BE L’ASSISTANCE PUULIQUE POUR LES MALADES I ADIGE ATS
Les malades indigents ont, dans notre ville, à leur disposition les secours hospitaliers et les secours à domicile. En jetant un coup-d’œil rapide sur ces deux branches de l’assistance publique, en constatant leur rapide accroissement, sans négliger de mentionner les lacunes qu’elles laissent encore à combler , nous aurons à examiner si elles répondent entièrement aux exigences raisonnables d’une population ouvrière compacte, réunie dans une ville essentiellement manufacturière. Disons d’avance que nous sommes heureux de signaler que de ce côté aussi notre cité est dans une voie de progrès à laquelle les hygiénistes doivent applaudir comme ils se font un devoir de faire connaître les améliorations qui restent encore à accomplir.
Hôpitaux et hospices civils.
Nous ne connaissons pas en France une ville où l’indigence soit plus richement dotée que dans la nôtre. La bienfaisance a eu de tout temps de profondes racines dans le cœur de notre cité, et nos pères, par leurs libéralités successives, en fondant nos hospices les ont en même temps enrichis de ressources qui s’accroissent chaque année par des donations nouvelles. Ces ressources sagement administrées et prudemment réservées, ont acquis, par le bénéfice du temps, et aussi par des circonstances exceptionnelles, une valeur qui, sur quelques points, en ont presque centuplé l’importance et assurent à tout jamais aux indigents malades la continuité d’une efficace assistance ; et que serait le présent, que deviendrait l’avenir de ces établissements , s’ils eussent été forcés de les aliéner ?
C’est avec bonheur que nous proclamons cet état prospère, et comme, dans notre siècle positif, les intérêts matériels marchent en première ligne, si nous disons un mot de la situation financière de nos hôpitaux, c’est pour nous applaudir de la voir venir si heureusement en aide au bon vouloir et au zèle philanthropique de l’Administration qui les régit. Il est déjà loin de nous le temps où les finances municipales étaient chaque année obligées de subvenir au budget hospitalier, en comblant dans chaque exercice un déficit résultant de la pénurie des ressources en face des besoins multipliés, par un apport qui quelquefois s’est élevé à trois cent mille francs. Depuis quelques années, ce chiffre a constamment di-
miniié dans des proportions correspondant à l’accroissement des revenus des hospices, et le dernier compterendu administratif annonce que tout fait espérer que désormais ces établissements pourront se suflire à euxmêmes. Sans doute aussi les libéralités annuelles, les dons, les legs que la bienfaisance publique a pris l’heureuse habitude de leur continuer, viendront s’ajouter aux ressources qu’une prévoyance habile a su faire fructifier, et à l’aide desquelles de grandes améliorations ont déjà été réalisées, pendant que d’autres se projettent ou sont déjà en cours d’exécution.
L’agglomération lyonnaise compte, pour le service de ses malades indigents, quatre hôpitaux : l Hôtel-Dieu, ou Hôpital général ; l'Hospice de la Charité, destiné aux vieillards des deux sexes , aux orphelins, aux enfants abandonnés , aux enfants malades du dehors et aux filles enceintes qui y sont admises pour y faire leurs couches; l'Hospice de V Antiquaille , qui reçoit les aliénés, les maladies spéciales, syphilis, dartres, teigne, gale, etc.; l'Hospice du Perron , à Oullins, consacré aux incurables et dans lequel on occupe quelques aliénés aux travaux de l’agriculture.
Les médecins hygiénistes (1), nos savants prédécesseurs, nous ont laissé peu de choses à dire sur ces divers établissements, qu’ils ont décrits avec une précision et une sollicitude qui attestent l’étude approfondie qu’ils en ont faite pendant les longues années qu’ils ont consacrées dans ces asiles au service des pauvres; nous ne
(1) Hygiène de Lyon , par les docteurs J. -B. Monfalcon et A. -P. -J. de Polinière, anciens membres du Conseil de salubrité du ltliùne, anciens médecins des Hôpitaux, etc.
pourrons que dire les changements heureux que ces établissements ont subis depuis qu’ils s’en s’ont occupés, et nous ajouterons, au chapitre qu’ils ont si complètement rempli, la description d’un nouvel hôpital, qui sera bientôt ouvert et à l’érection duquel leurs efforts et leurs vœux ont puissamment contribué.
Hôtel-Dieu.
Pour faire suite au dernier compte-rendu du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, il ne nous reste qu’à enregistrer quelques améliorations de détail , qui ne sont pas cependant d’une médiocre importance pour compléter la bonne situation hygiénique de cet établissement.
En entrant dans chaque salle, l’aspect général satisfait le regard par l’exquise propreté qui règne partout ; si l’on s’occupe des détails, tout justifie la première impression : la blancheur des murs dont le badigeon est fréquemment renouvelé, le plafonage dont les solives sont revêtues, les parquets qui partout ont remplacé le carrelage, dont la propreté ne pouvait être maintenue que par de fréquents lavages à grande eau , qui entretenaient une humidité persistante avec des émanations nauséabondes. Ces parquets cirés et frottés deux fois par semaine ont une élégance que l’on envierait dans bien des habitations particulières. Les lits en fer convenablement espacés, plus souvent nettoyés que par le passé, sont revernis tous les trois ans. Les objets de literie ont une blancheur et une propreté remarquables. Dans quelques lits, suivant les exigences de quelques maladies, on a substitué
au matelas de laine un matelas de crin. Il n’est pas besoin d’ajouter que, depuis de longues années, chaque malade a sa couchette. Dans les cas urgents on augmente le nombre des lits plutôt que de doubler les malades.
Il y a peu de temps encore que dans chaque salle, sous le vaste manteau de la cheminée, existait un immense fourneau percé de plusieurs ouvertures sur lesquelles les malades faisaient chauffer leurs aliments ou leurs boissons, ce qui donnait lieu à de nombreux abus. De plus, au-dessus de ces fournaux, des bandes transversales en bois étaient affectées au séchage du linge, des draps ou des chemises humides, ce qui était loin d’être sans inconvénients pour les malades les plus rapprochés. Depuis quelque temps on a heureusement modifié ce système par la création de nouveaux fourneaux, d’un modèle bien moins considérable, suffisants pour les besoins de la salle où ils répandent une plus grande chaleur, et sur les côtés desquels sont placés de vastes placards fermés et chauffés par des bouches de chaleur pour le séchage du linge. Indépendamment de ces fournaux, pendant l’hiver, un poêle en fonte entretient dans la salle une douce température.
Nous voudrions pouvoir assurer que cette douce et égale température existe dans toutes les salles, mais il est de notoriété publique que plusieurs de ces salles, celles qui régnent sur la façade du Rhône, ne peuvent pas être échauffées convenablement pendant, la mauvaise saison, vu l’étendue de leurs dimensions et la hauteur de leurs plafonds ; c’est un vice inhérent à leur architecture et l’on y remédie autant qu’on le peut en multipliant les foyers de combustibles.
De tout temps, le régime exceptionnel et plus varié,
prescrit par les médecins pour quelques malades ou pour les convalescents, était scrupuleusement appliqué, mais le régime ordinaire péchait par un excès de simplicité. Afin de compliquer le moins possible les préparations culinaires, chacun des deux repas de la journée se composait d’une ration de pain et d’une portion de viande bouillie ou rôtie. Depuis 1858, l’Administration a décidé qu’au repas du matin serait ajouté un plat de légumes, et de plus, pour les blessés seulement, et avec raison, on a augmenté la ration de vin. Nous avons remarqué aussi avec satisfaction l’amélioration apportée dans les ustensiles du service alimentaire, et nous avons constaté par nous-mêmes que la cuisine de l’Hôpital est admirablement tenue sous le rapport de la propreté et de l’hygiène, et que le bouillon, la soupe, la viande et les légumes, préparés pour les malades, ne laissent rien à désirer quant à la qualité et à l’apprêt, et se rapprochent beaucoup du pot au feu d’un bon ménage.
