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LA SANTÉ PUBLIQUE ET LES ÉPIDÉMIES DE LA VILLE DE LYON

depuis 1832 jusqu’en 1800,

Par le Dr E. Bouchet, médecin des épidémies.

On peut dire d’une manière absolue, que Lyon, depuis ces dernières années, et par suite de tout ce qui a été fait, présente des conditions d’hygicnc cl de salubrité aussi convenables que possible, pour une grande ville. Les faits répondent à cette assertion ; en effet, si on voit souvent des maladies se montrer à l’étal régnant, affecter un assez grand nombre de sujets ; si même j’ai eu à signaler de véritables épidémies, pour la fièvre typhoïde, le choléra, la grippe, les dyssenteries, on peut prouver avec satisfaction que ces épidémies n’ont jamais eu une intensité meurtrière comparable à ce qui avait pu être observé autrefois; elles ont marqué leur passage, établi leur existence, mais sans faire un grand nombre de victimes, soit que l’on en suppute seulement le nombre, et soit plus'cncore, si l’on recherche les proportions qu’elles présentent avec la population.

La fièvre typhoïde qui domine la pathologie interne, à cause de sa gravité, de sa fréquence, de la forme endémique et épidémique qu’elle présente quelquefois, des débats nombreux et controversés qu’elle a soulevés, devait nécessairement attirer l’attention de tous ceux qui observent les maladies sur une grande échelle, et d’une manière générale. Voici sous forme succincte les principales propositions du travail que j’ai fourni sur ce sujet, en 1852.

La lièvre typhoïde n’est point nouvelle, c’est un nom plus judicieux, bien qu’il ne renferme pas encore l’énoncé de tous les éléments dont elle se compose, par lequel on désigne aujourd’hui les maladies appelées par les anciens nosographes, fièvre putride, adynamique, ataxique ; par d’autres, fièvre entéro-mésentérique, dolhinentérie, gastro-entérite grave, etc.

11 est certain qu’elle est un peu plus fréquente de nos jours; beaucoup de causes peuvent y contribuer, mais non pas, ainsi qu’on l’a avancé, la propagation de la vaccine.

Elle est toujours endémique à Lyon, dans l’hôpital et en ville, se montrant plus fréquente, plus intense et plus grave, dans quelques saisons, et sous l’influence de certaines constitutions médicales. Les années pluvieuses, où les changements climatériques ont été plus brusques, et plus tranchés, y contribuent, ainsi que la misère, et les causes débilitantes. Parfois il v a épidémie assez tranchée, se circonscrivant dans des quartiers ou dans des établissements, comme pensions ou ateliers.

Les deux éléments essentiels qui la constituent sont : 1° l’état de fluidification poisseuse du sang, qui dénature la composition et la vitaT lité de ce réparateur et moteur de la vie ; 2° localement, l’ulcération des plaques de Peyer, avec l’engorgement des ganglions mésentériques.

Les autres formes tiennent à des maladies concomitantes affectant les autres organes, surtout le foie, dans la forme bilioso muqueuse, le cerveau dans la forme ataxique.

L’indication thérapeutique, qui semble compter les meilleurs résultats, consiste dans la méthode évacuante, jusqu’au deuxième septénaire ; les toniques modérés et le quinquina, pendant les deux autres.

La petite vérole a quelque connexité avec la fièvre typhoïde, sous le rapport de son existence permanente, avec recrudescence épidémique, se manifestant aussi dans les ateliers, dans les pensions. C’est ainsi qu’en février 1854, une influence épidémique de celle nature, qui régna dans le Grand-Séminaire, justifia son évacuation momentanée.

L’IIôpital est un des foyers d’entrètien de la petite vérole ; il serait à désirer qu’on eût, comme autrefois, des salles spéciales pour les varioleux.

On ne saurait donner assez d’encouragements à la propagation de la vaccine; malgré le zèle des médecins vaccinateurs, il y a encore, dans les populations, négligence et apathie sur ce point.

En 1853, mon rapport avait étudié l’hygiène de Lyon, et la santé publique.

Les conclusions avaient été : que si l’année pouvait se considérer comme mauvaise, sous le rapport d’une mortalilé légèrement augmentée, et surtout sous celui de la production d’un plus grand nombre de maladies, il n’y avait pas eu cependant épidémie déclarée d’aucun genre. Je n’insiste sur ces conclusions que parce que le choléra sc montra l’année suivante et que l’on pourrait admettre une relation cachée pour favoriser sa production, par ce petit défaut d’équilihrc sanitaire.

