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L'OPTIQUE PRATIQUE LE TRAVAIL DU VERRE

Les personnes qui se trouvent à Paris peuvent facilement, dans nos ateliers * ou dans ceux des bons constructeurs, se rendre compte par elles-mêmes des moyens à l'aide desquels on arrive à donner aux verres de lunettes et autres ces courbures si régulières et ce poli si vif; mais bien des personnes éloignées des grands centres, et celles qui ont peu de loisirs, nous sauront gré, j'espère, de leur expliquer toutes les métamorphoses que subit le verre avant de pouvoir s'adapter aux lunettes ou besicles é*t aux différents instruments d'optique.

Bien que nous ne nous occupions ici que des verres de lunettes, en expliquant leur fabrication, nous ferons comprendre celle des différents verres, ce qui sera d'autant plus facile qu'il y a la plus grande analogie entre l'un et l'autre procédé.

1 Cour des Fontaines, 1 lis, Palais-Royal; visibles de ■trois à six heures.

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Avant d'entamer notre sujet, avertissons le lecteur que l'optique pratique est fort intéressante, ce qui explique la surprise et l'admiration des personnes qui visitent un atelier d'optique, et qui sont toujours. fort étonnées de voir les procédés à l'aide desquels on produit soit de petites lentilles imperceptibles (celles pour les microscopes) ou des verres dont les dimensions varient de 6 à 30 centimètres (verres pour les télescopes, les jumelles de théâtre, la photographie, etc.).

Nous avons réservé deux chapitres relatifs aux .diverses sortes de verres employées en optique, et pour les verres de lunettes, et aux meilleures formes à leur donner ; nous ne nous occuperons donc ici que de la taille et du travail des verres.

Parlons d'abord du choix du verre. Avant d'être travaillé, le verre est choisi, chaque morceau est regardé à la loupe ; si Ton y découvre des bulles (fig. 1 5 )

Fie;. 15.

et stries (fig. 16), chez les fabricants consciencieux,

Fig. 16.

il est rejeté. Les bulles d'air que Ton ne peut éviter dans la fabrication des grands verres doivent ne pas exister dans les petits, et en particulier dans les verres pour lunettes. Cependant une petite bulle serait encore moins nuisible que les stries ou fils qui proviennent d'un mauvais mélange des matières vitrifiables entre elles. Ces défauts donnent aux verres différents pouvoirs réfringents, et il est facile de comprendre leg fâcheux effets de verres produits avec une substance non homogène.

Si la substance première est mal faite, on peut aussi y découvrir des défauts ayant l'apparence de flocons de neige, et appelés pour cette raison des neiges. On peut aussi y voir des particules terreuses, métalliques, des taches de diverses formes, etc.

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Une autre qualité que doit présenter le verre, c'est qu'il doit être dur et non décomposable à l'air. Lorsqu'il remplit les conditions que je viens d'énoncer, l'opticien le juge bon à être soumis au travail.

Les verres destinés aux télescopes, aux grands instruments, viennent de verreries spéciales sous forme de disques de différents diamètres et d'épaisseur variées ; sur les côtés des disques on fait des facettes polies, ce qui permet d'examiner la qualité des verres .

Pour les petits verres on emploie aussi de petits disques, mais souvent on fait scier les disques en tranches, que l'on découpe alors en morceaux appropriés. Ayant un morceau de verre d'une épaisseur trop grande pour l'objet auquel il est destiné, il arrive souvent qu'on enlève à la pince sur une des surfaces et par écailles, une bonne quantité de verre, afin d'abréger le travail ; cela se nomme fioner, en terme de métier.

Le verre employé en optique est tantôt du crownglass ou du flint-glass; nous verrons plus loin la composition de ces sortes de verres. Le cristal de roche se travaille comme les verres déjà nommés.

Pour les verres de lunettes, on emploie le crown-glass et le cristal de roche ; le crown est le verre par excellence, surtout s'il est pur et fabri-

que spécialement pour l'optique . C'est avec le beau crown que Von fait les meilleurs verres de lunettes, et avec le verre à vitres, dit verre double, que l'on fabrique ceux ordinaires.

Que l'on se serve d'un disque épais, d'une plaque de verre, etc., il faut donner une courbure au verre pour le transformer en lentille optique,

La courbure s'obtient en usant le verre avec de l'émeri mouillé sur des calottes ou dans des bassins en cuivre. L'outil représenté fig. 17, se nomme

iMg

le bassin, celui fig. 18, la balle. On comprendra de

Fig. 18.

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suite que le bassin sert à faire les verres bombés ou convexes, et la balle les verres creux ou concaves.

Chaque outil représente un rayon de courbure. Pour faire l'outil on fait d'abord un calibre en traçant sur une planche de cuivre une courbure d'un rayon donné. On découpe ensuite et on obtient deux calibres, l'un concave, l'autre convexe, qui servent à fabriquer le bassin ou la balle. Dans les ateliers d'optique on a trois ou quatre cents paires d'outils, ayant des courbures depuis vingt pieds jusqu'à 1/5 de ligne. Les outils sont généralement numérotés en pouces et lignes; dans quelques ateliers, on les marque en centimètres et millimètres. C'est à l'aide des mathématiques que Ton détermine les courbures qui conviennent aux verres, suivant l'usage auquel on les destine.

L'outil muni d'une tige à vis, sefixeswr le tour de l'opticien, soit dans un écrou fixe, soit sur un arbre mobile qui peut se mouvoir circulairement.

Le travail à l'outil fixe, fig. 1 9, se pratique pour les verres d'un certain diamètre . Pour les petits verres, on les travaille sur le tour (fig. 20). Comme le représente la fig. 19, le tour d'opticien se compose d'une table solide que l'on construit ordinairement en noyer. Sur la gauche de la table se trouve un arbre vertical, maintenu dans des collets et ter-

Fig. 19.

miné par une pointe qui pivote dans une pièce placée ad hoc. A cet arbre se trouve fixé un volant, et à son extrémité supérieure une pièce en fer placée horizontalement reçoit une poignée en bois.

Sur la droite du tour se trouve un arbre semblable au précédent et muni d'une poulie. Le volant et la poulie sont réunis par une corde en cuir. L'arbre à poulie reçoit l'outil. En faisant mouvoir l'arbre de, gauche sur son pivot, on obtient nécessairement un mouvement circulaire qui entraîne l'outil. Si la main, maintenue par un support, présente le verre à la surface de l'outil, qur lui-même a reçu un corps usant (émeri), on se rend compte des effets qui se produisent.

Nous avons dit que l'émeri était le corps usant employé pour travailler les verres. On sait que l'émeri est du corindon granulaire ferrifère, ou en d'autres termes, de l'alumine à l'état de corindon, mêlée d'oxyde de fer. C'est un corps d'une ténacité excessive ; après le diamant, c'est un des corps les plus durs.

Les propriétés de l'émeri ont été connues depuis bien longtemps; on l'exploitait à Naxos, et il était porté comme lest par les vaisseaux qui le transportaient à Venise et à Jersey.

On trouve de l'émeri en France, en Chine, au

Fisc. 20.

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