‹ Hygiène de LyonChapitre 40 sur 62 · P A H RAYON · texte numérisé non relu

P A H RAYON

Cordes harmoniques. ■ — Plusieurs demandes relatives à l’établissement de fabriques de cordes harmoniques sur divers points de notre ville se sont produites , et ont donné lieu à autant de rapports. Parmi ceux-ci, nous choisirons pour le publier in cxlenso , celui qu’a rédigé M. Devay, au sujet do la demande formée par le sieur Savaresse, le 4 mai 1855, et qui fait parfaitement connaître la nature de cette industrie, ses inconvénients, ainsi que les considérations soit particulières, soit générales, sur lesquelles s’établit l’opinion du Conseil.

Vous nous avez chargés M. Guillicrmond et moi, de vous présenter un rapport concernant la demande du sieur Savaresse , dans le but d’obtenir l’autorisation d’éjtablir une fabrique de cordes harmoniques à Sainlc-Foylcs-Lyon, chemin des Étroits , propriété du sieur Débolo. Disons-lc d’abord, la nature de l’industrie qui rentre dans la catégorie des établissements de première classe, remplacement choisi par le demandeur, dans une localité où abondent les habitations d’agrément, enfin, le grand nombre ou, pour

mieux dire l'unanimité des protestations , donnent à cette affaire beaucoup de gravité. C’est sous ces trois chefs que nous devons vous présenter le résultat de notre examen et de notre appréciation, afin de vous placer dans une situation propre à rendre une justice impartiale et à ne point vous préoccuper, outre mesure, des réclamations qui se sont produites.

Il est évident que la fabrication des cordes d'instruments de musique est une partie de l’art du boyaudicr, art contre lequel existe, en quelque sorte, une répulsion instinctive; mais il est bon d’ajouter qu’une fabrique de cordes harmoniques n’en est qu’une notable atténuation, puisqu’elle n’emploie que des intestins de moutons Ires-frais, et qu’elle ne leur fait pas subir toute la série des préparations dégoûtantes usitées pour les boyaux de bœuf. De plus, ce travail exigeant une plus grande délicatesse et plus de précision, comporte une plus grande propreté ; il existe moins de détritus et de résidus dans les ateliers. C’est à cela peut-être qu’il faudrait attribuer la tolérance, disons mieux, la longanimité de l’autorité, par rapport à des établissements de ce genre existant dans l’intérieur des villes , entre autres celui du demandeur. Le sieur Savaresse , dans sa pétition , constate que depuis plus d’un siècle sa fabrique s’est transmise de pèrc-cn fils, et a toujours fonctionné sur le quai d’Orléans. Il est impossible d’admettre que pendant cette longue période, celte fabrique ait eu des inconvénients tels, ait saturé les habitations environnantes d’exhalaisons méphitiques , sans que les parties intéressées se soient plaintes ? Quoi qu’il en soit, tôt ou tard, les progrès de l’hygiène publique devaient faire justice de celte anomalie. Examinons actuellement les conditions de cette industrie dans son nouvel emplacement.

Lorsque M. Guilliermond et moi, avons pénétré dans la pièce où séjournent les ouvriers occupés à confectionner les cordes, nous avons, contre l’avis du pétitionnaire , constaté une odeur putride se rapprochant de celle qu’on perçoit dans un amphithéâtre. La première opération qui consiste à laver les intestins de moutons provenant de l’Abattoir, a lieu dans un bateau ou plaie amarrée le long du quai des Etroits. Puis a lieu le premier ratissage ; après cela les hoyaux ralissés sont déposés dans des terrines de grès vernissées ; on les remplit de suite d’eau de potasse, coupée de partie égale d’eau. Les boyaux blanchissent de plus en plus et se gonflent ; après celte macération, qui dure de trois à cinq jours, selon la température , on passe aux opérations suivantes: les hoyaux sont passés dans une nouvelle terrine contenant une solution plus forte que celle cl’uù les boyaux sortent. Les boyaux deviennent ainsi en état d'être pilés, c’est-à-dire d’être tordus au métier, espèce de châssis où sont placées à demeure un grand nombre ■ de chevilles qui retiennent les cordes. Puis , lorsque le métier est garni, il est mis au soufroir et se trouve dans une espèce de buée aqueuse et acide

dont 1 odeur est excessivement pénétrante. Telles sont en résumé Irès-succincl, les principales opérations pratiquées dans celle industrie spéciale et qui, d une part, donnent lieu à des émanations de matières animales, et de l’autre à des dégagements d'acide sulfureux.