Beaucoup de personnes nient encore que le choléra ait existé à Lyon, parce qu’il n’a pas amené une perturbation et une panique semblables à cc qui avait eu lieu pour Paris et Marseille. A la vérité, si on compare, on trouve un heureux avantage pour Lyon, et si on établit des proportions, relativement au chiffre total de la population, on ne constate qu’un nombre restreint de cas et de décès ; mais ils suffisent pour démontrer une influence épidémique, qui sans doute aurait pu être plus grave encore, mais qui cependant a déjà une trop fâcheuse importance en elle-même, citons les chiffres.

Il y a eu à Lyon, en 1854 , 200 décès à l’IIôtcl-Dieu, 44 à la Charité, 15 à l’Hôpital-Militaire, total 2G9 pour les hôpitaux. En ville, 211; 45 environ dans la banlieue, total général 525. Bien constaté, ce chiffre des décès permet de supposer le nombre de cas morbides qui sc sont produits ; en admettant qu’on obtienne 2 guérisons sur 7 cas, ce qui est généralement la proportion , on a un peu plus de 700 cas bien caractérisés.

La durée de l’épidémie a été entre trois et quatre mois, depuis juillet jusqu’en octobre.

Le principal caractère qui doit être mentionné pour le choléra à Lyon, c'est celui de la multiplicité des foyers ; heureusement ils se sont éteints sans grande propagation ambiante. En effet, des cas ont été signalés dans les cinq arrondissements de Lyon : à l’IIôlel-Dicu, à la Charité, à l’Hôpital— Militaire. Puis dans la banlieue , à Oullins , à Saint-Genis , Givors , Condrieux, à Saint-Fond, à Craponne, à Lissicux, àBeillieux, à la Pape, à Bron, et à Parilly.

Les deux explosions les plus remarquables, comme danger et intensité, sont celles dans le chantier de la Pape , et dans le hameau de Parilly à la Pape; en trois jours, sur 80 ouvriers employés aux travaux du chemin de

fer, 20 furent atteints, et plusieurs succombèrent en quinze et vingt heures.

Au petit hameau tic Paiil'y, sur 45 liab.tnnts 15 furent frappés en l roi s semaines. Si pareille inlens lé ava.t eu l.cu put ton), que l’on juge de ce qui aurait pu se produire, si on avait eu en même temps, en trois mois, de 60 à 100,000 malades dans l’agglomération lyonnaise! Du reste, le choléra s est présenté a Lyon, avec les mêmes caractères, les mêmes symptômes , quedans toutes les autres villes où il a exercé scs ravages.

L’année suivante, en 1855, le choléra a reparu dans plusieurs points du département du Rhône et de la ville.

Comme l’année précédente, il n’a fait explosion qu’à partir des chaleurs de juillet, pour cesser vers le milieu de novembre; mais pendant cette période, il n’y a eu que 100 décès, au lieu de 525, constatés en 1854.

La maladie a toujours été identique dans les cas graves; seulement, il y a eu moins de cas foudroyants ; la mortalité relativement aux cas constatés est à peu près la même ; sur 7 cas , 5 décès, 2 guérisons.

Depuis 1855, il n’y a eu que des cas sporadiques, en petit nombre, et rien qui ait ressemblé à ces deux épidémies.

Nous nous sommes surtout attachés à l’historique cl à établir les faits les plus saillants, parce que nous pensons que ce n’est point dans un compterendu semblable que doivent trouver place les discussions ou assertions qui pourraient étx’c controversées ; les faits péremptoires seuls peuvent et doivent être exposés.

En 1856, a eu lieu l’inondation du Rhône et de la Saône, dont les dommages matériels furent immédiats, fâcheux et si graves que celte inondation reste gravée dans les annales; le chef de l’État donnant, dans celte circonstance, une preuve nouvelle de la haute portée de son intelligence, comme de la sensibilité de son cœur pour les maux soufferts , vint les alléger par sa présence, et, plus tard, donna un noble exemple d’initiative et de science, pour en conjurer le retour à l’avenir. Ce sont ces faits qui ont fixé l’attention sur cette inondation, plus que sur celle de. 1840, qui, pourtant fut plus grave encore. Au point de vue de la santé publique , malgré le séjour prolongé des eaux dans les endroits bas, il est remarquable que l’influence de ce fléau a été presque nulle, sans doute à cause de l’époque de l’année où elle eut lieu (juin), et des habiles travaux de déversement des eaux, qui furent exécutés par la voirie. On ne doit signaler à la suite, comme maladies régnantes, que quelques cas de dysscnterics et de maladies cutanées, accompagnées de furoncles, et d’une grande tendance aux suppurations; des rhumatismes sous diverses formes.

