‹ Hygiène de la première enfanceChapitre 36 sur 67 · ALLAITEMENT PAR LES NOURRICES · texte numérisé non relu

ALLAITEMENT PAR LES NOURRICES

Nourrices sur lieu et nourrices à distance. — Le

mode d'allaitement qui se rapproche le plus de l'allaitement maternel est l'allaitement par la nourrice. La femme qui ne peut ou ne veut élever son enfant pour une raison quelconque, se substitue une remplaçante naturelle qui fournit au nourrisson le lait nécessaire à sa subsistance. D'une manière générale, l'allaitement par les nourrices doit donner des résultats supérieurs à l'allaitement par les animaux et par le biberon. Le fait est indiscutable, quand la nourrice vient se placer à domicile et élève l'enfant sous le contrôle des parents. Il n'en est malheureusement plus de même pour l'éducation par les nourrices à distance qui emportent les enfants à la campagne. Le manque de surveillance efficace livre le nourrisson à la discrétion de celle à qui on l'a confié, et l'expose plus ou moins suivant l'intelligence, les qualités ou les défauts de la nourrice. Il n'est pas rare de voir ces nourrices à distance continuer à allaiter leur enfant, et élever le nouveau venu au biberon, malgré leurs promesses. Contrairement aux déclarations faites aux mairies par les intéressées, Lemenant des Chesnais a constaté dans le Perche, que 6 o/o seulement des nourrissons sont élevés uni-

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quement au sein, mais 3 3 ,03 le sont par l'allaitement mixte, et 62,03 par le biberon. On comprend que dans ce dernier cas, la mortalité se soit élevée à 36,05 0/0.

Des qualités que l'on doit chercher chez une nourrice. — Le choix d'une bonne nourrice est toujours une chose très difficile. Il ne s'agit pas ici de baser ses préférences sur la bonne mine, la physionomie ou le costume particulier du sujet présenté, mais de juger ses qualités physiques et morales en vue du rôle qu'il devra remplir pendant l'allaitement. Il est impossible d'arriver à une certitude absolue, mais on peut établir certaines présomptions favorables. En attendant que le temps permette d'arriver à la première, il faut se contenter des secondes.

Sans entrer dans des répétitions inutiles, je complète ce qui a été dit plus haut dans les chapitres sur le lait en général.

Pa/s. — La connaissance du pays d'une nourrice n'a d'importance que pour le cas où l'allaitement se ferait à la campagne. On choisit alors les localités peu éloignées de sa résidence habituelle, pourvues de voies de communication facile. On pourra ainsi surprendre à intervalles assez rapprochés la nourrice, et exercer une surveillance plus active. Les voies ferrées ont singulièrement diminué les distances en Europe. On aura soin d'exclure les nourrices de régions fiévreuses ou très industrielles. On donnera la préférence aux femmes de paysans, en général moins corrompues et plus fortes que les ouvrières des villes. Le plus souvent dans les fermes, se trouvent une ou plusieurs vaches dont le lait est utilisé en cas d'indisposition de la nourrice. L'enfant est sûr alors de ne point souffrir de la faim.

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Age. — De vingt à trente-cinq ans, une nourrice donnera une sécrétion lactée satisfaisante. Avant cette période, elle est trop jeune; après, elle est trop âgée. Il est plus avantageux de choisir une nourrice de vingt-cinq à trente ans. La femme est parvenue à son entier développement, elle a alors les qualités de la jeunesse tempérées par l'expérience de l'âge mûr, dont elle ne possède pas encore les défauts.

Constitution. — Les constitutions sans aucune trace de diathèse sont évidemment les meilleures. Il est cependant quelquefois des femmes que les fatigues d'un premier accouchement pénible, exagérées par la misère, peuvent avoir temporairement affaiblies, sans que leur constitution laisse à désirer. On tiendra compte de ces particularités. Au bout de quelques jours de repos et d'alimentation substantielle, ces nourrices reprennent rapidement une mine excellente.

