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CONSEIL DE SALUBRITÉ DU DÉPARTEMENT DU RHONE

Messieurs.

Un avis de M. le Préfet, en date du 26 novembre dernier, annonçait au public le projet d’établir des porcheries à l’abattoir de Perruche, et de maintenir, comme annexes, les fonderies de suif et les triperies existant dans le même établissement.

Le public était prévenu, en même temps, qu’une enquête sur ce projet était ouverte, à la justice de paix du 1er canton.

La création des porcheries est une amélioration depuis longtemps réclamée ; elle ne pouvait donc soulever aucune objection. Les triperies offrent bien certains inconvénients; mais, en l'état, leur suppression ne peut être exigée puisqu’elles sont une dépendance nécessaire de l’abattoir. Aussi les signataires de l’opposition, déposée entre les mains de M. le Juge de paix, se bornent-ils à réclamer la suppression des fonderies de suif dont les émanations sont d’une extrême incommodité pour le voisinage.

Ainsi se présente la question soumise au Conseil par M. le Préfet.

Il est sans doute à regretter aujourd’hui que, dans la prévision de l’avenir réservé au quartier Perracbe, on n’ait pas construit l’abattoir à quelques centaines de mètres plus loin, sinon partout ailleurs. Depuis

quelques années, en effet, la ville s’est étendue dans la presqu'île et y a vers 5 une parlie tic sa population ; de nombreuses maisons se sont élevées ; la gare est devenue le siège d’un commerce important; l’embarcadère du chemin de fer de Paris à la Méditerranée achèvera bientôt l’œuvre de régénération commencée par l’etablissement de l’embarcadère, du chemin de Saint-Etienne ; et Perrache, non moins peuplé alors que le centre de la ville, réclamera la suppression ou l’éloignement de l’abattoir comme mesure d’hygiène publique.

Mais c’est là une question sur laquelle le Conseil n’est pas appelé à se prononcer aujourd’hui ; votre rapporteur, se renfermant dans les termes de la lettre de M. le Préfet, se bornera donc à vous proposer cl'émettre l’avis suivant:

La création des porcheries est la réalisation d’un vœu, exprimé depuis longtemps par la population lyonnaise. L’abattage des porcs ainsi qu’il s’est pratiqué jusqu’à ce jour, était un dernier vestige de barbarie dont la disparition sera un bienfait pour la ville.

Le maintien des triperies peut être toléré encore, mais sans engagement pour l’avenir.

Quant aux fonderies de suif, si elles sont rangées aujourd’hui parmi les établissements de 2e classe, si leurs émanations ne peuvent porter directement atteinte à la santé de l’homme, il n'en est pas moins avéré qu’elles sont incommodes au plus haut degré et à peine supportables pour les personnes placées dans leur sphère d’action. Si l’abattoir était isolé de toute habitation, il resterait encore à examiner si celte atmosphère fétide et nauséabonde, qui pèse à certains jours et sous certains vents, sur toute l’étendue de l'établissement, ne peut altérer la qualité des viandes et si, à ce titre, les fonderies ne devraient pas en être écar écs. Mais il n’est pas besoin d’invoquer ce motif et l’opposition, si légitime, qui s’est produite de la part du voisinage, suffira sans dculc pour déterminer l’Administration à suprimer les fonderies ; tel est l’avis de votre rapporteur.

Lyon, le 27 janvier 1853.

Signé : F naisse.

Le Conseil approuve les conclusions du rapport.

Séance du 27 janvier 1853,

Le Secrétaire, Signé: A. Glénaiid.

Le Vice- Président, Signé : Rougieu.

Il ne fut pas donné suite à ce projet, déjà l’Administration pensait à la création d’un nouvel abattoir.

