PRISONS
Lyon est pourvu de deux prisons civiles, l’une, maison d’arrêt, où sont détenus les prévenus de délits ou de crimes; l'autre, maison de détention pour les condamnés dont la peine n’excède pas la durée d’un an et un jour, celle-ci renferme en outre un pénitencier pour les jeunes enfants. Ces deux prisons, bâties à une époque relativement moderne, sembleraient devoir réunir toutes les conditions hygiéniques prescrites par la science déjà si avancée à celte époque, et cependant nous savons que si l’une d’elles, construite il y a un peu plus de vingt ans, laisse peu à désirer, la seconde, dont la construction est plus récente , est loin de réunir les conditions de salubrité exigées pour le maintien de la santé du personuel qu’elle doit renfermer. Hâtons-nous de dire toutefois que les défauts que nous avons à lui reprocher sont inhérents à la localité qu’elle occupe, à l’étroitesse de ses distributions, bornées par l’exiguité du terrain qui lui était
affecté et surtout à la population hors de proportion avec son étendue qu’elle doit contenir.
liaison d'arrêt , prison de Roanne.
Sur le vaste espace compris entre le quai de la Baleine, la rue Saint- Jean, la rue Portefroc et la rue du Palais, espace que recouvraient, il y a moins de vingt ans , ce qui s’appelait le Palais de Justice , l’ancienne prison de Roanne, une place dite de Saint-Alban et de nombreuses maisons, sur un périmètre d’environ 65 mètres nord au midi, et 60 mètres de l’est à l’ouest, ont été édifiés un nouveau Palais de Justice et une maison d’arrêt. Ces deux monuments, complément l’un de l’autre, d’un aspect monumental, semblent gênés mutuellement par les proportions grandioses que le premier a dû accaparer aux dépens du second, et peut-être sans en avoir bien profité pour la commodité et les convenances de sa distribution. Mais nous n’avons pas à nous occuper du Palais de Justice, la maison d’arrêt telle qu’elle a été construite sur l’emplacement qu’on lui a laissé doit seule fixer notre attention.
Cet édifice est partagé en deux parties égales et parfaitement semblables, séparées par la série des bâtiments suivants qui s’étendent, de la rue Saint-Jean à la salle des assises : le péristyle extérieur, la geôle et la chapelle.
Chaque partie est composée d’une cour en forme de parallélogramme rectangle, dont le plus grand diamètre est du nord au midi. Ces deux cours sont entourées d’un péristyle, excepté du côté est, où elles sont li-
mitées par un chemin de ronde qui les sépare du Palais de Justice.
La cour du nord est confinée, au midi, par la chapelle et la geôle; à l’ouest et au nord, par les logements des prisonniers. La cour du midi présente la môme disposition, en sens inverse, c’est-à-dire que la geôle et la chapelle sont au nord, les logements des détenus au midi et à l’ouest. Tous les batiments destinés aux prisonniers prennent des ouvertures sur un chemin de ronde trèsétroit ; mais ces ouvertures sont si petites qu’elles ne laissent pas passer la lumière. D’un autre côté de larges croisées sont percées sur les cours ou sur des couloirs qui eux-mêmes prennent leurs jours sur les cours.
Les différents corps de bâtiments affectés aux détenus sont composés d’un rez-de-chaussée, d’un entresol et de trois étages. L’insalubrité de l’entresol est augmentée par le manque de lumière, l’architecte ayant fait élever son péristyle jusqu’au premier étage, ses fenêtres ont du s’ouvrir sous les arceaux. Il renferme au nord et au midi des chambres destinées à isoler certains prisonniers. Ces chambres sont éclairées seulement par de petites ouvertures pratiquées du côté du chemin de ronde. Celles qui sont au midi sont chaudes et sèches, tandis qu’au nord elles sont toujours froides et humides.
Les dortoirs situés au nord, au nombre de trois, au premier étage, prennent leurs jours sur une galerie qui les éloigne de la cour et les prive de lumière. La môme disposition existe aussi au midi, mais les inconvénients sont amoindris par l’exposition.
Les salles situées à l’ouest sont plus convenablement disposées, sous le rapport de l’hygiène, en ce qu’elles reçoivent la lumière directement.
Les détenus ordinaires sont logés sur la cour du nord. Les payants, l’infirmerie et les femmes sont logés sur la cour du midi. Les payants ont une salle de récréation au rez-de-chaussée. Cette salle communique librement avec la cour, disposition qui permet d’évacuer les dortoirs pendant le jour. Les autres hommes détenus en manquent complètement. Il y a un an à peine qu'ils étaient contraints de séjourner toute la journée dans les dortoirs, lorsque le froid ne leur permettait pas de se promener dans la cour; aujourd’hui on est parvenu à créer des ateliers, ce qui permet l’aération des dortoirs pendant huit à dix heures.
