‹ Hygiène de la première enfanceChapitre 8 sur 67 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Modifications de l'organisme féminin pendant la grossesse. — Durant la grossesse, l'organisme féminin est soumis à un double travail, pour favoriser le développement du produit de la conception et modifier certaines régions en vue de l'accouchement. Cette augmentation de dépense coïncide avec les transformations anatomo-physiologiques de certains organes, rendus plus sensibles à l'action de causes antérieurement indifférentes. Dans de pareilles conditions, la rupture de l'équilibre est aisée; et si l'on ne prévient la naissance de troubles pathologiques par une hygiène bien entendue, leur influence néfaste retentira sur la mère, et sur l'enfant qu'elle porte dans son sein.

Aliments. — Pour compenser les pertes et déchets organiques consécutifs aux phénomènes vitaux, le régime alimentaire de la femme enceinte, doit se rapprocher le plus possible- de son type habituel en dehors de la gestation. Substantiel et varié, il comprendra la quantité et la qualité d'aliments que l'expérience dé-

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montre assimilables pour l'estomac. En seront exclus, au moins en partie, les condiments et les épices, l'alcool et les liqueurs. Le vin et la bière seront pris à dose modérée aux repas. Le déjeuner restera fixé au milieu du jour, le diner sera moins copieux, pour faciliter le sommeil de la nuit. Une légère réfection le matin au lever, un goûter l'après-midi, permettront d'attendre sans trop de peine, l'heure des repas principaux.

Troubles digestifs, — Ces précautions sont indispensables pour le bon fonctionnement de l'estomac. De tous les organes, celui-ci est le plus exposé à s'écarter de l'état normal.

L'inappétence ou anorexie n'est pas rare au début et à la fin de la grossesse. Elle disparaît par l'usage de purgatifs légers ou de laxatifs (sulfates de soude et de magnésie, rhubarbe), d'amers (quinquina, quassia amara, petite centaurée, noix vomique, etc.) et par l'administration à faible dose, d'alcooliques (rhum, cognac, chartreuse, vins de Bordeaux et de Champagne, etc.

A un degré plus avancé, il y a dégoût et répulsion des aliments, ou encore dépravation de l'appétit. Ces phénomènes se limitent en général à quelques substances, et se combinent volontiers ensemble. La répulsion de certains aliments, éveille des préférences marquées pour d'autres. Par un changement singulier, on voit alors des femmes « brûler ce qu'elles avaient adoré, et adorer ce qu'elles avaient brûlé. » Telle qui recherchait autrefois les viandes très cuites, les a aujourd'hui en horreur, et leur préfère les viandes saignantes. Une autre qui détestait le poisson,- les légumes, les œufs ou le lait, ne voudrait à présent d'autre nourriture.

Envies. — Les envies de la grossesse ont depuis

bien longtemps fixé l'attention de la science. Sous ce nom, elle englobe différentes formes de dépravation de l'appétit. A la place d'une nourriture substantielle et bien préparée, les malades recherchent avec avidité les substances les plus étranges. Il en est qui, à la mode des autruches, engloutissent tout ce qui leur tombe sous la main. Les matières d'origine animale, végétale ou minérale, bougie, fer, craie, charbon, magnésie, argile, etc., semblent se donner rendez-vous dans leur estomac, curieux réceptable assez analogue à ces magasins de vieilleries où l'on retrouve les produits de toutes les industries et de tous les siècles. D'autres n'ont de passion que pour les matières les plus indigestes, fruits verts et acides, vinaigre, oignons crus, œufs durs, etc. Enfin un petit nombre, comme les corbeaux, les vautours et les animaux immondes, n'est attiré que par les corps en putréfaction! De pareilles tendances dénotent une aberration intellectuelle, bien voisine de l'aliénation mentale. Et cependant beaucoup de gens s'imaginent qu'il ne faut jamais contrarier les désirs d'une femme enceinte, sans quoi il en résulte les plus fâcheuses conséquences pour l'enfant. Les exemples abondent, dit-on. Telle femme qui avait désiré une pomme ou un fruit hors de saison, a accouché d'un enfant porteur sur le visage ou sur toute autre partie du corps, de ce même fruit. Telle autre a eu envie de vin, de foie de merlan ou d'autre poisson, ou encore de gibier, lièvre, lapin, etc, on n'a pu la satisfaire, et la malheureuse a mis au monde une affreuse créature dont la peau, dans certaines régions, était colorée en rouge, ou recouverte de poils. Pour prévenir de pareils malheurs, que ne ferait-on pas? Aussi

