VAISE
L’abattage des porcs a lieu exclusivement à Vaise.
PERRACHE • • Totaux
Tueries particulières.
Dans le tableau qui précède ne sont pas compris les animaux abattus dans les tueries isolées dont nous allons parler.
Bien avant que l’abattoir cle Valse fût décidé, et pendant le temps que nécessita sa construction, l'insuffisance de celui de Perrache avait forcé l’Administration à laisser subsister les tueries particulières qui fonctionnaient depuis longtemps et môme à en tolérer de nouvelles dans les extrêmes limites de la ville. Les inconvénients, inséparables de pareilles industries, motivaient toujours de nombreuses oppositions du voisinage. L’accumulation de débris animaux, l’écoulement des eaux de lavage et du sang où leur stagnation provoquait des émanations fétides et insalubres, indépendamment du dégoût naturel qu’occasionne un pareil spectacle, toutes ces causes réunies nécessitaient toujours l’intervention du Conseil d’hygiène à l'ellét d’indiquer les mesures propres à les faire cesser ou du moins à les atténuer. Le plus grand nombre de ces industriels déposaient tous ces détritus dans des fosses profondes creusées dans le sol. Ces puisards ne réussissaient qu’à déplacer l’insalubrité en donnant naissance à des inconvénients plus graves par la filtration dans les puits ou les sources voisines. Cependant, celle pratique était répandue de telle sorte que le maire d’une commune suburbaine avait cru nécessaire de prendre un arrêté qui enjoignait aux bouchers de sa localité de s’y conformer et de faire creuser, dans la partie la plus convenable de leur habitation, une fosse profonde et fermée pour y déposer les débris d'animaux et les eaux de lavage.
Consulté par M. le Préfet sur l’opportunité de cette mesure, le Conseil d’hygiène et de salubrité n'hésita pas à la désapprouver et répondit à ce magistrat par le rapport suivant :
CONSEIL D’HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITÉ
Monsieur le Conseiller d’Etat,
Par votre li lire en date du 9 août 1854, vous avez communiqué au Conseil d'Hygiène publique, un airelé de M. le Maire de Villeurbanne, concernant la boucherie. Vous appeliez pai ticulicrement son attention sur l’art. ll'r de cet arrêté, en lui demandant son avis sur lamesuic de salubrité qui y est prescrite. Le Conseil, dans sa séance du 3i aoûl, s’est occupé de cette question importante;
J'ai l’iioimci r de vous transmettre son opinion à cet égard.
L’art. lrr de l’arrêté de M. le Maire de Villeurbanne contient:
« Les boucliers feront de suite pratiquer dans les lieux .es plus reculés de leurs habitation*, des losscs profondes et hermétiquement fermées, où ilsjeteroot tous leurs débiis it où se rendront les eaux du lavage ».
Le Conseil de salubrité reconnaît que l'exercice de la boucherie, tel qu’il se pratique, constitue un étal de choses très-fâcheux, que l'usage de jeter et de laisser sur le sol où ils se puli'ilicnt, lis débris, le :ang des animaux présente des inconvénients sérieux pour la santé publique ; cependant, il ne peut approuver la mesure prescrite par M. le Maire pour remédier à ce mal. Les tos es, ordonnées dans l’arreté, ne sont autre choses que des puisarls ou puits perdus que l'hygiène a depuis longtemps condamnés. M . le Maire ordonne qu’ils soient hermétiquement fermés, mais en meme temps il prescrit d’y diriger les eaux de lavage des boucheiies. Ces deux prescriptions --ont conlradieloii es, il faudra nécessairement que les fosses r stent ouvertes en un point pour recevoir les eaux qui s’écoulent des boucheries; dès lois elles laisseront échapper les miasmes fétides, les gaz produits par la décomposition putride. En enfouissant ainsi les matières animales, on ne supprimerait donc pas le foyer de décomposition et d’infection, on ne ferait que le déplacer, et ce déplacement serait d'autant plus fâcheux que, ordonné par l’autorité comme mesure de. précaution, il pourrait inspirer une trompeuse sécurité ; bien plus on risquerait de créer un danger bien plus sérieux. En effet, ces fosses non mutées, perméables à l’eau, laisseraient filtrer les liquides qui, se répandant cl circulant dans le sol, pourraient s’introduire dans les puits et en corrompre les eaux. De nombreux faits autorisent à regarder cette supposition, non pas comme possible mais comme infiniment pi obablc . Ainsi, la mesure prescrite par M. le Maire de
Villeurbanne, non seulement ne remédie pas au mal qu’il voudrait faire disparaître, mais peut avoir des conséquences plus graves que le mal luimême. Le Conseil est donc d avis que M. le Conseiller d’Elal ne doit pas donner son approbation à l’arrête de M le Maire de Villeurbanne, en ec qui concerne l’établissement dcs'fosses ou puits perdus.