Ainsi l’on fut obligé de laisser subsister encore pendant de longues années l’abattage des porcs dans la ville, chez les charcutiers, de nombreuses tueries parculières pour les animaux de boucherie étaient aussi tolérées dans les quartiers reculés. Bientôt la ville s’agrandissant par l’adjonction des communes suburbaines, de nouvelles exigences hygiéniques surgirent,

11 ne fut plus possible de différer de leur donner satisfaction, et la création d’un nouvel abattoir fut résolue. Le premier était placé à l’extrémité sud de la ville, sur la rive droite du Rhône, le second devait occuper l’extrémité nord dans le voisinage de la Saône. Au-dessus de la ville, la rive gauche de celte rivière, étroite et resserrée par la montagne de la Croix-Rousse et de Caluire, n’offrait aucun local convenable; la rive droite au-dessus de Yaise, couverte de maisons de plaisance ne pouvait qu’à des prix énormes livrer un emplacement suffisant; force a été de se contenter d’une situation moins satisfaisante sans doute, et qui par cela même a appelé toute la sollicitude du Conseil d'hygiène sur les conditions à prescrire pour rendre ce nouvel établissement propre à sa destination, en sauvegardant la salubrité publique. C’est ce qui ressortira du rapport du Conseil adressé à M. le Sénateur chargé de l’administration du département du Rhône, le 28 mars 1855, en réponse à la lettre de ce fonctionnaire, en date du

12 février 1855.

A M. le Vice-Président du Conseil d'hygiène et de salubrité publique.

Lyon, le 12 février 1855.

Monsieur le VicerPrésidenl,

J’ai l’honneur de vous communiquer un plan indiquant l’emplacement sur lequel l’Administration a le projet de faire construire un abattoir public à Lyon, quartier de Vaise, le long du chemin de Gorge-dc-Loup.

Les mesures nécessaires viennent d’être prises pour assurer l’accomplissement des formalités d’enquête de commodo et incommodo prescrites par le décret du 15 octobre 1810 et l’ordonnance du 14 janvier 1815.

Cette affaire étant très-urgente, je vous serai obligé, Monsieur le Vice- Président, de désigner immédiatement au sein du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, une Commission chargée d’examiner les lieux et de me faire part, dans le plus court délai, de son avis et de ses propositions sur le projet dont il s’agit, sous le rapport de la salubrité et sur les moyens à employer pour établir d’une manière convenable l’écoulement des eaux.

Agréez, Monsieur le Vice-Président, l’assurance de ma considération trèsrdislinguée.

Le Sénateur ,

Chargé de V Administration du département du Rhône.

Vaïsse.

CONSEIL D’HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITÉ

Messieurs,

Vous êtes appelés à donner aujourd’hui votre avis sur une question d'une grande importance au point de vue de l’hygiène publique lyonnaise. 31. le Sénateur chargé de l’administration du département, qui veille avec une sollicitude si active et si intelligente sur les intérêts qui lui sont confiés, à qui notre ville doit déjà tant et de si considérables améliorations, s’occupe en ce moment d’un projet qui intéresse l’agglomération lyonnaise et dont l'exécution comblera des vœux bien souvent exprimés par le Conseil de salubrité, en même temps qu'elle donnera enfin satisfaction a un besoin

vivement senti par toute notre population. Il s’agit de créer dans l'arrondissement de Vaise, à Gorge-dc-Loup , un second abattoir public. Cet abattoir serait le complément de celui de Pcrrache ; il réunirait toutes les tueries qui s’exercent encore dans l’agglomération lyonnaise, ainsi que toutes les charcuteries. On vous consulte sur la question de savoir si l’emplacement désigné pour devenir le siège de cet abattoir présente les conditions convenables pour une semblable destination ; on vous invite à faire les propositions que vous jugerez nécessaires pour assurer l’écoulement des eaux, pour sauvegarder la salubrité publique. Une Commission nombreuse prise dans le Conseil a été chargée d’étudier cette question ; elle se compose de M1I. Rougier, Dardel, Lecoq, Tisserand, Tabareau, Brisson et Glénard. J’ai l’honneur de vous faire connaître, par ce rapport, le résultat de l’examen auquel elle s’est livrée.

L’institution des abattoirs est une des plus belles conquêtes de l’hygiène publique. La réunion en un seul établissememcnt des diverses boucheries ou charcuteries établies dans une ville présente en effet sur leur dissémination des avantages tout à fait incontestables pour la salubrité publique. Mais il ne faudrait pas croire que ces établissements soient dépourvus d’inconvénients. Evidemment les boucheries, les charcuteries, si désagréables, si incommodes, souvent si insalubres lorsqu’elles sont isolées, ne perdent pas en se réunissant leurs fâcheux attributs. Loin de là, il peut se faire au contraire que, par certains vices d’organisation de l’établissement qui doit les concentrer, elles ne deviennent un vaste foyer d’infection, une cause puissante d’insalubrité. La législation l’a compris ainsi, car les abattoirs publies sont placés- dans la première classe des établissements dangereux, insalubres ou incommodes. Dès lors ils doivent être soumis aux memes conditions qui régissent les industries de cette catégorie. C’est là un point qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est un principe qu’il faut toujours avoir présent à l’esprit quand on se propose d’élever un abattoir public, quand on choisit l’emplacement destiné à en devenir le siège.