Intelligence. — Pour remplir convenablement l'office de nourrice, il n'est pas besoin de posséder une intelligence supérieure. Une intelligence moyenne est nécessaire; car les femmes à esprit borné, ont toute espèce de défauts, ne veulent pas en convenir, et partant, ne cherchent pas à s'en corriger. Leur maladresse, n'ayant d'égale que leur entêtement, les rend très dangereuses, quand on leur confie des nourrissons.

Caractère. — Le caractère des nourrices a une grande importance. Une femme très vive et sujette à des accès de colère fournirait un lait aussi nuisible à l'enfant qu'une femme trop mélancolique. La nécessité d'un caractère gai et paisible s'impose encore à un autre point de vue, par son influence sur celui du nourrisson. Autrefois on croyait à la transmission par le lait

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des qualités intellectuelles et morales; cette erreur reposait sur une observation incomplète. L'enfant reproduit les qualités ou les défauts de sa nourrice, non point parce qu'il les suce avec le lait, mais parce qu'il les copie ou les reproduit servilement comme le miroir reflète par imitation une image quelconque. La meilleure preuve de cette particularité est dans la transformation de caractère opérée chez l'enfant, lorsqu'on le soustrait à l'influence de la nourrice.

Il est d'autres défauts qu'il faut éviter chez cette dernière. La légèreté la porte à commettre des imprudences. L'égoïsme lui inspire peu d'affection pour son nourrisson, et la pousse à rechercher ses propres aises, plutôt que les avantages de ce dernier. Une femme qui n'a pas de cœur et de conscience est capable de tout, même de commettre un crime, si elle pense y trouver son avantage.

Age du lait. — On ne peut guère prendre une nourrice que deux mois après ses couches, afin de lui donner le temps nécessaire pour se remettre entièrement des fatigues de la grossesse et de l'accouchement. Si cette femme, comme dans la majorité des cas, a allaité son enfant, la loi Roussel lui défend de se placer avant le 6® mois, mais on peut reculer encore cette limite. Du 6® au 10® mois une nourrice peut offrir des garanties suffisantes pour la santé du baby. Si le lait a de la tendance à passer vers le 8® mois de l'allaitement, le nourrisson sera assez fort pour commencer à supporter une autre nourriture puisée en dehors du sein de la nourrice.

Certaines femmes ont pu nourrir successivement plusieurs enfants. Tous les auteurs en citent des

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exemples; il faut les considérer comme des exceptions.

Quand on confie un enfant à une nourrice à la campagne, il est prudent de choisir celles qui ont accouché depuis huit à dix mois, de crainte qu'elles ne se décident pas à sevrer leur propre enfant, et n'élèvent le nouveau venu au biberon.

Pertes génitales. — Les pertes abondantes en rouge ou en blanc des organes génitaux occasionnent une débilité qui peut obliger à suspendre un allaitement en bonne voie. On refusera donc les nourrices qui en sont affectées.

Primipares et multipares. — On préfère les multipares aux primipares, parce qu'elles ont plus d'expérience au point de vue des soins à donner à l'enfant. On peut aussi mieux apprécier leurs qualités par la manière dont elles ont conduit les allaitements antérieurs. Trop jeune à son premier enfant, la femme manque d'expérience. Plus âgée et ayant déjà nourri, elle peut entourer le nourrisson d'assiduités mieux comprises. Il en est des jeunes mères comme des jeunes poules qui cassent leurs œufs par maladresse. Elles ressemblent en certains côtés aux jeunes animaux qui ne savent pas élever leurs petits. La part de Texpérience de la nourrice est grande et il ne faut pas l'oublier. Je me suis plus d'une fois adressé à de vieilles nourrices pour rendre des enfants à la santé; elles réussissaient là oiî d'autres plus jeunes auraient échoué. Il y avait entre autres femmes, à l'hôpital des Enfants-Trouvés, deux ou trois nourrices qui s'y trouvaient depuis plus de deux ans, entre les bras desquelles les enfants renaissaient avec une merveilleuse rapidité (Nat. Guillot).