Veuillez agréer, Monsieur le Conseiller d Etat, l’assurance' de la parfaite considération avec laquelle j’ai l’honneur d’èlrc,
Voire très-humble serviteur,
Le Secrétaire du Conseil d’Hygiène : A. Glésakd.
Il ne suffisait pas d’abolir un usage pernicieux, il importait surtout de prescrire les mesures qui devaient sauvegarder la salubrité publique en même temps qu’elles seraient utiles et profitables aux industriels eux-mêmes. Toutes les fois que le Conseil fut consulté, il prescrivit énergiquement que le local où aurait lieu l’abattage devrait être dallé ou bitumé avec une pente suffisante pour l’écoulement des eaux de lavage. Celles-ci devront être recueillies dans des tonneaux disposés à cet effet. Le sang et les débris des animaux soigneusement recueillis seront enlevés chaque jour pour être livrés à l’industrie ou jetés dans le cours d’eau le plus voisin (Saône ou Rhône). Tout le local souillé par l’exploitation sera lavé ,à grande eau plusieurs fois par jour, surtout pendant l’été, et l’eau qui proviendra de ces lavages répandue dans les champs voisins comme engrais.
Telles sont les prescriptions générales que le Conseil a du exprimer; on comprend cependant qu’elles ont subi quelques modifications, suivant les localités; quelquefois même nous avons prescrit la construction d’un mur de clôture pour dérobera la vue du public ce que l’exploitation de cette industrie a de rebutant.
Nous devons ajouter encore que toujours, lorsque nous avons conclu à l’autorisation, c’était avec la condition expresse que celle autorisation ne serait que provisoire et cesserait de plein droit dès le moment que l'abattoir de Vaise serait ouvert.
Ma heureusement le provisoire a eu de tout temps une durée indéfinie, et aujourd’hui nous voyons fonctionner encore la plupart de ces tueries qui depuis plus d’un an devraient être fermées. Il est vrai que soumises à de sévères conditions, elles n'ont plus la même insalubrité, mais n’est-il pas à craindre qu’elles ne donnent lieu à des abus dont les conséquences seraient autrement plus graves?
Dans les abattoirs de Perrache et de Vaise, tous les animaux destinés à la boucherie sont scrupuleusement inspectés, et la population peut être sûre que toute la viande qui en sort appartient à des animaux dont la santé parfaite avait été régulièrement constatée. En peut-il être de même pour les tueries particulières? Évidemment non, et quelques soins que puisse prendre l’autorité à cet égard, il doit arriver souvent que des animaux malsains et malades y sont abattus, dépéeés et livrés à la consommation de la classe ouvrière, avec un rabais sur le prix qui provoque à l’achat au détriment de la santé. Qui sait même si des animaux morts ne sont pas ainsi livrés au public? Nous nous arrêtons là, nous avons du exprimer librement notre pensée sur une tolérance trop prolongée, persuadé que nous sommes qu’il suffit d’ouvrir les yeux de l’Administration sur un abus possible pour y voir bientôt porter remède.
Si les tueries particulières doivent subsister encore longtemps, il est indispensable, dans l’intérêt de la santé
publique, qu’une inspection sévcre y soit quotidiennement pratiquée, et cette mesure est d’autant plus urgente que l’on entrevoit à peine le moment de leur suppression.
En présence de l’extension rapide que prend l’agglomération lyonnaise, les deux abattoirs tendent chaque jour à devenir insuffisants; ils sont admirablement placés, au nord et au midi. Mais la ville s’étend chaque jour de plus en plus dans sa partie centrale, ses édifices recouvrent successivement tous les terrains libres de la GniUotière et des Brotleaux ; il devient évident que pour ce grand centre de population, il sera bientôt indispensable de créer un autre abattoir. Celle nécessité semble même ressortir de ce qui existe à présent, puisque plus de la moitié des tueries particulières autorisées se trouve dans celte localité. Ce sera, d’ailleurs, la conséquence naturelle des progrès de notre cité dans les voies de l’hygiène publique et de la salubrité.