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CHAPITRE II

PROPHYLAXIE DE LA SYPHILIS DANS l' ALLAITEMENT.

Devoirs du médecin dans le cas de constatation de la syphilis pendant l'allaitement. — La syphilis dans l'allaitement peut être transmise de la nourrice à l'enfant ou de l'enfant à la nourrice. La présence des accidents spécifiques est constatée pendant le cours ou au début de l'allaitement, chez l'un ou Tautre séparément ou chez tous les deux à la fois. Ces conditions variables créent tout autant de situations différentes au point de vue des responsabilités. A tort ou à raison, il en résulte toujours des inconvénients pour le médecin, à moins qu'il ne prenne soigneusement dans tous les cas, ses précautions, ainsi que je vais l'exposer.

Symptômes de syphilis héréditaire chez le nouveau-né; règles générales pour l'allaitement. — Pour éviter la contamination de la nourrice par un enfant atteint de syphilis héréditaire, le médecin doit obliger sa mère à le nourrir. Si elle en est incapable, elle doit l'élever au biberon ou à l'aide d'une femelle d'animal.

On recourt à une nourrice saine. — Bien peu de familles se décident à employer de pareils moyens incontestablement plus dangereux pour l'enfant, que l'allaitement naturel. La plupart s'adressent à une nourri-

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ce saine, qui, effrayée de l'état de l'enfant, consulte le médecin habituel de la famille. Diday décrit ainsi la conduite à tenir dans de pareilles circonstances.

Ici commence le côté scabreux de notre rôle, car d'une part., l'arrêt de la cour de Dijon me condamne, si je n'éclaire pas une nourrice qui ne me demande rien et n'est pas pour m'absoudre, si je refuse de répondre à celle-ci qui m'interroge. D'autre part, l'article 378 ( Code pénal) m'inflige de un à six mois de prison, si je révèle le secret que mes clients m'ont confié. Or, parmi ces secrets dont la divulgation est punissable, figure sans contredit celui de la maladie secrète que je ne puis manquer de faire connaître à la nourrice, si je veux répondre consciencieusement à la question qu'elle me pose. Et si j'hésite à répondre, cependant, si même j'ajourne une réponse, seulement au lendemain, quel bruit, et que de mécontentements. La nourrice d'abord, qui, sous ce retard flaire un mystère, sous ce mystère un danger, la famille qui se récrie indignée. En l'état, pour tout concilier, voici ce que la situation m'autorise et m'oblige de dire à la nourrice. « Vous demandez une garantie, je le comprends, c'est votre droit vis-à-vis de la famille, de même que la famille l'a exercé vis-àvis de vous, en vous envoyant ici vous faire visiter. Mais moi, je ne fais jamais de ces choses-là à la légère, et je veux éviter même le soupçon de partialité et de complaisance. Revenez demain, en amenant soit votre mari, soit quelqu'un de vos amis, et je m'expliquerai devant eux. » Le répit que je me suis ainsi ménagé, je l'emploie à instruire le père du sens dans lequel mon devoir m'obligera de répondre le lendemain. S'il juge cette réponse compromettante pour lui, qu'il trouve un

moyen pour empêcher la nourrice de venir me la demander.

Revient-elle, mon thème est tout préparé, toujours le même :« Choisissez un confrère honorable, priez les parents de se laisser examiner par lui, et rapportezvous en à ce qu'il vous dira. » De trois choses l'une, alors : ou la nourrice, sans insister davantage, prend renfant à ses risques et périls ; ou mise en éveil par ma résistance, elle se retire ; ou enfin elle va proposer à la famille l'examen en question par un médecin de son choix à elle. Et, soit qu'on accepte, soit qu'on refuse, dans l'un comme dans l'autre cas, j'ai dégagé, devant témoin, ma responsabilité légale, tout en sauvegardant autant qu'il était en moi, le seul intérêt, qui dans l'espèce, me paraisse le mériter, la santé de la nourrice (Diday).

