MARCHÉS
Étalages eu plein vent, marchés de la Alartinière et des Cordeliers.
• On se rappelle encore le temps assez rapproché de nous où nos rues déjà si étroites étaient encore encombrées par les étalages des boutiques qui empiétaient largement sur la voie publique et entravaient la circulation déjà si difficile. On sait avec quelle difficulté on parvint à obtenir la cessation de cet abus consacré en quelque sorte par une longue tolérance et qui, s’il eut continué d’exister, aurait annihilé l'avantage des trottoirs récemment établis; un de nos édiles mit à le détruire toute la persistance de son zèle, y risqua sa popularité et mérita ainsi que son nom fut conservé dans la mémoire de la cité (I). Aujourd’hui, nos rues, nos places, nos quais débarrassés de ces impedimenta offrent un par-
(I) Ln rue des Deux Angles s’appelle aujourd'hui rue Victor Arnaud.
cours libre et facile, et le commerce cle détail ne trouve pas que l’adoption de cette mesure ait nui à son activité.
D’autres étalages, ceux-là en plein vent, se multipliaient et envahissaient la voie publique, on pensa aussi à les supprimer, du moins dans une certaine mesure ; l’on y parvint graduellement et ce ne fut plus qu’à certaines époques de l’année et pour un temps limité que quelques uns fui ent tolérés sur des emplacements désignés à cet effet. Quelques uns de nos quais, par leur largeur, se prêtaient à celte destination éventuelle, mais depuis que l’on a commencé les travaux de leur exhaussement pour protéger la ville contre les inondations, c’est sur la place de Bellecour même que nos marchés forains ont lieu. Le marché quotidien et matinal des fruits, herbages et légumes a lieu aussi sur la mémo place ; mais quoiqu’il n’en reste pas de vestiges, passé dix heures du malin, nous pensons que cela n’est que temporaire et n’est justifié que par la nécessité absolue que crée l’impossibilité d’y affecter un autre emplacement.
Indépendamment de ces marchés, de nombreux étalages consacrés au débit des diverses denrées alimentaires existaient de toutes parts ; il devenait urgent de les réunir à couvert pour en purger la voie publique incessamment souillée par leurs détritus et leurs immondices. En 1839, deux halles s’élevèrent sur tout le périmètre de la place de la Marlinière , séparées l’une de l’autre et encloses toutes deux par la voie charretière ; ces halles, longues chacune de 45 mètres, sur une largeur de 15 mètres, furent construites en maçonnerie jusqu’à la hauteur de 3 mètres dans leur pourtour, barreaudées de là jusqu’au faîte dont le toit en charpente est recouvert de
tuiles; l’air y circule librement sans que les débitants puissent en souffrir, protégés qu’ils sont jusqu’à une certaine hau'eur par la muraille en maçonnerie. De ces deux bâtiments, l’un est uniquement consacré au déballage des œufs, commerce considérable dans une ville aussi populeuse qui est loin môme de consommer tous ceux qu’on y importe et (pie les chemins de fer transportent au loin. Dans l’autre bâtiment sont les échoppes ou boutiques d’éj&lage, au nombre de 46, affectées à la vente au détail des œufs, du beurre, de la volaille et du poisson d’eau douce. Dans chaque halle une fontaine distribue une eau limpide et abondante pour le service des divers débitants, l’irrigation et la propreté du sol. Une surveillance sévère y est établie, la salubrité n’y laisse rien à désirer, ai isi que nous avons pu nous en assurer dans les diverses visites que nous y avons faites. Depuis quelques années on y procède, certains jours de la semaine et le matin, à la vente à la criée des volailles, du gibier et des poissons d’eau douce, institution nouvelle introduite à Lyon et dont l’économie domestique n’a qu’à se féliciter.
Cet établissement d’une utilité incontestable était notoirement insuffisant et la nécessité de tolérer encore beaucoup d’étalages en plein vent démontrait l’urgence d’en créer un nouveau. Nos- édiles se préoccupèrent longtemps de ce soin, mais la difficulté de trouver un local convenable était grande, il fallut attendre l’époque de la régénération complète de la cité.