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Femmes mariées et filles-mères. — Depuis quelques années, les nourrices à demeure mariées sont devenues si difficiles et ont causé tant d'ennuis, que la mode s'est peu à peu introduite de leur préférer des filles-mères. On trouve à ces dernières de grands avantages. Elles sont moins exigeantes pour la question de prix, s'attachent beaucoup plus au nourisson, n'ont point de préoccupation de famille, se montrent plus soumises , et abandonnent rarement leur nourrisson avant le sevrage. Ces avantages au premier abord, peuvent séduire. Il est bon aussi, de faire ressortir quelque peu les inconvénients. Cette mode de prendre pour nourrices des filles-mères est une prime à l'inconduite. Elle est donc réprouvée par la morale. De plus, quelle garantie une fille-mère présente-t-elle aux familles ? Choisir une telle remplaçante est une insulte gratuite qu'une mère se fait à elle même. D'ailleurs, pour avoir des filles possédant Texpérience nécessaire, force est de recourir à des muhipares, c'est-à-dire à des malheureuses habituées à se rouler dans la fange des vices les plus honteux.

Examen de la nourrice. — Quand une nourrice remplit les conditions précédentes, on s'adresse en général à un médecin pour qu'il juge de la valeur du tempérament et de la constitution, et aussi celle de la sécrétion lactée. Cet examen doit être pratiqué suivant certaines règles dans le but de contrôler les renseignements fournis par la nourrice. Celle-ci donne- assez souvent des renseignements erronés par ignorance ou par mauvaise foi et dans un but intéressé.

Visage, aspect extérieur. — La beauté des traits et de la "physionomie n'a aucune importance dans la

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sécrétion lactée, mais la nature de la coloration ou de la pâleur du visage sont de précieux indices pour la santé générale. Cette seule inspection fera soupçonner l'existence de diathèses, syphilis, herpétisme ou scrofule, qui laissent presque toujours des traces sur les téguments. L'examen du nez et des lèvres, pour la scrofule, des cheveux et du cuir chevelu pour les deux autres diathèses, ne sera pas négligé. La couleur particulière du visage dénotera souvent aussi un état cachectique, des maladies du cœur, des reins, du foie et d'autres viscères importants.

Bouche. — On se montrait fort sévère autrefois pour l'état de la dentition, considérant les dents cariées comme l'expression d'un mauvais tempérament. Si Ton était trop rigoriste sur ce point, il serait à peu près impossible de trouver une nourrice. Les femmes de la classe laborieuse soignent fort peu leurs dents et la plupart en ont de cariées. En examinant celles-ci, on tiendra compte de leur nombre et de leur espèce. Une femme qui aurait perdu un grand nombre de dents sera écartée pour plusieurs motifs. La bouche possède en ce cas une odeur fétide ; la mastication étant difficile influe sur la nature de la digestion, et par suite sur l'état général. Quand un petit nombre de dents sont atteintes on sera plus accommodant, si la cause de l'altération a été toute locale. L'examen portera aussi sur les gencives, dont la fermeté et la coloration rouge sont des signes plus certains de bonne santé.

Gor^^.— Avant de quitter la cavité buccale, le médecin inspectera avec soin l'arrière-gorge et le pharynx, pour rechercher en ce point, s'il n'existe pas de symptômes de syphilis, de plaques muqueuses par exemple.

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Qqh^ — Les traces de cicatrices d'abcès scrofuleux,

au cou ou dans d'autres régions, l'existence d'adénites

de même nature, ou de goître sont des motifs suffisants

d'exclusion.

Organes internes, — Une auscultation attentive démontrera l'intégrité du cœur et des poumons; la palpation et la percussion renseigneront sur les viscères abdominaux. Dans l'état actuel de la science toute constatation de maladie chronique, diathésique ou non, engagera par prudence à rejeter le sujet qui en est atteint, sauf dans les cas décrits plus haut.

Organes génitaux, — Pour compléter ses investigations, on examinera les organes génitaux, en vue de la syphilis ou des affections blennorrhagiques, toutes éminemment contagieuses.

Constitution des seins. — En examinant les seins, on recherchera non point leur volume total, mais le développement de la partie glandulaire qui seule secrète le lait, et la richesse des ramifications veineuses sous les téguments. Collés sur la poitrine chez les primipares, ou détachés chez les multipares, les seins devront être toujours fermes et consistants. Pour la conformation du mamelon, on recherchera les caractères déjà décrits (pag. 360).

