et suiv. Jpris à l'intérieur, j'insisterai ici seulement sur les médications externes.

D'après Aristote, auprès du mont JEta, lorsque les chèvres n'ont pas reçu le mâle, on leur frotte les mamelles avec de l'ortie, assez fortement pour exciter la douleur, et on les trait. La première liqueur est sanguinolente; ensuite, il vient une espèce de pus, et enfin du lait, qui ne le cède pas à celui des chèvres qui ont été couvertes.

On a beaucoup vanté l'usage de cataplasmes de mercuriale, de pimprenelle ou de ricin. Bouchut déclare avoir employé ces dernières avec succès. Il est utile de faire connaître le mode d'application de ces feuilles, tel que Ta décrit le premier en 1 8 5 o, Mac-William, à l'Association britannique.

Il existe, d'après ce médecin, aux îles du Cap-Vert, un usage qui consiste à faire nourrir les enfants dont les mères succombent pendant l'allaitement, ou sont empêchées dans cette fonction maternelle par une cause quelconque, par leurs plus proches parentes, ou par des voisines charitables, alors même que ces femmes depuis longtemps n'ont pas eu d'enfants et n'ont pas allaité. Pour provoquer la lactation, les habitants de Buenavista emploient les feuilles du ricin commun. D'autres fois, ils font usage des feuilles du jatropha curcas, qui appartient comme le ricin, à la famille des euphorbiacées. Lorsque chez une femme nouvellement accouchée, la montée du lait tarde (ce qui arrive souvent dans ces îles), on fait une décoction d'une poignée de feuilles de ricin dans six ou huit pintes d'eau. La partie liquide sert à pratiquer des fomentations sur les

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seins pendant 1 5 à 20 minutes. Les feuilles sont appliquées ensuite en cataplasmes sur les mêmes organes, jusqu'à évaporation de l'humidité. Ces fomentations et cataplasmes sont répétés à courts intervalles, jusqu'à ce que l'enfant trouve du lait dans la mamelle, résultat obtenu ordinairement en quelques heures.

La méthode pour déterminer d'emblée la lactation chez les femmes qui n'ont pas eu d'enfants ou qui ont cessé de nourrir depuis plusieurs années, diffère un peu de la précédente. On prépare la décoction de feuilles de ricin et on la verse encore bouillante dans un vase large et ouvert, au-dessus duquel la femme s'accroupit de manière à en recevoir les vapeurs sur les cuisses et dans les parties génitales. Des couvertures disposées avec soin autour du corps, préviennent la perte de la vapeur. La femme garde cette position pendant dix ou douze minutes, jusqu'au moment où le refroidissement graduel de la décoction lui permet de pratiquer des ablutions pendant 15 ou 20 minutes sur les parties génitales. Les mamelles sont aussi lavées avec la même eau, massées avec douceur, puis recouvertes de cataplasmes de feuilles. Ces diverses opérations sont répétées trois fois le premier jour. Le second jour, on se borne à répéter trois ou quatre fois l'opération sur les seins seulement. Le troisième jour, on revient aux fumigations et aux bains de siège, sans discontinuer le traitement mammaire. Ce jour là, on présente l'enfant au sein, et dans la grande majorité des cas, il trouve la sécrétion lactée établie. Si ce résultat n'a pas lieu, on continue encore le quatrième jour; si l'on ne réussit pas, on abandonne le traitement, la femme ne paraissant pas susceptible d'en être influencée. Les femmes qui ont

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les mamelles très développées sont celles qui donnent les plus beaux succès. Pendant le traitement, elles évitent avec soin le froid sur les mamelles et les extrémités.

On s'est demandé s'il y avait quelque chose de spécifique dans remploi du ricin ou du jatropha curcas, ou si ce n'était pas à l'action irritante ou stimulante, exercée sur les seins par ces applications, qu'il fallait rapporter ces résultats favorables. La dernière supposition paraît la plus propable, d'après les expériences de Cormack. Il a rappelé, ou favorisé la sécrétion lactée dans les mamelles par des fomentations chaudes, des cataplasmes, des embrocations stimulantes contenant une petite quantité de teinture de cantharides et d'essence de thym. On comprend comment en associant à l'emploi de pareils moyens la succion par un enfant, on peut rétablir la sécrétion lactée chez des femmes qui ont cessé d'allaiter, ou la faire apparaître chez des femmes qui n'ont jamais eu d'enfants, et même chez

des hommes.

La succion et l'électrisation des mamelles sont des moyens héroïques contre l'agalactie survenue dans le cours de l'allaitement.

Succion. — La succion produit d'excellents effets.