Les lignes de conduite tracées par ce savant spécialiste sont certainement les plus prudentes pour le médecin, s'il ne veut point échapper à Charybde pour tomber en Scylla.

Les articles que l'on pourrait invoquer contre lui , sont:

Article 1382 (Code civil). — Tout fait quelconque de l'homme qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

Article 378 (Code pénal), — Les médecins, chirurgiens et autres officiers de santé, ainsi que les pharmaciens, les sages-femmes, et toutes autres personnes dépositaires par état ou profession, des secrets qu'on leur confie, qui, hors le cas où la loi les oblige à se porter dénonciateurs, auront révélé ces secrets, seront punis d'un emprisonnement de un à six mois, et d'une amende de 100 à 500 francs.

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L'arrêt de la cour de Dijon, est basé sur cette idée de nos magistrats défendue par Camille Appay , docteur en médecine et jurisconsulte éminent, que dans le cas de syphilis, le secret médical reste subordonné au devoir plus impérieux de sauvegarder la nourrice en lui révélant la maladie du nourrisson.

Voici l'arrêt en question :

La cour ( de Dijon )

« Considérant que le médecin est comme tout citoyen, responsable du dommage causé par son imprudence, sa légèreté ou son impéritie notoire, en un mot par sa faute personnelle ; qu'ainsi le médecin, qui sciemment laisse ignorer à une nourrice les dangers auxquels l'expose l'allaitement d'un enfant atteint de syphilis congénitale , peut être déclaré responsable du préjudice causé par sa réticence ; qu'il ne saurait prétendre qu'appelé à donner ses soins à l'enfant seul, il n'avait pas à se préoccuper du danger que peut courir la nourrice ; qu'un pareil système qui blesse les lois de la morale, ne peut être invoqué contre une nourrice, à laquelle la situation même impose une confiance nécessaire dans le médecin choisi par la famille de l'enfant etc. »

La doctrine, ainsi exposée, par la cour du Dijon, dans ces considérants, est condamnée par tous les médecins sans exception, qui ont tous présent à la mémoire, le serment que l'on prête encore aujourd'hui à la faculté de Montpellier .... Admis dans l'intérieur des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s'y passe, ma langue taira les secrets qui me seront confiés. . . .

Allaitement surveillé à la campagne. — Au lieu

d'être élevé à la maison, l'enfant a été confié à une nourrice à la campagne. C'est là ordinairement, dit Diday, la pire des situations, et ce pourrait cependant en être la meilleure. En effet, supposons un père, sachant ce qui menace son nouveau-né , supposons-le conseillé et assisté par un médecin vigilant et actif, voici ce qui peut être obtenu. Ce n'est point une simple hypothèse. Je reproduis les termes mêmes dans lesquels je racontais en 1854, la façon dont je réussis à conduire à bien une affaire de ce genre : j'écrivis au médecin du village, qu'habitait la nourrice et lui fis, de l'aveu des parents, une confession générale, sur le secret de laquelle la discrétion professionnelle était de sa part une garantie suffisante. Je le priai instamment d'examiner très souvent l'enfant, et, dès qu'il verrait le moindre symptôme contagieux qu'il ne pût neutraliser immédiatement, de faire suspendre l'allaitement naturel. Il exécuta à merveille mes indications. Pour ne point effaroucher la nourrice, il déguisait sous mille prétextes, la fréquence de ses visites, tâchait de rencontrer, comme par hasard l'enfant dans ses sorties , mettait en avant la crainte du muguet pour demander à examiner la bouche, le désir de voir si la propreté était observée pour s'autoriser à explorer les parties génitales. Bientôt la nourrice sans défiance, s'habitua à aller d'ellemême au devant de cette inspection. Tant de soins eurent un heureux résultat. L'enfant que je traitais depuis sa naissance eut quelques plaques muqueuses aux commissures labiales. Avant qu'elles fussent bien caractérisées, et pendant qu'elles pouvaient encore passer pour de simples éclaboussures, mon confrère les cautérisa largement avec la pierre infernale , et en-

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joignit à la nourrice de ne plus donner le sein gauche dont le mamelon était un peu excorié. D'autres éruptions spéciales parurent sur le cuir chevelu et en dedans des cuisses, mais leur siège n'inspirant pas les mêmes craintes pour la contagion, on ne leur opposa que les médications topiques ordinaires. Bref, l'enfant guérit parfaitement, grâce à l'intelligente coopération de mon confrère, sans avoir jamais cessé un seul jour de téter .