En 1857, on ont la satisfaction 'le ne point constater d'épidém'es. ni do nia'adies graves à l'état régnant. Le S"jcl do mon rapport annuel fut une étude sur la lubrreuli-ation , cl la pli l h sic des jeunes sujets. 11 développait les notes que j’avais transmises sur rc point à l'Administration des hospices, pour son eonipte-rendu ; je crois utile, comme se liant à la santé publique, de les îésumcr.

La tuberculisation pulmonaire, dans les grandes villes et centres industriels et manufacturiers, fait peut-être plus de victimes qu’autrefois.

Dans les hôpitaux , le nombre des décès qu’elle entraîne est toujours un tiers environ du nombre total , avec prédominance d’un dixième environ pour les femmes. Le nombre des phthisiques, dans les salles, forme presque toujours le cinquième des malades, et quelquefois plus, dans l’hiver.

La cause de celte augmentation s’explique par ce fait , qu’un plus grand nombre d'enfants, survivants par suite des progrès de la médecine et des résultats delà vaccine, beaucoup qui, sans cela, auraient succombe en bas âge, sont ensuite moissonnés par la tuberculisation à l’âge adulte , et par le fait de l’émigration constante des campagnes, dans la ville, de beaucoup de jeunes sujets du sexe féminin qui viennent pour les diverses industries de femmes, qu’occupe la fabrique, et qui ne trouvent pas dans leurs ateliers d’aussi bonnes conditions d’hygiène, au moment du développement de la puberté. Sous ce rapport la création du parc de promenade a été un véritable bienfait pour la population. Malgré ces circonstances, il est évident que le niveau physique de la population lyonnaise a monté depuis vingtcinq ans, et (jue la génération actuelle est plus forte et moins décimée par les maladies scrofuleuses.

L’année 1858 a présenté une épidémie de grippe bien caractérisée. Elle se montra dès le mois de janvier, et ne se termina qu’au mois d'avril , sous l’influence des chaleurs vcrnales.

Le nombre des sujets affectés a été considérable : on peut le porter à 1 sur 10. Cela donnerait près de 7,000 malades ; beaucoup ont pu continuer leurs affaires , mais pour un certain nombre il y a eu nécessité de repos , de séjour au lit, de remèdes, la grippe catarrhale a été alors une véritable maladie, dont la durée moyenne a été de 2 à 3 septénaires.

La grippe avait déjà paru à Lyon, en 1830 et en 1 832; mais si, en 1858, elle a été plus bénigne, comme intensité, elle a occasionné un plus grand nombre de malades. Pourtant un caractère à noter, tiré de la constitution médicale , c’est la tendance à l’abattement, cl meme à la prostration ; la maladie elle-même n’a point entraîné de décès ; mais les fâcheuses complications survenantes, comme bronchites capillaires, pneumonies, etc., ont

pu les produire ; comme aussi , lorsque les sujets avaient en eux- mêmes de fâcheuses prédispositions dans les organes pulmonaires , tubercules chez les jeunes sujets , emphysème , catarrhe chronique chez les personnes âgées , elle est devenue une maladie grave par l’exacerbation des anciens symptômes chez les seconds; chez les premiers, en développant l’évolution tuberculeuse-, restée à l’état latent.