Le service des bains d’eau et de vapeur péchait par quelques points; placé à l’extrémité nord des bâtiments, il est éloigné de la plupart des salles de malades et il arrivait que dans le trajet ceux-ci étaient saisis par le froid et perdaient ainsi le bénéfice de la médication quand ils n’y contractaient pas quelques maladies nouvelles. Maintenant on veille soigneusement à ce qu’ils soient chaudement couverts quand ils peuvent marcher, ou bien ils ont à leur disposition des chaises fermées dont on a beaucoup accru le nombre, ainsi que celui des porteurs pour faciliter ce service.
Autant que la disposition des bâtiments l’a permise, on a augmenté le nombre des lits destinés aux malades,
en se conformant autant que possible aux exigences hygiéniques. Il s’élève au chiffre de 1149.
Le service médical en compte 678, répartis entre sept médecins. Depuis quelque temps on a porté le nombre des médecins à huit, et en y ajoutant le professeur de clinique, qui par lui ou son suppléant y occupe toute l’année un service, cela donne pour chaque médecin un total de 7o malades à visiter tous les jours, et le plus souvent deux fois dans la journée. Ce chiffre n’a rien de trop élevé, surtout si l’on considère que les deux tiers des malades ont des affections chroniques qui, traitées à domicile, réclameraient à peine deux visites par semaine.
Le service chirurgical se compose de 470 malades. Il est divisé entre quatre chirurgiens, le chirurgien en chef, l’aide-major de l’Hôtel-Dieu, celui de la Charité et le professeur de clinique, ce qui fait à peu près 112 malades pour chacun ; tous les services sont distincts, chaque médecin est chef dans sa division comme chaque chirurgien dans la sienne, ce qui fait que l’on a de la peine à s’expliquer la signification du titre de chirurgien en chef que porte l’un d’eux, à moins qu’on ne tienne beaucoup à conserver, à Lyon, une dénomination sans prérogatives, à laquelle on a renoncé depuis vingtcinq ans dans les hôpitaux de la capitale.
Vingt-et-un élèves chirurgiens internes sont répartis alternativement dans chaque service afin de les initier à toutes les branches de l’art de guérir. C’est de cette pépinière féconde que sortent plus tard de sérieux candidats pour les concours aux places de médecins ou chirurgiens des hospices et pour les chaires de racole de médecine.
Si maintenant nous nous livrons à quelques recherches statistiques sur les malades admis, les guérisons, les décès et les durées de séjour, voici les résultats que constatent les comptes-rendus administratifs comparés à vingt ans d’intervalle.
Année 1 836.
Au 1er janvier, les malades de l’Hôtel-Dieu étaient
au nombre de
Il en est entré dans l’année. .
Total des malades traités.
Sortis après guérison.
Mort»
Restants au 31 décembre.
La mortalité moyenne dans tous a été de
les services réunis 1 sur 7 41/100
La durée de séjour des malades
de 25 jours.
Au 1er janvier, malades restants.
Il en est entré pendant l’année.
Total des malades traités.
Sortis après guérison.
Morts
Restants le 31 décembre .
La mortalité moyenne a été de 1 sur 7 47/100.
La durée du séjour des malades, de 25 jours.
Malades traités 16,600
Décès 1,859
Moyenne des décès 1 sur 8/35
Durée du séjour 25-47
Malades traités 15,970
Décès 1,757
Moyenne des décès Durée du séjour.
Il résulte de ce tableau comparatif' un enseignement destiné à porter ses fruits. En premier lieu, il est à remarquer que l’Hôtel-Dieu admet, par année, trois raille malades de plus qu’il y a vingt ans. Cela ne tient pas à une durée moindre de séjour de chacun d’eux, puisque ce chiffre n’a pas varié, mais à l’augmentation successive du nombre des lits qui maintenant encore est loin d’être suffisant , en présence des demandes nombreuses qu’on ne peut accueillir et que multiplie chaque jour l’accroissement annuel de la population. Nous verrons plus loin ce qui se projette, disons mieux ce qui s’exécute déjà pour répondre à de si justes exigeuces. '
Mais ce qui intéresse surtout le médecin hygiéniste, c’est la comparaison du chiffre des décès.
1 sur 8 57.
Il y a vingt ans, la moyenne était de 1 sur 7 41/100; elle est aujourd’hui de 1 sur 8 47/100, un huitième de moins !
N’est-il pas de toute justice d’attribuer ce résultat si satisfaisant aux améliorations de toute nature qui pendant cet espace de temps ont en quelque sorte transformé cet hôpital ? Quel puissant encouragement pour persister dans la voie où l’on est entré et ajouter encore de nouveaux perfectionnements à l’œuvre de nos prédécesseurs !
Hospice de la Charité.
Ici comme à l’Hôtel-Dieu, le progrès est sensible et les améliorations se multiplient de jour en jour. Si nous n’avons pas à signaler la création de salles nouvelles, de grands changements dans le claustral, nous devons dire que dans quelques détails on a fait de notables réformes. Ainsi, les cours et les murs ont été successivement et partout recrépis et badigeonnés, réparation commandée autant par l’hygiène que par la nécessité d’entretenir les bâtiments.
Le local affecté aux bains a été agrandi, et l’on y a disposé une salle garnie de quelques lits, où peuvent être couchés les malades qui sortent du bain sulfureux ou du bain de vapeur. Auparavant, ils étaient obligés, tout baignés de sueur, de retourner dans leurs lits, placés le plus souvent dans des salles éloignées, ce qui les exposait à des refroidissements dangereux.
Dans les dortoirs, on a commencé à substituer le parquet au carrelage. Celte réparation a été faite dans les
salles Saint-Isidore et Saint-Pierre, destinées aux enfants fiévreux, et dans la salle occupée par les hommes caducs. Les autres salles attendent la même amélioration qui leur est promise, et qui sera successivement efiectuée. Dans toutes, les fourneaux si larges et si nombreux sur lesquels les vieillards des deux sexes se faisaient à leur mode leur cuisine de chaque jour, souvent au détriment de leur santé et de la salubrité de toute la salle, ont été remplacés par des thermostats, qui donnent une chaleur plus grande et rayonnante de tous côtés, et une propreté qu’était loin de permettre l’ancien système. Ici également, des armoires qui reçoivent des bouches de chaleur servent à l’assèchement des draps et des linges de corps. On s’occupe aussi de modifier la literie, et l’on a commencé à adapter des sommiers élastiques aux lits des malades.
Le régime des malades a, comme à l’Hôtel-Dieu, été modifié d’une manière sensible pour le personnel de l’établissement, et les vieillards reçoivent en plus chaque matin une soupe en attendant le premier repas de la journée, qui a lieu à dix heures.
Le service des varioleux laisse quelque chose à désirer ; une seule salle est affectée à cette maladie pour les enfants des deux sexes, et elle ne contient que dix lits. Or souvent la variole règne épidémiquement, et l’on comprend dès lors que le local devient insuffisant ; on est obligé d’évacuer les convalescents beaucoup trop tôt, au moment où se fait la dessication des croûtes, époque où la maladie est essentiellement transmissible et peut se communiquer aux autres enfants au milieu desquels ils vont achever leur guérison, ou bien dans leur famille. Pour répondre à toutes les exigences hygiéniques, il
deviendrait nécessaire qu’une nouvelle salle de dix lits fût ouverte, et chacune des deux salles recevrait des enfants d’un sexe différent.
Les enfants affectés de coqueluche sont obligés de rester dans les salles avec les autres enfants ; il serait indispensable de les reléguer dans un local particulier. Indépendamment de ce qu’ils troublent le sommeil des autres malades par leurs quintes de toux nocturnes, la contagiosité de la coqueluche est généralement admise, cette opinion repose sur des observations répétées, et dans l’état actuel on s’expose à chaque instant à voir la maladie se développer et s’étendre dans l’hospice avec le caractère épidémique.