Ce n est point tout, il faut encore que les eaux de lavage s’écoulent facilement et qu’elles soient en quantité suffisante. Sous ce dernier rapport, nous avons constaté que des sources abondantes et intarissables venaient de la colline conLre laquelle la fabrique est adossée , et étaient , par leur volume , en rapport avec les besoins de la fabrication. Pour leur écoulement, il existe dans le local, un caniveau souterrain qui se dirige vers la rivière. Le sieur Savaressc fait valoir avec raison lts rares avantages qu'il trouve dans ce lieu, relativement au volume des eaux ; l’exposant conteste que leur écoulement entraîne jamais la moindre odeur, mais des voisins nous ont affirmé le contraire , surtout lorsqu’elles s’écoulent en masse après avoir servi au lavage des intestins.

La question du lieu choisi par l’exposant est celle qui, à vos yeux et d’après vos tendances manifestées plusieurs fois , est la plus grave. C’est avec raison que vous voulez sauvegarder les intérêts des localités consacrées aux maisons de plaisance, où le citadin va rechercher le calme et une pure aération. On peut dire , qu’iei, une industrie du genre de celle que nous avons examinée est une anomalie presque comme elle l’était dans l’intérieur de la ville. Puisqu’elle devait faire une retraite, elle devait la faire plus complètement ; il y a plus , et c’est une considération grave à peser pour vous. Le sieur Savaressc ne se bornera point au local où il fonctionne actuellement, où à la rigueur on pourrait, le maintenir , mais il s’avance encore; loin de se circonscrire, il s'élccd. Déjà le sieur Débolo, cette Providence des établissements incommodes pour le moins , lui prépare à côté de son usine à plâtre un nouvel atelier où un très-grand nombre d’ouvriers pourront travailler à l’aise. Il y a là une tendance que l'on doit enrayer. Mais, d’un autre côté , car il est bon que vous pesiez mûrement toutes les circonstances de la cause, il ne faut point prendre à la lettre toutes les réclamations des propriétaires voisins. Celte partie des Etroits où le sieur Savaressc compte définitivement s’établir, n’est point une région inhabitée, comme il prétend le faire croire ; des fours à plâtre, des tanneries en grand nombre l’avoisinent , en face se trouve l’usine à gaz , et dans l’avenir prochain , des établissements industriels de toute nature. 11 y a donc déjà un fait accompli ; cl on ne peut tout au plus qu’empêcher de nouveaux empiètements. Reste maintenant à déterminer si, dans l'espèce, l’emplacement choisi est le plus convenable. Deux circonstances nous font répondre par la négative : elles se tirent, d'une part de l’adossement de l’usine à un coteau, ce qui empêche une ventilation suffisante; de l’autre,

de la stagnation dans ce lieu des eaux de la Saône, qui, pendant le chaleurs de l’été , sont couvertes de confervcs et encombrées de débris d’animaux putréfiés ; il est donc certain que sous ce rapport le développement de celte fabrique apporterait un élément de plus d'insalubrité.

D'après toutes ces considérations, Messieurs , vous devez concevoir la perplexité où se trouvent voS rapporteurs; ils ont besoin que votre souveraineté tranche la question d’une manière définitive. Il ne peut y avoir que deux partis à prendre , ou une défense d’autorisation pour le lieu ou une autorisation limitée à l’atelier actuel, et dans toutes les conditions de propreté que nous y avons trouvées, avec défense de s’étendre dans d’autres points des Etroits , d’y établir des ateliers annexes.

Lyon, «le 7 juin 1855.

Devay.

Le Conseil a volé pour le rejet de la demande.

C’est par les mêmes motifs que le Conseil s’est opposé à la demande du sieur Monnier (décembre 1856), tendant à l’établissement d’une fabrique de même nature au même lieu.