En 18S9 , jusqu’aux vives et continues chaleurs de juillet et d’aoùl , l’état sanitaire , considéré d’une manière générale, n’avait rien présenté d’insolite, ni de grave. Mais à celle époque, il y a eu une exacerbation dans les fièvres typhoïdes, comme fréquence et gravité; et beaucoup se soûl compliquées de dyssenteries de mauvaise nature. Ces deux maladies, tantôt se sont montrées isolées, et parfois elles ont co-exislé chez les mêmes sujets; on peut dire qu’elles ont existé, non-seulement à Lyon, mais dans tout lebassin de la Saône; j’ai constaté une épidémie assez sérieuse de ce genre, à Saint-Didicr-Sous-Riveric canton de Mornand ; ce sont elles qui ont dominé la pathologie pendant plusieurs mois; et sous leur influence, la mortalité ordinaire a été dépassée. Dans les classes élevées , il y a eu aussi un nombre notable de décès, qui ont eu pour conséquence d’inspirer quelques alarmes. Le temps beau et sec du mois de novembre semble avoir modifié et arrêté ces tendances morbides ; quelques cas isolés de choléra ont pu être observés, mais rien d’épidémique n’a eu lieu pour cette maladie.

Tel est l’historique succinct de cette période septénaire (de 1852 à 1859 : pour l’agglomération lyonnaise ; nous avons tenu à ne rapporter que les faits bien précis ; pour l’avenir , ce résumé historique pourra se comparer avec ce qui aura lieu ; pour le passé nous devons constater l’amélioration qui a existé dans la santé publique et dans les maladies régnantes ou épidémiques , et en rapporter la cause aux progrès de l’hygiène, de la voirie, de la propreté, et des autres conditions de la salubrité. Sans doute, on pourra, et on doit faire plus encore, mais avant tout il faut estimer à leur juste valeur les progrès accomplis.

D’après ce que l’on vient de voir par l’extrait des rapports de M. le médecin des épidémies, à diverses reprises le choléra a tenté de s’introduire dans nos murs ; quelquefois même on a eu la crainte de le voir s’y propager et étendre ses ravages comme dans les villes si nombreuses dont il a décimé la population, et cependant jamais- il n’a pu s’y implanter d’une manière véritable-

ment alarmante. Une puissance mystérieuse et inconnue a semblé jusqu’à présent nous en préserver. Dieu veuille qu’il en soit toujours ainsi ! Que l’on ne croie pas cependant que, se reposant sur cette immunité, l’Administration ne se soit pas toujours mise en mesure de combattre le fléau par tous les moyens possibles s’il venait à se présenter. Les diverses parties de ce travail ont fait voir jusqu’ici que tout ce que l’hygiène publique recommande comme moyens préventifs contre les maladies épidémiques a été largement pratiqué dans notre ville, et, toutes les fois que l’épidémie a paru s’approcher de nos murs, la sollicitude de l’Administration s’est activement occupée de préparer les moyens de lutter contre elle. Pour ne citer qu’un exemple, nous parlerons de l’année 1853, dans laquelle nos craintes ont été les plus vives, les plus justifiées, mais aussi heureusement et assez promptement évanouies. Le choléra sévissait dans diverses parties de la France; se rapprochant peu à peu de nous, il s’était montré dans quelques localités environnantes. Alors, pour se tenir prête à tout événement, en évitant avec le plus grand soin tout ce qui, fait ostensiblement, eût été de nature à inspirer à la population des craintes exagérées, l’Administration préfectorale, en transmettant au Vice-Président du Conseil d’hygiène publique, tous les arrêtés ministériels relatifs à cet objet, lui demanda de préparer, avec le secret convenable, la meilleure répartition possible du personnel médical dans la ville et le département, en la combinant avec les ressources matérielles des hospices et celles qu’il deviendrait nécessaire d’y ajouter.

Ce travail fut fait immédiatement; P Agglomération lyonnaise fut divisée en un certain nombre de sections

sanitaires, ayant chacune un poste médical desservi par seize médecins au moins , nominativement désignés , devant se succéder jour et nuit, deux par deux toutes les trois heures. Des pharmaciens furent attachés à chaque section, ainsi que des élèves en médecine, des infirmiers, des brancardiers, etc.

Nous mentionnâmes aussi divers locaux pour servir d’hospices temporaires, pour éviter l’encombrement si pernicieux des hôpitaux. Tout enfin fut préparé pour la prompte organisation de ce service, et, le cas échéant, sa prompte exécution. Nous n’avions pas oublié la haute direction qui devait tout conduire et de laquelle devait dépendre l’impulsion à donner, les mesures ultérieures à prendre, les travaux de statistique et autres dont elle restait chargée.

Ces préparatifs devenus heureusement inutiles restent cependant dans nos archives comme documents, sinon comme pouvant être utilisés dans des temps moins heureux.