Les distributions nouvelles que nous demandons pourraient facilement se réaliser si l’Administration exécutait le projet, presque arrêté croyons-nous, de supprimer la boulangerie des hôpitaux qui existe à la Charité, mais qu’elle veut transporter ailleurs ; elle serait remplacée par des batiments nouveaux qui compléteraient le plan général de l’hospice et donneraient des locaux suffisants pour répondre à ces desiderata et quelques autres de l’hygiène et de la salubrité.
Le personnel des individus assistés dans cet hospice s’élève au chiffre de 918, ainsi répartis :
j hommes, Vieillards, .
( femmes,
Incurables ....
Filles enceintes .
Enfants assistés.
Enfants civils malades.
Le service de santé est fait, pour les maladies internes, par un médecin qui est toujours choisi parmi les médecins qui ont fini l’exercice de leurs fonctions à l’IIôtel- Dieu. Le service des accouchements, pour les cas ordinaires, est rempli par des sœurs hospitalières qui ont fait des études spéciales; les accouchements laborieux et les maladies externes sont le domaine d’un chirurgien qui porte, on ne sait pourquoi, le litre de chirurgien en chef. De plus, un des chirurgiens en chef sortants est chargé de la clinique obstétricale; quatre élèves chirurgiens internes sont attachés à l’établissement.
Hospice de FAutiquaille.
On sait combien est heureusement situé l’Hospice de l’Antiquaille au point de vue de l’hygiène. C’est, sans contredit, à l’excellence de cette situation qu’on a dû la possibilité d’entasser dans un espace incontestablement trop étroit, et par conséquent dans des conditions hygiéniques intérieures qui laissent beaucoup à désirer, une masse considérable de malades , atteints des affections les plus disparates, d’en faire le refuge de toutes les spécialités que repoussent les autres établissements hospitaliers du département.
Aujourd’hui, en effet, comme en 1846, l’Antiquaille reçoit dans des sections distinctes : les aliénés, les vénériens, les dartreux, les teigneux et un petit nombre d’incurables et de vieillards pensionnaires. Seule, la division des galeux a pu être supprimée au grand avantage des malades eux-mêmes qui, depuis quelques années, traités
extemporanément, n’ont à éprouver qu’une perte de temps insignifiante, ne sont plus obligés d’abandonner leur domicile et leurs occupations habituelles, puisqu’une seule friction et très-exceptionnellement deux, faites à l’hospice à la suite de la consultation gratuite, suffisent pour faire disparaître, sinon la maladie tout entière, du moins son principe contagieux.
Mais si les éléments dont se compose la population de l’Antiquaille n’ont pas sensiblement varié, celte population s’est singulièrement accrue.
Le tableau suivant, qui reproduit le classement et le chiffre de la population de l’Antiquaille, insérés dans le Traité de la salubrité dans les grandes villes , et place en regard les chiffres correspondants au 31 décembre 1859, donne une idée exacte de cet accroissement remarquable, sans analogue dans les autres établissements hospitaliers de notre ville :
Aliénés. — Hommes 189
Femmes 218
Vénériens. — Hommes 49
Femmes 105
Galeux et i hommes 12
dartreux j femmes 19
Enfants teigneux j garçons ... 60
dartreux et galeux \ filles 37
Incurables. — Hommes 30
Femmes 50
Total 769
Dartreux. — Hommes.... 54
Femmes .... 43
Teigneux et / garçous 106
dartreux ( filles 100
La comparaison de ces chiffres parle plus haut que tous les raisonnements. Elle donne une force nouvelle
HO
aux considérations développées dans l’ouvrage précité, sur la nécessité de créer un asile spécial pour les aliénés ; elle fait sentir de plus en plus l’utilité d’un projet étudié plus tard par l’un des auteurs de ce livre, M. de Polinière, alors membre du Conseil d’administration des hospices, dans le but d’arriver à séparer complètement les filles publiques des autres catégories de malades.
Il est permis toutefois de se réjouir de cet accroissement de population, au point de vue de l’assistance donnée à un plus grand nombre de nécessiteux, et si l’on ajoutait au chiffre des individus qui ont séjourné à l’Antiquaille celui des galeux admis au traitement externe, on trouverait que le nombre des malades annuellement secourus a plus que doublé depuis quatorze ans.
Mentionnons encore, pour être complet, les résultats de la consultation gratuite où, chaque semaine, plus de 200 syphilitiques, scrofuleux, psoriqiies, etc., viennent chercher conseils et médicaments appropriés à leur état.
On se demandera sans doute si le nombre toujours croissant des malades de l’Antiquaille n’a pas singulièrement aggravé les conditions fâcheuses d’encombrement signalées à une autre époque, si les dangers, les abus qui existaient alors ne se sont pas accrus dans une proportion effrayante.
Hâtons-nous de dire qu’il n’en est rien, et qu’au point de vue de l’hygiène, la situation des divers services s’est, au contraire heureusement modifiée, grâce aux efforts intelligents de l’Administration hospitalière, à sa louable persévérance à marcher dans la voie laborieusement tracée par sa devancière, à mettre au service de toutes les améliorations les ressources dont elle dispose, à
donner satisfaction, dans les limites du possible, à tous les besoins qui lui sont signalés.
Un coup d’œil rapide, jeté sur les principaux services, justifiera pleinement celte appréciation.
Dans le quartier des aliénés, de nouveaux dortoirs et de nouveaux réfectoires ont été mis à la disposition des malades que chaque année voit affluer en plus grand nombre, sans qu’on ait été obligé d’empiéter sur l’espace déjà trop restreint laissé aux préaux où ces malheureux prennent leurs récréations.
Par contre, le nombre des cellules a pu être réduit de 48 à 37 pour les hommes, de 49 à 26 pour les femmes, et cette réduction a porté autant que possible sur les cellules les plus défectueuses.
Celles qui ont été conservées sont suffisamment spacieuses; quelques unes laissent à désirer sous le rapport de l’aération.
Les dortoirs sont bien ventilés, ce qui atténue l’inconvénient, jusqu’ici inévitable, de la trop grande quantité de lits contenus dans la plupart d’entre eux, surtout dans la division des femmes.
Des salles de bains plus vastes et un peu mieux disposées ont aussi été mises à la disposition des aliénés des deux sexes.
Les agrandissements réalisés ont permis un classement de malades un peu plus en harmonie avec les exigences de la science; de la, plus d’ordre et de régularité dans le service, plus de facilité de traitement, plus de propreté dans les sections réservées aux aliénés paralytiques dont le nombre est toujours si considérable.
Le travail, ce puissant moyen de traitement des maladies mentales, a pu recevoir aussi quelques dévelop-
peraenls auxquels l’exiguité des locaux impose forcément des limites trop restreintes. Le fait le plus intéressant à signaler sous ce rapport est la création, dans la propriété du Perron à Oullins, d’une ferme où quarante aliénés valides de l’Antiquaille, placés dans les conditions hygiéniques les plus satisfaisantes, se livrent avec une ardeur que souvent il faut contenir, à des travaux de culture et de terrassement qui déjà ont transformé l’aspect de cette propriété.
Les salles destinées aux vénériens et aux dartreux ont eu aussi leur part des améliorations réalisées à l’Antiquaille. Mieux ventilées, un peu moins encombrées, elles ont pu, par suite de l’adjonction de nouveaux locaux, permettre l’admission d’un plus grand nombre de malades, résultat auquel n’a pas peu contribué la suppression du service des galeux.
N’oublions pas d’appeler l’attention sur une création d’une utilité incontestable: une crèche contenant 14 lits et 14 berceaux en fer, destinés exclusivement aux femmes syphilitiques et à leurs nourrissons.
C’est surtout dans les services des vénériens et des dartreux que les bains ont été l’objet d’améliorations et de développements considérables, et qu’on a su tirer un excellent parti d’emplacements qui paraissaient peu en rapport avec cette destination.
