SÉMINAIRE. — LYCÉE IMPÉRIAL. - ÉCOLE IMPÉRIALE VÉTÉRINAIRE
Séminaire.
Le séminaire métropolitain est placé, comme on sait, sur le flanc de la montagne de la Croix-Rousse, dans un espace aujourd’hui circonscrit parla côte Saint-Sébastien, la rue des Fantasques et la rue des Deux-Angles, à présent rue Victor-Arnaud. Cet édifice , bâti en 1636 par l’archevêque Camille de Neuville, resta longtemps dans d’excellentes conditions de salubrité; ses jardins s’étendaient jusque sur les bords du Rhône , aucune construction ne le dominait, l’air jouait librement dans toutes les parties de ce vaste édifice , ouvert au soleil levant. Mais plus tard la construction du quai Saint-Clair, de la rue Royale et de celle des Deux-Angles vint le dépouiller de ses plus précieux avantages, par la suppression de la presque totalité de ses jardins. Abandonné pendant plusieurs années, dans les mauvais temps de la
Révolution, lorsqu’il fut rendu à sa destination il était déjà devenu insalubre par le défaut d’entretien, et le cardinal Fesch pensait à le faire transférer ailleurs. Peu à peu des constructions s’amoncelèrent tout à l’entour, et sur le plateau de la Croix-Rousse, et multiplièrent ainsi , en interceptant la libre circulation de l’air, les causes d’insalubrité de ce séminaire. Il devenait urgent de remédier à cet état de choses, et le diocèse avait obtenu une ordonnance royale pour la reconstruction de l’édifice dans un autre point de la ville. La révolution de juillet arriva, nouveaux retards, nouvelles instances qui se prolongèrent et. allaient pourtant aboutir en 18-48. Enfin, en 1852, l’Etat se décida à cette grande entreprise; l’instruction de l’affaire dura trois ans, et ce ne fut qu'en 1855 que les travaux commencèrent; ils étaient déjà assez avancés en 1859 pour que l’on pensât à prendre possession du nouveau bâtiment.
Cette nouvelle construction s’élève sur un des points culminants de la montagne de Fourvière, près de l’église Saint-Just, sur l’emplacement connu, depuis longtemps, sons le nom de Bains romains , vaste périmètre on ne peut mieux choisi pour sa destination. L’édifice est bâti dans des proportions grandioses, domine la ville, il est isolé de tons côtés, entouré de jardins ou de terrains destinés à recevoir des plantations. On voit que dans de telles conditions il n’aura rien à désirer sous le rapport de la salubrité; aussi,- à peine un des corps de bâtiment était-il à peu près achevé, le reste étant encore en construction, que l’autorité diocésaine, empressée de soustraire les élèves du séminaire aux causes multipliées d’insalubrité dont ils étaient environnés dans leur ancien asile, demanda, d’urgence , qu’ils fussent autorisés à aller
habiter le nouvel édifice au mois de novembre, à la rentrée des classes.
Dans les premiers jours de septembre , une lettre de M. le Sénateur chargé de l’administration du département du Rhône chargea le Conseil d’hygiène d’examiner si dans de telles conditions cet etablissement pouvait être occupé sans danger pour la santé de ses habitants. La Commission nommée pour cette mission importante fut composée de MM. Rougier, Devav, Fraisse et Brévard, médecins, et de M. Dardel, architecte. Dans la longue visite qu’elle fit dans les diverses parties de cet édifice, dans les investigations multipliées auxquelles elle se livra, elle fut assistée par MM. les ecclésiastiques chefs du séminaire, et par M. Desjardins, architecte de la ville, sur les plans et sous la direction duquel ce magnifique établissement a été élevé. Nous regrettons de ne pouvoir transcrire ici le rapport dont voulut bien se charger M. Devay, rapport si précis dans ses détails, si consciencieux dans ses appréciations, et qui a été transmis à M. le Sénateur , mais dont la copie ne nous est pas revenue, nous dirons seulement que les conclusions prises à l’unanimité des membres de la Commission, soumises ensuite au Conseil assemblé, qui les a aussi unanimement adoptées, tendaient à exiger d’une manière absolue un délai de six mois au moins avant l’installation des élèves dans le nouveau séminaire. Le Conseil a trop souvent sous les yeux le spectacle de maladies graves occasionnées par une habitation trop hâtive dans les bâtiments que chaque jour on voit s’élever dans notre ville, pour n’avoir pas cru devoir formuler son opinion d’une manière rigoureuse dans celte circonstance.