Rapports (lu Conseil criijgicuc sc rattachant au chapitre (les épidémies, endémies, etc.

Nous faisons suivre ce qui vient d'être exposé sur les maladies épidémiques de quelques-uns des nombreux rapports du Conseil d’hvgiène qui s'y rattachent, ne pouvant les insérer tous. Nous ajouterons à la suite d’autres travaux qui intéressent la salubrité publique.

CONSEIL D’IIYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITÉ

De Tétât sanitaire de Condrieu.

A Monsieur le Conseiller d’État charge de V administration du département

du Rhône.

Vous m’avez fait l’honneur de m’adresser, le 3 courant, l’invitation de me transporter à Condrieu pour visiter celte localité, y constater les causes d’insalubrité de nature à entretenir l’épidémie régnante, et vous signaler les moyens de les faire disparaître.

Votre lettre, par erreur de personne, ne m’est parvenue que le 5, et comme les renseignements que j’avais pris m’avaient convaincu que cette mission pouvait présenter des difficultés de plus d’un genre, je me suis adjoint, pour la remplir d’une manière plus complète, MM. Darclel et Fraissc, membres du Conseil d’hygiène publique et. de salubrité. Nous nous sommes trouvés réunis lundi à Condrieu, et après avoir consacré plusieurs heures à une visite minutieuse de cette ville, quartier par quartier et rue par rue, et nous être entourés de tous les renseignements possibles, nous croyons être arrivés à une appréciation exacte de l’état sanitaire de cette localité. Celle étude nous conduit à formuler les assertions suivantes :

1° 11 n’existe dans la ville de Condrieu aucune cause d’insalubrité qui ait pu faire naître l espèce d’épidémie cholérique qui s'y est manifestée.

2° Tous les cas de choléra qu'on y a observés se sont présentés d'abord dans le quartier.de la Maladière, puis dans celui de Roferit et au Petit- Port, tous situés sur les bords du Rhône et assez éloignés de l’agglomération des maisons qui constituent la ville.

3° Dès que les premiers cas se sont déclarés, les précautions hygiéniques et les mesures sanitaires usitées ont été prescrites avec discernement par MM. Arribaud et Charrin, médecins, merveilleusement secondés par les autorités locales.

4° L’origine de la maladie, suivant la disposition des localités, les observations qui nous ont été communiquées et notre conviction personnelle, ne peut être attribuée qu’aux relations des habitants avec les bateaux mariniers et voyageurs venant du midi.

5° Au moment de notre visite, il n’y avait plus qu’un seul cholérique,

que nous nous sommes empressés d’aller voir ; malade de la veille, il était déjà convalescent. Depuis trois jours, aucun autre cas ne s’était présenté. Nous espérons que l’épidémie louche à satin; nous avons appris néanmoins que de l’autre côté du Itlmne, au hameau des Roches (Isère), quatre cas se sont déclarés depuis deux jours.

Mais s’il résulte de ce qui précède que la ville de Condrieu n’a été qu’accidentellement atteinte par le choléra, l’étude que nous avons faite de cette localité nous prescrit de vous signaler, comme pouvant l’entretenir, une cause constante d’insalubrité qui y existe depuis longues années, et qu'il est urgent de faire disparaître.

A l’ouest de la ville est un ruisseau d’eau courante qui va plus loin se perdre dans le Rhône, en fertilisant les plaines qu’il traverse sur son passage. Deux jours par semaine, les eaux de ce ruisseau sont détournées sur la ville par un canal à ciel ouvert, qui se divise après un court trajet en deux branches qui parcourent à droite et à gauche les diverses rues, et vont l’une et l’autre se perdre clans un fossé large et profond, de plus de cent mètres de longueur, reste évident de l’ancien fossé qui protégeait

la ville de ce côté.

Ici l’eau cesse d’être courante ; elle est recouverte de plantes aquatiques avec un fond vaseux d’une profondeur qui nous a paru considérable, et formé par les détritus végétaux et animaux résultant des eaux ménagères de la ville, des déjections provenant des habitations riveraines, des pommes de terre malades que l’on y jette.

Ce fossé ainsi encombié n’a qu’un déversoir tout à fait insuffisant, qui porte deux fois par semaine le trop plein de ses eaux dans les prairies environnantes, mais le fond reste toujours le même et l’eau y est toujours stagnante. L’on comprend dès lors que les émanations qui s’eu échappent sont un foyer constant d’infection qui, dans tous les temps, est une cause permanente d’insalubrité, et dans les circonstances actuelles, peut entretenir une épidémie.