L’accroissement du nombre de lits mis à la disposition des enfants teigneux et dartreux est encore un fait à signaler. Pour les garçons, ce résultat est du à l’ouverture de plusieurs dortoirs dans de bonnes conditions hygiéniques. On n’en peut dire autant de quelques uns de ceux que ces petits malades occupent depuis longues aunées; on a bien pu diminuer un peu leur encombre-
ment, maison a dû s’arrêter à cette mesure incomplète, en face de l'insuffisance de ce service et de la dure nécessité de faire attendre pendant plusieurs semaines et même plusieurs mois, l’admission d’un enfant parfois gravement malade.
Les visites gratuites, les distributions de remèdes et les pansements sont une ressource précieuse, quoique insuffisante, pour atténuer les fâcheux effets de ces difficultés d’admission.
Pour les petites filles, la fréquence beaucoup moindre de la teigne explique la possibilité de faire face à presque toutes les demandes. Ce service est installé depuis environ sept ans dans une maison située en dehors de l’hospice, en haut du Chemin-Neuf, et qui a été appropriée aussi bien que possible à sa nouvelle destination.
L’éloignement de ces jeunes malades des corps de bâtiments occupés par les femmes vénériennes, a fait cesser d’une manière complète et définitive les dangers signalés par MM. Monfalcon et de Polinière, et les locaux délaissés par elles ont été immédiatement utilisés pour les services d’adultes dont nous avons déjà parlé.
Telles sont les remarques les plus saillantes que nous a suggérées la comparaison de l’état actuel des différents services de l’Antiquaille avec ce qu’ils étaient en 1846.
Le régime alimentaire des malades laisse généralement peu à désirer. Le pain fourni par la boulangerie des hospices est de bonne qualité. On s’efforce d’apporter dans ralimenlalion un peu de cette variété si difficile à obtenir et pourtant si utile dans les hôpitaux et surtout dans les hospices. Sous ce rapport, le jardin de l’Antiquaille est d’un puissant secours; il rachète son exiguilé par la fécondité inépuisable de son sol, à la
surface duquel les récoltes se succèdent avec une merveilleuse rapidité.
Les eaux, évidemment insuffisantes jusqu’à l’année dernière, seront désormais en assez grande abondance pour satisfaire à tous les besoins. Depuis plusieurs mois, l’hospice utilise largement les puissantes ressources dont notre ville est aujourd’hui si heureusement dotée.
Le soin avec lequel nous avons cherché à mettre en relief les améliorations obtenues à l’Antiquaille ne doit pas faire oublier les desiderata nombreux, que présentera longtemps encore cet utile établissement. Plus que jamais, les convictions semblent unanimes sur la solution vraiment pratique des problèmes que soulève l’examen des différents services hospitaliers qui y fonctionnent en ce moment.
Qu’un asile spécial s’ouvre bientôt pour les aliénés et réalise toutes les conditions que l’humanité et la science réclament pour celle classe intéressante de malades ; que les batiments du dépôt de mendicité actuel, qui bientôt sans doute seront délaissés pour ceux que l’Administration départementale vient de faire élever à Albigny, reçoivent pour destination nouvelle la division des filles publiques, aujourd’hui enclavée au centre de l’hospice de l’Antiquaille, el cet hospice qui, malgré ses défectuosités, a rendu et rend tous les jours de si éminents services, débarrassé de ses entraves et se développant dans une proportion en rapport avec les besoins d’une grande cité, deviendra un vaste hôpital exclusivement réservé aux malades atteints d’affections cutanées et vénériennes.
Hospice «lu Perron.
Cel hospice créé et établi en 1844, dans le château dont il porte le nom, et apparlenant aux hôpitaux, sert de refuge aux malades dits incurables et contient 1 20 lits. Nous avons peu de chose à ajouter à ce que renferme, au sujet de cet hospice , le dernier compte-rendu du Conseil d’hygiène.
Le personnel de cet établissement se renouvelle peu, et cela se comprend, en ayant égard à la nature des maladies qui y sont admises ; aussi les vacances y sontelles rares, et, pour ne citer qu’une année qui n’a pas été la moins favorisée sous ce rapport, en 18K8 on n’a pu donner accès dans les lits gratuits qu’à douze nouveaux malades, huit hommes et quatre femmes, et dans les lits payants qu’à huit, dont cinq hommes et trois femmes. Cependant les demandes se multiplient, justifiées qu’elles sont par l'impossibilité d’admettre dans les autres hôpitaux des malades qui y éternisent leur séjour, et d’un autre côté par les cures inespérées qu’on obtient quelquefois dans ce milieu nouveau, tranquille et parfaitement salubre où viennent s’abriter des malheureux dont la santé paraissait à jamais compromise par toutes les mauvaises conditions hygiéniques et autres qui les entouraient et qui paralysaient toutes les ressources de l’art. Ce serait sans doute un grand bienfait d’ajouter à cet établissement des constructions nouvelles pour arriver à doubler le nombre des malades à assister. Mais serait-il d’une bonne économie administrative d’affecter une si vaste propriété, contenant plus de 40 hectares,
à ce service qui pourrait, dans d’aussi bonnes conditions de salubrité, être facilement transporté ailleurs ? Ce qu’il nous reste à dire de cet hospice nous porte à penser que, dans un temps prochain, le domaine du Perron est appelé à recevoir une autre destination.
Depuis quelques années, on a établi dans ce domaine une colonie de quarante aliénés valides, détachés de l’hospice de l’Antiquaille; on les a soumis aux travaux de l’agriculture, et cette application de l’exercice de l’activité physique a donné des résultats de plus en plus satisfaisants, tant pour le mieux être moral des aliénés, que pour le produit de leurs travaux qui devient un utile surcroît pour les ressources de l’établissement. Ainsi, en prenant le résultat d’une année, nous voyons qu’en 1858 les travaux de toute nature faits par les aliénés au nombre de quarante représentent une somme de 8,400 fr., en estimant à 1 tr. 50 la journée de travail que l’on eût payée à des ouvriers non aliénés. Le travail des 40 aliénés pendant l’année , donne donc 5,600 journées, soit 140 par aliéné.
Les produits en nature de l’exploitation agricole du Perron, dont le travail est fait à peu près tout entier par les aliénés, peuvent être évalués à 12,670 fr.
Ce qui intéresse le plus l’hygiéniste, c’est l’amélioration réelle qu’une vie laborieusement occupée de cette manière apporte dans l’état moral des malheureux qui y sont soumis, et n’eut-elle d’ailleurs pour effet que de la soustraire aux préoccupations qui les dominent et de les rendre utiles à eux-mêmes et à la société, on est encouragé à continuer cette heureuse tentative par les résultats favorables que l’on a déjà obtenus, et qui deviendront plus prospères encore si un jour l'hospice des
aliénés, depuis si longtemps en projet, est transporté dans ce domaine qui réunit tant de conditions favorables qui le recommandent à cette destination.
Hôpital tic la Croix-Rousse.
Nous avons vu que l’Hôtel-Dieu est le seul asile ouvert aux malades indigents de la ville et du dehors, les autres hospices ayant des destinations spéciales que nous avons fait connaître. Or l’Hôtel-Dieu renferme 114-5 lits. C’est ici le lieu de dire que 160 de ces lits sont placés dans des infirmeries qui occupent les combles des bâtiments. Depuis longtemps la salubrité et l’hygiène publique demandaient que ces infirmeries trop chaudes en été, glaciales en hiver et d’une aération notoirement vicieuse et insuffisante disparussent tout à fait. Tout au plus pouvait-on admettre qu’il serait permis de les utiliser temporairement dans les cas de grandes épidémies, ou même en temps ordinaire pour les réparations des autres salles. Cette suppression qu’on ne pouvait guère reculer menaçait de réduire à 989 le nombre des lits disponibles, ce qui serait évidemment insuffisant pour la population, dont le chiffre tend toujours à progresser par l’agrandissement de la ville et la multiplicité des industries diverses qui s’y établissent. Aussi, l’Administration de nos hospices dut s’occuper des moyens de combler cette lacune. Elle en mûrit pendant longtemps la pensée, et, dès 1844, elle décida la construction d’un nouvel hôpital.