Malgré toute l'estime que je professe pour le talent reconnu du savant syphiligraphe de Lyon , Tallaitement surveillé me paraît formellement contre-indiqué par les règles de la prudence la plus élémentaire. Un médecin éclairé doit le repousser de tout son pouvoir. Fournier avoue franchement, avoir essayé de Tallaitement surveillé au début de sa pratique, et s'en être rejpenti. Il n'est certainement pas le seul à y avoir renoncé, après en avoir vu les inconvénients.

Les symptômes de syphilis se manifestent dans le cours de l'allaitement sur lieu. La nourrice paraît saine. — Un autre cas peut se présenter. Le père se croyant guéri de manifestations syphilitiques déjà anciennes, l'enfant étant venu au monde dans un état de santé irréprochable, sans aucune trace d'accidents spécifiques, on s'est fait illusion, et on l'a confié à une nourrice saine. Les premières manifestations de la diathèse apparaissent chez l'enfant, dans les trois premiers mois après la naissance, mais la nourrice paraît encore saine, et on consulte le médecin. Celui-ci doit aussitôt faire suspendre l'allaitement, faire congédier la nourrice après indemnité, en lui recommandant de bien veiller sur sa santé, et de ne point accepter de nourrisson

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avant six ou sept semaines, car le mal qu'elle pourrait déjà avoir à l'état d'incubation pourrait se transmettre. Si, après ce délai, pendant lequel elle a entretenu son lait à l'aide d'un petit chien ou d'une téterelle, elle aperçoit quelque bouton ou plaie sur son sein, on lui recommande de retourner auprès de son nourrisson, reprendre son allaitement, pendant lequel on lui prodigue les soins nécessaires.

Dans le cas oij les parents refuseraient d'interrompre l'allaitement. Fournier conseille d'insister surtout auprès du père de famille, de lui exposer catégoriquement la situation telle qu'elle se présente. D'abord, en ce qui concerne l'enfant, on donnera son diagnostic, on affirmera la syphilis, puis on proposera un traitement, une hygiène, un mode d'alimentation. Secondement, pour la nourrice, on posera en principe absolu, l'impossibilité pour elle de continuer l'allaitement, impossibilité basée : i° Sur les risques presque inévitables d'une dangereuse contagion. 2° Sur les conséquences, de cette contagion, rejaillissant sur le père de Tenfant, sur la mère, sur la famille entière etc. En habile diplomate, on aura à faire valoir les dites conséquences (justes et bruyantes récriminations de la nourrice, demande d'indemnité, assignations, procès, scandale d'un tel procès, condamnation certaine et sévère, publicité humiliante etc.). On n'omettra aucun de ces détails essentiels, et tout en paraissant prendre les intérêts de son client, on ne négligera pas de lui jeter un peu d'effroi dans l'esprit. Un peu d'effroi ne nuira pas pour obtenir ce que l'on désire, ce qu'il est moral et utile d'obtenir : la cessation de l'allaitement et la sauvegarde de la nourrice.

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Ce petit discours habilement tenu, quel en sera le résultat? Ou bien, c'est le cas le plus fréquent, on est dans une honnête famille, on a affaire à un homme de cœur qui pour rien au monde ne voudrait se rendre coupable d'une mauvaise action, et qui à peine aura-t-on fermé la bouche répondra ceci : «J'ai compris. C'est assez d'un malheur involontaire, sans le compliquer volontairement d'un autre. Je vous remercie de me signaler le danger, et ce danger nous l'éviterons. Nous allons

aussitôt congédier la nourrice Seulement, ajoute-

ra-t-il presque à coup sûr, seulement je ne voudrais pas que la nourrice eut connaissance du genre de maladie de l'enfant, car elle bavarderait, et, pour ma famille,

pour ma femme, pour le monde vous comprenez

à votre tour, n'est-ce pas ? Arrangez donc cela pour le mieux, car vous avez plus que moi l'habitude de ces tristes choses. »

