‹ Hygiène de LyonChapitre 32 sur 62 · HYDROPHOBIE · texte numérisé non relu

HYDROPHOBIE

Chaque année quelques cas isoles cThydrophobie se sont montrés dans le département; nous ne pensons pas qu’il soit utile de les relater tous ici, nous nous bornons à insérer le rapport auquel ils ont donné lieu , et qui remonte à l’année 1852 , les autres ne présentant aucun intérêt particulier.

CONSEIL D’HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITÉ

Rapport sur «leux cas «riiydroplioliie observés à B. von eu 185%.

Les deux faits qui suivent et qui sont les seuls qui soient parvenus à notre connaissance, peuvent entrer comme documents dans la série des questions sur ce point , adressées par M. le Préfet, dans sa lettre en date du 5 juin dernier. Nous allons les exposer d’une manière sommaire. Le premier, qui a été observé à lTIôlcl-Dieu, offre les caractères de la rage communiquée; le second observe, en ville , chez un étudiant en médecine, est ce que nous pouvons appeler hydrophobie déterminée par la peur. Mais quoique celte

dernière obscrvalion, par sa cause, ne rentre point directement dans la catégorie des faits dont nous avions à rendre compte , nous n'avons pas cependant hésité à l’y annexer. Les précédents du malade , la nature des symptômes observés, et surtout les conséquences qu'on peut en tirer par rapport à l’hygiène publique , nous ont paru rendre ce fait digne d’être exposé aux yeux de l’autorité.

Premier fait. — Rage communiquée. — Mort.

Une jeune fdle âgée de 23 ans, domestique chez M. A., à Neuville (Rhône), est dirigée sur l’Hôtel— Dieu , parM. le docteur Roux, de Neuville, qui a constate chez elle les premiers signes de l’hydrophobie. Elle enlre le 9 mars, et est couchée au n° 14 de la salle de Saint-Roch. On constate, dès son entrée , l’état suivant : Grande excitation oculaire ; propos désordonnés ; l’impression des rayons lumineux commençant à fatiguer la malade; le pouls est fréquent ; la peau chaude. Le lendemain, 10 , on essaie de lui faire prendre un bain , mais on y parvient avec beaucoup de difficultés; une fois introduite, elle y reste volontiers. Elle refuse, avec obstination, de prendre des boissons, et rejette le liquide que l’interne du service introduit forcément dans sa bouche. Dans la soirée , elle est saisie de violentes convulsions ; elle se lève sur son séant et présente des symptômes nerveux effrayants. Deux ou trois minutes après elle devient calme.

Les deux derniers jours , les convulsions sont plus fréquentes ; la sputation s’établit , une bave sanguinolente découle sur les joues de la malade. Sa face devient cyanosée; elle entre en fureur dès qu’on lui présente à boire ; elle crache sur les personnes et cherche à les mordre dès qu’on l’approche ; elle succombe, le 12, au milieu d’une convulsion.

La veille de sa mort, la malade avait avoué à M. Berne, interne du service, qui nous a transmis les détails de cette observation, qu’elle avait cté mordue par un tout petit chien qu’elle caressait à ce moment ; le ebien est devenu enragé; les symptômes ont été reconnus par un vétérinaire de l’endroit. La morsure siégeait au mollet gauche ; à l’époque de la mort aucune trace n’en a pu être constatée. Le traitement mis en usage n’a consisté que dans l’administration des subs'.ances anti-spasmodiques et l’emploi des grands bains. Les accidents seraient survenus quarante-cinq jours après la morsure.

Deuxième fait. — Symptômes hydrophobiques occasionnés par la frayeur. —

Guérison.