C’est par des raisons plus spéciales qu’il a du repousser la fabrique que le sieur Favre voulait établir à Lyon, clos Paradis, près du chemin de Gerland.

Il n’y a pas d'eau dit M. Guillicrmond, ni possibilité d’en avoir dans le puits du propriétaire. Les ouvriers vont la chercher dans le Rhône, c’est-àdire à 100 mètres environ de la fabrique.

Les eaux de lavage n'ont aucune espèce d’écoulement ; elles se rendent dans un puits perdu et vont, à travers les terrains perméables de ces localités, porter leur infection dans les puits du voisinage. En conséquence, Messieurs, je vous propose d’émettre un avis contraire à la demande.

Mais ces pétitionnaires, mieux inspirés plus tard dans le choix de l’emplacement qui devait être le siège de leur industrie, ont pu sans opposition, et sous la réserve seulement de quelques conditions , s’établir :

1° Le sieur Monnier à Lyon, chemin des Culaües ,

2° Le sieur Favre, d’abord au chemin de la Scaronne, puis, plus tard, auprès de l’abattoir de Vaise.

Fonte des suifs a feu nu. — Ce procédé d’extraction des matières graisseuses, barbare en industrie, est trèsfàcheux au point de vue de l’hygiène, par les émanations désagréables auxquelles il donne lieu. Diverses méthodes ont été successivement proposées pour le remplacer, qui atténuaiènt beaucoup les inconvénients de cette industrie. Mais ces méthodes, peu avantageuses, à ce qu’il paraît, au point de vue du rendement, n’ont pu être généralement adoptées par les industriels ni imposées par les administrations. Depuis peu d’années, on a eu l’idée d’opérer la fonte du suif en branches dans cet ingénieux appareil qu’on appelle autoclave et que déjà on emploie dans de nombreuses circonstances. Cette manière de faire nous paraît avoir résolu ce problème, souvent difficile, qui consiste à satisfaire l’hygiène sans nuire à l’industrie. Si l’expérience suffisamment prolongée confirme notre pensée, il est évident que la fonte des suifs à feu nu n’a plus de raison d’être, et qu’elle devra être désormais interdite. Dans la seconde partie de ce compte-rendu , nous ferons connaître plus en détail ce procédé de fonte à l’autoclave. Nous le mentionnons seulement ici pour appeler la sévérité des Conseils d’hygiène sur la fonte à feu nu, en indiquant les moyens de la remplacer.

Le Conseil a eu cependant à donner son avis sur un certain nombre de demandes qui avaient trait à ce genre d’industrie. Sévère sur le choix des emplacements, ii s’est efforcé de repousser les fondoirs de suif, non

seulement hors de la cité, mais même au-delà des quartiers appelés à recevoir un certain développement. S’il a été favorable aux demandes des sieurs Viallet-Guy, Chatanay, Rambaud, Gcrinier, c’est que ces pétitionnaires devaient établir leur usine dans un quartier éloigné de la ville, aux Rivières, dans ces plaines à peine habitées, qui s’étendent au-delà de la Guillolière , le long du Rhône , et dans lesquelles, soit à cause de leur conformation, soit à cause du voisinage du fleuve, règne une ventilation aussi active que constante. L’autorisation, toutefois, n’a été proposée que sous la réserve de conditions sévères. On en appréciera la nature et la portée par la citation suivante, extraite du rapport de M. Tisserant, sur la demande du sieur Viallet-Guy. (22 septembre 1856).

1° La fonte du suif aura lieu la nuit, pendant toute la duree des mois de mai, juin, juillet, août, septembre et octobre;

2° Les chaudières où on la fera seront surmontées d’une hollc pourvue d’un tuyau d'écoulement qui se rendra dans la cheminée du foyer, ou dans une cheminée distincte. L’une et l’autre cheminée auront dix mètres de hauteur ,

3° Le suif transporté dans l’usine pour y être fondu, sera déposé, en attendant la fusion, dans une cave voûtée ;

4° Les résidus de l'opération ne pourront, sous aucun prétexte, séjourner sur le sol de l’atelier ni être abandonnés sur la terre ; ils seront placés, avant leur utilisation ou leur transport définitif, hors do l’usine, dans des vases clos ou dans des fosses que l’on tiendra fermées ;

5° L’autorisation ne sera accordée que pour quinze ans. Au-delà de ce terme, le sieur Viallet-Guy ou scs successeurs devront, pour pouvoir continuer leur industrie, se pourvoir d’une nouvelle autorisation.