Ce fossé n’a pas été curé depuis sept ans, et le fût-il toutes les années, cette opération ne pourrait être qu’un remède insuffisant, et doublerait, momentanément du moins, les dangers d’infection.

Nous pensons, Monsieur le Conseiller d’Etat, que cet étal de choses ne peut subsister plus longtemps. Nous n’avons pas à rechercher ici s’il convient de priver la ville d’un écoulement d’eaux qui, deux fois par semaine, peut servir utilement à nettoyer les rues, ou s’il faut combler le fossé et le convertir en un ruisseau d’eau courante. Ceci nous parait devoir être l’objet d’une élude particulière de M. l’Ingénieur du département, qui trouvera, sans doute, le moyen de concilier les intérêts particuliers et ceux de la ville, avec les exigences de la santé publique.

Pour remplir notre mission, nous concluons en vous demandant de faire disparaître ce cloaque infect, source d’émanations délétères, incessamment préjudiciables à la salubrité de la vifle de Condrieu.

Lyon, le 8 août 1854.

Signé; Rougier, rapporteur, Dardel et Fraisse.

CONSEIL D’HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITÉ

De Tétât sanitaire de Givors,

Rapport par MM. Dardel, Fraisse et Devay, rapporteur .

Monsieur le Sénaleur ayant reçu un avis du Maire de Givors, au sujet de divers cas de fièvres typhoïdes qui se sont manifestées dans le quartier du canal et que la population attribue aux exhalaisons provenant d’eaux stagnantes, vous a demandé de rechercher les causes des maladies dont il s’agit, et de proposer les mesures à prendre pour les faire cesser s’il y a lieu. M. le Vice -Président ayant délégué immédiatement une Commission composée de MM. Dardel, Fraisse et moi, cette Commission s’est rendue à Givors le 31 août et après une exploration attentive des localités, elle vient vous rendre compte du résultat de son enquête et des mesures d’intérêt public qu’elle croit devoir proposer.

La lettre de M. le Maire portait sur trois chefs: 1° Les maladies nombreuses entraînant des décès dépassant de beaucoup le chiffre normal ; 5° l’hygiène du quartier dit du Canal; 5° les biefs de décharge du dit canal et enfin un réservoir situé dans le jardin du sieur Brugnon aîné, réservoir auquel la population attribuerait une cause essentielle d’insalubrité.

Quant au premier chef, portant sur les maladies nombreuses, telles que les fièvres typhoïdes, putrides, inflammatoires, signalées dans le rapport du Maire, votre Commission a dû prendre des renseignements précis, soit auprès de médecins de la localité, soit auprès du Commissaire de police. Il résulte de ces témoignages, et particulièrement de ceux du docteur Petit, médecin très-répandu à Givors, que les décès, plus nombreux à la vérité à cette époque de l’année, sont loin d’ètrc dus aux affections susdésignées. Celte mortalité, signalée depuis quelques jours, doit être imputée à des alfec- . lü

lions diverses, comme les signalent les certificats de décès fournis par les médecins. La population effrayée peut voir là une affection unique, qu’elle a pris 1 habitude de redouter, mais l’homme de l'art ne peut reconnaître qu’une coïncidence. En un mot, jusqu’à présent, il n’y a rien dans ces décès qui révèle une épidémie. Mais d’une autre part, il est certain que c’est à cette époque de l’année, à la fin de l’été, au moment du chômage du canal que l’on voit les fièvres graves régner en plus grand nombre, et cela, on n’en saurait douter, tient à des causes générales d’insalubrité qui existent en permanence à Givors et se réveillent avec une plus grande intensité à certains temps de l’année. Cette ville, nous osons le dire, après une enquête approfondie, offre le spécimen de l’insalubrité résultant, moins de la position topographique que de l’incurie et de l’imprévoyance de ses habitants ainsi que de l’insuffisance de sa voirie. Nous allons examiner successivement les causes. Et d’abord examinons le quartier dit du Canal.

