CONSÉQUENCES
de la régénération (le la ville (le Lyon sur la sauté publique et sur la constitution physique (le sa population.
Ces conséquences sont faciles à déduire, et comme elles sont déjà indiquées cà et là dans les divers chapipitres de ce travail, nous n’aurons qu’à en présenter un rapide résumé.
L’homme, disent les moralistes, est l’artisan de sa destinée. Cette maxime peut être vraie au point de vue moral, et nous n’avons point la pensée de discuter cette question , mais il n’en est pas de même au point de vue physique. Ce serait dire qu’il dépend de lui d’éviter la maladie, comme s’il était en son pouvoir d’en éloigner toutes les causes. Sans doute qu’une vie régulière, des passions sagement ménagées ou contenues, la pondération exacte du physique et du moral, l’équilibre des fonctions sont les premiers éléments de l’entretien et de la conservation de la santé. Il est au pouvoir de l’homme
de ne transgresser aucune des loix qui régissent ce parfait accord ; mais en dehors de l'exercice de sa volonté, combien de causes dépendant de l’air, des eaux et des lieux ne peuvent-elles pas troubler celle heureuse harmonie? Que sera-ce donc si l’on ajoute à ces causes si multipliées l’oubli ou la non observation de toutes les règles de l’hygiène publique ou domestique ? C’était là cependant la triste condition où se trouvait la population de notre cité, longtemps même après le commencement du siècle ainsi que nous l’avons exposé. Tout a changé depuis et nous arrivons à une partie bien plus consolante de notre lâche. Nous avons à démontrer à présent que les immenses améliorations matérielles dont notre ville a été dotée, ont déjà et auront progressivement pour effet, de réagir d’une manière de jour en jour plus favorable sur la santé publique et sur la constitution physique de ses habitants. Si le citoyen s’enorgueillit, au point de vue graphique et architectural, de la métamorphose qu’il a vu s’accomplir, l’hygiéniste applaudit bien plus encore aux heureux résultats qu’il s’en promet pour le bienêtre de tous.
L’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les aliments dont nous faisons usage, les conditions dans lesquelles se trouvent nos habitations pour la lumière, l’aération, la propreté, exercent en détail et par leur ensemble une action lente mais progressive sur notre organisation, soit en bien soit en mal. Cette action qui sc continue à tous les instants du jour et de la nuit pendant la durée de la vie entière, imprime, à la longue, un cachet particulier au corps humain et lui constitue une idiosyncrasie toute spéciale qui se transmet de génération en génération, avec des effets d’autant plus marqués
qu’elle date de plus loin; l’organisme devient ainsi l’expression du milieu dans lequel il s’est développé. Si les conditions ont été mauvaises, et que l’on parvienne à les modifier et à les rendre meilleures, les maux que le temps avait amenés, le temps aussi les répare, la population qui se courbait sous des causes permanentes d’insalubrité, reprend une vie nouvelle lorsqu’elles disparaissent, et la génération qui lui succède oublie bientôt les maux qui affligeaient ses pères.
Voilà où nous en sommes aujourd’hui à Lyon, une ère nouvelle de mieux-être s’est ouverte pour toutes les classes de la population. On a restitué partout l’air et la lumière; ou a fait disparaître d’immondes cloaques qui infectaient d’immondes quartiers ; ces quartiers euxmêmes se sont transformés et se couvrent tous les jours d’habitations salubres et bien distribuées; une eau abon. dante circule partout pour les besoins de la voirie, des ménages et de l’industrie. Une boue tenace et fétide ne déshonore plus nos rues et nos places devenues larges et spacieuses. Les pavés plats, les trottoirs de bitume rendent la viabilité agréable et facile; la circulation de l’air plus active dissipe plus promptement les brouillards d’automne, et en tous temps les émanations délétères des différentes industries qui d’ailleurs, pour la plupart de celles qui pourraient compromettre la santé publique, sont reléguées aux extrêmes limites de l’agglomération urbaine et assujéties à observer toutes les conditions prescrites par la science pour en neutraliser les pernicieux effets.
La ville est devenue habitable pour tous et recherchée même par la classe aisée par les beaux développements qu’elle a pris. Cette classe d’ailleurs pouvait se soustrai-
re à l’ancienne insalubrité par les précautions hygiéniques, les distractions, les voyages, les eaux thermales pendant l’été, le séjour sous une zone plus tempérée pendant l’hiver. Mai» la classe industrielle rivée au sol et qui souffrait le plus des conditions nuisibles au milieu desquelles elle vivait est aussi celle qui a le plus profité des améliorations que notre ville a dues à l’édilité lyonnaise.