Dépôt de sang. — Il est assez rare d’avoir à s’occuper de semblable dépôt pour que la reproduction du rapport suivant de M. Arlhaud, ne soit pas trouvée utile.

M. le Sénateur , charge de l’administration du département du Rhône, vous a transmis un rapport de M. le commissaire de police de Villeurbanne au sujet d’un dépôt de sang provenant des abattoirs de Lyon, établi à Montplaisir, route d’Heyrieux, et dont les émanations infectes ont donné lieu à des plaintes réitérées de la part du voisinage. M. le Sénateur demande l'avis du Conseil sur les mesures à prendre pour faire cesser l’inconvénient signalé.

M. le commissaire de police explique qu’à la suite des réclamations qu’il avait reçues, dix litres du désinfectant Larnaudès, furent jetés dans la fosse contenant le sang et que la pierre fermant fut successivement recouverte d’un tombereau de chaux, d’une couche épaisse de charbon et enfin de quatre pieds de terre, que nonobstant ces précautions, les émanations ont continué et ont donné lieu à de nouvelles plaintes.

Chargés, M. Fraisse cl moi, de l’examen de cette affaire, nous nous sommes transportés sur les lieux, et voici le résultat de nos investigations.

Le sieur Defay, devenu depuis quelque temps concessionnaire du sang provenant de l’abattoir de Vaisc, s’est pourvu auprès de l’Administration à l’effet d’être autorisé à établir une fabrique de noir où il utilisera ce sang. Mais en attendant, il a dû chercher des dépôts provisoires pour recueillir la matière destinée à alimenter son industrie qui lui est livrée chaque jour à l’abattoir ; et à cet effet, il a affermé la fosse dont il est ici question, d’une contenance d’environ 300 hectolitres, servant habituellement à recevoir les matières provenant des vidanges de Lyon. Cette fosse est construite en maçonnerie, voûtée et bien fermée à la partie supérieure.

Néanmoins la putréfaction de cette énorme quantité de sang sous l’influence de la température élevée qui a régné presque sans interruption depuis plusieurs mois, n’a pas tarde à amener scs effets ordinaires. De là, les plaintes légitimes signalées par M. le commissaire de police. Hàlonsnous de dire qu’il nous a été donné de constater que gràec aux mesures déjà prises, l’odeur exhalée par la fosse a singulièrement perdu de son intensité, et qu’à une distance de quelques mètres, elle est inappréciable. Notons aussi que la seule habitation où l’on pourrait ressentir quelque incommodité est une ferme accupée par le propriétaire de la fosse qui ne soulève aucune réclamation.

Aussi, Messieurs, vos commissaires sont-ils d’avis qu’en l’état, la seule mesure vraiment efficace et qui consisterait à vider la fosse, offrirait plus d’inconvénients que d’avantages si elle était mise à exécution dans la saison des chaleurs; que les précautions déjà prises, et qui au besoin pourraient être renouvelées, ont suffisamment atténué la mauvaise odeur pour qu’on puisse ajourner, à l’entrée de l'hiver, ce curage qui, même alors, devra être opéré de nuit, le [dus rapidement possible, avec toutes les précautions

prescrites pour les fosses d'aisance; et que dorénavant, des dépôts de celte nature devront être rigoureusement interdits dans des conditions semblables à cellesquc nousvenons de vous faire connaître.

Telles sont, Messieurs, les conclusions que vos commissaires vous proposent de transmettre à M. le Sénateur.

Lyon, le 19 août 1858.

Aiitiiaud.

Dépôt de vidanges. — Le rapport suivant de M. Parrayon nous parait présenter assez d’intérêt pour que nous croyons devoir le reproduire..