Mais les grandes entreprises ne s’improvisent que sur le papier, et leur réalisation demande une combinaison
de voies et de moyens qui est l’œuvre du temps. D’ailleurs les époques désastreuses que nous avons traversées justifient en grande partie une longue attente qui du reste a révélé l’augmentation énorme que prend de jour en jour le produit des ressources de nos hospices, et qui permet désormais d’effectuer des dépenses devant lesquelles, naguère encore on reculait prudemment. Ce ne fut donc qu’en 4854, et dans sa délibération en date du 12 avril, que le Conseil des hôpitaux arrêta d’une manière définitive l’édification d’un nouvel hôpital de 500 lits. Le choix de la partie de l’agglomération lyonnaise où il devrait être placé fut mûrement discuté, et l'on donna avec raison la préférence au quartier de la Croix-Rousse, véritable cité ouvrière en quelque sorte isolée de la grande cité et qui justifie en outre ce choix par son air si pur et la nature même de sa population.
Aussitôt la délibération prise, on se mit à l’œuvre ; trois clos contiens furent achetés entre la Grande rue et la rue de Cuire, et leur surface totale donna 2 hectares 79 ares et 42 centiares pour l’établissement avec toutes ses dépendances.
En même temps, l’un des administrateurs accompagné de l’habile architecte des hôpitaux, M. Christol exécutait dans le nord de la France et en Belgique un voyage d’exploration dans le but d’examiner les divers hôpitaux récemment construits, et d’étudier des innovations dont l’application serait avantageuse.
Après son rapport au Conseil et une étude approfondie de tout ce qui s’est fait et écrit sur ce sujet, le plan général de l’édifice fut dressé; il reçut l’approbation de l’autorité préfectorale, le 31 octobre 1856, et trois années ont suffi pour amener au point où nous la voyons
aujourd’hui celte œuvre dont nous croyons devoir exposer avec quelques détails les diverses dispositions (1).
1° L’orientation que l’on a adoptée pour les infirmeries a été celle du levant et du couchant pour leurs façades les plus longues, afin de profiter le plus possible du soleil et d’éviter l’action directe des vents du nord et du sud. Ce principe d’hygiène est assez généralement adopté; il est justifié par l’expérience, et, dans notre Hôtel-Dieu, des relevés de statistique comparative faits pendant huit années ont démontré que dans ces conditions la mortalité était sensiblement moindre ;
2° Depuis la fin du siècle dernier, un autre principe d’hygiène prescrit l’isolement des infirmeries. Nous croyons surabondant de dire les raisons plausibles sur lesquelles celte règle repose, et qui ont fait adopter cette disposition de préférence à la forme carrée ou à celle en rayons, telle qu’on la remarque au petit dôme de l'Hôlel-Dieu, et qui, toutes deux à des degrés divers, permettent aux miasmes d’une salle de se répandre dans les autres. En isolant ainsi les bâtiments renfermant les infirmeries, on ne s’est pas dissimulé que la célérité, la commodité du service pourraient en souffrir, et l’on a dû prendre toutes les mesures possibles pour surmonter cette difficulté.
(1) Les détails qui suivent, sur cet hôpital, ont clé surtout puisés dans un mémoire lu, le 21 novembre 1855, au Conseil d’administration des hôpitaux civils de Lyon, par M. Saint-Clair Duport, administrateur, chargé de conduire et de régler l’exécution de celle œuvre, mission acceptée avec dévoùmcnt et accomplie avec l’intelligence spéciale qu’elle exigeait.
3° Les progrès de la physique et de la chimie permettent depuis longtemps de préciser la quantité d’air nécessaire à la respiration et la nécessité de la fréquence de son renouvellement. C’est d’après ces données que l’on établit la capacité des infirmeries, et que l’on y adapte des moyens artificiels de ventilation. L’on sait, d’après les expériences de MM. Dumas et Péclet , que c’est à six mètres cubes par heure et par malade que s’évalue la quantité d’air inspiré et expiré. Cet air étant incessamment vicié par la respiration et d’autres émanations, sa quantité doit être au moins doublée pour qu’il continue à être respirable et soit si peu souillé d’effluves que nos sens n’en puissent découvrir aucune trace.
On comprend qu’un pareil renouvellement d’air ne peut que bien difficilement -être fourni par les portes et les fenêtres sans donner lieu à des courants d’air violents, préjudiciables aux malades. Il a donc fallu y suppléer par les procédés de l’art, ainsi qu’on l’a fait à l’hôpital de Lariboissière à Paris, où chaque malade dispose de 60 mètres cubes d’air par heure. Ces nouveaux moyens de ventilation permettent d’apporter quelques modifications dans la capacité à donner aux infirmeries.
Dépassant de beaucoup, dans un intérêt hygiénique, les règlements de l’administration de la guerre qui fixent le cubage d’air, par lit, à 14 mètres dans les casernes, à 18 dans les salles de convalescents, à 20 dans celles des malades, dans les hôpitaux civils les plus récemment construits, on l’a élevé à 37 à Bordeaux, à 47 à Bruxelles, à 51 à Paris (Lariboissière).
Dans l’Hôpital de la Croix-Rousse, on a fixé la capacité des salles cà raison d’un minimum d’environ 50 mètres cubes par malade, quantité plus que suffisante sur-
tout si l’on a égard à la situation de l’hôpital placé sur le point culminant du plateau de la Croix-Rousse.
4° L’on a beaucoup controversé sur la condition moins favorable des salles placées au-dessus des autres salles de malades, et l’augmentation de mortalité qu’ont cru y remarquer et qu’ont attribué à cette superposition des autorités respectables en a même reçu le nom de Loi des étages. Ici encore le Conseil des hospices s’est adressé à la statistique et l’existence d’une semblable loi ne lui a pas paru démontrée, à notre Hôtel-Dieu du moins, où la salle Saint-Charles située au deuxième étage et contenant 120 lits, n’a pas donné une mortalité plus forte que celle de Saint-Bruno, placée au premier étage et contenant 110 lits. Néanmoins si elle n’a pas regardé comme obligatoire la condition d’un seul étage pour les infirmeries, elle a consenti à n’en avoir que deux en se réservant d’en isoler autant que possible la ventilation.
5° Le nombre de lits que chaque salle doit contenir était aussi une question importante à examiner. Pour éclairer cette question ainsi que celle du nombre de rangs de lits à placer dans les infirmeries, la Commission administrative a de nouveau consulté la statistique de notre Hôtel-Dieu, dont les salles contiennent de 28, 55, 110 à 120 lits, disposés sur deux, trois et quatre rangs et elle s’est convaincue que le nombre des lits et leur disposition n’influe pas autant qu’on pourrait le croire sur la mortalité, toutes les fois et avec la condition rigoureuse que la surface de lumière , la température moyenne, le périmètre et la capacité des salles ainsi que leurs moyens de ventilation se trouvent dans de bonnes
proportions avec le nombredes lits qu’elles contiennent. S arrêtant à un chiffre qui nous paraît d’une mesure convenable, sous tous les rapports, elle a fixé à 60 le nombre des lits que recevra chaque salle; ils y seront placés sur quatre rangs, la largeur des infirmeries se prête à cette disposition ; ainsi chaque service médical sera isolé et raisonnablement réparti.
Nous ne pouvons qu’applaudir à ces principales dispositions, et si après avoir visité plusieurs lois, le plan à la main, ce nouvel hôpital, dans ce qu’il a d’achevé, nous entrions dans tous les détails nécessaires pour en faire minutieusement apprécier l’ensemble, nous ne pourrions qu’exprimer de nouveaux témoignages de complète satisfaction pour la savante distribution de toutes les parties de l’édifice dans lequel on s'est surtout préoccupé d’assurer la commodité et la célérité du service, tout en conservant à l’ensemble des construction le caractère architectural imposant mais modeste qui convient à l’asile de la douleur. Mais nous devons nous restreindre à ce qui rentre dans notre cadre hygiénique.