Ce quartier, conséquence du développement de la ville de Givors, fut entrepris, nous ne dirons pas sans la moindre notion de l’hygiène publique, mais comme si l’Administration d’alors eût voulu protester contre tout code de salubrité. Chacun choisit dans les terrains à bâtir l’emplacement qui lui plut; dans ces habitations nouvelles la distribution de l’air et de la jumière se fit aussi économiquement que possible ; dans presque aucune il n’y eut de fosses d’aisance. On a choisi depuis entre deux ou trois maisons un espace inutile où chacun porte chaque matin les résidus de la digestion. Plus lard, les rues ont été exhaussées afin de se prémunir contre les inondations du Rhône, et les cours des maisons se sont trouvées en contre-bas. Or les cours, l’aboutissant naiurcl des eaux ménagères, sont transformées pour la plupart en cloaques ; les eaux ménagères ou pluviales finissent par traverser le sol poreux des alluvions, mais les matières organiques demeurent à la surface et s’y pourrissent en dégageant des odeurs infectes. La pratique du balayage des cours, nous écrit le docteur Petit, est un fait inconnu à Givors ; bien des maisons prennent jour sur des ruelles borgnes sur le sol desquelles s’entassent des résidus de toute sorte sans aucune espèce d’écoulement. J’en ai visité une, ajoute le même médecin, où sur quinze à vingt mètres de longueur, les matières excrémcntitiellcs s’élevaient à deux pieds. Les fosses d’aisance, tant rares soientelles, ne subissent jamais de désinfection. On les vide de temps en temps quand la matière fermente et s’écoule en bouillonnant à droite et à gauche, et la manière de procéder est aussi primitive que possible ; on les vide lentement et il arrive que durant toute une semaine une rue demeure infectée parles exhalaisons des gaz sulfhydriques cl des sels ammoniacaux.

Si après cela quelque chose pouvait augmenter notre dégoût, ce serait la contemplation des quartiers du vieux Givors appelés Merderic si exprès-

sivcment ; c'cst un ramassis de maisons basses, sans lumière et sans air, séparées par des ruelles tortueuses où habitent des chiffonniers, des mendiants, des bohémiens ch des truands de notre siècle. Il est difficile, nous a déclaré le docteur Petit, de dire ce que ce quartier réunit de guenilles et de misères, d’immondices cachées et publiques, d’insalubrité et de fumier.

L’industrie de la boucherie, à Givors, nous paraît être une cause flagrante d’insalubrité. Cette ville qui compte dix à douze charcutiers, douze à quinze bouchers, ne possède point d’abattoir ; ces industriels pratiquent tous chez eux depuis l’assommement jusqu’à la dernière opération qui livre la viande aux consommateurs; l’oubli des soins de la santé est poussé si loin ici, nous écrit M. Petit, que les maréchaux saignent en plein air et à côté de leur boutique, tous les chevaux qui ont ou non besoin de celle opération. Le sang est épanché sur le sol, un cheval se range à côté du précédent et la marc de sang se renouvelle et s’élargit chaque matin.

Pour ce qui concerne le régime alimentaire, il serait à désirer que l’autorité fit exercer une surveillance plus active sur la vente du fruit et du lait. Les médecins du lieu signalent la falsification de cette dernière substance bromalologique comme une cause de maladie chez les enfants et chez les ouvriers.

Après cet exposé succinct de la situation hygiénique de la ville de Givors, vous devez comprendre combien devient minime la troisième question que nous avons à examiner, l’influence du réservoir du sieur Brugnon aîné, sur le développement des maladies régnantes. Les poissons vivant dans le réservoir qui est alimenté par les eaux du Rhône , il n’exerce donc aucune influence nuisible. Il n’en est pas de même des biefs de décharge du canal qui, le long de leur parcours, exhalent une odeur fétide parce qu’ils reçoivent les matières fécales. Mais ce sont là encore les causes générales et que nous avons signalées qui agissent ici. Nous avons donc l’honneur de vous proposer les conclusions suivantes :

1° Répondre à l’autorité que les fièvres typhoïdes qui ont régne pendant le mois d’août de la présente année ne dépassaient point le nombre de celles qu’on voit annuellement régner à pareille époque.

2° Que les exhalaisons du bassin et des biefs n’exercent qu’une minime influence, que le réservoir du sieur Brugnon n’a aucune influence nuisible.