Examen du lait. — Dans la pratique, cet examen ne peut être fait que d'une façon approximative , quitte à le compléter plus tard par les moyens indiqués cidessus (pag. 238). Il faut avant tout procéder rapidement. Pour apprécier la quantité du lait, on exerce une pression vers la base du mamelon. Si le lait jaillit à distance, avec force par 6 ou 7 orifices à la fois, c'est une preuve que la sécrétion mammaire est abondante,

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et son excrétion facile. On recueille une partie de ce lait dans une cuillère à bouche et on l'examine. Puis, plaçant l'enfant au sein, on voit comment il se comporte pendant la tétée (pag. 3 87); si un seul sein suffit à le rassasier ou s'il faut recourir aux deux. A la fin de ce repas, on recueille de nouveau du lait, et on le compare à celui qui a été pris avant la tétée. Le dernier doit toujours être beaucoup plus riche que le premier ( p. 264 ). Dans ces examens, on ne recourt pas habituellement aux pesées avant et après la tétée.

Examen de l'enfant de la nourrice. — Les meilleurs arguments en faveur des qualités d'un lait, sont fournis par les résultats produits par son administration à l'enfant. Aussi est-il imprudent de retenir à l'avance une nourrice avant le terme de la grossesse ou de l'engager après ses couches avant d'avoir examiné son enfant. Si l'enfant est bien développé, si ses joues sont pleines, son teint frais, le tissu cellulo-adipeux du tronc et des membres abondant, cette réunion de signes est satisfaisante, on peut croire que le lait est en quantité suffisante et de bonne qualité à condition toutefois qu'il n'y ait pas de fraude.

Les nourrices en effet empruntent ou louent parfois de beaux enfants qu'elles présentent comme leur appartenant. L'examen attentif des papiers présentés, la comparaison de la date de la naissance et de l'âge probable du nourrisson d'après son développement, pourront aider à reconnaître la fraude.

D'autres femmes qui ont peu de lait gorgent leurs enfants de bouillies qui les engraissent. On reconnaîtra si l'enfant est habitué à ce mode d'alimentation, en lui en présentant; s'il accepte volontiers de la

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main de sa mère, la conclusion est facile à tirer.

Purgatif au début de l'allaitement du nouveau-né par une nourrice. — On a longtemps attribué des propriétés laxatives au colostrum, ce premier lait sécrété après la délivrance, et l'on croyait par suite à la nécessité d'administrer un laxatif (sirop de chicorée, de rhubarbe ou autre) , pour imiter la nature et remplacer ces propriétés du colostrum au début de l'allaitement d'un nouveau-né par une nourrice. Bouchaud a fait justice de cette opinion erronée. Sauf des cas particuliers extrêmement rares, on s'abstiendra de la pratique vicieuse qui en était la conséquence.

Diminution temporaire du lait chez la nourrice au début de l'allaitement. — Le changement de régime et d'hygiène chez les nourrices de la campagne ou de la montagne détermine souvent chez plies , quand elles viennent se placer dans les villes, une diminution momentanée du lait. Ce phénomène est d'autant plus marqué que la différence d'âge entre le nourrisson qu'elles quittent et celui qu'elles prennent, est plus considérable. Généralement il préoccupe beaucoup les parents. Il convient de les rassurer et d'attendre quelques jours, sans quoi on s'exposerait à changer quotidiennement de nourrices. Si on a la patience de suivre ce conseil, on ne tarde pas à voir revenir la sécrétion lactée aussi abondante qu'avant.

Hygiène des nourrices. Alimentation. — Les règles à appliquer pour l'alimentation des mères qui doivent nourrir (pag. 365 ), conviennent également aux nourrices. Il ne faut pas oublier pour ces dernières, que leur régime ne doit pas être brusquement modifié. La femme de la campagne a déjà assez de peine à s'ac-

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climater au séjour dans les villes, sans qu'on accroisse les difficultés par une alimentation s'écartant beaucoup du type habituel. Certaines mères de famille inexpérimentées, s'imaginent favoriser la sécrétion du lait, gagner les bonnes grâces de la nourrice, en la gorgeant de viandes succulentes et en satisfaisant tous ses caprices. Loin de réussir, elles arrivent aux résultats contraires. Le lait diminue ( p. 268 ), l'estomac souffre, et la santé générale s'en ressent, enfin la nourrice devient bientôt insupportable par ses exigences.