En thèse générale, un éloignement, un isolement convenable des habitations, une exposition qui permette un libre cl facile accès aux vents, voilà les premières conditions à exiger de tout établissement industriel qui a pour effet de répandre dans l’atmosphère des gaz, des vapeurs ou des miasmes odorants, d’une nature plus ou moins dangereuse pour la santé des individus. Ce sont donc des conditions à exiger aussi d’un abattoir public ; celui de Vaise satisfera-t-il à ces exigences ? C’est ec que votre Commission a dû examiner avant tout. Nous avons apporté dans cet examen une grande attention ; elle nous était commandée par le souvenir de cerlaines circonstances qui sembleraient indiquer que l’arrondissement

de V aise est placé, par rapport aux autres arrondissements, soit naturellement soit accidentellement, dans une sorte d’infériorité hygiénique. Nous n avons pas oublié, en effet, que la commune de Vaisc a fourni plus que, sa part proportionnelle de victimes aux attaques du choléra, l'été dernier. N olrc Commission s’est donc transportée sur les lieux ; elle y est allée à plusieurs reprises, soit seule soit accompagnée de M. Desjardins, l’habile architecte de la ville, qui a bien voulu se mettre à notre disposition et nous a obligeamment fourni, sur le projet en question, tous les détails propres à éclairer notre opinion.

L’abattoir projeté est destiné à réunir 180 bouchers et 270 charcutiers.

Il renfermera des écuries pour 300 bœufs et 300 veaux, des bergeries pour 200 moutons, des cabanons pour 1,200 porcs. Ces détails suffisent pour vous donner une idée de l’importance de l’établissement futur. Il sera situé à Gorge-do.-Loup , sur la propriété des sieurs Gérard et Ferlât, propriété qui s’étend du chemin de Gorge-de-Loup, en face de l’usine à gaz, jusqu’au chemin de fer, près de l’endroit où commence le tunnel. C’est donc au fond de cette plaine circonscrite, enire les collines de Loyasse, de Champvcrt et le coteau de la Duchère qu’on se propose d’établir cet important abattoir. Vous connaissez certainement le lieu appelé Gorge-dc-Loup, et vous savez si, par sa configuration, il justifie ce nom. C'est en quelque sorte un lieu sans issue, une espèce de cul-de-sac, formé par des collines assez élevées. Je ne puis vous dissimuler que votre Commission, à l’aspect de ces lieux, n’a pas jugé qu’ils fussent propres à devenir le siège d’un abattoir, d’un établissement appartenant à la première classe des établissements insalubres ou incommodes. Il est vrai cependant que là un abattoir serait isolé des habitations ; il se trouverait en effet à 6 ou 700 mètres du faubourg de Vaise ; de là on n’aperçoit que de rares maisons, et encore sont-elles situées à une distance d’environ 500 mètres ; bien plus, la forme des collines, leur pente abrupte, puis les servitudes militaires qui dépendent du fort de Loyasse, s’opposent à la construction de nouvelles habitations dans un rayon assez rapproché de l'emplacement destiné à l'abbattoir, de telle sorte qu’il n’y a pas lieu de craindre que l'abattoir ne nuise au développement du quartier ; sous le rapport de l’isolement le lieu serait donc assez convenable ; mais peut-on en dire autant sous le rapport de l’aération ? Cette plaine fermée à l’est, au midi, à l’ouest par des collines, placée comme au fond d’un entonnoir, celte plaine humide, habituée aux brouillards, qui n’est ouverte qu’au nord, sera -t-ellc suffisamment ventilée au point de vue d’un abattoir? Votre Commission n’a pas pensé ainsi; elle a craint, d'une part, que, dans ce lieu trop abrité, la déeomposilion des matières animales, résultant des opérations qui se pratiquent dans un abattoir, n’y soit pendant l’été trop active, et que, d'autre

part, les produits miasmatiques de celte décomposition ne soient pas constamment et promptement emportés par les vents. Votre Commission serait donc disposée à condamner d’une manière générale le choix qui a été fait du local destiné à l'abattoir comme impropre à ect usage, si, d’autre part, et dans le cas particulier soumis à votre appréciation, des considérations d'une autre nature, puisées dans les conditions même d'organisation du futur abattoir n’étaient venues modifier son opinion, et, par suite, son jugement.