Dans les vastes terrains déblayés pour l’édification de la rue Impériale et de ses alentours, non loin d’elle, dans le quartier central des Cordeliers , un vaste périmètre fut réservé pour cette construction nouvelle, et
en 18j9 le marché des Cordeliers fut ouvert. Ce vaste monument, d'un aspect grandiose, mesure 150 mètres de longueur sur 23 de largeur. Bâti en maçonnerie jusqu’à la hauteur de 3 mètres environ, le reste de ses parois est formé d’un immense vitrage ainsi que son toit qui est suppôt lé par d’élégantes colonncttcs ; c’est un véritable palais de cristal avec tous ses avantages et tous ses inconvénients. Le jour, la clarté ne laissent rien à désirer, l’air y circule librement par les nombreuses ouvertures qui y sont ménagées, mais on comprend aussi (pie l’hiver y doit être rigoureux et que le soleil de l’été y devient promptement funeste à la conservation des dentées qui trouvent néanmoins un abri dans les sons-sols dont sont munies les échoppes d’étalages. Ces échoppes sont au nombre de 420 dont 100 sont restées disponibles. On y débite surtout les légumes, l’herbage, les fruits, le beurre, le fromage, les viandes de boucherie, la charcuterie, la marée et les poissons d’eau douce. L’eau y est peut-être un peu parcimonieusement distribuée, lacune bien facile à combler ; là aussi la surveillance est sévère, la propreté irréprochable et malgré les diverses variétés de denrées et à part quelques moments de l’année, lorsque l’on traverse cette longue halle, l'odorat n’est pas trop désagréablement affecté et toutes les exigences do la salubrité y sont au'ant que possible remplies. Dans ce marché aussi, plusieurs jours de la semaine sont consacrés à la vente à la criée de la marée et d’autres denrées alimentaires.
Par suite de l’établissement de ces deux marchés, il a été possible de supprimer tous les étalages en plein vent, toutes ces échoppes ambulantes qui déshonoraient nos rues, nos places et nos quais, en les couvrant de
leurs débris, souvent infectants. La voie publique a dès lors appartenu à tous, et cessant d’être exploitée par des industries privilégiées, tout le monde y a gagné; la ville est devenue plus propre et par cela môme plus salubre, les débitants plus réunis ont vu affluer les consommateurs qui eux-mêmes ont profilé de la concurrence, et comme le nombre ou la cherté de la location des échoppes municipales n’étaient pas en rapport avec la multiplicité des débitants ou de leurs ressources pécuniaires, les petits magasins des rues étroites et populeuses se sont ouverts pour eux, les moindres recoins des cours ou des rez-de-chaussée se sont loués au profit des propriétaires qui auparavant n’en pouvaient tirer aucun parti.
Loin de nous cependant la pensée qu’à ce sujet la tâche de l’cdilité lyonnaise soit achevée. 11 est trop évident qu’aprcs avoir fait tout ce que les temps lui ont permis d’accomplir elle reste néanmoins incomplète. Un marché existe au nord de la ville, celui de la Mariinière, un second au centre celui des Cordeliers , le côté sud en est dépourvu et il n’est pas douteux qu’un jour viendra, peu éloigné peut-être, où nous en verrons s’établir un troisième sur la place Henri IV ou dans les environs, pour le service de ce côté de la ville où se multiplient les constructions nouvelles et où s’accumulent la population industrielle qui se rapproche du chemin de fer et la population tranquille qui s’éloigne du centre des affaires. Si nous portions la vue plus loin nous parlerions aussi du quartier, nous pourrions dire, de la ville des Brolteaux, qui ne pourra pas toujours restée assujettie à venir s’approvisionner au centre ou aux extrémités de la ville ancienne. Mais ne devançons pas l’avenir, à
chaque jour son œuvre et en signalant les desiderata, sachons tenir compte de ce qui est fait, en nous reposant sur le temps et sur la sollicitude administrative pour accomplir ce qui reste à faire. D’ailleurs, jusque là, des marchés en plein vent sont tolérés dans les quartiers trop éloignés de nos deux marchés principaux pour venir s’y approvisionner et ils semblent môme occuper provisoirement la place où ils seront définitivement installés plus tard.