Chez une dame, dont le dernier accouchement remontait à douze ans, la sécrétion lactée s'établit suffisante par la succion pour qu'elle ait pu nourrir son petit-fils ( George Simple ). Une femme âgée de 62 ans, dont la dernière couche remontait à 27 ans, chargée d'élever sa petite-fille au biberon, eut l'idée de lui donner le sein pour l'amuser. Au bout de peu de temps, elle eut assez de lait pour allaiter l'enfant. La secré-

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tion persista pendant un an (Audebert). Simon rapporte un fait identique chez une grand'mère dont l'unique couche remontait à plus de 23 ans. Dans la presqu'île de Malacca, lorsqu'une mère vient à mourir laissant un nouveau-né, la grand'mère est chargée, d'après l'usage, de lui donner le sein. Une servante ayant la garde d'un enfant nouvellement sevré, lui donna le sein pour l'empêcher de crier, et ne tarda pas à avoir du lait (Belloc). Legroux a vu une jeune chienne tétée par un petit chien avoir du lait. J'ai observé le même fait chez une jeune chatte n'ayant jamais porté. Une chèvre non couverte tétée par un agneau finit par avoir assez de lait pour être traite.

Aristote parle d'un bouc qui présenta les mêmes phénomènes. D'autres exemples ont été enregistrés par Haller, Blumenbach, Is. Geoffroy S*. Hilaire, et Schlossberger, chez des boucs, des béliers, etc. Robert Bishop, Humbold, Franklin, Albers, Dureglison, ont trouvé chez l'homme une production de lait assez abondante, pour pouvoir suffire à l'alimentation d'un nourrisson. Le lait présente en pareil cas ses caractères ordinaires (Schlossberger, Mayer).

Eledrisatioii. — L'électrisation des mamelles appliquée avec succès, pour la première fois, en 185 5 , par Aubert de Maçon, et à peu près à la même époque par Becquerel, a réussi également entre les mains de Moutard-Martin, de Fournier (d'Angoulême), de Touzelin, etc. J'en ai été satisfait dans quelques cas, oij je l'ai employée. Cette opération se pratique à l'aide d'un appareil d'induction de Gaiffe, de Duchenne (de Boulogne), de Breton, etc. On dirige un courant modéré à travers la glande mammaire. Les courants

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forts sont douloureux et plus nuisibles qu'utiles pour levbut qu'on se propose. Les séances d'électrisation durent un quart d'heure, et peuvent être renouvelées deux fois par jour. Généralement le lait réapparaît à partir de la quatrième séance.

Allaitement mixte. — Quand la mère a peu de lait, ou une santé délicate, et se refuse à confier l'enfant à une nourrice, plutôt que de l'alimenter exclusivement au biberon, il vaut mieux pratiquer l'allaitement mixte.

On le conseille aux jeunes mères pour la nuit, et pour la nuit seulement tout d'abord. Dans le jour l'enfant puise au sein de la mère, le lait nécessaire à sa subsistance, dans la nuit il prend le biberon. Le lait choisi est celui d'ânesse, ou celui de vache modifié par le coupage. Il convient que l'enfant s'habitue, en ce cas, de bonne heure, au biberon. A partir du sixième mois, quand ses besoins augmentent, on ajoute graduellement au lait, pendant le jour, divers autres aliments.

L'allaitement mixte est pratiqué dans beaucoup de familles peu aisées, préférablement à l'allaitement par des nourrices externes, capables de tromper la confiance des parents, et, loin de toute surveillance, d'élever exclusivement l'enfant au petit pot. On l'emploie aussi pendant la nuit, pour laisser goûter aux jeunes mères, le sommeil qui leur est indispensable.

D'après les recherches deLemenant des Chesnais, cet allaitement donne de bons résultats. En 1879, sur 5 1 enfants élevés de cette manière, dix seulement sont tombés malades, et aucun n'est mort.

Galadorrhée. — 'D^ns sa galadorrhée, le lait sécrété est tantôt normal, tantôt altéré dans sa composition.

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Cette affection dont l'origine est inconnue, semble souvent héréditaire chez les femmes lymphatiques. L'affaiblissement considérable qu'elle entraîne, prédispose à la phthisie pulmonaire. On a vanté divers traitements pour la combattre : diurétiques, sudorifiques, purgatifs, révulsifs, ont également échoué. Les meilleurs résultats ont été obtenus par la compression régulière des seins, à l'aide d'ouate et de bandelettes de diachylon.

Altération du lait. — Un lait varie quelquefois de composition; il peut devenir pauvre, riche, ou renfermer des principes nuisibles tels que du pus.