Si nous prenons pour type les ouvriers en soie, puisque c’est l’industrie qui occupe le plus de bras dans notre ville, nous rappellerons brièvement les déplorables conditions hygiéniques dans lesquelles ils se sont trouvés si longtemps, et tout ce que nous disons d’eux pourra s’appliquer également aux autres industries . Leurs ateliers remplissaient tous les étages des vieilles maisons qui constituent les quartiersde Saint-Georges, Saint-Paul, Saint-Just, de la Grand’Côte, et en général des rues les plus étroites et les plus populeuses de la cité. Ces ateliers remplis de métiers qui occupaient chacun de deux à trois ouvriers, vu la complication des procédés de cette fabrique, qui se sont si grandement modifiés depuis, n’étaient qifmcomplètement éclairés, pendant le joui1, par des châssis garnis de papier huilé qui remplaçait les vitres ; le soir, par des lampes fumeuses qui ajoutaient encore à l’insalubrité de l’air que l’on y respirait. Le plus souvent l’atelier constituait tout le domicile, un poêle l’échauffait qui servait aussi pour la cuisine. Le maître couchait dans une alcôve, les ouvriers s’abritaient pendant la nuit, accumulés sur des soupentes basses. Tous les étages de toutes les maisons du même quartier offraient la même disposition. C’était une vaste fourmilière d’une population, au teint pâle, aux membres grêles, â la taille petite, souvent déformée, population qui avait son allure parti-
cnlière, son langage à elle et ses maladies qui lui étaient propres.
Si à toutes ces conditions locales , inhérentes aux domiciles, à l’accumulation des individus, à leur genre de travail qui commençait avec le jour pour se continuer souvent bien avant dans la nuit, nous joignons les conditions générales d’insalubrité où se trouvait la ville tout entière et que nous avons déjà surabondamment énoncées, il est facile d’en déduire à quelles maladies devait être soumise une population semblable. Nous ne voulons plus parler ici du catarrhe pulmonaire et des rhumatismes endémiques dans la ville, ni des fièvres de mauvaise nature si fréquentes alors dans l’agglomération lyonnaise. Mais toutes les maladies lymphatiques, toutes les cachexies qui tiennent à l’appauvrissement du sang, et l’énumération en serait longue, depuis le rachitisme jusqu’à la phthisie, depuis la chloro-anémie jusqu’aux scrofules, décimaient la population ouvrière et en abâtardissaient de jour en jour la race ; faut-il s’étonner si elle fournissait de si larges hécatombes aux épidémies meurtrières qui désolèrent si fréquemment notre ville et à la peste qui y venait presque à chaque siècle ? Tous les historiens sont remplis du tableau lugubre des ravages qu’elle y exerçait et pour les étudier il n’est pas nécessaire de remonter jusqu’au moyen-âge; on les retrouve au XVIe et au XVIIe siècle, sous Louis XIII et sous Louis XIV; l’affreuse peste de 1628 a laissé de sinistres souvenirs présents à toutes les mémoires et la limite où elle s’arrêta est encore tracée aujourd’hui sur une des maisons du haut de la Grand’Côte par ces mots : Dei gratiâ, non ultra pestis.
