I/OPTIQUE PRATIQUE
Thibet, en Suède, en Suisse, à Schwartzenberg, en Saxe, etc.
L'opticien se sert de l'émeri à différents degrés de finesse ; on obtient ces divers états en le lavant. On met de l'émeri dans de grands baquets munis de robinets, on ajoute de l'eau, on remue le mélange, on cesse d'agiter, puis on reçoit le liquide àl'aide d'un robinet, on laisse déposer et on obtient un émeri cl^un degré de finesse en rapport avec le temps qui s'est passé avant de laisser écouler le liquide. Nécessairement, plus il se sera écoulé de temps, plus l'émeri sera fin et vice versa.
On se sert généralement en optique de l'émeri 1/2 minute ou gros, de l'émeri 1, 2, 5, 10, 30 et 60 minutes. Ces derniers sont excessivement fins et servent à cloucir les verres comme nous l'expliquons plus loin.
Abordons la question du travail, mais disons auparavant que la première opération que l'on fait subir aux verres consiste ta leur donner une courbure grossière, se rapprochant de celle qu'ils doivent avoir, et cela en les usant sur une balle ou clans un bassin en fonte de fer avec du grès tamisé et mouillé. Le verre ainsi ébauché est dit dégrossi. L'opération du dégrossissage se fait en dehors de l'atelier, car son voisinage peut être pernicieux pour le travail des verres.
Le verre dégrossi, et qui n'a pas la courbure désirée, est passé dans un outil en fer d'une courbure se rapprochant de celle qu'il doit avoir. Cette opération se fait sur le tour, et on emploie pour cela les émeris 1 et 2. Le verre est alors apprêté.
On se sert maintenant de l'outil précis en cuivre, et on y passe le verre avec l'émeri 5.
Pour employer l'émeri, il suffit d'en mettre une petite quantité sur l'outil, de jpter quelques gouttes d'eau, puis d'étaler à l'aide du verre, on frotte ensuite circulairement et régulièrement. L'effet obtenu, on lave le verre et l'outil à l'aide d'une éponge imbibée d'eau, et on passe à d'autres opérations.
Le verre apprêté est fixé sur un petit manche en liège nommé molette. La molette est fixée au verre à l'aide de mastic de poix et de cendre ramolli par la chaleur. De cette façon on le tient aisément pour lui faire subir les dernières opérations, qui sont les plus délicates.
Dans le courant des opérations ci-dessus désignées, on a eu soin de centrer le verre, c'est-àdire qu'à l'aide de certains moyens on a fait en sorte que le centre de chaque courbe corresponde à l'axe principal. A l'aide du compas on a aussi conservé l'égalité d'épaisseur. Pour les verres très-précis on emploie même à cet effet des ma-
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chines à niveau d'une construction tout à fait mathématique.
Le verre tenu à l'aide de sa molette est passé circulairement sur l'outil, avec l'émeri n° 10. Gela fini, on procède au douci, c'est-à-dire à l'application du dernier émeri, soit celui 30 ou 60. L'outil étant réuni, c'est-à-dire la balle et le bassin étant rodés l'un sur l'autre pour éviter les déformations, on prend l'outil utile et on y met une très-petite quantité d'émeri ; on ajoute quelques gouttes d'eau, puis on étale à l'aide d'un morceau de glace ordinaire mis à la courbure de l'outil. Ce morceau de verre reçoit le nom de verre d'épreuve, car il permet d'apprécier si le moindre corps étranger existe dans le mélange, ce qui s'aperçoit aisément par le contact. L'émeri étant étalé, on dépose le verre sur l'outil, on frotte circulairement ; au bout de quelque temps le mélange devient pâteux, sec, et on a de la peine à mouvoir le verre, on arrête alors, on. lave le verre, on passe une éponge humide à la circonférence de l'outil, on mouille légèrement l'émeri, on repasse le verre comme ci-dessus, le verre est alors douci et raffiné. Afin d'enlever l'émeri et le métal de l'outil qui se sont attachés au verre, on y passe une petite quantité d'eau acidulée par l'acide sulfurique, on sait alors le résultat de son labeur. On observe la surface à
la loupe, et si l'on découvre la moindre raie, la moindre filandre, il faut tout recommencer.
L'opération du douci est excessivement délicate ; le moindre grain de poussière forme une raie et tout le travail se trouve perdu ; il faut souvent repasser le verre avec l'émeri n°10. Le verre douci, et regardé en faisant réfléchir à sa surface les objets environnants, présente une douceur de grain telle, que la surface semble presque polie. La dernière opération, celle du polissage, va donner au verre le poli vif dont tout le monde connaît l'éclat.
Nous allons examiner commentée pratique cette opération.
L'outil étant parfaitement nettoyé, on y colle, à l'aide d'empois, un morceau de papier mince; cela fait, on prend une éponge propre que Von passe sur le papier afin de l'amincir, pour qu'il ne diffère que fort peu de la courbure de l'outil ; on laisse ensuite sécher le papier. Ceci terminé, il faut poncer le papier, c'est-à-dire y passer de la ponce fine que l'on étale à l'aide d'un morceau de ponce pour enlever les grains et préparer le papier désencollè à recevoir le tripoli qui sert à polir. Le papier est observé à la loupe ; les moindres grains en sont détachés, puis le papier est parfaitement brossé et recouvert de tripoli très-fin, étalé avec un morceau de papier spécial à cet effet.