L’autorité départementale ne crut pas devoir prendre sur elle de trancher la question, elle en remit le soin à l’autorité diocésaine, en lui transmettant notre rapport. Celle-ci, mise en demeure de se décider, apres un examen comparatif de l’état des lieux, des chances d’insalubrité dans l’un et l’autre local, placée dans l’alternative ou de fermer momentanément le séminaire, ou de choisir entre deux maux le moindre, se prononça pour la translation des élèves dans le nouveau bâtiment. C’est ce qui fut exécuté. Depuis, les constructions se sont continuées, elles sont presque achevées au moment où nous écrivons, sauf les détails et les aménagements intérieurs. L’avenir dira si la première alternative n’eût pas été plus rationnelle.
Lycée impérial.
Nous ne parlerons de cet établissement que pour mémoire. 11 y a longtemps qu’on a reconnu qu’il est tout à fait insuffisant vis à vis de l’affluence des élèves qu’y attirent l’excellence de son enseignement çt toutes les facilités d’instruction qui se trouvent dans notre ville. Il ne se passe point d’année que l’on ne soit obligé de refuser un grand nombre d’clèves ; aussi, déjà en 1846, le Conseil municipal avait volé la création d’une succursale à ce collège, et ce projet est aujourd’hui au moment d’être réalisé. Ce n’est encore là, suivant nous, que la moitié de ce qu’il y a à faire. Nous nous joignons à nos prédécesseurs pour rendre, comme ils l’ont fait dans leur dernier compte-rendu, aux importantes améliorations que l’on a introduites dans cet
établissement toute justice, nous nous plaisons à reconnaître la paternelle sollicitude qui veille sur le bien-être des élèves , tous les soins éclairés dont ils sont entourés, sous le rapport physique comme sous le rapport moral, mais nous ne pouvons nous empêcher de constater que matériellement, et malgré un récent crédit affecté à de nouvelles améliorations, il est impossible de faire du lycée actuel un établissement en rapport avec l’importance de la ville et surtout avec les exigences hygiéniques que nécessite un édifice destiné à la résidence d’une nombreuse population, surtout lorsque l’on pense que cette population appartient au premier âge de la vie, à cet âge où rien , ne doit enchaîner la libre évolution physique, lorsque de laborieuses études s’occupent à développer le moral.
Placé sur la rive droite du Rhône, il est séparé du quai par la bibliothèque publique et les bâtiments affectés à la Faculté des sciences; sa façade du côté de l’ouest regarde une place d’une médiocre étendue ; au nord et au midi, il est borné par deux rues étroites dont les bâtiments le dominent. La plupart de ses fenêtres, de celles du moins qui appartiennent aux divisions affectées aux élèves, s’ouvrent sur des cours qui seraient assez vastes pour des bâtiments ordinaires, mais qui pour cette institution n’ont pas assez d’étendue pour être convenablement ventilées et renouveler suffisamment l’air dans toutes les parties de l’édifice ; la hauteur des constructions n’y permet aussi que d’une manière fugitive la visite du soleil. L’air et le soleil, ces deux éléments de la vie et de la santé, ne se trouvent donc pas dans des conditions indispensables pour le bien-être de la population de ce grand établissement, rien ne pourra
remédier à ce vice fondamental. Les dépenses que l’on se propose de faire pourront répondre à d’autres desiderata, changer, par exemple, tout à fait le système de latrines, qui est encore très-défectueux , créer de nouvelles ouvertures, agrandir quelques divisions notablement trop resserrées, donner quelques lits de plus pour la suppression d’appartements occupés par des fonctionnaires -, mais ce ne sera toujours que du provisoire, et, dans un temps donné, le lycée impérial devra nécessairement être déplacé, et le vaste périmètre qu’il occupe au centre même de la ville, livré à la spéculation, couvrira, par sa vente, en grande partie les frais de celte grande régénération que réclame l’hygiène publique, non moins que les besoins réels et l’importance de cette grande institution.