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combien de femmes enceintes se croient consciencieusement obligées par leurs exigences, de faire perdre la tête à tout leur entourage, et en particulier au pauvre mari! Ah! les envies ! Au risque de froisser le sentiment de plusieurs, je n'hésiterai pas à dire la vérité sur ce point. Comme tous les accoucheurs, j'ai reconnu chez la plupart des femmes enceintes l'existence d'envies plus ou moins prononcées, plus ou moins raisonnables. Pour divers motifs la majorité n'a point été satisfaite, sans jamais entraîner de suites fâcheuses pour la constitution des enfants. Les envies n'ont donc pas l'importance que leur a donnée, dans un but facile à comprendre, une partie du sexe aimable. Il est si doux dans un ménage, ne fût-ce que pendant quelques mois, de se passer absolument toutes ses fàntaisies !

Si par un manque de logique, appliquant le principe post hoc ergo propter hoc, on rattache tardivement après la naissance, des malformations ou maladies du nouveau-né aux envies de la grossesse, comment comprendre la rareté extrême des unes, en regard de la fréquence des autres ? La science ne croit pas aux envies. Elle regarde les cas de tératologie, comme la conséquence de maladies de l'embryon ou du fœtus, survenues durant la vie intra-utérine.

On a placé un peu étourdiment, dit Fonssagrives, la doctrine des envies sous les patronages respectés d'Hippocrate, d'Aristote, de Platon, de Galien. C'était leur faire beaucoup d'honneur. Demangeon, dans un ouvrage très curieux, a montré que cette assertion est erronée, et qu'on ne trouve rien dans leurs écrits accusant leur crédulité à ce sujet. La paternité la plus élevée qui soit réellement susceptible d'être invoquée

en faveur des envies, est celle de l'illustre Malebranche. Mais, quand on examine les arguments et les faits sur lesquels repose cette opinion, on ne trouve que des invraisemblances ou des impossibilités colportées par l'imagination et acceptées sans examen.

Pour ne point combattre trop ouvertement un préjugé si enraciné, et ne point susciter des troubles domestiques, surtout par condescendance pour l'état de grossesse, on doit conseiller aux parents de satisfaire les envies raisonnables, en les rassurant d'avance sur les suites de leur refus dans le cas contraire. Sans quoi, où en arriverions-nous? N'a-t-on pas vu une femme avoir envie de la' chair de son mari ; le tuer, manger certaines parties, et saler le reste, pour faire durer plus longtemps le plaisir !

Vomissements. — Le trouble digestif le plus fréquent et le plus sérieux par sa durée et ses suites, est le vomissement. On distingue deux formes cliniques de vomissements, les vomissements simples et les vomissements incoercibles.

Les vomissements.se manifestent en général dès le premier mois de la grossesse, et persistent jusque vers le quatrième. Quelquefois ils reparaissent de nouveau peu de semaines avant l'accouchement. Leur origine est discutée. Généralement ils se produisent le matin au réveil sous l'influence du passage de la position horizontale à la verticale. Les matières rendues se composent de mucosités plus ou moins colorées par la bile. Certaines femmes vomissent au commencement, au milieu ou à la fin des repas, ou encore plusieurs heures après. Parfois, sous l'influence d'une fatigue, d'une impression morale, d'une odeur vive ou