Messieurs, lorsqu’une affaire aussi complexe que celle qui a pour objet l’établissement d'un abattoir public dans une ville comme Lyon, est soumise au Conseil d'hygiène publique pour qu’il ait à donner son avis, la réponse est simple et facile, parce que le Conseil n’a à se préoccuper que d’un seul côté de la question ; il ne doit avoir en vue que les intérêts de la santé publique. Mais il n’en est pas de même pour l'Administration, qui doit décider eu dernier ressort et exécuter. L’établissement d’un abattoir soulève une foule de questions plus ou moins importantes, et le choix d’un emplacement doit répondre à des nécessités de nature souvent opposée. Des motifs particuliers ont donc dû décider le choix que l’Administration a fait de la Gorgc-de-Loup, malgré les défauts que nous lui reprochons et que certainement elle a dû remarquer. En effet, ce lieu présente, sous d’autres rapports, des avantages qu’on ne retrouverait pas ailleurs. Placé en ce point, l’abattoir se trouverait près du marché et presque sur la nouvelle route que l’on se propose d’établir, et qui doit relier le marché de Vaise avec celui de Saint-Just, l’abattoir de Gorge-de-Loup avec celui de Perraclie. Assurément, il y a là des convenances particulières qu’on ne peut négliger. Mais peut- on sacrifier les précieux intérêts de la santé publique à des considérations comparativement si peu importantes ? Rassurez-vous, Messieurs, l’Administration ne veut pas plus que vous abandonner les droits de la salubrité publique ; elle s’efforce seulement de concilier les exigences opposées qu’elle doit salislaire. Dans ce but, elle diminue les causes d'insalubrité de son abattoir en supprimant les fonderies et les séchoirs, ces deux sources d’émanations si désagréables, si incommodes, que l’on ne peut placer que dans des lieux soumis à une ventilation active. Par celte concession, les inconvénients qui résultent du défaut d’aération seront notablement diminués, mais ils ne seront pas complètement supprimés. Resteront encore les porcheries qui dégagent une odeur si désagréable, les triperies, puis ces débris de matières animales si facilement putrescibles. Tout cela constituera encore une cause puissante d’incommodité et d’insalubrité, mais une cause que l’on peut combattre avec succès, dont on peut paralyser les effets. L’aération est une condition impôt tante pour un abattoir ; mais clic n’est pas tout, et l’on sait que des conditions d’une autre

nature peuvent suppléer au défaut de ventilation et même exercer une action plus efficace que celle-ci. Quand un foyer dégage une fumée épaisse qui se résout en pluie d’une poussière noire, désagréable et incommode pour les habitations, vous éloignez ce foyer ; quand une usine répand autour d’elle des gaz délétères dangereux pour les individus qui les respirent, vous éloignez l’usine ; mais que le foyer brûle sa fumée, que l’usine absorbe ses gaz, vous vous inquiétez peu de l’un ni de l’autre. Il en est de même des abattoirs. Qu’on empêche les émanations de se produire, et alors les conditions d’aération ne seront plus véritablement essentielles, elles deviendront secondaires. Ce résultat peut s’oblcnir par un ensemble de mesures parmi lesquelles l’eau joue le principal rôle. À l’aide d’un service d’eau convenablement organisé, on peut prévenir, ou tout au moins atténuer considérablement les diverses causes d’insalubrité qui se développent dans un abattoir. Examinons donc si l’on trouvera, au lieu désigné, les conditions nécessaires pour assurer ce service des eaux destiné à suppléer à une ventilation que nous trouvons insuffisante même pour un abattoir débarrassé des séchoirs et des fonderies.

Avant de construire un abattoir, dit Parent-Duchatelct, il faut s’inquiéter de deux choses très-importantes : des moyens d’y amener l’eau à foison et des moyens de s'en débarrasser.