Les salles de malades seront au nombre de huit, placées au premier et au deuxième étage, de quatre bâtiments dont deux seulement sont achevés et prêts à recevoir leur destination.
Ces salles sont exactement semblables, à part une différence d’élévation du parquet au plafond , qui est de 5 mètres 75 au premier et de 5 mètres 50 au deuxième. En décrire une c’est décrire les autres.
Vers l’angle des bâtiments de service, en traversant une des divisions formées par deux piliers de la galerie à laquelle on arrive par un escalier monumental, on pénètre dans un tambour à peu près carré (3 mètres 30 sur
3 mètres 20), une seconde porte donne accès dans la salle. Ces deux portes étant dans le sens de la longueur delà salle, toute action directe de l’air extérieur sur les lits des malades se trouve évitée. Au-delà du tambour un espace de 7 mètres 60 est laissé libre. A l’autre bout de la salle se trouvent à l’opposé du tambour des latrines doubles précédées par un petit vestibule.
La salle est éclaiiée par 19 croisées; sa longueur sans l’espace laissé libre à l’entrée est de 33 mètres 60, sa largeur de 16 mètres, ce qui forme un périmètre qui divisé par 60, qui est le nombre de lits, donne pour chacun d’eux une superficie de 8 mètres 90 centimètres.
La hauteur de la salle au premier étant de 5 mètres 75, en multipliant par ce chiffre le périmètre de la salle et celui de l’espace laissé libre, déduction faite du cubage des 60 lits, on arrive à 53 mètres 16 par lit.
Au deuxième étage on ne trouve plusque 51 mètres 58 par lit, conséquence de la hauteur qui n’est que de 5 mètres 50.
Par suite de la disposition des lits en quatre rangs, on réserve entre eux et les murs un espace de 50 centimètres, entre chaque lit 1 mètre 40, entre chaque rangée de lits 2 mètres 46, ce qui fait sous ce rapport une différence de plus d’un tiers en faveur du nouvel hôpital comparé à l’Hôtel-Dieu.
Dans chaque infirmerie, par suite d’un marché passé entre le Conseil d’administration et les entrepreneurs, qui ont fait leurs preuves à Paris pour la ventilation et le chauffage, le cubage de l’air renouvelé pour chaque salle se rapportera au chiffre que nous avons indiqué plus haut, et la température sera maintenue à quinze
degrés centigrades, ce qui nous paraît répondre à toutes les exigences de l’hygiène. '
Ne pouvant, dans cette’ appréciation concise de ce nouvel édifice à l’état où il se trouve et avant son entier achèvement, nous arrêter qu’à ce qui concerne l’hygiène et la salubrité, nous devons mentionner que des salles de bains convenablement disposées seront placées dans le voisinage le plus rapproché des infirmeries (1). De vastes galeries closes serviront de promenoirs aux malades, indépendamment de ceux qui leur seront réservés dans le clos.
Pour le moment, quatre salles seulement sont achevées et prêtes à être habitées ; elles recevront 240 lits, on se propose d’en placer 60 dans les bâtiments de service; on n’y admettra que des individus, hommes et femmes, affectés de maladies internes. Il est aussi question d’y recevoir momentanément des blessés pour les premiers soins à leur donner jusqu’à leur transport à l’Hôtel-Dieu. Nous voyons avec quelque inquiétude que l’on n’v établisse pas un service chirurgical régulier. Il nous semble que même avant l'achèvement complet de toutes les constructions on pourrait distraire des bâtiments de service un local, peu étendu si l’on veut, que l’on affecterait à cette destination. Cette partie de la ville est la plus éloignée de l’Hôtel -Dieu et les blessés devraient y trouver un asile et des secours permanents. Nous ne voyons pas qu’il devînt nécessaire pour cela d’y ajouter un service spécial. Nous ne sommes plus au temps où la
(1) Une chambre particulière est annexée à chaque infirmerie, elle est destinée à isoler les cas particuliers qui pourraient troubler le repos des autres malades.
science médicale était divisée en deux moitiés séparément exercées. Tous les médecins aujourd’hui sont aussi chirurgiens et ceux qui seront appelés à faire le service médical de l’Hôpital de la Croix-Rousse pourraient également y faire le service chirurgical. Il n’est pas un médecin, nous parlons surtout de ceux que le concours nomme dans les hôpitaux, qui ne soit également apte à faire l’un ou l’autre service.
Lorsque l’édifice sera terminé, les huit infirmeries qu’il comportera contiendront à peu près 500 malades. Au besoin, un vaste emplacement sans emploi immédiat est réservé dans les combles et pourrait, en cas d’épidémie, recevoir 200 lits clans des conditions de salubrité à peu près convenables. Dans l’état actuel, en empruntant un local aux bâtiments de service, c’est 300 lits nouveaux qui vont bientôt être à la disposition des indigents malades; mais si l’on défalque de ce chiffre les 160 lits à supprimer dans les combles de l’Hôlei-Dieu, on n’aura gagné jusqu’ici qu’une augmentation de 140 lits, ce qui en portera le nombre à 1289 dans les deux hôpitaux ouverts aux malades de la ville de Lyon.
Peut-on supposer que ce nombre soit suffisant pour une ville comme la nôtre, dont la population tend toujours à s’accroître dans de grandes proportions et qui ouvre généreusement la porte de ses hôpitaux aux malades qui lui sont étrangers ? Pour répondre à celte question, bornons-nous à exposer ce qui existe dans la capitale dont la population sédentaire est loin encore d’être quadruple de la nôtre.
Paris offre à l’assistance publique 16,820 lits, répartis dans neuf hôpitaux généraux, six hôpitaux spéciaux, huit hospices, dont deux pour la vieillesse, hommes et
femmes, deux pour les infirmes des deux sexes également, et un pour les enfants trouvés et les orphelins, trois maisons de refuges et quatre hospices particuliers.
A Lyon, d’après ce qui précède, on peut voir que dans l’état acluel le nombre des lits destinés aux malades, aux affections spéciales, aux enfants trouvés ou orphelins, à la vieillesse, aux infirmes et aux incurables, ne s’élève qu’à 3,480. Il sera porté à 3,620 après l’ouverture de l’Hôpital de la Croix-Rousse. Si nous ajoutons à ce chiffre les lits contenus dans les hospices particuliers, à peine arriverons-nous à 4,000. N’est-ce pas démontrer de la manière la plus évidente qu’il est urgent d’achever l'Hôpital de la Croix-Rousse, et cela ne fait-il pas même pressentir que, dans un avenir peu éloigné, il deviendra nécessaire d’élever un troisième hôpital général, dont l’emplacement se désigne de lui-même dans la plaine des Brotteaux par le développement que prend chaque jour la nouvelle ville qui s’y forme et la population ouvrière qui s’y porte, ne pouvant aborder les constructions splendides qui remplacent aujourd’hui les sordides maisons qu’elle occupait.
Hospices particuliers.
Rien ne fait mieux ressortir l'insuffisance des secours officiels de l’assistance publique que le nombre des établissements particuliers qui se sont formés en dehors de son initiative, sinon de son concours administratif qui leur est souvent venu en aide.
Les cinq hôpitaux ou hospices dont nous avons esquissé brièvement la destination, sont sous la direction
d’une Administration commune, nous avons vu que les ressources dont elle dispose, quelque grandes qu’elles soient ne lui permettent d’étendre que progressivement et avec une sage lenteur la sphère de son action, de telle sorte qu’il n’est pas encore possible de prévoir quand elle pourra compléter son œuvre par la création, si nécessaire cependant, d’un hospice de convalescents. Ce qu’elle n’a pu faire jusqu’à présent, la charité particulière a commencé à l’entreprendre. Les personnes qui se vouent aux visites hospitalières, voyant l’impossibilité où l’Hôtel-Dieu se trouve de garder les convalescents jusqu’au retour complet de leurs forces normales, ont eu l’idée de venir en aide à l’assistance publique en comblant cette regrettable lacune, au moins pour le sexe le plus faibie et qui n’a pas trop de toutes ses forces pour subvenir aux premières nécessités de la vie comme il a besoin d’être soutenu contre les mauvais conseils de la misère.
