INTRODUCTION
L’hygiène publique considérée comme science, remonte à une haute antiquité, mais son application peut être regardée comme toute nouvelle, du moins, dans les sociétés modernes.
Si l'hygiène individuelle a dû naître dans les premiers âges du monde, dès que les hommes ont été réunis en société, ils ont dû également rechercher tous les moyens d’éloigner d’eux toutes les causes d’insalubrité, toutes les sources de danger, de protéger, enfin, la santé publique contre tout ce qui pouvait la compromettre. Aussi, trouvons-nous des traces d’hygiène publique dans toutes les civilisations passées. Depuis les Égyptiens, les Chaldéens, les Hébreux, les Grecs et les Romains, les législations en prescrivent quelques règles que l’expérience avaient enseignées suivant les lumières que la science possédait à leur époque. On les trouve éparses, dans les institutions politiques comme dans les codes
religieux, dans les lois de Solon et de Lycurgue comme dans le Thalmut, les canons de l’Église et le Coran. Chez les modernes, au contraire, malgré tous les progrès de la civilisation, il faut presque arriver jusqu’au commencement de ce siècle, pour voir les lois s’occuper d’une science si précieuse pour la conservation des hommes, l’amélioration des races, le bien-être de la société. Et cependant , depuis Hippocrate , tous les hommes de science, écrivains, historiens, moralistes, voyageurs, en ont abordé quelques points et formulé quelques lois ; mais aucune main n’a su les réunir pour en former un code plus ou moins complet.
Mais dès le moment que l’éveil a été donné aux hommes spéciaux et aux législateurs, sur ce point important, les matériaux se sont accumulés, des travaux infiniment remarquables ont vu le jour et l’on peut assurer que l’édifice se fonde et ne peut larder d’arriver à sa complète édification. L’œuvre cependant sera laborieuse et difficile, et l’on en restera convaincu si l’on considère que les règles de l’hygiène publique doivent nécessairement varier, non seulement suivant les localités, les saisons, les individus, les professions, etc., mais encore être profondément et chaque jour modifiées par les immenses révolutions causées dans l’industrie, je dirai même dans la vie commune, par les grandes découvertes modernes.
Il devient dès lors évident qu’un traité complet d’hygiène publique , doit être l’ouvrage du temps et de tous. Pour ne parler que de la France , c’est surtout dans les travaux des Conseils d’hygiène et de salubrité établis dans chaque département, que l’on devra trouver les plus précieux éléments de ce grand
travail. Que chacun se mette à l’œuvre et fournisse ses matériaux, une main habile viendra plus tard les recueillir et la science sera fixée.
Le Conseil d’hygiène de Lyon a déjà fait un grand pas dans cette voie. En 1845, MM. Polimère et Monfalcon ont publié, sous le cou vert d’un compte-rendu des travaux de ce Conseil, un véritable traité d’hygiène publique, qui ne se borne pas seulement à ce qui concerne notre ville, sa population et les industries qui s’y exercent, mais qui contient sur une foule de matières de précieux enseignements. Cet ouvrage occupe un rang élevé dans la science qui serait déjà bien avancée, si dans tous les départements cet exemple avait été suivi.
Nous aspirons à continuer leur œuvre. Vénus plus tard, nous aurons beaucoup moins de questions importantes à soulever, à discuter et à résoudre, néanmoins, la transformation, la régénération de notre ville, les progrès de ses manufactures , les besoins nouveaux qu’une civilisation croissante fait naître, que des découvertes incessantes multiplient par les industries nouvelles qu’elles créent, tout cela tend à élargir le champ de l’hygiène et demande chaque jour de nouvelles études pour en approfondir et en formuler les règles.
Eu reprenant ce travail au point où MM. Polinière et Monfalcon l’ont laissé, nous ne nous dissimulons pas les difficultés de la tâche que nous nous sommes imposée, mais, à défaut de la même plume et des mêmes facultés, nous sommes sûrs, du moins, de rivaliser avec eux de zèle, de persévérance et de bon vouloir.
Nous ne prétendons nullement tracer ici des règles d’hygiène générale , la science possède là-dessus des traités spéciaux justement estimés. Notre tâche est plus
circonscrite, nous ne devons nous occuper que de ce qui concerne noire ville, sa position topographique, sa population, ses industries, à mesure que nous y serons conduits par les sujets que nous avons à traiter et par les questions qui ont été soumises à l’appréciation et au jugement du Conseil.
Le champ est vaste encore ! quelle ville plus que Lyon a été l’objet de critiques longtemps méritées ? quelle population a été plus dénigrée sous le rapport physique et sous le rapport moral ? Nous serons heureux de la réhabiliter et de réfuter victorieusement, et par des faits, une opinion trop longtemps répandue sur l’insalubrité en quelque sorte proverbiale de notre ville, opinion motivée dans des temps reculés par un état de choses qui n’existe plus, à tel point que déjà et, sans anticiper sur les améliorations que nous promet encore un avenir rapproché, nous pouvons être fiers des changements heureux qui se sont produits et qui font de la cité lyonnaise, sous le rapport de l’élégance et de la salubrité, la rivale heureuse des villes les plus privilégiées de l’empire.
Mais pour justifier cette assertion , il nous devient nécessaire de tracer un tableau rétrospectif de Lyon tel qu’il était à la fin du dernier siècle, et de le faire suivre de la description de ce qu’il est devenu depuis celte époque. On verra que si chacune des administrations qui se sont succédé, a contribué à cette transformation, suivant l’opportunité des circonstances et surtout suivant les limites de leurs pouvoirs, ce n’est que depuis quelques années surtout que cette régénération a pris un rapide essor et qu’elle annonce devoir être bientôt complète.
Cette revue générale fera passer sous nos yeux les questions d’hygiène publique qui ont été résolues en môme temps que celles dont la solution se fait attendre encore. La part de l’éloge et de la reconnaissance sera grande, mais nous aurons aussi quelques vœux à formuler, peut-être même quelque critique à énoncer, ce que nous ferons avec notre indépendance de caractère et notre dévouaient au bien public , sûrs que nous sommes, que nos intentions judicieusement appréciées seront favorablement accueillies.
La seconde partie de ce travail, la plus importante et la plus pratique, se composera des décisions du Conseil d’hygiène et des discussions approfondies qu’ont fait naître dans son sein les nombreuses questions qui lui ont été soumises. Elle fera connaître les diverses industries dont s'est enrichie notre ville et le soin paternel de l’Administration, à protéger en même temps l’industrie, la propriété et la population contre toutes les chances d’insalubrité , de danger ou d’incommodité graves, dont quelques-unes sont accompagnées.