Dans le cas qui nous occupe, les moyens d’amener l’eau à foison paraissent simples et faciles. En effet, à 40 ou 50 mètres au-dessus du point que doit occuper l’abattoir, coule une source d’une eau fraîche et limpide. Elle nous a parue abondante, mais nous l’avons vue pendant les pluies d’hiver. Il ne paraît pas qu’elle ait été l’objet d’aucun jaugeage officiel qui, exécuté à diverses époques de l'année, aurait pu donner une mesure exacte de son volume pendant les différentes saisons. Mesurée dernièrement par M. l’archilccte de la ville, elle a fourni 9.000 litres à l'heure, ce qui indiquerait pour 24 heures un débit de 216,000 litres. Celte quantité est énorme, plus que suffisante ; mais en sera-t-il ainsi pendant l’été à l’époque de la sécheresse? Sur ce point nous n’avons que de vagues renseignements, que des assertions souvent contradictoires. Nous supposons, comme terme moyen, que, pendant l’été, cette source peut être réduite au dixième; elle ne fournirait plus, par conséquent, que 21,000 litres d'eau dans les 24 hcuics. Cette quantité d’eau nous paraîtrait insuffisante pour un abattoir aussi important que celui de Vaise ; ce ne serait certainement pas là l’eau à foison que demande Parent-Duchatelct. Dans l’abattoir de Rouen il passe 36,000 litres d’eau en 24 heures, dans ceux de Paris 90,000 ; en se basant sur ces données, on doit demander, pour celui de Gorgc-dc-Loup, une quantité constante de 50,000 litres d’eau. Toutefois, malgré cette insuffisance probable de la source actuelle , il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur l’approvi-

sionncmcnt d’eau de l’abaltoir. Car l’aspect et la nature des lieux autorisent à croire que par des fouilles convenablement dirigées, on découvrirait de nouvelles sources qui, peu éloignées, pourraient facilement cire conduites au réservoir d’alimentation de l’abattoir. Mais si cette ressource manquait aussi, il en resterait encore une. M. le Sénateur a bien voulu donner à M. Rougicr, notre président, qui lui exprimait les inquiétudes de la Commission à ce sujet, l’assurance que, dans le cas où l'on ne trouverait pas à alimenter convenablement l’abattoir au moyen des sources, il s’entendrait avec la Compagnie des eaux pour obtenir la fourniture de la quantité d’eau nécessaire. Ainsi on peut compter d’avance que d’une manière ou de l’autre l’eau arrivera en abondance dans l’abattoir ; que par conséquent la première condition d’une bonne organisation du service des eaux se trouvera réalisée.

Mais pourra-t-on faclement s’en débarrasser? C’est là une question non moins importante et qui doit èlre résolue d’avance. Celle eau qui a s~rvi aux divers usages d’un abattoir chargée de matières animales rapidement putrescibles, doit être promptement évacuée, sous peine de la voir répandre dans l’almosphèie des émanations infectes. Au premier abord, quand on examine la distance considérable (1,000 à 1,20U mètres) qui séparera l’abattoir de la Saône; le peu de pente du sol dans la moitié au moins de celle distance; quand on sait combien les matériaux entraînés par les eaux des abattoirs circulent difficilement dans les canaux contre les parois desquels ils se déposent et s’attachent, on ne peut moins faire de concevoir des doutes, des inquiétudes, sur la possibilité de l’exécution de ce second point essentiel du service des eaux, sur leur évacuation prompte, facile, sans danger pour le voisinage. En effet, la pente du sol sur une longueur de 3 à 400 mètres de l’abattoir est au moins de deux centimètres par mètres, mais plus loin, là où on voudrait la voir s'accroître, dans la commune de Vaise, jusqu’à la Saône, au port Mouton, elle est considérablement diminuée, clic n’atteint pas un centimètre. Ainsi le canal d'égout sera pourvu, dans une partie de son parcours, d’une pente suffisante, mais non dans toute sa longueur ; cette pente lui manquera précisément là où elle serait la plus importante. Ces réflexions qui se sont naturellement présentées à l’esprit de votre Commission, n’ont pu moins faire de l’inquiéter; mais comme vous l’allez voir, certaines considérations peuvent dissiper ces appréhensions et autoriser à augurer mieux de l’efficacité du canal.