Dans de telles conditions, le médecin est d'emblée, du premier coup, maître de la situation. Il fera, dès lors, ce qu'il voudra, et ce qu'il veut, on le sait. Bref la cause de la nourrice est gagnée, et les choses vont se passer au mieux de la façon suivante :

Revenarft alors vers la nourrice, on aura à lui signifier la décision prise, et cela d'une façon générale évasive, en se gardant, bien entendu, de tout commentaire.

«Nourrice, lui dira-t-on, nous venons de causer de votre nourrisson et de vous aussi. Vous ne pouvez plus nourrir cet enfant. 11 est impossible, impossible vous comprenez bien, que vous continuiez à lui donner le sem. Il faut qu'il soit sevré. Cette résolution est formelle, irrévocable. Dès ce moment donc, vous cessez a être la nourrice de l'enfant. »

Surgit un orage bien naturel de plaintes, de récriminations, de pleurs, de la part de cette nourrice qui voit sa place perdue, ses intérêts compromis etc. Cela ne regarde plus le médecin. La question pécuniaire pour l'indemnité sera réglée par les intéressés comme ils l'entendront. L'important pour le médecin est d'avoir sauvegardé la nourrice sans préjudice pour la famille de l'enfant, sans atteinte au secret médical. *

A l'injonction de suspendre l'allaitement, dans les conditions mêmes oij il est le plus indiqué de le suspendre, il sera parfois répondu par un refus formel, péremptoire, absolu. Cela est rare, mais cela se voit. « Y pensez-vous, vous diront certains parents, sevrer notre enfant dans les conditions de faiblesse et de maladie où il se trouve. C'est le tuer. Si la nourrice est contagionnée, ce sera un malheur, c'est vrai, mais entre deux malheurs, libre à nous de choisir le moindre. Notre enfant avant tout. D'ailleurs, si la nourrice prend quelque mal, nous la traiterons, nous l'indemniserons, avec de l'argent tout sera dit. » Il se pourra aussi que ces mêmes parents reprochent non sans aigreur au médecin de prendre plus souci des intérêts de la nourrice, d'une mercenaire inconnue, que des leurs propres.

Ce qui reste à faire se résume en trois points.

1° Formuler d'abord par écrit le traitement et l'hygiène que l'on conseille pour l'enfant.

2° Au dessous de cette formule, imhiédiatement au dessous, de façon à ce que l'appendice qui va suivre ne puisse par hasard ou intentionnellement être détaché de l'ordonnance, au dessous de la formule prescrite, ne pas oublier d'ajouter bien lisiblement ceci :

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Impossibilité absolue de continuer l' allaitement par nourrice.

Dater et signer. ^

Pourquoi ces précautions? Tout simplement, pour

qu'à un jour donné, aucune récrimination ne puisse

être élevée contre le médecin.

3° Ce n'est pas tout encore. En remettant au père

la dite prescription, on achèvera d'affirmer en quelques

mots la situation véritable.

« Je regrette. Monsieur, lui dira-t-on, de n'avoir pu vous convaincre, et je souhaite que vous n'ayez pas à vous repentir d'avoir persisté dans votre résolution. En tout cas, je ne saurais m'associer à l'acte que vous allez commettre, parce que je le juge mauvais. Et comme ce serait le couvrir de ma responsabilité que de continuer mes visites en de telles conditions, vous me permettrez de me retirer ; veuillez ne plus compter sur mes soins désormais.