3° Que les clauses permanentes d’insalubritc, tirées, soit de la disposition du sol, des habitations, du défaut absolu de surveillance de la part de la voirie, de la malpropreté individuelle et collective des habitants, réclament des mesures promptes et énergiques pour leur disparition ; que tant

qu'elles subsisteront, la ville de Givors pourra être justement considérée comme un foyer propice à divers genres d’épidémies (1).

4° Que parmi les mesures à prendre immédiatement nous rangeons au premier rang : 1° L’établissement de fosses d’aisance dans chaque habitation et de plusieurs latrines dans les grands ateliers et les verreries qui en sont dépourvues ; en un mot, soumettre à la voirie les systèmes de vidange ;

2° L’exhaussement des cours et des ruelles ;

3° La création d’égouts et de pentes dans les rues ;

4° La création d’un abattoir commun à toute espèce de boucherie ;

5° Une surveillance plus active sur les denrées alimentaires ;

6° Couvrir les biefs de décharge qui traversent les ruelles , afin de neutraliser les mauvaises odeurs ;

7° Appeler fortement l’attention deM. le Sénateur sur la situation hygiénique de Givors, où tout est à créer par rapport à la salubrité.

Lyon, le 15 septembre 1S55.

Signé: D evay, rapporteur, Fiuisse et Daudel.

Le Conseil adopte unanimement les conclusions de ce rapport et le recommande d’une manière toute spéciale à l’attention et à la sollicitude de M. le Sénateur, administrateur du département.

Séance du 4 octobre 1835.

Le Secrétaire, Le Vice-Président,

Signé : Glénakd. Signé : Roügier.

(1) Depuis notre visite, nous apprenons que quelques cas de choléra se sont manifestés; il y eut, l'année dernière, 4 ou o cas de choléra dan1* les maisons les plus voisines du canal

CONSEIL D’HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITÉ

Rapport d’urgence

sur diverses causes d'insalubrité inhérentes i\ un quartier.

A Monsieur le Conseiller A' Etat chargé de V administration du département

du Rhône.

Monsieur le Conseiller d’Elat,

Vous m’avez fait l’honneur de m’adresser, le 23 courant, une plainte, provenant des habitants de la montée du Gourgillon et relative à diverses causes d’insalubrité inhérentes à ce quartier.

A celte plainte est annexé un rapport de M. le Commissaire de police de la Métropole. Je me suis rendu sur les lieux, accompagné de ce fonctionnaire, pour examiner en détail tout ce qui avait pu motiver les réclamations qui vous ont été adressées, et j’ai trouvé qu’en ce qui concerne les étables à moutons, les cloaques, les amas d’immondices, des ordres avaient déjà été donnés pour modifier cet état de chose.

Mais je crois devoir appeler votre attention 1° sur un atelier de mégisserie existant dans la montée de Bondy et qui, bien que peu considérable, répand par moment une odeur infecte. L’industriel qui l’exploite n’élant muni d’aucune autorisation, j’ai cru devoir le prévenir de se mettre en règle à ce sujet, mais je ne pense pas que, provisoirement, il y ait lieu de fermer cct atelier. Pans le moment de ma visite il était en pleine activité, et l’odeur qui s’en échappait ne pouvait se répandre au loin ; le local d’ailleurs est bien aéré.

2° Mais ce qui excite des plaintes légitimes, c’est une masure dépendant du couvent des sœurs Sainte-Elisabeth, habitée par plusieurs ménages, et dont les latrines ont pour aboutissant, une espèce de souterrain à murs très épais et dont le sol est au niveau de la montée du Gourguillon.

Ce réceptacle n’a pour ouverture qu’une porte donnant sur cette montée et qui ne s’ouvre que lorsqu’on veut le curer. Il en résulte une odeur infecte qui dans tous les temps se répand dans le voisinage. J’ai donc dû prescrire à Madame la Supérieure du couvent de faire établir immédiatement une

gaine d'appel partant de la voûte de ce sac et devant s’élever au dessus de la maison qu’il dessert et- de plus de fermer par un double briquetage la porte ouvrant sur la montée du Gourguillon. Ce briquetage sera démoli chaque année pour le curage de la fosse et rétabli immédiatement.

Ces prescriptions ont été accueillies avec empressement et dès demain les ouvriers se mettront à l’œuvre.

Veuillez agréer, Monsieur le Conseiller d’Etat,

l’expression de mon profond respect.

Signé : Rougieu.

Vice-Président du Conseil d’hygiène publique et de salubrité.

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