J’ai l'honneur de vous présenter un rapport sur la demande formée par le sieur Claude Marinier, géomètre et entrepreneur à Saintc-Foy-lcs-Lyon, dans le but d’obtenir l’autorisation d’établir à Lyon, chemin de St-Alban, un dépôt de matières provenant des vidanges des latrines et destiné à remplacer celui qui était naguère exploité à l’occident de la rue de Monplaisir formant aujourd’hui un quartier de cavalerie.

Cet enclos renferme tous les appareils acquis par le demandeur et qu’il se dispose à transporter et à mettre en activité dans le nouvel emplacement.

Le lieu choisi par le sieur Marinier esta 1500 mètres de rayon plus éloigné du centre et au milieu même des cultures pour qui cet engrais est d’un usage séculaire. Situé à distance égale du carrefour de la Croix Morlon et de la roule de Monplaisir., il n’a pour voisinage rapproché qu’un petit nombre d’habitations de cultivateurs qui sont bien loin de réclamer contre l’établissement projeté. Dans de semblables conditions topographiques, vous n’aurez pas, Messieurs, à vous préoccuper d’un concert de plaintes pareil à celui que souleva dans le temps le dépolloir de Monplaisir. Vous pouvez vous rappeler qu’à cette époque une autorisation temporaire assez bornée fut seulement accordée aux demandeurs, bien que leurs procédés et appareils vous eussent paru très-propres à faire disparaître les inconvénients de celte industrie. C’est qu’alors elle s’installait au centre meme d’un quartier-peuplé, de maisons élégantes et de jardins d’agréments; à 1500 mètres de là dans la direction des grandes terres, la scène change avec une différence si tranchée qu’on se croirait à six lic-ues de la grande ville. A peine at-on franchi la dernière ligne de forfifieation que l’odorat est saisi par les effluves d’engrais de fosse, seul agent de fécondation mis en usage dans cette zone qui entoure la frontière sud-est de notre département. Sur ce point on

ne rencontre pas un champ qui n’en soit asperge et pas une ferme un peu importante qui n’ait pour son service un réservoir garni. Il est facile de comprendre que ces fosses peu profondes et mal bouchées cl ces vastes espaces fécondés de la sorte exhalent des émanation; auxquelles l’entrepôt qu’on se propose d’établir ne saurait rien ajouter. Ce réservoir d’une capacité de 14 à 15 cents mètres sera construit en maçonnerie solidement voûtée et fermée hermétiquement. La matière en sera extraite par les moyens pneumatiques décrits à une autre époque ci applicables au curage des fosses. Il n’y a donc pas à redouter pour l'atmosphère de cette localité une sursaturaliou d’odeur fécale. Rien ne sera changé dans la constitution de l'air ambiant et nous pouvons affirmer que les vents du su 1 -est n’apporteront pas une exhalaison clc plus à l’établissement hospitalier situé à plus de huit cents mètres au nord du terrain acquis par le sieur Marinier, seul point où une plainte se soit manifestée. Celte réclamation isolée, dictée d’ailleurs par la plus honorable sollicitude, serait prise par nous, Messieurs, en très grande considération, si vous pouviez entrevoir la moindre cause d'insalubrité pour un établissement aussi digne d’inlérét que l’asile Richard. — Heureusement nous n’avons à faire qu’à une question d’incommodité, à un état de choses permanent, incessamment entretenus par les habitudes agricoles et auxquels il n’a pas été donné à l'observateur le plus attentif d’attribuer la cause de la moindre affection endémique ou accidentelle. Il est même à remarquer que les invasions cholériques et les terreurs aveugles qui les accompagnent toujours n’ont jamais suggéré, dans cette fraction de notre banlieue , une allégation même vaguement 'exprimée contre ce vieux mode de fumiers auquel le système d'entrepôt et de distribution du demandeur ne fait qu’apporter un perfectionnement nécessaire. Si d’ailleurs, il est vrai de dire que: tant vaut l'homme, tant vaut le procédé, le Conseil trouvera une garantie de plus dans l’habitude de vigilance scrupuleuse du demandeur qui se présente à l’autorité avec le patronage des hommes les plus haut placés dans l’estime publique.

Comme conséquence des considérations que je viens d’avoir l’honneur de vous soummcllre, je vous propose donc, Messieurs, de vouloir bien émettre un avis favorable à la demande du sieur Marinier.