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désagréable, etc., et même sans cause apparente, les vomissements surviennent brusquement, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Leur caractère n'est pas moins variable. Tantôt ils sont indolores et n'offrent d'autre inconvénient qu'une gêne momentanée et la privation partielle ou totale pour l'estomac des aliments récemment absorbés; tantôt ils occasionnent une souffrance extrême, accompagnée d'angoisse, d'agitation et de troubles divers du système nerveux. Les vomissements simples n'entraînent jamais de mauvais résultats pour la femme enceinte. Lorsqu'ils se reproduisent trop fréquemment, lorsqu'ils affectent le type incoercible, ils altèrent bientôt la santé générale. On observe alors un amaigrissement rapide, une faiblesse notable et d'autres symptômes graves, qui exigent l'intervention médicale. Une statistique de 189 observations de Gueniot, Delbet et Cartaza, donnera une idée du pronostic des vomissements incoercibles, pour, la mère et pour l'enfant. La mort est survenue dans 88 cas; la guérison après avortement spontané ou provoqué, dans 67 cas; la guérison avec continuation de la grossesse seulement, dans 34 cas. En présence de si tristes résultats, le meilleur parti à prendre, lorsqu'on voit des vomissements simples se modifier insensiblement pour devenir incoercibles, est d'instituer un traitement médical régulier. Plus on retardera cette détermination, moins on aura de chances de réussite.

Constipation. — Les troubles de l'estomac coïncident fréquemment avec ceux de l'intestin. La constipation, chez quelques femmes, se prolonge outre mesure. Capuron cite un exemple, où elle persista trois mois; et Caldani, un autre, où elle ne se dissipa qu'au bout

de 65 jours. Cette constipation provoque des congestions sur divers points, et par suite l'avortement. On la combat par les moyens habituels, laxatifs ou purgatifs légers, unis à un régime où entrent les végétaux et le pain de qualité plus grossière.

Vêtements. — Le corps humain est protégé par les vêtements contre les variations extérieures de la température. Ces vêtements pendant la grossesse doivent remplir certaines conditions. Il seront amples, afin de ne point gêner le développement graduel de l'abdomen; ils seront chauds, surtout en hiver, afin de prévenir les refroidissements des organes thoraciques ou abdominaux. Beaucoup de femmes, dans le but de conserver le plus longtemps possible un tour de taille avantageux, ont la désastreuse habitude de continuer le port du corset pendant la grossesse. Il n'est pas d'usage plus funeste. Le corset refoule de bas en haut les organes pulmonaires, et de haut en bas les organes abdominaux. Il gêne la respiration, comprime l'utérus et prédispose ainsi aux avortements , aux maladies du placenta et du fœtus, aux monstruosités, etc. La pression exercée sur l'estomac et sur le foie augmente les troubles de la digestion; celle des seins nuit à leur conformation. Pour obvier à ces inconvénients, on a fabriqué des corsets spéciaux dits corsets de grossesse, à baleines plus souples, à ouvertures supplémentaires latérales, que l'on gradue à volonté par le moyen de lacets. Ces corsets sont utiles, dès le quatrième mois de la gestation, pourvu qu'on n'en use pas constamment.

A défaut de corset, pour supporter le poids des vêtements, on se sert de bretelles, prenant leur point d'appui sur les épaules et laissant toute latitude au jeu

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des organes du thorax et de l'abdomen . Autant le corset est nuisible, autant le port habituel d'une ceinture abdominale offre d'avantages; c'est un excellent moyen pour prévenir la distension exagérée des parois abdominales et faciliter les bonnes présentations au moment du travail.

Bains et lotions. — La propreté est une des règles de l'hygiène. Elle est aussi indispensable à l'entretien de la santé, que l'alimentation, le sommeil quotidien et autres besoins de l'organisme. Les soins de propreté ne doivent pas être limités aux seules régions apparentes du corps, mais s'étendre aussi à celles que les vêtements dérobent à notre vue. Chez la femme, les organes génitaux, par la nature spéciale de leurs sécrétions, demandent des ablutions et irrigations journalières. N'y a-t-il pas à craindre que leur continuation pendant la grossesse ne favorise les fausses couches? Non, lorsqu'on les pratique avec certaines précautions, en s'astreignant à certaines règles. Dans les premiers mois, la femme enceinte renoncera aux bains généraux. Elle se contentera d'ablutions plus rapides, pratiquées avec de l'eau tiède sur le corps et les extrémités. Ce précepte est obligatoire pour les primipares et les personnes ayant eu déjà plusieurs avortements. A partir du sixième mois, les bains deviennent utiles, s'ils sont pris de courte durée, un quart d'heure au plus, à la température de jô'^à 37^ età domicile. Cette condition facilite un repos au lit de 20 ou }o minutes presque au sortir de l'eau, et dmiinue beaucoup la fatigue inévitable dans l'état particulier oij se trouve l'organisme pendant la grossesse.

