TRAVAIL STATISTIQUE
Relativement an goître endémique flans le département du Rhône.
Une circulaire de M. le Ministre de l’Agriculture et du Commerce, en date du 17 septembre 1851, demandant à chaque Préfet de lui transmettre un état statistique relativement au nombre de goitreux existant dans son département, afin de coopérer à un travail d’ensemble sur cette importante question, le Conseil d’hygiène de l’arrondissement de Lyon , qui fut chargé de le rédiger pour le département du Rhône, confia ce travail à l’un de ses membres, M. le docteur Devay, qui lui en rendit compte dans le rapport qui suit :
CONSEIL D’IIYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITÉ
Messieurs ,
Depuis plusieurs mois que cette question nous a été soumise , nous attendions de nouveaux documents afin de pouvoir présenter un travail
d'ensemble ; mais nos espérances , ainsi que celles de l’Administration, ont clé déçues. Les documents fournis par les médecins sont parvenus successivement et avec lenteur , et de nombreuses lacunes se présentent pour l’arrondissement de Lyon surtout. Pour cette partie du département , l’Administration vous a fourni seulement huit réponses de médecins interrogés sur la question du goitre ; parmi ceux-ci, cinq ont répondu négativement , c’est-à-dire n’ont point constaté le goitre endémique dans leurs communes ou leurs cantons. C’est en ce sens que M. le docteur Charrin a répondu pour le canton de Condrieu, M. le docteur Munaret, pour celui de Brignais. M. Sautemouebe n’a point non plus constaté son existence dans les communes de Saint-Symphorien-sous-Coisc ; M. Finaz, dcMarcy et de Yaugneray, après avoir posé en thèse générale que le goitre n’est pas endémique dans le canton , remarque que les communes situées au pied d’une petite chaîne de montagnes qui s’étendent du nord au midi, celles de Pollionay, de Yaugneray, de Messimy, d’Izeron, de Thurin, par exemple, semblent présenter plus de goitreux que les communes situées dans la plaine. M. Finaz n’a d’ailleurs fourni aucun tableau. M. Roux, de Fontaine, écrit qu’il a pu se convaincre d’une manière certaine qu’il n’existe aucune commune dans le canton de Neuville, sur le territoire de laquelle on observe le goitre endémique.
Pour le canton de l’Arbresle , les renseignements fournis par M. le docteur Sainclair , commencent à être affirmatifs concernant l’endémilé du goitre. Sur les dix-sept villages dont se compose le canton de l’Arbresle, quatre contiennent des habitants affectés de goitre endémique ; ces quatre villages sont les suivants : Sourcicux , Saint-Pierrc-la-Palud, Bibost, Bcssenay. Dans les communes de Sourcicux et de Bibost , on peut évaluer à un trentième la proportion des goitreux ; dans les deux autres, elle serait d’un quarantième. Les villages sont situés à une certaine hauteur dans les vallées transversales du bassin de la Provenue , qui court du sud au nord ; du reste , nul tableau.
D’après le docteur Billiotet, de Saint-Laurenl-de-Chamousset , qui y pratique la médecine depuis quarante-trois ans , le canton offrirait un assez riche contingent de goitreux ; le vingtième de la population serait atteint. On observerait un plus giand nombre de cas dans les communes de Chambosl cl de Haute -Rivoire. Sur 1 ,630 jeunes gens qui ont passé sous les yeux du Conseil de révision , 96 ont été exemptés du service militaire pour être atteints du goitre. Sur les 96 cas, 18 se répartiraient sur la commune de Chambost , et 15 sur celle de llautc-Ri voire. M. Billiotet n alloue pour la production du goitre , dans son canton , que des causes hygiéniques de nature débilitante, telles qu’un mauvais régime, etc.
Pour le canton de Mornnnt, M. le docteur Monnin a fourni quelques
renseignements et un tableau qui signale 50 cas de goilre pour le canton, et répartis 30 pour la commune de Ronlalon et 20 pour celle de Chaussan. Les habitants séjournent dans des vallées étroites , peu aérées , brûlantes en été , froides et humides l’hiver , le printemps et l’automne. La maladie est plus commune chez les femmes et les jeunes fdlcs.
Tels sont les éléments incomplets qui nous ont été transmis pour l’arrondissement de Lyon. Le canton de Lyon même, celui de Givors, de Limonest , etc. , n’y figurent point. Sous ce rapport, de nouvelles recherches doivent être entreprises pour l’avenir.
Pour ce qui concerne l’arrondissement de Villefranche , les documents sont un peu plus complets, grâce au tableau dressé par M. le Sous-Préfet, qui désigne toutes les communes do l'arrondissement. Le total des goitreux s’élève à 1,329. Les communes qui en présentent le plus grand nombre sont celles de Grandris , dont le chiffre s’élève à 225 ; puis celle d’Amplepuis , 190, celle de Thizy , 108.; après elles viennent celles de Cours , 80 ; de Saint-Forgcux, 47 ; de Cubiisc, 45. La commune de Vaux, à côté de Villefranche, présente un chiffre de 130 goitreux (voirie tableau annexé), mais en comparant certains chiffres marqués sur le tableau avec ceux fournis par les médecins, en petit nombre, qui ont adressé des documents, nous constatons des différences notables et qui , seules pourraient infirmer les résultats d’une statistique générale des goitreux du département, si on était tenu de la faire avec de pareils éléments. Ceci est particulièrement choquant pour les communes du canton du Bois-d’Oingt , le médecin signale 345 goitreux, et le tableau de la sous-préfecture 24 seulement; il est, à cet égard , besoin d’un contrôle. Mais, lorsque nous voyons le soin que le médecin du canton a pris de mettre en regard de la population énumérée le nombre des goitreux qui y vivent , nous penchons pour admettre que c’est celui-ci qui se rapproche le plus de la vérité. Pour le canton de Belleville, ce tableau signale 12 cas seulement, et le médecin en signale 52. Pour le canton de Beaujeu une énorme disproportion se remarque dans les chiffres exposés par l’Administration et les médecins. Si, maintenant, en dehors de la statistique des goitreux, nous voulons tirer profit des documents pour élucider la question étiologique du goitre, nous ne rencontrons que des notions très-vagues et peu en rapport avec les progrès que la science a faits dans les derniers temps sous ce rapport. Tous les praticiens sont unanimes à signaler le défaut de ventilation des vallées étroites comme cause du goitre. Mais ce n’est qu’un point borné de l’étiologie ; ce sont des causes secondaires. La science actuelle est arrivée à reconnaître que ces endémies essentiellement de causes locales, tout à fait spéciales dans leur nature , tiennent à des causes extérieures en quelque sorte spécifiques. Il eut donc été nécessaire d’étudier au point de vue du département la géo-
logic de cantons et communes atteintes du goitre , l’air qu’y repirent les habitants et les eaux qu’ils y boivent.
Nous prions, en conséquence, le Conseil de répondre à M. le Préfet:
1° Que les documents fournis quant à présent sont trop incomplets cl trop incohérents pour fournir les bases d’une statistique exacte des goitreux pour le département du Rhône.
2° Que pour y procéder efficacement il est nécessaire de reprendre de nouveau ce travail et de nommer une Commission d’enquête.
3° Que cependant quelques détails fournis par certains praticiens pourront être utilisés dans le travail actuel.
Le Conseil approuve les conclusions de ce rapport.
Séance du 16 février 1854.
Le Secrétaire,' Le Vice-Président,
Signé : Glénard. Signé : Rougier.
Mornant. Lyon. Limonest. Givors. Condrieu. L’Arbresle. I CANTON I)E