Après un appel, toujours entendu dans notre ville, à la bienfaisance individuelle, en faveur des jeunes filles convalescentes sortant des hôpitaux, un hospice s’est ouvert au commencement de 18-43 et, soutenu par des souscriptions volontaires, il a pris une rapide extension et peut aujourd’hui recueillir, chaque année, près de 200 jeunes filles auxquelles on prodigue tous les soins nécessaires au complet rétablissement de leur santé, en même temps que l’on s’occupe de les placer convenablement à leur sortie. Occupant d’abord un local relativement trop restreint dans la rue Sala, l’hospice a été transporté dans l’ancienne maison des Dames Carmélites, * à la montée St-Barthélemy, où les jeunes convalescentes
ont l’air et l’espace si nécessaires pour le retour de leur santé.
Il serait sans doute à désirer qu’une pareille œuvre se fondât pour les hommes convalescents. Sortis trop tôt des hôpitaux pour se remettre au travail qui doit pourvoir à leurs besoins journaliers, de fréquentes rechutes les ramènent trop souvent dans le lit qu’ils ont quitté, ainsi que nous avons longtemps eu chaque jour l’occasion de le constater. La nécessité d’un hospice général de convalescents est donc trop démontrée pour que l’assistance publique tarde longtemps encore à s’en préoccuper.
S’il entrait dans notre cadre de parler de tous les asiles ouverts dans notre ville par la charité particulière aux souffrances humaines, il nous faudrait citer l’Hospice des Vieillards de la Guillotière, qui conservera longtemps un pieux souvenir pour la mémoire du Docteur Gensoul, l’un de ses bienfaiteurs et qui a si longtemps présidé son administration -, l’Asile de la Vieillesse des deux sexes, fondé en 1851 par les Petites Sœurs des pauvres qui, à force de persévérance, de zèle et de dévoûment, sont parvenues aujourd’hui à donner, quotidiennement, à 300 vieillards, le vêtement, la nourriture et le coucher, dans des lits garnis de sommiers ou de matelas, pendant qu’elles-mêmes dorment sur la paille.
Nous n’oublierions pas non plus la Providence des pauvres filles orphelines de Sie-Elisaheth , établie à Vaise; l'Hospice des Daines du Calvaire pour les pauvres femmes incurables délaissées , à Fourvières, ce serait montrer que l’on peut tout demander à la charité publique. Toutes ces œuvres ont eu, en quelque sorte, un commencement individuel et toutes ont pris
un rapide essor. En esquisser une c’est faire l’histoire de toutes. Disons quelques mots de /’ Hospice clés jeunes filles convalescentes sortant des hôpitaux, œuvre due à la patiente initiative et à la religieuse persévérance d’une sainte fille qui a laissé un nom vénéré et qui se « perpétuera dans la mémoire de la cité.
En 1819, Adélaïde Perrin qui visitait quotidiennement les hôpitaux, dans un but de charité, recueillit chez elle une jeune fille incurable que l’Hôtel-Dieu ne pouvait plus garder; bientôt elle en eut deux nouvelles à abriter, et dans l’espace de six ans le nombre en fut porté à onze. Les dons en argent et en nature arrivèrent en grande abondance pour faire fructifier celle bonne œuvre qui, prenant chaque jour plus de développement, ne tarda pas à se constituer sous l’administration de douze dames charitables. Dès-lors fut fondé un établissement consacré à servir d’asile aux jeunes filles d’une indigence bien constatée et qu’une infirmité ou une maladie jugée incurable met hors d’état de gagner leur vie; on les recevait gratuitement et elles y trouvaient logement, nourriture, vêlements et éducation.
Les affections mentales, les dartres, l'cpilepsie, toute maladie contagieuse, ou pouvant devenir cause de désordre, n’y pouvaient être admises.
Bientôt le nombre des jeunes filles assistées s’éleva à 17, et les dons et les encouragements suivirent si bien les proportions toujours croissantes que prenait d’année en année cet établissement, qu’en 1836 l’administration qui le dirigeait fut en mesure d’acquérir le vaste périmètre circonscrit par les rues de Jarcntc , de l'Abbaye d'Ainay, de Bavez et par celle du Puitsd'Ainay, qui porte aujourd’hui, par un juste témoignage
de reconnaissance publique, le nom d’ Adélaïde Perrin. Le nouvel hospice occupa, jusqu’en 1853, les masures couvrant, cet espace et qui étaient loin d’offrir toutes les conditions désirables de salubrité; aussi, à celte époque, elles furent en partie remplacées par une construction nouvelle, bien appropriée à sa destination. C’est aujourd’hui l’Hospice des jeunes Filles incurables qui donne asile à 158 infirmes.
Depuis la construction de ce nouvel hospice, dont la moitié seulement est achevée, un fait important y a été constaté, c’est une diminution notable dans la mortalité chaque année. Une expérience de trois ans permet d’apprécier cet heureux résultat. En consultant les comptesrendus publiés par M. le Docteur Théodore Perrin, digne frère de la fondatrice, et qui, dès l’origine, s’est associé à l’œuvre de sa sœur par les soins qu’il prodigue aux malades de l’hospice dont il continue à être le médecin , nous voyons que, de 1830 à 1845, le nombre des décès, par année, variait de 7 à 16, tandis que depuis que les infirmes occupent le nouveau bâtiment il a diminué de moitié, de sorte qu’en 1856 on n’a perdu que 5 malades sur 130 pensionnaires, et 2 seulement, en 1859, sur 138.
Disons toutefois qu’il est bien évident que le chiffre des décès est subordonné à la gravité des maladies intercurrentes, aux variations atmosphériques, à la constitution médicale régnante, etc.; mais il n’en faut pas moins reconnaître linlluence que peuvent exercer sur ces maladies de bonnes conditions hygiéniques. Ici, tout est -bien coordonné; plan général de l’édifice largement tracé, simplicité de la forme, commodité du service, distribution facile, salubrité obtenue par la grandeur
des cours, des galeries et le nombre des fenêtres qui donnent partout l’air, la lumière et l’espace.
Bientôt, sans doute, nous verrons achever cet édifice dont nous venons d’esquisser les précieux avantages et l’œuvre à laquelle il est consacré, commencée par la charité individuelle, prendra ce caractère de grandeur et de stabilité , expression des fondations catholiques, manifestation de l’esprit de notre grande cité.
Secours à domicile aux malades indigents.
Nous plaçons ici en première ligne deux établissements que nous devons surtout signaler puisqu’ils sont en quelque sorte les succursales de nos hôpitaux, nous voulons parler des dispensaires.
Dispensaire général.
Fondé en 1818, par cinq médecins (1), qui pendant de longues années lui ont consacré gratuitement leur assistance et leur dévoûment, cet établissement n’a pas tardé à prendre racine dans la cité lyonnaise. Le but de cette institution est de fournir, sans rétribution, aux indigents malades, à domicile, les soins médicaux et les médicaments, bandages et appareils qui leur sont nécessaires.
Soutenu par des legs, des dons volontaires et, une
(1) MM. Goulard, Terme. Gubian, Comarmond et Jandard.
subvention municipale , entretenu par les cotisations annuelles de ses souscripteurs, qui aujourd’hui dépassent le chiffre de 800, le Dispensaire général a vu, depuis sa fondation, s’accroître chaque année le nombre des malades qu’il assiste et qui s’est presque doublé depuis l’annexion des communes suburbaines à l’agglomération lyonnaise. Nous voyons dans son dernier compterendu, qu’en 1855, 5,722 malades ont été soignés par les 20 médecins attachés à cette œuvre, qui portent leur dévouaient désintéressé à ne recevoir qu’une faible indemnité, équivalant à peine au coût de leur patente, en échange du temps qu’ils consacrent à leur charitable mission. Depuis 1818, c’est près de 100,000 malades dont cet établissement a allégé la charge des hôpitaux, en conservant un si grand-nombre de malheureux à leur famille, au logis qui leur est cher, à la surveillance de tous leurs intérêts.