Quelques accoucheurs tolèrent les bains froids, les

bains de mer et les douches. Une longue habitude en atténue beaucoup les inconvénients. Il vaut mieux pourtant s'en abstenir.

Les injections dans les voies génitales seront continuées avec grand avantage ; mais pour ne point éveiller prématurément les contractions de l'utérus, le jet du liquide devra être dirigé obliquement sur la paroi postérieure du vagin. La force d'impulsion sera réduite au minimum. Pour ce, on ouvrira seulement à moitié le robinet de l'irrigateur, si l'on emploie cet instrument aujourd'hui très répandu dans toutes les classes de la société.

Air. — La femme enceinte a besoin de respirer un air pur. Pour démontrer l'importance de ce précepte, il n'est pas nécessaire de produire de longs raisonnements. Dans les campagnes, on le sait, les paysannes ont généralement de plus beaux enfants que les femmes des villes. Elles-mêmes sont sujettes à moins de malaises et de maladies. Leur grossesse se continue plus facilement sans encombre.

Cette nécessité de respirer un air pur étant admise, implique logiquement diverses prohibitions dans les relations de la vie ordinaire. En première ligne sera proscrit le séjour dans les chambres de malades , dans les locaux, salons, salles de spectacle ou de bal, renfermant une nombreuse société. Il n'y a point de' poison plus apte à vicier l'air, plus dangereux à respirer pour l'homme, que les produits gazeux expirés par ses semblables. Pour le même motif, le travail dans les ateliers ne doit point être encoura^-é.

Les fabriques, les flaques d'eau croupissame, les monceaux de fumiers ou de produits organiques en voie

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de décomposition, etc. , situés dans le voisinage de l'habitation, et toute autre cause pouvant vicier l'atmosphère, seront aussi soigneusement évités.

Exercice. — Dans la crainte de fausses couches, certaines femmes enceintes se condamnent pendant de longs mois, à une immobilité absolue. Cet exemple nous donne une idée des trésors d'affection que la nature a déposés, en vue de la maternité, dans le cœur de la compagne de l'homme. Fort heureusement l'indication d'un pareil martyre, dont le sexe fort serait incapable, se présente rarement. Tout au plus, dans quelques cas, y a-t-il nécessité de garder un repos relatif, durant les trois premiers mois de la gestation, jusqu'à l'organisation définitive du placenta.

A l'exception de ces cas particuliers, l'exercice modéré convient aux femmes enceintes. Il facilite le fonctionnement régulier des divers organes. La marche est surtout salutaire. La durée de ces promenades à pied, ne doit pas dépasser deux ou trois heures. Des périodes de repos seront organisées toutes les demiheures, car la fatigue est une source de dangers.

Parmi les exercices prohibés seront la natation, les visites de cérémonie qui nécessitent le port de toilettes gênantes, ou l'ascension de nombreux étages dans l'espace de quelques heures ; l'équitation et la danse sont aussi contre-indiquées. Elles prédisposent aux hémorrhagies placentaires par les secousses qu'elles impriment à l'utérus. Les voyages en voiture et en chemin de fer ont des inconvénients quand leur durée dépasse deux à trois heures. On ne les permettra que dans les cas de force majeure, après le cinquième mois de la grossesse, et en choisissant plutôt la seconde et

la troisième semaine de ce mois ou des suivants.

Rapports sexuels. — Les rapports sexuels continués pendant la gestation, sont la cause ignorée d'un grand nombre d'avortements. Il est prudent de s'en abstenir le plus possible, surtout pour les femmes dont les grossesses ont été déjà interrompues avant terme. La nature semble elle-même inviter à prendre cette sage détermination. La plupart des femmes enceintes éprouvent de la répugnance à subir les approches de leur mari. Pour quelques-unes, cette impression particulière est un signe non équivoque de conception nouvelle. Il en est cependant chez lesquelles l'interdiction trop absolue des rapports sexuels, entraîne l'apparition de troubles variables du système nerveux. On leur permettra en ces cas, d'en user avec modération.

