‹ Hygiène de LyonChapitre 39 sur 62 · ETABLISSEMENTS DE FREMI È SSE CLASSE · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENTS DE FREMI È SSE CLASSE

Le nombre des affaires relatives à des établissements de première classe sur lesquelles le Conseil a été appelé à donner son avis, s’élève à 109. Ce chiffre toutefois ne représente pas uniquement des usines nouvelles pour lesquelles une autorisation était demandée il représente aussi, mais en petit nombre, des usines déjà existantes et qui pour des causes diverses avaient nécessité l’intervention du Conseil. En voici le détail.

abattoirs publics ou particuliers. — 22 tueries particulières disséminées dans les divers arrondissements de Lyon et dans les communes suburbaines ; un abattoir public à Yaise, viennent se ranger sous ce litre. II en a été question dans la première partie de ce compte-rendu . Nous n’en parlerons donc ici que pour mention.

equaurissage. — 1° L’atelier d’équarrissage du sieur Laracine, établi déjà depuis longtemps à la Guillolière, quartier des Rivières, a donné lieu à des plaintes assez vives qui se sont produites à l’occasion de la demande faite par le sieur Laracine pour être autorisé à y établir une chaudière à vapeur. Le Conseil consulté à ce sujet a répondu par le rapport suivant de M. Guilliermond, que nous croyons devoir reproduire presque en entier.

Charges M. Glénard et moi, de vous faire un rapport sur la demande du sieur Laracine et sur les réclamations des opposants , nous venons vous rendre compte du résultat de nos investigations.

L’usage d’une chaudière à vapeur destinée à opérer en vases clos la cuite des chaits et débris d’animaux pour en séparer la gélatine et les corps gras est évidemment une amélioration très-avanlageuse que le sieur Laracine introduit dans son établissement et bien préférable à l'ancien procédé qui consistait à cuire à feu nu et souvent à l’air libre : nous ne pouvons qu’approuver l’emploi de cet appareil qui sera soumis, d’ailleurs, aux conditions imposées par les règlements.

Pour nous édifier sur les réclamations des voisins, nous avons eu deux choses à observer : la situation de l’établissement cl sa tenue. Sa situation nousa paru convenable. En effet, il est élevé sur les bords du Rhône, au lieu dit des Rivières, à une assez grande distance du fort de la Vitriolcrie et dans un lieu bien éloigné de toute habitation. 11 est entouré de murs et de massifs d’arbres qui le dérobent assez à la vue.

Mais son régime intérieur ne nous a pas laissé la même impression. Reaucoup de choses nous ont paru laisser à désirer. Le dallage des cases où les animaux sont abattus est insuffisant ; les cours sont incomplètement pavées ; les eaux des pluies séjournent sur le sol et inondent les fumiers et détritus d’animaux.

Les chairs et débris divers, après leur cuisson, doivent être séchés dans des fours, pour être mêlés à des substances terreuses qui absoibcnt leur odeur et forment par leur réunion des engrais puissants. Mais cette partie de l’opération n'est pas faite avec soin , car , ccs matières desséchées sont abandonnées sur le sol où elles ne lardent pas à reprendre l'humidité et à répandre de l'odeur. Leur dessication dans les fours ne se fait pas d'une manière assez complète ; nous avons vu qu’on l’achevait en étendant les débris sur des fourneaux cl à l'air libre.

Les ismes des animaux ne doivent pas séjourner plus de 24 heures avant d’être traitées : cependant nous nous sommes aperçus que cette obligation n’était pas toujours remplie.

Le Conseil de salubrité a soumis les ateliers d’équarrissage à des règles sévères dont l’observation rendrait ces établissements lout-à-fait inoftensifs, mais il n’y a qu’une surveillance spéciale de la police qui puisse leur donner de la valeur. Un chantier d’équarrissage n’est autre chose qu’un abattoir et ses aménagements intérieurs seront d’autant plus convenables qu’ils se rapprocheront davantage de ceux des établissements de ce genre dont la construction est si bien entendue aujourd’hui.

Nous concluons en émettant un avis favorable à la demande du sieur Laracinc, tout en faisant observer, pour faire droit aux réclamations des opposants, qu’il est nécessaire que cette industrie remplisse scrupuleusement les conditions qui lui ont été imposées cl qui nous paraissent momentanément suffisantes et parmi lesquelles une des plus importantes est de ne jamais procéder aux dessications des matières animales à l’air libre.

A. GülLLlERMOND.

2° Une demande ayant pour objet la création d’un nouvel atelier d’équarrissage à Villeurbanne, au lieu dit Saint-Jean, a été formée par le sieur Boursin, au mois de mai 18o8. Celle demande a été repoussée par le Conseil par les motifs développés dans le rapport suivant:

La demande du sieur Boursin a soulevé une vive opposition et vous n’en êtes pas surpris car vous savez combien ces ateliers d’équarrissage inspirent de dégoût aux populations. 73 signatures ont été recueillies par l’enquête pour repousser l’établissement projeté.

C’est dans celte plaine qui s'étend entre les hauteurs du hameau de Cusset et le Rhône que le sieur Boursin a projeté d’établir son industrie. Cette plaine qui est un véritable jardin, lantcllc est fertile et cultivée, est traversée du nord au midi par la digue des Buers , de l’est à l’ouest par le marais de Villeurbanne. La roule qui conduit de Vaulx-cn-Velin à Lyon, longe le marais et le sillonne dans toute sa longueur. Ce vaste territoire , considéré à l’Est de la digue, est peu habité, il est vrai; on y voit trois ou quatre fermes seulement, mais qui se trouveront peu éioigpées de l’établissement du sieur Boursin. La partie située en deôà de la digue est au contraire semée de nombreuses habitations. Niais si, comme le projet en existe depuis longtemps, on arrive à canaliser le marais de Villeurbanne , il est

évident que cetle plaine, aujourd'hui peu habitée, se couvrira rapidement de constructions, car clic est peu distante de Lyon, et b sol, extrêmement fertile, une fois assaini, attirerait les habitants. On conçoit facilement que cet avenir serait singulièrement compromis par la présence au milieu de celle plaine d'un atelier d’équarrissage.