« Je ne saurais vous quitter toutefois, Monsieur, sans vous faire encore une déclaration qui nous intéresse l'un et l'autre. Il est possible, c'est assez l'usage en pareilles circonstances, que votre nourrice vienne aujourd'hui ou demain me consulter dans mon cabinet, et me demander, si elle peut, oui ou non, continuer à allaiter votre enfant. Soyez pleinement rassuré, je ne dirai rien de ce qui s'est passé entre nous. Car, ce que je sais de votre maladie et de celle de votre enfant, je le sais à titre confidentiel, et le secret médical m'impose l'obligation de n'en pas révéler un seul mot à qui que ce soit. Mais n'attendez pas de moi, certes que je réponde à cette nourrice qu'elle peut continuer à nourrir, cela serait de ma part la pire action à commettre.

Je me tairai, voilà tout. Que si mon silence est considéré comme une révélation, ''je n'y puis rien. Je vous dois le silence, mais rien de plus. Et vous ne sauriez exiger de moi un mensonge, qui, pour vous être profitable, compromettrait gravement, et la santé d'autrui et ma responsabilité propre » (Fournier).

Allaitement à distance; poussée syphilitique chez l'enfant; la nourrice paraît saine. — L'enfanta été confié à une nourrice à la campagne. Une première poussée syphilitique se manifeste. Le médecin de la localité, consulté, reconnaît l'origine spécifique de l'affection, et fait part de ses craintes de contagions pour la nourrice. On écrit aussitôt aux parents ; que doivent-ils faire ? En conscience, ils doivent interrompre aussitôt l'allaitement. Je repousse formellement le sentiment de Diday, qui conseille d'essayer de décider la nourrice à passer outre, après lui avoir loyalement fait connaître la situation. Il me semble que dans ce contrat, si juste en apparence, il y aurait quelque chose d'immoral. D'abord, la nourrice ne peut pas comprendre la gravité de la décision qu'elle va adopter, et elle est toujours influencée par l'appât du gain qu'on lui offre. En supposant qu'elle pût apprécier exactement la portée de sa résolution, cette femme n'est pas libre de la prendre. Epouse et mère, elle ne s'appartient plus ; son mari et ses enfants ont des droits incontestables sur elle. Pour venir en aide à un étranger, elle ne peut point exposer ainsi sa santé et par suite, celle de sa famille.

Je pense qu'il faut interrompre l'allaitement naturel mais non point retirer l'enfant à sa nourrice. Le nourrisson trouvera à la campagne des ressources qu'il

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n'aurait point à la ville. L'allaitement par une femelle d'animal y offre moins de difficulté, et même l'allaitement artificiel au biberon s'effectue dans de meilleures conditions, car le lait est toujours de qualité supérieure. Si la nourrice s'est montrée attachée jusque-là, elle ne fera point payer au pauvre innocent les conséquences d'une faute qu'il n'a point commise. Elle continuera à l'entourer de soins affectueux, sans compromettre aucunement ni sa santé, ni celle de son mari ou de ses enfants. A elle maintenant qui connaît la maladie du nourrisson, au médecin qui la soigne, de prendre les précautipns indispensables, pour se préserver des chances d'infection encore possibles, mais non point à peu près fatales.

Cette ligne de conduite, dictée par la prudence, me paraît la plus propre à sauvegarder les intérêts de toutes les parties contractantes en si triste occurrence.

La nourrice a été infectée par son nourrisson. — Il est trop tard, l'infection de la nourrice par le nourrisson est un fait accompli. Que faut-il faire?

Les indications se résument à trois : 1° Traiter l'enfant; 2° Conserver la nourrice ; 3° Traiter la nourrice.

. Pour traiter la nourrice, il faut agir au grand jour et ne point la tromper sur la véritable nature de son mal, sans quoi le médecin encourt des responsabilités pour la suite.

Lié par le secret professionnel, le médecin ne peut , pas parler, mais il peut obliger le père à parler, à avouer la vérité. C'est dans cette confession que consiste la plus grande difficulté. Beaucoup hésitent, quelques-uns refusent. Le médecin doit alors se retirer,

sans laisser ignorer à la famille le motif qui dicte sa conduite.

