FRIPERIES ET LEURS DWGERS
Vêtements, modes diverses pernicieuses à la
santé.
Nous n’avons nullement envie d’aborder ici la question des vêlements considérée suivant les sexes, les âges, les saisons, etc. Ceci rentre tout à fait dans le domaine de l'ir.giène privée et se trouve tracé, mieux que nous n’aurions la prétention de le faire, dans tous les traités spéciaux. Ce n’est que par quelques points seulement que ce chapitre se rapporte au travail qui nous occupe, mais, ces quelques points, il est utile de les signaler à l’Administration, et le reste ne peut manquer d’opportunité et d’à-propos à être remis souvent sous les yeux du public.
Il est une cause fréquente et peu étudiée de contagion pour certaines maladies, qui mérite d'appeler la sollicitude de tous ceux qui s’intéressent à la santé des classes populaires. La gale, la variole, certaines maladies
cryptogamiques de la peau, teigne, mentagre, herpes tonsurans, se transmettent souvent dans les classes pauvres par l’intermédiaire des vêtements ayant déjà servi à d’autres individus. Il résulte de celte observation souvent répétée et qui a été plusieurs fois signalée par l’un de nos confrères du Conseil de salubrité, M. le docteur Devay, professeur de clinique médicale, qu’une surveillance très sévère doit être exercée sur les friperies. Ces établissements insalubres qui fourmillent dans les quartiers populeux, tiennent en dépôt les plus tristes maladies. C’est là, en effet, que sont entassés des hardes et d’autres objets qui recèlent des germes morbifiques. Nous pensons qu’il devrait être prescrit aux marchands de vieux vêtements, sous des peines très-sévères, de s’enquérir avant tout de la provenance des vieilles hardes qu’ils achètent, et de s’assurer surtout si les objets de literie n’ont pas servi à des sujets atteints de maladies réputées contagieuses. La purification de ces objets devrait avoir lieu sous la responsabilité de la police, pour sauvegarder la santé publique. Il e-t évident, ainsi (pie l’a déjà fait remarquer un médecin de Marsci le, INI . le docteur Bertulus, qu’il existe sur ce point une lacune dans les prescriptions «le l’hygiène publique. Nous avons vu, nous a dit .M . Devay, des enfants atteints de diverses espèces de teigne pour avoir porté des casquettes ayant servi, et achetées à vil prix chez des marchands de vieux habi s. Lorsque l’on songe que les desquammations scarlatineuses, celle poussière épidermique, sert de véhicule à la contagion, inocule directement une maladie souvent très-grave à des sujets sains, on ne peut se défendre de faire un rapprochement analogue pour d’autres affections virulentes. Qu’esl-ce qu’il y aurait d’étrange à
reconnaître qu’un vêtement recelant des croûtes varioleuses, des furfures rubéoleux puisse transmettre les maladies d’où ils proviennent. On pourrait étendre plus largement encore ce rapprochement, car la question de la contagion est vaste et se débat encore relativement à beaucoup d’autres maladies.
Qu’il nous soit permis d’aborder ici un autre sujet qui ne se rattache que d’une manière bien indirecte à la question des vêtements que nous allons envisager sous un autre point de vue qui nous paraît avoir son utilité.
Nous avons peu de chose à dire relativement aux vêtements cl.es hommes; nous laissons aux organes de la mode à parler de la forme disgracieuse de nos chapeaux, en convenant toutefois qu’une coiffure mieux adaptée à la forme de la tête, plus souple et plus légère serait sans doute mieux convenable sous le rapport de l’élégance et aussi de la commodité. La pression d’un chapeau cylindrique et son poids peuvent et doivent déterminer des céphalalgies, des étourdissements, et même quelques douleurs névralgiques. Sa couleur noire, absorbant les rayons solaires, doit aussi concentrer la chaleur et concourir à la production de ces incommodités. Nous ne pouvons donc qu’applaudir aux efforts tentés pour modifier cette partie de nos vêtements. Quant au reste du costume adopté généralement, il faut convenir que, s’il est loin d’être élégant, s’il est même disgracieux sous le rapport plastique, il réunit du moins toutes les conditions exigées par l’hygiène, et s’accommode parfaitement par la différence des tissus, par la variété des couleurs à tous les changements atmosphériques, à la saison des grandes chaleurs comme à celle des froids les plus rigoureux.
Mais si nous jetons les yeux sur les modes adoptées
par les femmes, nous voyons que le sexe le plus faible, et qui par là même peut le moins réagir contre les causes soudaines de maladies est celui-là même qui, sous le rapport des vêlements, est le moins abrité contre elles. Ainsi, en commençant par la coiffure, les femmes ont la tête protégée par une grande chevelure qu’elles ont heureusement pris l’habitude de conserver, mais elles en neutralisent l’effet par la coiffure qu’elles ont adoptée. A quoi peuvent servir les miniatures de chapeaux qui ne couvrent que la partie postérieure de la tête, déjà suffisamment garantie par la masse des cheveux toujours condensée dans cette partie du crâne, tandis que le devant, bien moins abondamment pourvu de ce vêlement naturel, reste exposé à l’intempérie de 1 air, et même à l’action du soleil? Qu’en résulte-t-il? c’est que jamais l’on n’a vu, sinon depuis l’adoption de cette mode déjà très-ancienne et qui par cela même devrait être depuis longtemps abandonnée, jamais l’on n’a vu chez les femmes tant de migraines, d’odontalgies, qu’elles décorent du nom élégant de névralgies, dont les remèdes ne se trouvent que dans le cabinet du dentiste. Plus tard, et déjà malgré tous les soins que l’édilité prend pour l’assainir, on dira et l’on dit déjà que le climat de Lyon est pernicieux pour la conservation des dents, et l’on restera aveuglé sur la cause qui en amène la destruction. Que l’on se persuade bien aussi que les douleurs rhumatismales qui frappent le cuir chevelu amènent avec rapidité l’alopécie, et, nous devons le dire, malgré tous les remèdes vantés à la quatrième page des journaux, la science n’a pas encore trouvé le moyen de faire repousser les cheveux et de remédier à la calvitie.