Le lait pauvre est une source insuffisante dlalimentation pour l'enfant. Celui-ci est exposé à dépérir par une inanition graduelle, à moins d'absorber une très grande quantité de ce liquide. Cette surabondance de lait produit la distension de l'estomac et par suite la fatigue de cet organe.

Le lait trop riche est également nuisible. Il facilite les indigestions, les vomissements, la constipation, la diarrhée, enfin l'apparition des gourmes ou croûtes laiteuses.

La pauvreté du lait est compensée par l'addition d'une certaine quantité de lait de vache, si elle est momentanée; si non, il faudra recourir à une autre nourrice.

On remédie à la richesse excessive du lait, en rendant moins substantiel le régime de la mère ( page 268 ), et en donnant un peu d'eau sucrée après chaque repas. Ceux-ci seront aussi éloignés que possible, et en même temps plus courts que d'habitude. En effet, d'après les recherches de Péligot (page 263 ), le séjour du lait

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dans les mamelles, le rend plus aqueux. Le lait le plus ancien sortant toujours le premier, si le repas est un peu abrégé, la qualité nutritive du lait absorbé sera par le fait diminuée.

L'altération du lait par le pus ne se présente que dans les inflammations des conduits galactophores, ou poils, aboutissant à la formation d'abcès. Elle exige la suspension de l'allaitement.

Article 2. — Obstacles de la part de l'enfant. Alimentation et gavage des enfants nés avant terme ou débiles. — Les enfants venus avant terme exigent des. soins spéciaux et minutieux, sans quoi ils succombent rapidement. Ils sont incapables de prendre le sein, et seraient emportés par l'inanition, si l'on ne recourait à d'autres méthodes d'allaitement.

D'autres enfants sont dans le même cas. Ils semblent n'avoir jamais besoin d'alimentation. Ils dorment continuellement et ne tètent pas le doigt qu'on leur introduit dans la bouche; quand par hasard ils prennent le sein, après quelques efforts de succion, ils se rendorment presque aussitôt. Ce sommeil léthargique, résultat d'une débilité générale , entraînerait la mort par la faim, si on le respectait. Il convient de le combattre par des moyens appropriés. Lorsqu'il est hé a la réplétionde l'intestin, un léger purgatif le dissipe sinon on excite l'enfant en le plaçant devant un bon feu, en pratiquant d'énergiques frictions sur la peau avec des flanelles sèches ou imbibées d'eau de vie camphrée, en appliquant des sinapismes sur les jambes. On fait couler dans sa bouche du lait de vache coupé avec trois quarts d'eau additionnée de sucre de lait, et

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s'il l'avale, on le remet au sein. S'il ne commence pas aussitôt à téter, on visite sa langue, de crainte que le frein ne soit trop étendu; dans ce cas, on en opérerait la section.

Section du frein de la langue. — L'opération se pratique de la manière suivante. Un aide maintient la tête de l'enfant, légèrement renversée en arrière, et lui comprime les narines pour l'obliger à ouvrir la bouche. On introduit alors le frein dans la fente de la plaque d'une sonde cannelée, et, relevant la langue, on le divise d'un seul coup de ciseau, de manière à éviter la blessure des veines ranines. Cet accident causerait une hémorrhagie assez sérieuse, pour nécessiter l'emploi des hémostatiques ordinaires. Un autre danger de cette opération est le renversement de la langue, observé trois fois par Jean-Louis Petit. Ce changement de position de l'organe étoufferait l'enfant, si on ne la rétablissait aussitôt dans sa direction normale.

L'opération, quoique très rarement nécessaire, est très souvent réclamée par les familles. Elles prétendent que l'enfant a le filet.

Manière de surmonter les difficultés d'allaitement chez les enfants faibles. — Si le frein est normal, la difficulté d'allaitement provient de la faiblesse qui empêche des succions assez fortes pour entraîner la montée du lait. Chailly-Honoré conseille alors de louer, pendant quelques jours, une nourrice et son nourrisson bien portant. Toutes les fois qu'on veut faire téter le nouveau-né, on place d'abord au sein de la nouvelle accouchée, l'enfant de la nourrice, qui bientôt allonge les bouts de sein, et fait monter le lait; puis, on retire cet enfant, et l'on y place immédiatement le nouveau-né

qui tette à son tour. Mais ce moyen ne réussit pas toujours dès la première fois. Le nouveau-né se rebute après quelques efforts de succion. On persiste pendant quelques minutes, puis on place le baby au sein de la nourrice pour l'alimenter, pour lui faire comprendre que ses efforts ne sont pas inutiles. Il est rare qu'on soit obligé de continuer l'usage de ce moyen plus de trois ou quatre jours : souvent même un jour suffit. En attendant, pour prévenir l'inanition, on peut nourrir l'enfant avec le lait de la mère, ou celui d'une nourrice, donné à la cuillère et versé goutte à goutte dans la bouche (page 226).