Ne peut-on pas, en effet, par un ensemble de mesures, prévenir les inconvénients qui doivent résulter du défaut de pente de ce canal ? Evidemment si on lui donne peu ou pas de matières solides à charrier, si par sa forme il se prête mal au dépôt de ces matières, si l'eau y coule constamment et en abondance, il est à croire que l’on n'aura pas à redouter sérieusement la

stagnation (les matériaux provenant de l’abattage des animaux et leur décomposition dans l’égout. Voici les mesures prises pour atteindre ce but. L'égout sera de forme ovoïde, la plus petite base tournée en bas. Le radier en sera creux et sera en pierre de taille aussi unie que possible. On prendra tout le soin possible pour empêcher les matières solides de l'abattoir de s’introduire dans l’égout. Ces matières seront retenues par des grilles, puis récoltées précieusement pour être vendues; vous n'ignorez pas qu’employées aujourd’hui comme engrais elles ont une certaine valeur. Pour établir une circulation continuelle d’eau abondante dans l’égout, on détournera les eaux qui coulent darfs les canaux du chemin de fer et on les amènera dans l’égout de l’abattoir au moment où il en sort. En ce point et à l’aide de ces eaux, d’un volume considérable, on établira un réservoir ou écluse de chasse que l’on ouvrira matin et soir et qui versant ainsi une masse d’eau à la fois, aura nécessairement pour effet de balayer le canal d’égout et d'entraîner les matières qui auraient pu s’attacher au fond ou aux parois de ce canal. Voilà les précautions prises en vue d'effectuer d’une manière convenable l’évacuation des eaux de l’abattoir. À coup sûr elles sont dénature à inspirer une certaine sécurité malgré le peu de pente que doit avoir l'égout dans une partie de son parcours. Cependant, votre Commission croit qu’il y a encore quelque chose à désirer, et voici ce qu’elle pense nécessaire d’y ajouter en vue de sauvegarder la salubrité publique.

D’après le projet, l’égout de l’abattoir après avoir été, pendant une partie de son trajet, spécial à cet établissement, doit, plus loin, dans la traversée de Vaise, à partir du chemin de la Croix , se réunir à celui de la ville. Votre Commission croit que cette disposition n’est pas sans danger. Peut-on répondre d’avance du résultat des précautions que nous avons signalées plus haut ? peut-on affirmer, par exemple, que dans l’égout de l’abattoir les matières animales n’arriveront pas en plus grande abondance qu’on ne suppose, que ces matières n’y stationneront jamais, qu’elles ne s’y putréfieront pas? Non certainement. Si cela arrive, et c’est pour nous un devoir de le prévoir et de le craindre, pourquoi verser les immondices de l’abattoir dans l’égout de la ville? n’y aura-t-il pas un inconvénient réel à augmenter le travail de cet égout qui a bien assez à faire de charrier les immondices de Vaise ? On a dit que les eaux amenées de l’abattoir laveraient l’égout de la ville, et on a vu là de grands avantages; mais on s’est placé à un point de vue trop optimiste; on a supposé les eaux de l’abattoir toujours claires, dépourvues de matières putrides. Or, nous ne pouvons adopter cette manière de voir. Dans ces sortes de questions on doit toujours envisager les pires circonstances. On ne se met en bon état de défense que contre les ennemis qu’on redoute beaucoup. Votre Commission croit donc qu’il est

essentiel que l'égout de l’abattoir soit spécial à cet établissement, sans rapport dans toute sa longueur avec les égouts de la vide. En outre elle regarde comme nécessaire que ecl égout n-' présente aucun i egard sur la voie publique. Des miasmes fétides pourraient s’échapper par là, et ce ne serait pas sans danger pour la salubrité.

L’application de toutes ces mesures à l’organisation du canal d’égout permettront, nous l’espérons, l’évacuation convenable des eaux de l’abattoir. Ainsi se trouvera assurée ce service si important des eaux dans sa double condition d’arrivée de l’eau en quantité suffisante et de sortie rapide. Dès lors on peut compter que les inconvénients sérieux que devait présenter encore l’abattoir de Gorge dr-l.oup, en raison du sa situation, malgré la suppression des séchoirs cl des fonderies, seront désormais, sinon totalement supprimés, au moins considérablement atténués, ré luils meme à des proportions a^sez faibles pour qu’on n’ait pas à redouter pour la commune de Vaisc des effets lâcheux de son voisinage ; surtout si, par une survedlancc constante, active cl sévère, on force l’exécution des règlements qui concernent lasalcbri é de rcs établissements.