Tout a été dit et répété depuis longtemps sur l’usage
des corsels, auxiliaire obligé de la toilette féminine, et il faut reconnaître que leur construction a subi d’heureuses modifications qui font qu’à présent ils ne sont préjudiciables à la santé que lorsque journellement ils sont serrés outre mesure et de manière à changer la forme naturelle de la charpente osseuse de la poitrine; mais un autre caprice de la mode a élargi dans de grandes proportions et en sens inverse de la raison , sinon de la coquetterie, les manches des robes de nos femmes, de telle sorte que le vent s’engouffrant dans ces vastes entonnoirs , pénètre jusqu’au haut du bras qu’ils laissent à découvert, et arrive jusqu’à l’aisselle, dont il refroidit et arrête la transpiration. L’on comprend aisément le danger qui peut en résulter, les maladies qui sont provoquées depuis le simple rhume jusqu’à la pleurésie, aux fluxions de poitrine, aux douleurs rhumatismales, et chaque saison, chaque hiver surtout nous en fournit d’innombrables observations qu’on ne peut attribuer à d’autres causes.
Mais c’est peut-être perdre son temps que d’attaquer une habitude placée sous une si haute protection. Aussi, nous ne dirons rien des robes et des formidables dimensions qu’elles ont prises. Les dangers de toute sorte que mène à sa suite cette déplorable invention, si souvent renouvelée, si souvent abandonnée, ne sont ignorés de personne; mais ce que les femmes ne savent pas assez, ce qu’il ne faut pas se lasser de leur répéter, c’est que jamais, avant l’époque où cette mode déjà ancienne a pris naissance, nous n’avons observé autant de maladies longues et graves du système utérin et des organes de la cavité abdominale, indépendamment des affections aiguës , mais souvent passagères qu’occasionne liabi-
tuellement le refroidissement et la répercussion de la transpiration. Il nous semble, peut-être parce que nous le désirons, que cette conviction commence à entrer dans les esprits, puisqu’il y a eu déjà quelques idées timidement émises d’une réforme à ce sujet.
Ce serait sans doute ici le lieu de parler aussi des vêtements des enfants; mais laissons aux mères le plaisir de parer leurs idoles, d’accumuler sur elles un luxe surabondant d’ornements et de précautions ; plus tard, le régime des lycées et des colleges, des communautés et des pensions se charge de rétablir l’équilibre et de favoriser le développement physique, entravé par des soins trop énervants.
Quoique ce ne soit pas ici le lieu, nous ne pouvons nous décider à clore ce chapitre sur le danger de certaines modes pour la santé, sans dire un mot sur une des prescriptions de la capricieuse puissance qui y préside et qui, aveuglément suivie, a passé dans les habitudes du monde élégant'.
De tout temps les lettres de part d’un mariage portaient que le nouveau ménage partait pour la campagne. C’était dire qu’obéissant aux convenances il désirait passer les premières semaines de l’union dans la retraite et la tranquillité du foyer domestique, et c’est en effet ce qui avait lieu. Maintenant, au contraire, on prend le mot à la lettre, et même on lui donne une plus grande extension. Le jour ou le lendemain de la cérémonie on commence un voyage qui dure plusieurs jours, et quelquefois plusieurs mois.
Il est d’observation que, sur dix mariages, il en est près de la moitié qui deviennent féconds dès les premières semaines de l’union. C’est alors que nous défeu-
dons les voyages, les grands mouvements, les secousses morales ou physiques, comme pouvant être préjudiciables à la femme appelée à devenir mère, ou au développement du germe qu’elle recèle dans son sein. Et c’est dans ce moment que, bravant toutes les prescriptions hygiéniques, la modelui prescrit d’affronter le danger vainement signalé ! Nous devons le dire, il en est peu qui l’évitent ; on ne se fait pas une idée de l’influence des chemins de fer sur l’avortement, surtout dans les premiers temps de la gestation. Cette influence funeste s’étend sur toutes les maladies de l’organe utérin, et même sur son état physiologique mensuel. Le mouvement latéral et continu que ce mode de transport imprime au corps retentit chez la femme sur cet organe si impressionnable, de manière à en déranger les fonctions. Il est peu de médecins qui n’aient eu souvent l’occasion de soigner de jeunes femmes au retour de voyages entrepris dans les circonstances que nous signalons, et qui revenaient avec des métrorrhagies, suites d’avortement, et tout le cortège des douleurs qui les accompagnent. Un traitement de plusieurs semaines, souvent même de plusieurs mois, avec repos non interrompu au lit ou sur une chaise longue, devient alors impérieusement nécessaire pour laisser au temps et à l’art le soin de rétablir l’équilibre dans les fonctions. Heureuses encore les femmes, lorsque, leur santé revenue, l’organe affecté n'a pas perdu sa puissance génératrice.