Mais à ne considérer que le présent, sans se préoccuper d’un avenir plus ou moins éloigne, je vois de bonnes raisons pour repousser l'établissement du sieur Boursin. C’est d’abord le voisinage de fermes habitées qui auront à sc plaindre certainement des émanations de l’atelier d'équarrissage; c’est le voisinage delà digue des Buersqui, comme l’a fait observer M. le commissaire de police, sera certainement un but de promenade de la population lyonnaise ; c’est son rapprochement de la roule que parcourent nécessairement tous les malins les habitants de Vaulx qui apportent leurs denrées à Lyon; c’est l’absence de cours d’eau capable de débarrasser rapidement l’usine et le pays des déjections et résidus animaux ; c’est enfin la présence d’un marais. Ne semble-t-il pas que l'atmosphère de ces localités soit suffisamment viciée par les effluves marécageuses , sans qu’on doive y ajouter les miasmes putrides exhales de débris d'animaux en pleine corruption.

Ainsi, Messieurs, je n’hésite pas à me joindre aux opposants et à vous proposer de déclarer que la demande du sieur Boursin doit être rejetée.

Lyon, le 2 juin 1 858.

A. Glén.vrd,

Échaudoirs, triperies. — Le Conseil a eu à statuer sur douze établissements de ce genre. On connaît trop la nature et le degré des inconvénients qui leur sont attachés, pour que nous ayons besoin d’entrer dans de longs détails à leur sujet. Nous nous bornerons à signaler l’ensemble des mesures de précautions qui ont été exigées de leur part, telles qu’elles résultent des rapports auxquels ils ont donné lieu. Un éloignement suffisant des habitations; un atelier dallé, bien aéré; des chaudières surmontées de hottes pour recueillir et dégager par une cheminée élevée les buées qui se produisent pendant la cuisson des issues des animaux ; des Ia\ âges fréquents de

l’atelier ; la possession de quantités d’eau assez abondantes pour permettre ces lavages ; la possibilité de se débarrasser aisément des eaux qui ont servi à la cuisson ou aux lavages, de telle sorte qu’elles ne s’écoulent pas ou ne stagnent pas sur la voie publique où elles se putréfieraient en infectant l’air autour d’elles; voilà les conditions qu’ont dû présenter ces établissements pour obtenir l’approbation du Conseil. Neuf ont été l’objet d’un vote favorable. Trois ont dû être repoussés. Les conditions particulières dans lesquelles se trouvait l’un de ceux-ci donneront quelque intérêt à la reproduction du rapport dont il a été l’objet.

M. le Secrétaire Général, délégué, a porté à la connaissance du Conseil d’hygiène publique, une plainte adressée à l’Administration par les habitants des premières maisons du faubourg Saint-Clair, contre le sieur Gubian, entrepreneur de triperies.

Pour justifier cette dénomination, votre Rapporteur a l’honneur d’expliquer au Conseil, que le sieur Gubian n’exerce pas lui-même la profession de tripier. Il était, dans le principe, simple acquéreur d’un Abattoir qu’il mettait en location, lorsque l’idée lui vint de joindre à la tuerie qui existe encore un certain nombre d’échaudoirs à l’usage des tripiers, qui ont ainsi l’avantage de trouver sous leur main les issues des animaux abattus par leur voisin. Cette combinaison , très-rationnelle au point de vue de l’industrie, devait tôt ou tard entraîner des inconvénients et soulever des plaintes dans le voisinage. C’est ce qui est advenu ; et votre délégué, après une visite des lieux, a pu se convaincre que les réclamations du quartier de Bcllevue sont fondées.

Il est, en effet, facile de comprendre que les cinq ou six échaudoirs établis au fond d’une impasse, au pied du coteau, à l’extrémité du Cours d’Herbouville, doivent produire une grande quantité de résidus liquides ou demisolides, qui ne sont pas toujours entraînés immédiatement dans le Rhône. Il en résulte donc un foyer d’émanations putrides qui se dégagent par les ouvertures de l’égout pratiquées sur les deux côtés de la rue. Dans la saison d’été , ou en cas d’abaissement des eaux du fleuve , ces émanations prennent une intensité qui constitue un véritable danger pour les habitants les

plus rapprochés , et en tout temps , une très-grande incommodité , surtout pour les propriétaires des deux cafés situés à l'entrée du faubourg. Il n’y a pas de clientèle qui puisse tenir en présence d’un pareil état de choses , aggravé encore par la vapeur d’eau animaliséc qui se dégage de tous ces échaudoirs en ébullition. Aussi les plaintes les plus vives viennent-elles de ces deux industriels, frappés évidemment dans leurs interets. La seule considération atténuante qu’on puisse alléguer, c’est l’abolition prochaine de tous ces petits établissements de triperie , par la mise en activité d’un second Abattoir général. On paile d’un laps de temps d’une année ; mais il est difficile de compter sur une déchéance à époque fixe. Dans celte incertitude, et tout en considérant que l’industrie du sieur Gubian est inévocablemenl caduque dans un temps plus ou moins rapproché , vous penserez, Messieurs, qu’on ne saurait trop tôt faire cesser une cause sérieuse d’insalubrité , en émettant l’avis qu’il y a lieu de donner satisfaction aux plaintes formulées contre un établissement collectif sans précédent dans vos annales-

Lyon, le 20 octobre 1856.

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