En co séquence, et pour conclure, votic Commission c oit pouvoir vous proposer de répondre de la manière suivante à la demande de l’Administ talion :

1° En principe, l’emplaceni"nt dés’gné sur le plan, à cause de sa situationau fond d’une gorge, env r. innée do collines assez élevées qui s’opposent à une ventilation convenable, n'est pas propice à l'établissement d'un abattoir public avec toutes ses conséquences ;

2° Mais attendu que, d'une part, dans l’abattoir projeté il n’y aura ni séchoir ni fondoir.

Que, d'autre part, il sera possible d’y organiser convenablement le service des eaux, service qui a pour effet de réduire à de bien faibles proportions les inconvénients d'un abattoir.

Le Conseil croit qu’on peut sans danger pour la santé publique établir l’abattoir projeté sur remplacement désigné, à la condition toutefois qu’on appliquera les mesures de précaution suivantes qui sont necessaires pour paralyser l'act on des diverses causes d’insalubrité ou pour en combattre les effets, ainsi :

1° La quantité d’eau distribuée aux robinets de l’abattoir devra être de 50,000 litres par 24 heures ;

2° Cette eau n’arrivera dans l’égout que par des grilles capables de retenir les matières animales solides. — Ces matières récoltées avec soin ne devront pas séjourner plus de 24 heures dans l’abattoir ;

3° Les eaux du chemin de fer seront amenées dans l’égout de l’abattoir,

où clics devront circuler constamment. — A l’aide de ces eaux, on établira une écluse de chasse qui sera ouverte soir et malin ;

4° L’abattoir jouira d’un égout spécial. — Cet égout ne devra nulle part se confondre avec celui de la ville; .

5° L’egoul de l’abattoir ne présentera aucun regard sur la voie publique ;

6° Il sera construit de telle sorte que le curage puisse en être facilement opéré ;

7° Le curage devra être fréquent ;

8° Le fumier des bestiaux réunis dans l’abattoir devra être enlevé tous les huit jours en hiver, tous les trois ou quatre jours en été.

Lyon, le 28 mars 1755.

Le Rapporteur, signé : A. Glénard.

Les membres de la Commission, signé : Roucier, Tisserant, Lecoq.

Le Conseil approuve les conclusions de ce Rapport.

Séance du 29 mars 1855.

Le Secrétaire, A. Glénard. | Le Vice-Président, Roucier.

Ce projet adopté par l’Administration préfectorale avec les conditions sévères prescrites parle Conseil d’hygiène n’obtint que tardivement l’autorisation du Conseil d’État qui maintint expressément toutes les dispositions renfermées dans le rapport, et le 1er mûrs 1858 seulement, l’abattoir fut ouvert pour l’abattage des porcs, et le 15 avril suivant, pour tout le reste du service. Grâce à la merveilleuse activité imprimée aux travaux, dix-huit mois avaient suffi à la construction de toutes les parties de ce vaste établissement.

Depuis cette époque, les deux abattoirs fonctionnent régulièrement pour les besoins de l’Agglomération lyonnaise. Nous verrons plus loin s’ils remplissent complètement leur but et s’ils suffisent à toutes les exigences du service, quand nous parlerons des nombreuses tueries

particulières tolérées aux extrêmes limites de la ville et aux nombreuses demandes à l'effet d’établir des fonderies de suif et des séchoirs de peaux dans le voisinage de l’abattoir, puisqu’on n’avait pas consenti à les admettre dans cet établissement.

Il n’est peut-être pas sans intérêt de faire connaître ici le nombre des animaux dépécés dans chaque abattoir, ce sera démontrer quel immense foyer d’insalubrité et de détritus putrescibles on a éloigné des divers quartiers de la cité.

État des animaux abattus dans les deux abattoirs de vaise et de PERRACHE, DU 15 AVRIL Ï858 AU 15 AVRIL 1859.

DÉSIGNATION

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