Que voyons-nous à présent ? Nous cherchons en vain
quelques traits du sombre tableau que nous venons d’esquisser. A peine en retrouverions-nous encore des vestiges qui seront bientôt effacés dans quelques rues oubliées de la ville. Le XIXe siècle s’est ouvert et avec lui commence, dès ses premières années, la régénération de la ville. Le large plateau de la Croix-Rousse se couvre de maisons, de nombreuses rues s’ouvrent de tous côtés, une nouvelle ville s’édifie, la spéculation et ses oeuvres ne s’arrêtent pas là ; tout l’espace compris entre la Grand- Côte et la côte St-Sébastien, limité du côté de la ville par la rue Vieille-Monnaie et sur le haut de la montagne par la place des Bernardines, tout ce vaste terrain, auparavant en culture, se sillonne à son tour de rues nouvelles; de hautes constructions de cinq à six étages les bordent et cet amas prodigieux de maisons bâties dans quelques années se peuple d’ouvriers appartenant, pour la plupart, à la fabrique d’étoffes desoie. Il semble qu’une fourmilière humaine ait abandonné ses vieux quartiers pour chercher l’air et la lumière. Ces vieux quartiers à leur tour subissent leur métamorphose; leurs logements se modifient, s’agrandissent et s’assainissent pour se mettre en rapport avec les conditions meilleures qu’offrent les nouvelles constructions et les nouveaux ateliers accessibles partout à l’air et à la lumière. Là, les vastes cours favorisent la ventilation, au lieu d’escaliers sombres et à colimaçon les étages sont desservis par des rampes à marches larges et carrées, bien éclairées et offrant à leur repos des lieux d’aisance souvent doubles, qui placés en dehors des logements ne les infectent plus de leurs émanations délétères. Dans chaque domicile, le maître a sa chambre particulière, l’ouvrier sa soupente, les travaux domestiques leur cuisine isolée de
l’atelier. Dès lors, et cela se comprend, tout a changé progressivement avec de nouvelles conditions physiques: l’état sanitaire, les habitudes individuelles, disons-le aussi les aspirations intellectuelles et morales. Du moment que l’ouvrier s’est trouvé bien chez lui il s’est attaché à son domicile; la propreté, cette demi vertu, devient chez lui et autour de lui un besoin ; il améliore de jour en jour sa position, il se plaît à la vie de famille et y trouve un bonheur inconnu pour lui jusque là! 11 n’a plus besoin d’aller demander au dehors des distractions dans les lieux où il ne trouverait que de mauvais exemples et. où il dissiperait ses modestes économies qu’il a du plaisir à accumuler à la caisse d’Epargne, pour les nécessités des mauvais jours. Le soir, à la fin de sa journée de travail, comme dans les jours consacrés au repos, il se délasse en parcourant les quais, les rues splendides de la ville embellie et les diverses promenades qui la décorent. Plus sain de corps, affranchi de toutes les causes qui le débilitaient, le travail lui devient plus facile, car il ne faut pas l’oublier, les causes premières du paupérisme sont les maladies engendrées par l’insalubrité des habitations qui énervent les forces physiques du travailleur.
Près de quarante années déjà se sont écoulées , depuis que des logements salubres sont à la disposition de la classe ouvrière , et chaque année voit disparaître encore les autres causes extérieures d’insalubrité qui entouraient la population. La statistique s’occupera quelque jour de rechercher les résultats produits sur la mortalité par cette situation nouvelle; ils ne pourront être que satisfaisants , et ce sera une étude intéressante d'en déterminer la proportion. Déjà , il est facile de les
entrevoir par le raisonnement , on peut s’en rendre compte en voyant ce que nous annoncent tous les ans les comptes-rendus de nos hôpitaux , depuis les grandes améliorations que ces établissements ont reçues. En les comparant, à un intervalle de vingt années, la mortalité y est devenue moindre d’un huitième, et cet heureux progrès , sans doute, ne s’arrêtera pas là! N’est-il donc pas raisonnable d’en conclure qu’il en doit être de même dans la ville , et surtout parmi la population ouvrière placée dans des conditions hygiéniques plus favorables à la conservation de la santé , et d’espérer que la vie moyenne sera prolongée. C’est un bienfait dont la génération présente pourra déjà ressentir les effets que l’avenir est appelé à doubler encore , car ce n’est que le temps qui peut complètement régénérer une espèce abâtardie , en recomposant son organisme. Nous en avons l’intime confiance , et nous puisons quelquesuns des éléments de cette conviction dans ce qui se passe chez une nation voisine , en Angleterre ; car c’est dans ce pays surtout, que nous pouvons chercher nos comparaisons , quand il s’agit d’approfondir l’étude des misères de la classe ouvrière. Le rapprochement, cependant, ne peut être qu’approximatif , car le remède apporté a été différent. Chez nous , des quartiers nouveaux, une ville nouvelle tout entière , s’est ouverte pour- les ouvriers qui y choisissent librement leur domicile. Chez nos voisins, on a adopté un autre système : ce sont des logements en commun qui ont été édifiés et multipliés pour eux , ei qui sont disséminés dans les divers quartiers des villes manufacturières. Or, voici d’après un document récent, sous le rapport de la mortalité , ce qui ressort de l’adoption de cette mesure au sujet de la population qui en est
l’objet. Dans les maisons bâties à Londres , seulement pour l’amélioration des logements des ouvriers, la mortalité annuelle n'est que de 7 sur 1,000, tandis que la somme moyenne des décès, dans cette capitale, est triple, c’est-à-dire de 22 sur 1,000, et dans le plus mauvais quartier de 40 sur 1,000. Félicitons-nous donc, en voyant ces heureux résultats obtenus chez nos voisins , de l’état de choses qui existe dans notre ville et dont les conséquences sont appelées à devenir meilleures encore par les conditions hygiéniques plus satisfaisantes qu’il réunit.