Les femmes sont placées au troisième étage de la cour du midi, elles peuvent prendre l’air sur une terrasse. Elles ont aussi un atelier clair ’et aéré , mais trop restreint comme tout ce côté de la maison. Leurs dortoirs, un seul excepté destiné aux femmes payantes, sont mal éclairés, mal aérés, parce qu’ils sont situés au midi, par conséquent séparés de la cour par un couloir, comme ceux des hommes payants et ceux du nord.
L’infirmerie des femmes compte trois lits , nombre suffisant, cette salle est petite et bien disposée; celle des hommes se compose de neuf lits, un dortoir des payants qui est voisin peut fournir des lits supplémentaires lorsque cela devient nécessaire, ce qui est rare. Cette infirmerie ne laisse presque rien à désirer, auprès d’elle est une petite chambre dans laquelle on peut placer les aliénés ou les gâteux.
Malgré l’encombrement et les autres causes d’insalu-
brité, la maison n’offre aucune maladie endémique d’une certaine importance (1).
La population de cette prison qui , vu l’exiguité du local, ne devrait guère comporter que deux cents personnes, s’élève le plus souvent à près de trois cents, elle a même une fois atteint le chiffre de trois cent cinquante, la mortalité n’a jamais dépassé sept par an.
Le scorbut y est à peu près inconnu , il y a tous les ans un petit nombre de détenus qui prennent les gencives fongueuses et ulcérées, phénomènes pathologiques qui sont le début de la maladie et qui cèdent promptement à un traitement simple et rationnel. Un seul cas en trois ans a nécessité le séjour à l’infirmerie.
Les bronchites sont très-communes en hiver, on y observe aussi quelques pneumonies sans gravité spéciale.
Les fièvres typhoïdes sont assez rares pour qu’on ne puisse les attribuer à aucune cause locale.
Les diarrhées remplacent en été les affections pulmonaires ; généralement elles sont peu graves.
Celte immunité relative dans une maison insalubre et où l’encombrement ne peut être évité, nous parait tenir d’une part à la brièveté du séjour que les détenus font dans une prison préventive, et d’autre part aux soins minutieux et éclairés dont ils sont entourés par le zèle philanthropique de la Commission de surveillance et des principaux fonctionnaires de la maison.
D’après les détails dans lesquels nous venons d’entrer, il est évident que celte construction ne pouvait originairement être destinée à recevoir que deux cents personnes
(1) Ces renseignements nous ont été communiqués par M. le docteur Lavirolte, médecin de la prison de Roanne.
(ont an plus, et que passé ce nombre l’encombrement pourrait, avec le temps, y développer des maladies sérieuses. Nous avons dit la sollicitude administrative qui jusqu’à présent les a prévenues ; mais en sera-t-il toujours ainsi et le mal sera-t-il toujours vaincu par le dévoilaient? L’administration départementale s’est émue depuis longtemps de cet état de choses. Elle a combiné divers moyens d’y remédier, en agrandissant le local, soit du côté du midi, soit du côté de l’ouest. Ils ont été longtemps à l’étude ou en projet, nous croyons qu’elle y a renoncé et qu’elle a adopté le plan le plus sage en réduisant à des proportions convenables la population de la maison d’arrêt, et en se proposant de lui donner une annexe spéciale dans de nouveaux batiments indépendants que l’on ajouterait à la maison de détention.
liaison «le détention «le Pcrraclic.
Cette prison a été, de la part de nos prédécesseurs, l’objet d’une étude particulière continuée pendant plusieurs années, et leur dernier compte-rendu mentionne avec détails les bonnes conditions hygiéniques qu’elle réunit. Nous n’avons rien à ajouter à ce tableau, toutefois nous devons dire qu’autant que possible on a augmenté encore les conditions de salubrité des différentes divisions. Ainsi, dans le quartier des femmes, le corps de batiment a été prolongé de dix mètres et les ateliers et dortoirs en sont devenus plus vastes et mieux aérés, et l’on a pu y établir deux pièces servant de laboratoire et de pharmacie et une troisième plus grande pour la lingerie.
Le quartier des enfants a été également agrandi de dix mètres, on y a créé une nouvelle salle d’infirmerie et un promenoir couvert.
Une infirmerie nouvelle a été également construite dans le bâtiment des hommes, elle se compose de deux salles de huit lits chacune et communique avec une galerie où les malades peuvent se promener et prendre l’air ; dans tous les dortoirs comme dans les infirmeries, tous les lits sont en fer; et en 1855 on en a ajouté soixante-quinze nouveaux à ceux qui existaient déjà.