Mélancolie. — Beaucoup de primipares sont portées à la tristesse, à un moment donné. Elles redoutent toute espèce d'accidents pour la gestation et la délivrance. Elles s'attendent aux complications les plus extraordinaires, et considèrent la mort comme inévitable. Leur moral s'affaisse, et l'organisme ne tarde pas à en subir le contre-coup. L'appétit diminue ou disparaît de même que le sommeil; la faiblesse générale s'accentue. Le meilleur remède pour cette espèce d'hypocondrie est la société de personnes pleines d'entrain et de gaîté, qui s'attachent à dissiper peu à peu, avec beaucoup de tact, toutes les idées noires : lorsque cette tendance mélancolique est liée à un état de souffrance de l'estomac, les remèdes administrés contre les troubles gastriques réussiront à la guérir rapidement.

Impressions morales. — On a rapproché des envies de la grossesse certaines impressions morales. La

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simple vue d'un animal, d'une maladie repoussante, ou encore d'une infirmité disgracieuse, ne suffit pas, même lorsqu'elle frappe l'imagination de la femme enceinte, pour provoquer chez le fœtus des modifications analogues. Darwin cite le fait suivant : Dans une des grandes maternités de Londres, on a pendant plusieurs années, interrogé toutes les femmes sur les faits qui pouvaient les avoir frappées pendant leur grossesse : leurs réponses étaient aussitôt sténographiées. Pas une seule fois, on n'a pu constater la moindre coïncidence entre les réponses et les cas d'anomalies présentées par les enfants. Mais très-souvent, après avoir eu connaissance de la monstruosité, les mères accusaient des faits qu'elles ne se rappelaient qu'alors (E. Martin : Histoire des monstres p. 28). Une émotion très vive, occasionnée par la douleur, le chagrin, l'effroi, etc., exerce parfois une influence néfaste en provoquant soit la mort du fœtus, soit son expulsion. Baudelocque rapporte qu'après l'explosion de la poudrière de Grenelle, il avait été appelé pendant les huit premiers jours pour soixante-deux femmes, en péril ou en voie d'avortement (Gardien).

Professions. Tabac. — Certaines professions paraissent dans la classe ouvrière exercer une influence fâcheuse sur la grossesse et en interrompent le cours.

Le travail dans les manufactures de tabac, suivant Delaunay, Decaisne, Quinquaud, Goyard, favoriserait l'avortement. Dans beaucoup de villes, d'après Brochard, les filles-mères savent qu'en allant travailler dans les manufactures susdites, elles sont très exposées à faire des fausses couches, objets de leurs désirs.

Lébail du Mans, médecin de la manufacture des

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tabacs, et chirurgien de la maternité de cette ville, affirme qu'il a été fréquemment appelé par les ouvrières pour des métrorrhagies occasionnées par l'absorption des principes actifs du tabac en suspension dans l'atmosphère des ateliers. Nonat considère le tabac comme un êmménagogue provoquant les contractions utérines. Ces assertions sont combattues par Thévenot, Louis, Poisson, Hurteaux depuis plus de 40 ans médecin de la manufacture de Paris, Ygonin médecin de celle de Lyon depuis près d'un demi-siècle, Piasecki médecin de celle du Havre, Joird médecin de la manufacture de Lille, etc. Cependant la question mérite d'être sérieusement étudiée. Stolz a remarqué l'odeur de tabac répandue dans le liquide amniotique chez les ouvrières en tabac qui accouchent ou avortent. Ruef a démontré l'existence de la nicotine dans ce liquide.

Oxyde de carbone. — Chez les cuisinières, les fausses couches si fréquemment observées résultent le plus ordinairement de la fatigue consécutive à la station debout, et de l'action toxique de l'oxyde de carbone produit par leurs fourneaux. Il en est de même chez les repasseuses.

Sulfure de carbone. — Le sulfure de carbone, usité dans les manipulations du caoutchouc, provoque presque toujours l'avortement dans les premiers mois (Delpech).