Nous l’avons dit ailleurs , l'air c'est la vie , le soleil c'est la santé. Avec la santé vient le goût et l’aptitude au travail, et avec le travail la moralisation de l’ouvrier. Le travail est le lot providentiel de l’espèce humaine, c’est la condition de son existence et celle de sa perpétuité; en même temps qu’il fortifie et entretient la santé il amène l’amélioration morale, élève le niveau de l’intelligence et dispose l’esprit à chercher une instruction qui lui manque. C’est ce que nous avons vu , c’est ce que nous voyons tous les jours dans notre cité ; nos écoles primaires et autres en sont le vivant témoignage ; peuplées par des enfants de la classe ouvrière, elles n’ont jamais été aussi fréquentées, elles deviennent la pépinière qui fournit souvent à une instruction supérieure ses plus brillants sujets , et pour ne parler, car il faut se borner, pour ne parler que de l’institution de la Martinière , n’est-ce pas à elle que nos manufactures , nos diverses industries vont demander leurs collaborateurs, leurs ouvriers les mieux instruits et les plus capables?
Aussi l’on chercherait vainement aujourd’hui parmi notre population ouvrière ces types ignobles et vulgaires
dont nous avons rappelé l’allure, le langage, les habitudes, les maladies; tout cela n’existe plus et ne vit que dans nos souvenirs. On ne les retrouve plus dans nos ateliers , dans nos rues , dans nos promenades où les apparences extérieures semblent rapprocher insensiblement toutes les classes de la société. N’exagérons rien cependant , sans doute cette tendance visible à l’égalité a pris sa première origine dans la régénération politique de la fin du dernier siècle, qui a appris aux hommes à se connaître , à s’estimer suivant leur valeur réelle sans distinction de classes ; mais nous n’hésitons pas à le dire, elle s’est développée, dans notre ville du moins, avec les meilleures conditions générales résultant de la régénération matérielle qui a renouvelé presque entièrement la cité. Cette uniformité extérieure, qui semble s’étendre sur toute la population, tient surtout au bienêtre qui suit la santé mère du travail ; elle dénote à l’esprit de l’observateur une amélioration sensible de l’espèce qui s’affranchit chaque jour des maladies qu’une insalubrité séculaire accumulait sur elle. Dès à présent, nous pouvons le proclamer, Lyon devient aussi salubre qu’aucune autre ville de l’Empire , et même nous pouvons ajouter que plus favorisé que la plupart d’entre elles, il a échappé jusqu’ici aux fléaux divers qui les ont dévastées. Ce n’est plus cette ville si souvent visitée jadis par les épidémies et par la peste. Des trois grandes calamités de ce genre qui ont désolé la France: le choléra, la suette , la grippe , cette dernière, la moins meurtrière des trois nous a seule atteints; elle n’a épargné aucune localité du territoire. La suette nous est restée inconnue et la plus redoutable , le choléra a tenté vainement de s’implanter parmi nous ; s’il a fait quelques victimes ,
toujours il a été repoussé par une protection mystérieuse que la science se reconnaît impuissante cà expliquer.
Encore un peu de temps et quelques vieillards, derniers survivants du dernier siècle, chercheront en vain, dans Lyon tout à fait régénéré, la ville de leur enfance. Ce ne sera peut-être pas sans regret qu’ils auront vu s’accomplir tous ces changements ; les yeux se désaccoutument difficilement de ne plus voir ce qui leur était familier, ce qu’ils ont toujours vu ; mais le spectacle nouveau du bien général qui s’opère, efface bientôt de lointains souvenirs. Et nous aussi, des premiers-nés de celte génération qui s’éteint, ce n’est pas sans un sentiment semblable, aussi naturel que peu réfléchi , que nous avons vu disparaître ces rues que nos premiers pas ont foulées, ces maisons qui ont abrité notre enfance , et cependant c’est avec bonheur que nous retraçons les conséquences heureuses, pour l’hygiène publique surtout, de la régénération de notre ville.