Procédé de Henriette. — Quand l'enfant n'avale pas, suivant le procédé de Henriette, on approche de l'une des narines, une cuillère remplie de lait. Ce liquide est entraîné par l'air de l'inspiration, dans les fosses nasales, et provoque dans le pharynx des mouvements de déglutition sans amener ni toux, ni suffocation. Cette méthode tombée dans l'oubli, a été remise en honneur par Lorain et par Bouchard.

On trouve dans ï Union médicale du 28 avril 1881, la description d'un autre procédé du savant médecin belge , qu'il appliquait dans son service de Bruxelles , renfermant 600 à 700 nouveau-nés.

L'enfant étant couché horizontalement dans son berceau, ou mieux sur les genoux de sa nourrice, le médecin, placé à sa droite, appuie pour maintenir sa tête, la paume de la main gauche sur le front ; le pouce resté libre vient s'appliquer sur la lèvre supérieure près de l'ouverture nasale. La main droite armée d'une seringue préalablement chauffée, le médecin place légèrement l'extrémité de la canule sur le pouce de lamam

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gauche resté libre, en la présentant à l'ouverture du nez, sans jamais l'introduire à plus d'une ligne de profondeur. On évite ainsi l'éternuement, et on n'est pas exposé à blesser les enfants qui sont quelquefois, mais très rarement indociles. Cela fait, le médecin pousse très lentement le liquide, qui tombe goutte à goutte, à travers les fosses nasales, sur la partie postérieure du pharynx, dans l'œsophage et l'estomac.

Aucun accident de toux, d'éternuement, ne vient contrarier cette légère et inoffensive opération. Le liquide injecté est avalé, et si l'enfant pleure, la déglutition ne s'en opère pas moins. Il faut avoir soin, après chaque injection, de nettoyer la seringue, pour éviter la décomposition du lait.

Le lait de femme doit être donné pur. A son défaut, on recourt au lait d'ânesse pur, ou à un mélange de lait de vache bouilli en vase clos au bain-marie, additionné, de trois quarts d'eau et d'un dixième de sucre de lait.

Gavage. — Aujourd'hui, préférablement aux méthodes précédentes, on recourt volontiers au gavage, sur les conseils de Tarnier qui l'a introduit à la Maternité de Paris, le 22 mars 1884.

Cette méthode, dont on attribue à tort l'invention à l'illustre professeur de Paris, est décrite pour la première fois dans V Union médicale du 22 janvier 1852 par Marchant (de Charenton).

Après lui, elle aurait été pratiquée, en 1860, à l'Hôtel-Dieu de Paris, par Legroux ; en Italie, en 1871 par Rizzoli; eten 1870, par Belluzzi de Bologne. Ces divers essais ont passé inaperçus avant les travaux de Tarnier.

Moi-même, j'ai pratiqué le gavage des nouveau-nés à

398 ALLAITEMENT MATERNEL

Beyrouth, devant mes élèves, durant plusieurs années, avant de connaître les travaux de ces savants dont je ne veux en rien diminuer le mérite.

J'ai eu l'idée de l'appliquer pour la première fois, chez un nouveau-né, incapable de prendre le sein, et sujet à des accès de spasme glottique, toutes les fois qu'on versait à la cuillère du lait dans sa bouche. Je me suis servi d'une sonde uréthrale en caoutchouc rouge, n° 14 de la filière de Charrière, que l'on rencontre chez tous les pharmaciens, en pratiquant les injections de lait à l'aide d'une seringue en verre. Tarnier préfère ajuster à la sonde une cupule en verre, connue sous le nom de bout de sein artificiel du Bailly. L'un et l'autre appareil sont faciles à improviser dans tous les pays.

Procédé opératoire. — Voici comment on procède : L'enfant est tenu dans une direction oblique (45° environ ) de haut en bas, la tête dans l'extension, de manière à ouvrir le plus possible l'angle formé par la rencontre de l'axe de la cavité buccale, et de celui de l'œsophage. On fait glisser sur la langue la sonde préalablement enduite d'un peu de glycérine neutre, on l'introduit dans l'œsophage, et on la passe doucement dans ce canal. Elle ne rencontre aucun obstacle dans ce trajet d'environ 1 5 centimètres, de l'orifice buccal à l'entrée de l'estomac. On verse dans la cupule (ou l'on injecte directement dans la sonde avec la seringue ) la quantité de lait tiède préalablement fixée, qui pénètre dans l'estomac sous l'influence de la pesanteur, et l'on retire rapidement la sonde, pour ne point provoquer le rejet du lait par vomissement ou régurgitation.