^ Plomb. — Constantin Paul a le premier attiré l'attention sur les mauvais effets de l'industrie saturnine sur la marche de la grossesse. Douze femmes employées à ce travail ont eu, sur 59 grossesses, 44 avortements, 3 accouchements prématurés, 3. morts-nés, i enfant mort dans les 24 heures; 8 enfants seuls ont survécu

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plus d'un jour. Deux d'entr'elles, ayant eu des grossesses à terme, après avoir quitté l'atelier, ont vu les fausses couches se reproduire à la reprise de leurs anciennes occupations.

L'action funeste du plomb se fait même sentir quand ce sont les pères qui manient ce métal. Chez Un certain nombre de malades observés, il n'existait d'autre accident saturnin que le liseré.

En somme, 123 grossesses observées dans les cas d'intoxication saturnine plus ou moins profonde du père ou de la mère, ont donné à Constantin Paul : 64 avortements, 4 accouchements prématurés, 5 morts-nés.

Rennert a étudié les mêmes accidents dans onze familles qu'il divise en trois groupes :

i^^ groupe : deux familles. Le père et la mère sont atteints d'intoxication saturnine; 1 9 enfants, sur lesquels I mort-né, 1 7 macrocéphales dont 13 succombent.

2® groupe: quatre familles. La mère seule est atteinte; 27 enfants, sur lesquels 6 morts-nés, 17 macrocéphales dont 3 succombent. Des 4 autres enfants non macrocéphales, 2 meurent.

f groupe : cinq familles. La mère est saine; 33 enfants; pas de mort-né, 19 macrocéphales dont 12 meurent. Sur les 14 autres enfants, 2 décès.

Le pronostic varie suivant que les deux parents à la fois, le père seul , ou la mère seule, sont soumis à l'intoxication saturnine.

Un autre effet fâcheux sur les enfants, dû à la même cause et signalé par Roque, est la multiplicité des cas d'idiotie, d'imbécillité et d'épilepsie.

Sucre. — Keller rapporte, d'après Thévenot, que

la fréquence des fausses couches obligea à interdire aux femmes, l'entrée des sucreries de Frédérishall.

Bibliographie.

Baudelocque : Traité d'accouchem. — Brochard : Journal de la société contre l'abus du tabac. 1878 N° 7 p. 189. — Caldani (cité par Corradi) : Dell'ostetricla in Italia p. 9]2. — Capuron : Traité des maladies de femmes, Paris 1802 p. J67. — Constantin Paul : Arch. méd. 1860 Soc. biol. i86i et Thèse de Paris 1861.— Cartaza : Thèse de Paris 1856.— Charpentier.- Traité d'accoucliements i88j, I J12. — Decaisne : Repue d'hygiène t. II. 1880 p. j7. — Delaunay : Reuue d'hygiène t. II 1880 p. J5 et 224. — Delpech : Ann. d'hygiène et de méd. légale, t. X/X I86^ — Demangeon : Du pouvoir de l'imagination, etc. Paris i8,'6. — Florian CuNY : Tabac et tabagisme. Thèse Paris 1885, ^^4. — Fonssagrives : Entretiens familiers sur l'hygiène. Paris 1869.— Gardien : Traité d'accouchements. — GoYARD : Reuue d'hygiène II. 1880 p. 226. — Gueniot : Thèse agrégat. 186^. — JoiRE : Influence des émanations du tabac, etc. Ann. d'hyg. 1882 VII. 219. - NœoELÉ et Grensrr : Traité d'accouchements 1880 p. IJ9. — PiAsECKi : Revue d'hygiène t. III. 1881 p. 910. — Pinard : Art. Grossesse. Dict. encyc. se. médic. — Louis Poisson : Santé des ouvriers dans les manuf. de tabacs. Ann. d'hygiène. 1881 VI. 585. — Rennert : Arch. f. gynœk. iQQi.Bd. XVIII. p. 109 — Rueb- : Ga^. de Strasbourg, mars 1845. - Roque : Thèse {de Paris iQj]. — Tarnier et Chan- TREuiL : Traité d'accouchements 1882 I. p. 570. — Tarnier kt budin : Traité d'accouchements II. 1886. - Thévenot : Revue d'hygiène 1880 ///./>. J44. —Thompson Lusk: Science et art des accouchements, trad. Doléris p. 1^4. — Ygonin : Lyon médical 1880 p. ,'97.

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