Boissons. — Ce sujet a déjà été traité (pages 274 et 366).

Sommeil. — Le sommeil des nourrices est fréquemment interrompu pour allaiter pendant la nuit. Pour que leur santé n'en ressente aucun inconvénient, il faut qu'il y ait compensation, qu^elles se rendorment facilement, et puissent rester le matin au lit, sans être aussitôt taxées de paresse.

Exercice. — Les nourrices sont habituées dès le bas âge par leur condition sociale, à une vie active. Une vie trop sédentaire, ne leur convient donc pas. Il faut leur permettre le plus souvent possible des promenades à pied, sans toutefois négliger de les surveiller. Les unes ont besoin de cette surveillance à cause de leurs moeurs plus que faciles, les autres à cause de leur caractère imprudent. Dans les grandes villes, celles-ci s'exposeraient ainsi que leur nourrisson à une foule de dangers tels que celui de s'égarer, d'être écrasées par des voitures, ou enfin de laisser refroidir l'enfant en le laissant exposé à des courants d'air froid, à la pluie, etc.

Travail — Le travail naturel de la nourrice est de

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soigner son enfant. Elle peut néanmoins accomplir certains travaux supplémentaires, à condition qu'ils n'entraînent pas une dépense de forces trop considérable : ainsi donner un coup de main pour le ménage, faire sa chambre, etc. Ces occupations rompent la monotomie de sa vie, et sont préférables à l'inaction. Devilliers regarde les savonnages comme nuisibles, parce qu'ils rendraient le lait plus séreux. Je ne partage pas ce sentiment. Le savonnage des linges et vêtements du nourrisson n'a jamais d'inconvénient, si on a soin de le pratiquer toujours, comme en Syrie, avec de l'eau chaude, dans un endroit où la nourrice n'est point exposée à se refroidir.

Continence. — Les rapports sexuels chez les nourrices n'exercent aucune influence fâcheuse sur la sécrétion lactée. Ils paraissent n'avoir d'autre inconvénient que d'exposer à une nouvelle grossesse, et par suite à l'interruption de l'allaitement. On les interdit aux nourrices sur lieu , de crainte que par intérêt, elles ne cachent leur état de gestation.

Conduite à tenir avec les nourrices dans les rapports ordinaires de la vie. — Une nourrice dans une maison occupe un poste de confiance. Elle a droit à certains égards. Ce n'est point un motif pour la gâter outre mesure et lui laisser satisfaire tous ses caprices. Elle deviendrait d'autant plus exigeante qu'on se montrerait plus bienveillant pour elle, et finirait par devenir insupportable. Il ne faut pas s'attendre en effet à trouver communément chez les femmes de cette catégorie, la délicatesse de sentiments que l'on rencontre chez les personnes d'une classe plus élevée. Le manque d'éducation les empêche de bien saisir les nuances

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de certains procédés ; l'intérêt grossier est leur seul guide. Il convient, pour ne point s'exposer à des désagréments, de les former dès leur entrée dans la maison, et, tout en leur laissant une certaine latitude, sans laquelle elles ne sauraient se plier à leur nouveau genre de vie, de les habituer à obéir. Si on se laissait dominer par elles, oh ne tarderait pas à s'en repentir. Dans les rapports ordinaires de la vie commune, la bonté ne doit jamais exclure la fermeté,

Changements de nourrices. — Divers motifs peuvent obliger à un changement de nourrice. Tels sont rimpossibilité de s'habituer à son nouveau genre de vie, un mauvais caractère, une altération de la santé générale ou du lait, l'agalactie, les mauvais effets de ce lait sur Tenfant, etc.

Ce changement est ennuyeux, parce qu'il y a là toute une éducation à refaire chez la nouvelle nourrice; mais il n'exerce aucune influence fâcheuse sur la santé de l'enfant à condition de suivre les règles énumérées plus haut. J'ai été obligé de changer dans certains allaitements jusqu'à 9 fois de nourrice, sans que les enfants aient cessé de se bien porter.