Le père se décide, mais son aveu même du mal le condamne justement à en supporter les conséquences. Il cherchera à apaiser la nourrice, en lui promettant de la faire soigner gratuitement jusqu'à la guérison, et l'indemnisera largement. Le meilleur procédé pour éviter les scandales et les procès avec les gens de la campagne, aussi rusés qu'intéressés, est de leur fermer la bouche avec une clef d'or. Dans le cas particulier que nous étudions, cette indemnité est de toute justice. Suivant le conseil de Fournier, le médecin se tiendra en dehors de tout arrangement d'intérêt entre les deux parties. Ces sortes d'affaires ne sont point de sa compétence, et l'exposeraient plus tard à des récriminations et des calomnies de la part de ceux-là même pour lesquels il se serait dévoué.

Il arrive parfois, lorsque la nourrice connaît la vérité, qu'elle veut immédiatement quitter la place. On peut arriver à modifier sa résolution par deux voies différentes.

1° En la prenant par les sentiments. La femme est naturellement affectueuse. La nourrice ne peut avoir allaité pendant quelque temps un nourrisson, sans s'attacher à lui. On lui représentera tous les dangers auxquels il est exposé, si elle l'abandonne. Aucune nourrice ne voudra lui succéder , et l'enfant a beaucoup de chances de mourir. Elle n'a plus rien à craindre. Au contraire, elle pourra continuer à gagner sa vie tout en ayant l'espoir de guérir son mal.

2° Si de telles paroles sont inutiles, on aura recours à un autre genre d'arguments. L'intérêt est un mobile

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puissant, pour diriger dans les sens les plus opposés, la volonté humaine. On fera ressortir à la nourrice qu'il vaut mieux ne rien dire et conserver sa place, pour un grand nombre de motifs. Si elle rentre dans sa famille, elle peut communiquer le mal à son mari, à son enfant. Sa position précaire l'empêchera d'être aussi bien soignée que dans la place actuelle. Elle ne peut songer à accepter une nouvelle place, on la refusera à la vue des accidents dont elle souffre, et si l'on ne s"* aperçoit de sa maladie qu'après infection du nouveau nourrisson, elle sera condamnée comme responsable. Enfin, et c'est un argument qui a de la valeur, plus elle fera de bruit autour de cette affaire, plus elle récohera d'ennuis. Il se trouvera toujours quelque mauvaise langue pour mettre en suspicion ses allégations, et émettre le sentiment qu'elle pourrait bien avoir contracté son mal dans des conditions inavouables. Toutes ces difficultés s'évanouissent si elle consent à continuer l'allaitement actuel, comme si rien de fâcheux ne lui était survenu.

Prophylaxie de la transmission de la syphilis des nourrissons aux nourrices. — Dans la séance du 51 janvier 1888 , une commission composée de Ricord, Bergeron, Leroy de Méricour, Léon Le Fort, Léon Colin, a donné lecture à l'Académie de médecine, par l'organe d'Alfred Fournier son rapporteur, d'un projet de prophylaxie publique de la syphilis. J'y relève le passage suivant :

Article 3 3 . Ajouter à la réglementation administrative des bureaux de nourrices, l'article suivant :

Nul n'est admis à prendre une nourrice dans un bureau de placement, que sur la présentation d'un certificat médical, garantissant la nourrice contre tout risque

d'affection contagieuse, qui pourrait lui être transmise par son nourrisson.

La teneur du dit certificat, pourrait être conçue à peu près dans les termes que voici :

« Je soussigné. Docteur en médecine, etc. certifie qu'il n'est pas à ma connaissance que les parents de l'enfant X . . . . auxquels je donne rhes soins depuis . . . . (préciser l'époque) soient affectés d'aucune maladie héréditaire qui puisse être transmise à la nourrice chargée d'allaiter cet enfant. »

Prophylaxie de la transmission de la syphilis de la nourrice au nourrisson. — Les moyens de prévenir la transmission de la syphilis de la nourrice au nourrisson sont les suivants :