Si , dans un autre ordre d’idées, d’autres regrets peuvent se faire jour, ils trouvent aussi leur compensation. L’archéologie a vu tomber avec peine d’anciennes églises , celle des Cordeliers de l’Observance , celle des Jacobins, etc. , mais la plupart des autres ont été restaurées , de nouvelles s’élèvent qui ont aussi leur caractère architectural. Si les noms de Stella , de Claudia , de la Belle Cordière, etc., ont été reportés sur d’autres rues qu’ils ne décoraient pas , les rues modernes portent de nouveaux noms célèbres qui consacrent aussi d’immortels souvenirs. Si l’on peut regretter la chute de plusieurs maisons revêtues de quelques vestiges de l’antiquité, on en est dédommagé par la vue d’édifices nouveaux et splendides ayant leur cachet monumental , et parmi les-
quels nous ne pouvons nous empêcher de rappeler le palais de l’Industrie qui léguera à l’avenir , pour l’art architectural dans notre ville , un nom célèbre de plus. Enfin, Lyon rajeuni a mis à découvert pour la science, dans plusieurs points, l’antique Lugdunum et quelquesuns des anciens monuments dus aux premiers fondateurs de la cité ; ces reliques précieuses augmentent incessamment la richesse de notre musée lapidaire. La paléontologie elle-même a fait son profit de tous les mouvements de terrains qu’ont nécessités les travaux d’un demi-siècle, et l’esprit s’émerveille à la vue de ces gisements antédiluviens d’éléphants et d’autres animaux fossiles découverts sur divers points des extrêmes limites de l’agglomération lyonnaise.
Nous nous arrêtons ici , dans l’exposé des bienfaits immenses et incontestés qui résultent pour la salubrité publique de la régénération de notre ville, et nous nous réjouissons de penser qu’ils sont appelés à s’étendre encore par la persévérance de l’Administration dans l’œuvre qu’elle a si heureusement entreprise. Ce n’est pas à nous de nous préoccuper des voies et moyens par lesquels ces résultats ont été obtenus. Nous laissons aux esprits chagrins le soin de s’inquiéter , dans leurs calculs économiques , des charges financières qu’ils font peser sur le présent et qu’ils légueront à l’avenir. Ce n’est pas à nous à discuter si le budget d’une grande ville doit s’administrer comme celui d’un ménaee ou d’une maison de banque où l’on s’ingénie à équilibrer les dépenses et les recettes annuelles , et s’il n’est pas juste que nos neveux aient aussi leur part des frais nécessités pour un état de choses meilleur, et dont ils jouiront plus longtemps que nous. Nous dirons seulement que depuis bien
des années tous les économistes, tous les philanthropes poussent l’humanité dans la voie du progrès, tant sous le rapport physique que sous le rapport moral ; que de toutes les grandes villes de France et même de l’Europe, Lyon était celle qui demandait les plus grandes réformes; elle les a obtenues sous ce double rapport ; les hygiénistes ne peuvent qu’y applaudir en les constatant, et les générations en témoigneront bien plus encore après nous.
Nous avons dit ce que Lyon a été , ce qu’il est aujourd’hui , ce qu’il est appelé à devenir. En achevant ce tableau, nous nous apercevons que les travaux du génie ont marché plus vite sur quelques points que la plume de l’annaliste; nous nous en félicitons en attendant plus encore. A la suite des merveilles de l’art , nous avons raconté les prodiges opérés par l’assistance publique pour le soulagement des misères physiques de l’indigent malade. Nous avons abordé quelques-unes des questions d’hygiène «publique si importantes à étudier dans une grande cité , et là , sans doute , nous aurions pu nous étendre davantage , mais nous avons dû nous borner ; à peine avons-nous déjà effleuré le travail qui nous est demandé, en parlant de quelques-uns des établissements dont le Conseil d’hygiène a eu à s'occuper.
Nous laissons à une plume exercée et spéciale le soin d’exposer, dans la seconde partie de ce travail, les nombreuses et intéressantes questions d’hygiène appliquée aux manufactures et aux industries diverses de notre cité , et qui , pendant une période décennale ont été soumises à l’appréciation et aux décisions du Conseil.