Lorsqu'on sera décidé à changer une nourrice, il est nécessaire de ne lui en rien faire connaître, sans que la personne qui doit la remplacer soit déjà rendue à la maison. Sinon, on pourrait s'exposer à deux inconvénients. Celui de rester sans nourrice, si la première partait avant l'arrivée de la seconde, et celui de faire prendre à l'enfant un lait altéré par le chagrin ou la colère.

Quand l'enfant a déjà une certaine connaissance, il refuse parfois le sein de la femme qu'il n'a jamais vue;

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pour l'habituer peu à peu, il est bon de lui donner d'abord à téter dans l'obscurité. Pendant la journée, la nouvelle nourrice restera constamment en présence du nourrisson, en compagnie d'une personne qu'il connaîtra déjà. Elle cherchera à l'amuser, à gagner ses bonnes grâces. Graduellement l'enfant s'habituera à son visage, à sa voix, et acceptera ainsi plus facilement le changement imposé par la nécessité.

Précautions à exiger chez les nourrices à distance. — Pour se mettre en garde contre les nombreux accidents auxquels sont exposés les enfants à la campagne, on exigera que la nourrice ait un gardefeu et l'emploie constamment, qu'elle n'use jamais de chaise haute, cause fréquente de chutes graves quand l'enfant plus fort arcboute ses pieds sur la table et se renverse en arrière, enfin que l'on établisse des barrières autour des pièces d'eau avoisinant la maison, et que l'enfant ne reste jamais sans être, en l'absence de la nourrice, au moins placé sous la surveillance d'une grande personne.:

Bureaux de nourrices. — La plupart des nourrices sont procurées en province par les accoucheurs et sages-femmes ou par l'intermédiaire de connaissances habitant la campagne. C'est le moyen le plus sûr pour avoir des femmes dignes de confiance, et avec des renseignements certains.

A Paris et dans les grandes villes, Lyon, Marseille," etc.' on recourt habituellement à des établissements particuliers, appelés bureaux de placement, pour se procurer des nourrices sur lieu et des nourrices à la campagne. Il est nécessaire d'apporter une grande circonspection dans ses relations avec ces bureaux ; car

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quelques-uns laissent parfois à désirer au point de vue de l'honnêteté. Aussi est-il imprudent de n'être en relation avec les nourrices à la campagne que par leur intermédiaire (pag. 355).

Fraudes des nourrices. — Les fraudes des nourrices sont nombreuses. Elles trompent sur l'âge de leur lait, en le rajeunissant à l'aide de faux certificats délivrés par les autorités de leur commune ou prêtés par des compagnes obligeantes. Elles trompent sur la quantité de leur lait, en évitant de donner le sein plusieurs heures avant de se présenter dans une place, de façon à ce qu'ilpuisse jaillir au loin à la pression, supercherie analogue à celle des marchands de vaches laitières auxquelles on a lié les pis avant de les conduire à l'acheteur. Elles trompent sur leur enfant quelquefois déjà mort ou trop chétif pour être présenté, en montrant un beau nourrisson qui ne leur appartient pas. Si elles ont déjà été placées et renvoyées, elles prétendent arriver de leur pays, ou dénaturent le vrai motif de leur renvoi. Elles cachent le retour de la menstruation ou l'existence d'une grossesse. Si leur lait diminue, elles font manger l'enfant en cachette. Les nourrices à la campagne élèvent au biberon la plupart des enfants qu'elles ont promis d'élever au sein.

Bibliographie.

BoucHAUD : Loc. cit. — Bouchut : I.oc. cit. — Chailly- Honoré : Loc. cit. 988. — Delore : Art. Nourrices. Dict.ency. se. m^i. — Devilliers : Art. Nourrices. Nouu. dict.méd. et chir. — Donné : Loc. cit. — Fons- SAGRivES : Loc. cit. — Nat. Guillot : De la nourrice et du nourrisson. Union médic. $ février 18.52. ,— Tarnier et Chantrbuu. : Loc. cit. et tous les traités classiques.

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