D'abord ne prendre que des nourrices n'ayant pas fait d'allaitement depuis leurs dernières couches, que l'on examinera soigneusement ainsi que leur enfant. Si l'enfant a succombé, on exigera la communication du certificat du médecin qui a constaté le décès. Si l'on est forcé de recourir à. un bureau de nourrice, on s'adressera à un bureau offrant au point de vue de l'honnêteté et de la moralité toutes les garanties désirables. Comme la nourrice pourrait avoir la syphilis à l'état d'incubation, on exigera, si elle a déjà été placée, un certificat médical constatant que le dernier nourrisson n'était affecté d'aucune maladie contagieuse. En donnant ce conseil, Fournier fait observer quace certificat, simple formalité à réclamer de leur médecin, ne sera jamais refusé par les familles dont l'enfant est sain ; les difficultés ne viendront jamais que des familles syphilitiques. Enfin la nourrice a son certificat ;' on s'enquerra auprès d'elle et du directeur du bureau, si elle a donné

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le sein à des enfants, depuis qu'elle a quitté sa dernière place, et l'on recherchera si ces enfants n'étaient pas malades.

Mode particulier de transmission de la syphilis par la nourrice au nourrisson chez les nourrices en état d'incubation de cette diathèse. — Après le décès d'un premier nourrisson, atteint de syphilis héréditaire, on voit des nourrices restées saines en apparence, se charger de l'allaitement d'un second nourrisson. Or ces femmes, possédant la syphilis à l'état d'incubation, ne tardent pas à être affectées de chancres mammaires et deviennent un danger pour l'enfant qu'elles allaitent et pour leur entourage. Dron et Fournier ont recueilli le premier six observations, et le second plus de quinze oij les nourrissons ont contracté la maladie dans de pareilles conditions. De pareils cas ne sont donc pas rares et méritent d'être étudiés. Quelle est la ligne de conduite à suivre dans ces circonstances? Fournier, dans une remarquable leçon sur ce sujet, nous l'a tracée magistralement.

Quand on est consulté par les familles, ou bien l'enfant est déjà atteint des accidents spécifiques, ou il ne l'est pas encore. Dans le premier cas, il n'y a pas à héj siter, il faut continuer l'allaitement avec la même nourrice, après avoir calmé l'indignation légitime de la famille, en soumettant nourrice et nourrisson à un traitement approprié. Il ne saurait être pris d'autre décision. En effet, l'allaitement par une chèvre ou tout autre femelle d'animal est peu pratique dans la plupart des familles , l'allaitement par le biberon est périlleux pour les enfants malades, l'allaitement par une nourrice est formellement contre-indiqué , de crainte

qu'elle ne soit contaminée par l'enfant syphilitique.

Dans le second cas où l'enfant ne présente aucun symptôme apparent de la diathèse, on pourrait être dans le doute. L'enfant est peut-être encore sain, mais peutêtre aussi est-il déjà infecté et possède-t-il la syphilis à l'état d'incubation. S'il est encore sain, la continuation de l'allaitement par la nourrice l'expose à contracter la maladie; s'il est infecté, la suspension de l'allaitement est inutile.

Fournier conseille de prendre ce dernier parti par prudence. On élève l'enfant au biberon pendant six ou sept semaines. Si au bout de ce délai, rien n'est apparu, c^est que rien ne doit apparaître, et que l'enfant a échappé à la contagion ; on peut le confier à une nourrice saine. Si les accidents spécifiques se sont manifestés, on continue l'allaitement par la première nourrice que l'on aura eu soin de conserver, et chez laquelle le lait aura été maintenu par le tétage artificiel à la pompe ou par le tétage par un jeune chien.

Bibliographie.

Celle du chapitre précédent et en outre, Appay : Des maladies communiquées et notamment de la syphilis. Thèse de Paris. 1876. — Paul et Emile Diday : Art. Syphilis congénitale. Dict. encycl. des se. médic. — Fournier : Des nourrices en état d'incubation de la syphilis. Semaine médic. 1887 p. 47J. — Tardieu : Etude médico-lég. sur les malad. prod. accident, ou involont. Paris 1879 p. iÇj.

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