Ecole impériale vétérinaire.
L’Ecole impériale vétérinaire occupe, depuis 1795, l’ancien couvent des religieuses de Ste-Elisabeth, dit des Deux Amants.
Transférée provisoirement dans ce couvent par suite d’un décret de la Convention, son installation y est devenue définitive, elles bâtiments, d'abord très-incomplets, ont été successivement appropriés à leur nouvelle destination.
De grandes constructions, commencées en 1818, avaient complété le corps principal du batiment, en laissant toutefois, presque dans son état primitif, l’ancien logement des religieuses occupé par les élèves.
C’est en 1845 seulement qu’un plan général de restau-
ration de l’Ecole, dressé par M. Chabrol, architecte du Gouvernement, a été mis à exécution. Les travaux devaient durer quatre années; ils ne sont pas encore aujourd’hui complètement terminés.
Celte reconstruction a fait disparaître la moyenne partie des inconvénients signalés à celte époque par MM. de Polinière et Monfalcon.
Toute la portion du bâtiment formant l’ancien couvent a été modifiée. Les fenêtres des cellules ont pris les dimensions ordinaires. Les cellules elles-mêmes ont disparu pour faire place à des dortoirs de huit lits, bien aérés, et précédés de larges corridors éclairés et aérés comme les dortoirs.
L’infirmerie, auparavant étroite, a reçu de plus vastes proportions. Conservée d’abord au troisième étage, elle a été récemment transférée au premier, où elle est d’un abord plus facile et placée dans des salles à plafonds plus élevés. En plancher de bois de chêne a remplacé le carrelage, et l’établissement d’un réfectoire spécial a soustrait les élèves gravement malades à la vue et à l’odeur des repas des élèves blessés ou légèrement indisposés.
Douze lits peuvent être placés dans l’infirmerie, mais ils sont très-rarement occupés. Pendant les trois années 1857-1859, le nombre des présences s’est élevé trois • jours seulement à 10; et la moyenne n’a pas même atteint 2 ; soit en comparant les journées d’infirmerie avec les journées de présence à l’Ecole, 1 sur 58.
Les terrains de la colline, qui s’étendaient en talus jusqu’au pied des bâtiments, ont été reculés et maintenus par un vaste mur de soutènement. Le sol des cours, du jardin, des cloîtres et du rez-de-chaussée a été exhaussé de près d’un mètre.
Les anciennes infirmeries des animaux ont été entiè rement démolies et remplacées par des bâtiments plus convenables et plus étendus, formant de nombreuses écuries distinctes, dont l’ensemble peut recevoir plus de 50 chevaux, indépendamment des locaux réservés aux animaux affectés de maladies contagieuses, aux bêtes bovines, aux chiens, etc.
La salle de dissection, auparavant placée sous les logements de fonctionnaires, et prenant jour sur la voie publique, a été reportée dans la partie la moins fréquentée de l’Ecole et considérablement agrandie. Les débris, soigneusement recueillis dans un tombereau couvert, sont transportés au clos d’équarrissage de la Mouche. L’égout commun à la salle de dissection et à la cour des autopsies, est lavé périodiquement par un grand volume d’eau que la disposition en bateau du sol de la cour permet d’accumuler à volonté pour le lancer en masse dans le canal.
Les eaux de source que l’Ecole possède sont aujourd’hui recueillies dans de vastes bassins et distribuées de là dans les différents services. Une pompe à manège, établie sur un puits, y apportait un supplément nécessaire et malheureusement insuffisant dans les moments de sécheresse ; une large distribution d’eau du Rhône remédie aujourd’hui à cette disette d’eau , due à la suppression imprudente de plusieurs puits.