Dispensaire spécial.
Fondé en 1841- par le docteur Munaret qui fut son premier médecin, ce dispensaire a pour but de donner des soins aux malades vénériens des deux sexes. Les hommes y sont reçus le jeudi et le vendredi, les femmes le mercredi et le samedi ; les consultations sont gratuites et les remèdes délivrés par la pharmacie des hôpitaux civils. Les malades qui ne peuvent se transporter au dispensaire sont visités à domicile par l’un des deux médecins titulaire ou suppléant, attachés à l’établissement.
Cette œuvre éminemment philanthropique donne cha-
que armée des secours à un nombre de malades qui est allé jusqu’à deux mille; les trois quarts de ce chiffre appartiennent aux hommes ; les filles publiques n’y sont pas admises, c’est à l’hospice de l’Antiquaille qu’elles sont traitées. Là, au moins, elles sont séquestrées et retenues jusqu’à complète guérison.
Bureaux «le liicufaisancc.
Nous ne pouvons que mentionner ici les bureaux de bienfaisance qui fonctionnent depuis si longtemps et d’une manière si fructueuse à Lyon. Disons seulement qu’ils comptent autant de comités de secours que la ville a de paroisses, non seulement pour les indigents valides, mais aussi pour ceux qui sont malades et auxquels on donne gratuitement les soins médicaux et les remèdes que leur état réclame.
Société «le charité maternelle.
Nous rappelons aussi cette œuvre destinée à secourir les pauvres mères de famille et à subvenir à tous les frais, à tous les besoins que comporte la maternité. Celte pieuse institution, fondée en 1786, par Marie-Antoinette, reine de France, a toujours été depuis et est encore aujourd’hui sous l’auguste protection de la compagne du chef de l’Etat. Les services qu’elle rend sont inappréciables. Elle vient ainsi en aide d’une manière puissante à nos hospices, dans lesquels les personnes qu’elle secourt pourraient trouver des soins aussi dévoués, aussi intel-
ligents, mais non cette sollicitude et cette prévoyance qui, en assurant le présent, s’occupe aussi de l’avenir.
Salles «l'asile.
Il n’est plus question ici d’indigents malades, et si nous parlons de celte institution, c’est qu’elle a été établie dans un but hygiénique non moins que philanthropique et moral. Ces salles sont destinées à recevoir pendant le jour les enfants de deux à sept ans, appartenant à des ouvriers trop occupés de leurs travaux journaliers pour dépenser le temps nécessaire à la surveillance et aux soins de tous les instants qu’exige le jeune âge. Dans ces asiles, on donne aux enfants des habitudes de propreté, d’ordre et de travail , on développe leur jeune intelligence et on les initie aux sentiments honnêtes et religieux.
Lyon compte aujourd’hui seize salles d’asile. Fondées en 1832, elles ne recevaient, en 1846, que six cents enfants par jour; elles en reçoivent près de trois mille à présent. Les médecins des bureaux de bienfaisance y font de fréquentes visites pour s’assurer que toutes les conditions hygiéniques y sont bien observées, pour soumettre les enfants à la vaccination et prescrire toutes les mesures capables de prévenir ou de combattre les maladies épidémiques si fréquentes dans le premier âge.
Crèclics.
Ces établissements recueillent pendant le jour les
enfants au-dessous de deux ans, dont les mères travaillent hors de leur domicile. On assure ainsi à ces enfants les soins hygiéniques qui leur sont si nécessaires, pendant que leurs mères peuvent par leur industrie se procurer un salaire indispensable à leur famille. Là tous les petits soins desurveillance continuelle leur sont prodigués. S’ils sont encore à la mamelle, leurs mères viennent les allaiter à l’heure des repas; s’ils sont sevrés, leur nourriture pour la journée est apportée dès le matin. C’est là vraiment une institution touchante et philanthropique; il est bien regrettable qu’elle n’ait pas pris plus d’extension dans notre ville si féconde en bonnes œuvres, et qui ne compte encore que deux crèches pour l’enfance.
Il est inutile sans doute d’ajouter ici que tous les médecins attachés aux œuvres dont nous venons de parler y exercent leur ministère avec un religieux désintéressement.
Hôpitaux militaires.
Nous avons hésité à parler de ces hôpitaux; ce sujet ne laisse rien à dire après ce qu’en ont écrit nos prédécesseurs, si scrupuleusement exacts dans leurs descriptions, si perspicaces dans leurs appréciations. Relativement à Y Hôpital de la Nouvelle Douane, nous n’aurions qu’à répéter les éloges qu’ils lui ont donnés, tant sous le rapport de la distribution du local, les bonnes conditions hygiéniques qu’il présente que sous celui du mérite et de la haute distinction des chefs des différents services.
La création de cet hôpital fut la conséquence des
changements que clut subir noire ville devenue place de guerre. Dès lors la garnison devint plus nombreuse, et les salles réservées à ses malades dans nos hôpitaux civils furent insuffisantes. Longtemps les 900 lits qu’il contient furent en rapport avec l'effectif des troupes; mais l’établissement du camp permanent de Salhonay, la réunion d’un personnel militaire plus considérable démontra bientôt l’urgence de lui créer une succursale, et comme on l’avait fait pour l’IIopital de la Nouvelle Douane, ce fut un édifice tout construit que l’on choisit, et la caserne dite des Collineiles fut appropriée à cette nouvelle destination ; elle a commencé à recevoir des malades dès le 11 juillet 1859.
\C Hôpital militaire des Collineiles est situé, au levant, à mi-côteau de la montagne de la Croix-Rousse, adroite de la côte Saint-Sébastien , au niveau de l’extrémité et de la rue Imbert-Colomès, dominant le Rhône et les plaines du Dauphiné. Il est composé cl’un rez-de-chaussée et de trois étages.
Des salles de différentes grandeurs sont disposées à chaque étage. Les plus vastes ne contiennent pas plus de 35 lits qui sont convenablement espacés. Toutes les chambres de malades sont bien éclairées et parfaitement aérées. Celles qui laissaient quelque chose à désirer sous le rapport de la salubrité, ont été fermées après l’encombrement causé par une épidémie de dyssenteries qui a régné en 1859 sur la garnison de Lyon. Celte mesure a réduit à 402 le nombre des lits qui primitivement était de 450.
Les malades sont distribués dans quatre divisions : une pour les blessés, deux pour les fiévreux et la qua-
trième pour les vénériens, galeux et dartreux. Le service médical est confié à un médecin en chef, et trois médecins titulaires ayant sous leur direction huit sousaides civils requis. Le service de la pharmacie est fait par un pharmacien-major en chef, un pharmacien aidemajor et quatre pharmaciens sous-aides requis.
Des infirmiers en nombre bien suffisant desservent toutes les*sal les.
Une Commission, composée de M. le sous-intendant militaire, du médecin en chef de l’Hôpital do la Nouvelle- Douane , de l’officier de l’Administration comptable de ce même hôpital et du directeur du génie militaire, avait désigné cet emplacement et ce choix était heureux, car il réunit les meilleures conditions de salubrité par la position élevée sur laquelle sont as,sis les bâtiments et par toutes les dispositions extérieures et intérieures qu’on leur a fait subir. Une terrasse complanlée d’arbres est. située devant la façade et sert de promenoir aux convalescents; de vastes cours également plantées d’arbres isolent l’hôpital des habitations voisines. Les infirmeries y sont multipliées, mais ne contiennent qu’un petit nombre délits. Enfin l’isolement des bâtiments au milieu de deux terrasses d’une part et de deux rues d’autre part, y permet une ventilation facile. Aussi les résultats thérapeutiques ont confirmé les prévisions, car malgré une épidémie très- grave de dyssenterie pendant les fortes chaleurs du dernier été, la mortalité y est restée en des chiffres très-restreints, aussi tout fait croire que cet hôpital, établi à titre provisoire, restera définitivement affecté à sa destination actuelle.