Nous avons dit plus haut que cette observation pouvait se rattacher par les précédents du malade à la rage communiquée. Les accidents rabiformes

se sont manifestes à la suite de circonstances particulières, et n’ont point éclaté, comme cela s’est vu quelquefois, chez un sujet qui n’avait eu aucune relation avec des animaux atteints de la maladie. Ici , c’est un jeune homme qui, après avoir été en contact avec un de ses semblables mort hydrophobe, se voit atteint d’une affection identique, 37 jours après la mort de celui-ci. M. Lernier, âgé de 23 ans, d’un tempérament lymphaticonerveux très-impressionnable, avait donné des soins très-assidus à l’infortuné docteur Vanel, mort à Livrord, dans le courant de l’année. Il n’csl aucun de nous qui n’ait lu avec saisissement la relation des souffrances éprouvées par ce jeune médecin. Pendant les trois jours de l’agonie, M. Lernier ne le quitta pas d’un instant ; il lui prodigua non-seulement les secours de l’art, mais encore ceux de l’amitié. Plusieurs fois il l’embrassa même , et cette dernière circonstance ne contribua pas peu , plus tard , à jeter la consternation dans son esprit. Il pensa que la bave sanguinolanie, rendue par M. Vanel , avait été inoculée au moyen d’une excoriation qu’il avait alors aux gencives. Peu de jours après la mort du docteur Vanel, qui avait lieu le 1 I avril, M. Lernier arriva à Lyon, cl se livra à ses études médicales. Jusqu’au 18 mai, il n’éprouva pas de dérangement notable dans l’état de sa santé, il avait cependant quelques insomnies, pendant lesquelles les scènes émouvantes auxquelles il avait assisté se représentaient. Le 18, étant à table, il éprouve des hallucinations; il croit voir un rat et des objets étranges ; il est pris de disphagie. Bientôt il fait part de ses craintes à ceux qui l’entourent; il est, dit-il, arrivé au trente-septième jour écoulé depuis la mort du docteur Vanel , et il n’en a plus que trois à souffrir. A sept heures du soir, nous sommes appelé auprès de lui, et nous le trouvons dans l’état suivant: il est roulé dans son lit et dans une agitation considérable; les yeux sont hagards ; il ne peut supporter la vue de la surface polie d’un meuble qui se trouve en face. Lorsqu’on ouvre la porte de sa chambre, l'impression de l’air augmente son agitation. Il porte sans cesse la main à la partie antérieure du col, où il dit ressentir de violentes douleurs, ainsi qu’à la région précordiale. Les souffrances, dit-il, sont au comble. Nous mettons en usage le musc et la valériane en boissons et en lavements, ainsi que les sinapismes. La nuit du 19 est très-agitée; un de ses anciens condisciples qui le veille, M. le docteur Gallois, nous apprend qu’il a eu de fortes crises, qu’il s’est roulé à terre et qu’on a eu beaucoup de peine à le contenir. Une saignée du bras de 500 grammes est pratiquée , elle amène un peu de sédation ; dans la journée du 20 , on observe les memes symptômes que ceux de la veille , mais les crises sont plus espacées ; le malade crache continuellement et éprouve toujours une grande répugnance pour avaler les liquides. Bains prolongés. La nuit du 20 au 21 est plus calme. Les grands bains , ainsi que les lavements musqués sont continués.

Le 21, on parvient à faire prendre à M. Lernier quelques boissons; mai immédiatement après il accuse une violente* douleur à la gorge. A partir de ce jour, on n’observe plus de convulsions, mais seulement des spasmes. Le 28, M. Lernier entrait en convalescence.

On voit dans celle observation un complet ensemble des symptômes propres à l'hydrophobic. Si ce malade eut été mordu par un an:mul et que la terminaison de 1’alïcclion eût été la môme, nul doute qu’on ne fût en droit d’enregistrer un cas rare de guérison de la rage confirmée. Mais ici, y a-t-il eu véritablement rage communiquée d’homme à homme ? Il est permis d’en douter. Il est plus probable que M. Lernier a été en proie à une affection nerveuse de forme hydrophobique imitative, déterminée par l’épouvantable accident dont il avait été le témoin. Quoi qu’il en soit, ce fait se liant sous le rapport étiologique à celui cpii précède, doit entrer en balance pour réitérer de nouveau, vis-à-vis de l’autorité, la demande des mesures préventives contre une maladie si redoutable. Ces faits peuvent être présentés par le Conseil comme pièces à l’appui des considérations qu’il a déjà formulées.

Lyon , le 23 décembre 1852.

Le Rapporteur ,

Signé : Devait.

Page 1