CHAPITRE IV
A. Anatomie et •physiologie.
\. La peau est le tégument externe qui enveloppe et protège toute la surface du corps et se continue avec les muqueuses au niveau des ouvertures naturelles (bouche, nez, yeux, etc.).
La peau se compose de deux couches : l'épiderme et le derme. La première est formée par des cellules, dont les superficielles sont aplaties et desséchées, les, profondes molles ; elle repose sur le derme, qui est fibro-élasUque, pourvue de papilles, qui sont les organes du toucher, et de glandes sudoripares, dont la fonction est de sécréter la sueur. On trouve en outre dans la peau des follicules qui donnent naissance aux poils et aux cheveux; puis des glandes sébacées qui sécrètent un enduit gras appelé séhim.
2. La peau mpire comme les poumons, toutefois la quantité de l'acide» carbonique exhalé et celle de l'oxygène absorbé sont plus petites, tandis que la quantité de vapeur d'eau qui s'échappe, soit par évaporalion ciUanée, soit par la sueur, est de beaucoup plus considérable..
110 MANUEL DE L'IIYOIÈNE nE LA VOIX.
1/cvaporatiou est continue et se déroiie à la vue ; aussi l'a-t-on désignée sous le nom de transpiration insensible. La quantité d'eau évaporée est en moyenne d'un kilog. en vingt-quatre heures, c'est-à-dire le double de l'eau évaporée par les poumons ; elle est plus considérable par un temps sec que lorsque l'atraosplière est chargée de vapeurs d'eau. Si la température extérieure est voisine de celle du corps ou lorsqu'on a fait une course rapide, etc., les glandes sudoriiiques entrent en action et sécrètent une humeur appelée sueur, dont la quantité peut être celle de 200 grammes en une heure.
B. Rapports avec la voix.
Le froid diminue l'aclivité de la peau ; si eu outre l'air froid est saturé de vapeur d'eau, on voit réduit au minimum le produit de l'exhalation cutanée. Par suite de cette réduction, l'exhalation pulmonaire est augmentée, ce qui entraîne la congestion des muqueuses pulmonaires. Dans l'état parfait de santé cet accroissement physiologique n'a point d'inconvénient ou rend seulement l'appareil rcspii^atoire un peu plus impressionnable.
Mais ce résultat est plein de périls pour les personnes prédisposées aux bronchites ou aux laryngites.
La suppression brusque d'une transpiration abondante produit les mômes effets que le froid par l'évaporation rapide de la sueur ; on voit survenir, même chez les individus très-sains, diverses inflammations de la muqueuse des organes de la
voix et de la rcspii'alion, sans parler des rhumalismes, des névralgies, etc.
C'est pour remédier à ces conséquences et pour porter au maximum l'activité sécrétoirc de la peau que l'on fait usage de vêtements et de bains qui modifient l'exhalation cutanée; Celle-ci est également influencée parles cosmétiques.
1. Les VÊTEMENTS sout destiués à garantir la surface du corps, en modifiant les influences nombreuses du monde externe, auxquelles elle est exposée.
Les matières employées pour la confection des vêtements sont des substances animales ou végétales; elles ne se comportent pas toutes de la même manière à l'égard de la chaleur et de la transpiration cutanée.
Les unes prennent la chaleur et la perdent rapidement, les autres avec lenteur ; les premières sont appelées bons conducteurs , les secondes mauvais conducteurs ; ces derniers conservent par conséquent la chaleur du corps et garantissent du froid. Les vêtements de laine blanche, faits avec une étoffe souple, moelleuse, légère et en même temps épaisse, contenant beaucoup d'air dans ses mailles, préservent le mieux du refroidissement. Cette qualité est encore augmentée par la propriété que possède la laine de soustraire au corps une quantité notable de liquide sans évaporation rapide, ce qui produirait un refroidissement brusque.
Les vêtements permettent, suivant leur perméabilité plus ou moins parfaite, à la vapeur d'eau exhalée par la peau
118 MANUEL DE L'HYGIÈNE DE hk VOIX.
(le s'écliapper insensiblement par les pores de leurs tissus. Le cuir est moins facilement perméable que les tissus de fil, de soie, do colon, do laine; les vêlements imperméables s'opposent à l'évaponilion des produits de la transpiration cutanée.
2. Les BAINS débarrassent la peau des impuretés qui ont pu s'y accumuler et entraver la respiration cutanée ; ils agissent en outre sur celte exhalation suivant leur température.
Les bains tièdes, de 30» à 32° ne produisent aucun effet parliculier sur l'exhalation.'
A une température plus élevée, c'est-à-dire dans un bain chaud, le pouls s'accélère, les mouvements respiratoires sont plus précipités, l'exlialation pulmonaire augmente.
Les bains d'étuve sèche élèvent au maximum les exhalations pulmonaire et cutanée, l'air étant sec. On supporte moins longtemps les bains de vapeur simples ou chargés de substances volatiles minérales ou végétales, parce que l'air est déjà saturé de vapeur.
Les bains russes, dans lesquels le corps échauffé d'abord, ensuite refroidi, est réchauffé de nouveau par des frictions ou une nouvelle élévation de température, stimulent et modèrent les exhalations pulmonaire cl cutanée.
Les bains frais de 28" à 29" sont débilitants et diminuent la transpiration cutanée.
Dans les bains froids, de 20° à 25", la peau se contracte et se refroidit ; la transpiration cutanée diminue considérablement. Lorsque l'action de l'eau froide est trop prolongée, il survient un tremblement musculaire et le sang congestionne les parties internes. Si les effets du froid n'ont pas été trop longtemps prolongés, la réaction s'établit, la peau se réchauffe, les congestions se dissipent, d'autant plus facilement que des mouvements exécutés dans l'eau, et surtout la natation, y ont contribué. Les bains froids sont toniques, fortifient l'organisme et rendent la peau beaucoup moins impressionnable aux variations de température.
• Les ablutions, affusions d'eau froide, le drap mouillé (voy. Formulaire), agissent dans le même sens que les bains froids. Lorsque le corps en sueur vient en contact avec l'eau froide, le refoulement interne du sang est instantané; il faut alors provoquer immédiatement, par la chaleur, pardes frictions, etc., une réaction énergique, si l'on veut éviter des affections inflammatoires des organes internes, des poumons, des bronches, etc.
Les bains de mer agissent, en dehors de leur température, par le mouvement des vagues, ainsi que par les sels contenus dans l'eau ; ils provoquent une stimulation cutanée énergique.