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Cette opération est inoffensive, et s'exécute plus rapidement chez l'enfant que chez l'adulte. Il faut avoir soin d'introduire chaque fois de faibles quantités de liquide.

Le tube soigneusement lavé après chaque repas , est rendu aseptique, par son séjour habituel dans une solution d'acide borique à 4 0/0 (Berthod).

Choix du lait. — Le meilleur lait pour le gavage est le lait de femme. A son défaut, on utilise le lait d'ânesse ou celui de vache. Pour augmenter la digestibilité de celui-ci, Tarnier conseille de le couper avec de l'eau bouillie et sucrée, après ébullition préalable, dans les proportions suivantes :

4 d'eau sucrée

Pour les enfants nés avant terme.

l""^ semaiae 1 partie de lait

3® et 4® semaines 1 2 —

Après le l^r mois 1 1

Pour les enfants nés à terme, le coupage est :

semaine 1 partie de lait, 3 d'eau sucrée ; 2« - 1 - 2 - A partir delà 3^ semaine 1 — — 1

A la fin du deuxième mois, lait pur (Berthod).

Quantité de lait pour chaque repas. — La quantité de lait à donner à chaque repas est fixée à 4 ou 6 grammes par Wiederhofer, à 8 grammes par Tarnier; on peut aller jusqu'à deux cuillères à café, soit environ 10 grammes. Plus tard cette quantité sera augmentée graduellement. Il y aura d'abord un repas toutes les heures, limite peu à peu reculée au fur et à mesure que la quantité de lait ingérée sera plus considérable.

Conséquences de gavages trop copieux. — Avec des gavages trop copieux, l'enfant augmente rapidement de volume et de poids ; mais cette augmentation est due à un œdème considérable de tout le corps de l'enfant. Comme cet œdème disparaît avec une alimentation plus modérée, on peut l'expliquer par une hypernutrition. Mais, si au lieu de diminuer la quantité du liquide alimentaire, on la maintenait, et surtout si on l'augmentait, on ne tarderait pas à observer des indigestions, et les enfants succomberaient avec de la gastrite et de l'entérite. Là est le danger le plus grand. Pour réussir, il faut que le lait soit ingéré en petite quantité à chaque repas, sauf à multiplier leur nombre (Tarnier ).

Signes du gavage bien supporté. — Dans le gavage bien supporté, le vomissement ne se manifeste pas ; les selles jaunes et bien liées ont le caractère normal de celles des nourrissons bien portants; enfin l'enfant prend des forces et se développe. A un moment donné, il est apte à prendre le sein, il ne faut pas alors se hâter de le confier à une nourrice, mais pratiquer le gavage mixte, en alternant le mode d'alimentation. Pour éviter la fatigue inévitablement consécutive aux efforts de succion trop rapprochés, tantôt l'enfant puisera directement le lait au sein, tantôt on introduira ce liquide dans son estomac par la sonde. Celle-ci ne sera entièrement délaissée que plus tard.

Résultats du gavage. — Peu de travaux ont été jusqu'ici publiés à ce sujet. La statistique la plus importante est celle de Tarnier, consignée dans la thèse d'un de ses internes, M"* Berthod.

OBSTACLES

Tarnier a employé le gavage 1 52 fois. Sur ces enfants : 65 ne tétaient pas ;

7 avaient des vomissements ;

2 — un bec de lièvre ;

1 était atteint de syphilis buccale ;

1 — — de bridures à la bouche ; pour 76 la cause n'est pas spécifiée.

Sur ce

nombre 56 sont morts, soit 36,8 0/0. Ils ont succombé :

à l'entérite ;

à la faiblesse congénitale ;

à l'athrepsie ;

à l'hydrocéphalie ;

à l'érysii^èle ;

à la cyanose ;

à diverses affections ( œdème, sclérôme, pneumonie, néphrite.

convulsions ) ;

à des causes inconnues.

Suivant le terme et le mode de gavage (lait coupé ou non avec de l'eau, lait et bouillon), les enfants se répartissent de la façon suivante :

Gavage en général

G. lait et bouillon

Nombre d'enfants

Nombre d'enfants

Gavés

Vivants

Prop.

Morts

Prop.

Gavés

Vivants

Morts.

9 mois 8 mois 1/2 8 mois 7 mois 1/2 7 mois 6 mois 1 /2 6 mois.

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Article i

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