‹ Hygiène de LyonChapitre 36 sur 62 · CONSEIL DE SALUBRITÉ DU DÉPARTEMENT DU RHONE · texte numérisé non relu

CONSEIL DE SALUBRITÉ DU DÉPARTEMENT DU RHONE

Du mal des bassines, affection particulière aux. femmes qui filent les cocons,

Par M. le docteur Potton. ( Rapport de M. Devay).

Messieurs,

M. le docteur Potton, ancien membre de ce Conseil, vous a adressé un mémoire sous le titre de Recherches on observations sur le mal des vers ou mal de bassine , qui attaque exclusivement les (\ lieuses de cocons de vers à soie. Vous m’avez chargé de rendre comple de ce travail, qui présente un grand caractère de nouveauté. 11 s’agit en effet d’une maladie nouvellement observée et pour la première fois décrite; les recherches auxquelles l’auteur s’est livré lui ont en effet démontré qu’aucune description de celte maladie spéciale n’avait été faite. Cette affection qui est plus commune dans les grandes filatures entretenues pour les cocons anciens que dans celles où l’on n’utilise que les cocons de l’année, atteint toujours l'ouvrière qui travaille régulièrement toute la journée. Celle-ci voit constamment, au bout d'une semaine environ, de deux au plus, se produire sur les mains, et de préférence sur la main droite, la maladie non pas très-grave, mais souvent très-douloureuse, qui a reçu le nom de mal de bassine. Une démangeaison n’ayant d’abord rien de pénible se fait sentir, une teinte érythémateuse l’accompagne, bientôt la rougeur devient plus forte; il y a douleur cuisante, la peau se couvre de marbrures, de plaques brunâtres,

l'épiderme se soulève, on voit surgir d’abord une éruption minime, puis de petites vésicules qui s’accroissent, se remplissent d’un liquide clair et transparent, qui se trouble ensuite; s’épaissit et devient visqueux. Les vésicules siègent dans l’intervalle des doigts, entre la première et la deuxième phalange, quelquefois meme sur le dos et dans les plis de la main. Le mal, sans s’en tenir, comme l’a observé le docteur Potion, à celte première période, passe à une seconde. Dans ce cas, les vésicules subissent une véritable transformation, ou bien, dans l’intervalle entre les boutons vésiculo-pustulcux, dès l’origine, de véritables pustules se montrent. Elles offrent d’habitude la dimension des boutons de vaccine. Si aucune cause ne vient troubler l’éruption dans sa marebe naturelle, elle arrive à son apogée du cinquième au sixième jour de sa naissance. Lorsque l’évolution est arrivée à terme, avant même que le pus soit évacué ou desséché, toutes les souffrances cessent, les fileuses, dès ce moment , s’exposent aux causes premières déterminantes , bien que le derme soit à nu, les surfaces ulcérées, les douleurs ont complètement cessé. Du huitième au dixième jour, l’érosion de la peau donne issue au pus sous-jacent. Telle est la marche la plus fréquente, tels sont les symptômes principaux du mal de bassine, qui, comme on le voit, est caractérisé par trois états différents. — D’après M. Polton, et cette assertion nous paraît avoir le cachet de vérité, celle maladie particulière aux fileuses a quelque chose de spécial, et même de spécifique. Un de ses traits les plus dignes de remarque est le suivant : sauf quelques exceptions qui se rencontrent, lorsqu’une ouvrière a été atteinte, elle peut en quelque sorte espérer d’exercer sa profession sans avoir ultérieurement à redouter, sinon la maladie, du moins ses accidents les plus graves. Il est presque permis de dire qu’il y a pour elle une sorte de vaccination. Celte observation est de la plus haute importance, en rattachant la nature de celte affection nouvelle à une cause spécifique. Ce qui le prouve en effet, c’est moins la constance et la régularité des phénomènes morbides , que l’innocuité signalée chez les ouvrières qui ont subi le complet développement de l’affection. Cette innocuité attachée au mal de vers établit certains rapports entre lui et quelques maladies contagieuses qui n’infectent pas toute l’économie, et qui par conséquent ne sont pas virulentes : telles que la gale, la teigne et la blennorrhagie. En effet, il est d’observation que les individus une fois atteints à un haut degré d’une de ces maladies sont peu susceptibles après leur guérison d’en éprouver de nouveau les plus fâcheux effets.

M. Potton a soin, dans son mémoire, de constater les autres différences qui distinguent le mal des affections propres au système dermoïde, chez les ouvriers exerçant des professions qui déterminent une excitation per-

mancntc de la peau. L’éruption siégeant sur les mains des fouleurs, des boulangers, des laveuses, tendent à la chronicité, tandis que l’affection dont il est question est toujours aigue, rapide, et l’étiologie de cette affection est nettement tracée : c’est dans les émanations qui s’échappent à l’instant de la filature des cocons anciens, et produites par une décomposition que le temps a fait subir progressivement au corps de l’animal, après l’étouffage, qu’il faut placer l’origine du mal de bassine. Le travail des cocons doubles, qui ne se dévident pas avec la meme facilité que les cocons simples, qui exige une sorte de pression de détritus putrides par le moyen des doigts, peut mettre le virus en contact avec les porcs et opérer l’inoculation. De là il n’existe qu’une transition pour la détermination des procédés d’étouffage qui préviendraient celte affection ; ces procédés consisteraient à dessécher en entier l’animal.

Après quelques détails sur la question économique, qui ressort de ce travail, M. Potton termine par quelques considérations sur le traitement. Les moyens qui soulagent les douleurs que cause la maladie de bassine et peuvent exécuter la cure définitive sont les astringents et les toniques. Celte monographie méthodique et complète offre le plus grand intérêt et mérite une distinction toute particulière. On peut dire, en effet, que M. le docteur Potton a signalé à l’attention une maladie nouvelle, a agrandi le champ de la pathologie. C’est, dans l’acception du mot, une découverte. Il vaut mieux, sans doute, dans l’intérêt de l’humanité, trouver contre la maladie un remède efficace ; mais il est louable aussi de faire ressortir en évidence une ■ individualité morbide, dont les caractères de l’existence même auraient échappé à l’observateur, de démasquer un nouvel ennemi contre lequel on n’était point en garde. Le travail de M. Potton restera dans la science, et nous avons l’honneur de proposer au Conseil de le signaler avec éloge dans son compte-rendu, et de l’insérer, sinon intégralement, du moins par des extraits très-étendus.

Lyon, le 12 avril 1852.

F. Devay, rapporteur.

Le Conseil approuve ce rapport :

Le Secrétaire : A. Gléinard. Le Président : IIoigier.

Page 1