Lyon, le 21 février 1856.

Parrayon.

Allumettes chimiques. — L’industrie qui a pour objet la fabrication des allumettes chimiques mérite à un haut degré de tixer l’attenlion des hygiénistes, car elle réunit

en elle seule les divers dangers que les autres indus tries ne présentent qu’isolés. En effet les fabriques d’allumettes sont des établissements dangereux au premier chef à cause des chances d’incendie qu’elles présentent; elles sont dangereuses pour les ouvriers qui y travaillent, parce que la manipulation des produits qu’on y prépare, des matières qu’on y emploie les expose à de graves et cruelles maladies ; elles sont dangereuses pour la société tout entière, parce qu’elles livrent à la consommation un produit qu’une multitude de circonstances peut rendre funeste, en le faisant devenir la cause d’un incendie ou l’agent d’un empoisonnement ; ces trois sources de dangers que portent en elles les fabriques d’allumettes chimiques offrent à l’hygiène autant de problèmes à résoudre. Il faut préserver les habitations que menace le voisinage de ces fabriques ; garantir les ouvriers contre les maladies qu’engendre leur profession ; enfin mettre les consommateurs à l’abri des chances d’incendie ou de mort que recèle ce dangereux produit.

La solution du premier de ces problèmes est facile. Isoler les fabriques d’allumettes des autres habitations; les forcer à s’établir dans des maisons bâties en pierre, brique ou pisé, et non dans des baraques en bois ; ces précautions sufiisent parfaitement pour écarter tout danger. Ce sont celles qu’à adoptées depuis longtemps le Conseil de Lyon, et dont il a fait l’application aux sieurs Chevrier, Moment, Bouillet, Parat, etc.

Mais, sur les autres questions, la difficulté est grande. On peut, il est vrai, espérer quelques améliorations dans l’hygiène professionnelle de celte industrie par l’emploi de certaines mesures d’ordre, de propreté, d’aération ;

mais on ne doit réellement compter, pour atteindre le but, que sur une transformation radicale de cette industrie, laquelle ne cessera d’être dangereuse et de compromettre la santé des ouvriers qu’elle emploie, ainsi que la sécurité publique, que lorsqu’elle aura changé la nature des matières qu’elle manipule, qu’elle fait entrer dans la confection de ses produits.

La nécessité de ces modifications a, comme on sait, préoccupé vivement le gouvernement. La question de l’industrie des allumettes a été mise à l’étude. Une en-

quête a été ouverte dans le but d’obtenir des Conseils d’hygiène tous les renseignements miles dans cette affaire. Nous devons faire connaître la part qu’y a prise le Conseil de Lyon.

La lettre suivante, adressée par le Ministre de l’agriculture et du commerce à M. le sénateur, administrateur du département du Rhône, fut transmise au Conseil d’hygiène.

Monsieur le Préfet, j’ai chargé le Comité consultatif d’hygiène publique de procéder à une enquête sur la fabrication et l’emploi des allumettes phosphorées, et sur les avantages que pourrait offrir, au point de toc de la santé des ouvriers et de la sécurité publique, la substitution du phosphore rouge au phosphore ordinaire, pour la préparation de la pâte inflammable.

Dans le cours de cette enquête, le Comité, jugeant nécessaire d’obtenir, sur certains points, des renseignements précis, a pensé que le concours du Conseil d’hygiène et de salubrité de votre département, où existe la principale, sinon la seule fabrique de phosphore qui approvisionne notre pays, pouvait lui être utile, et m’a exprimé le désir de faire appel au zcle et aux lumières des savants qui le composent. Je n’ai pas hésité à accéder à cette demande, et je vous prie, en conséquence, de vouloir bien convoquer, dans le plus bref délai, le Conseil central d’hygiène et de salubrité du département du Rhône, de l’inviter à recueillir, sur les questions qui

vont être spécifiées, des renseignements exacts et complets, (pie je vous serai obligé de me transmettre sans retard.

Le Comité consultatif d’hygiène publique n’ignore pas les belles recherches entreprises par l’un des savants les pins éminents du Conseil de salubrité de Lyon , et les conditions hygiéniques dans lesquelles elles s’opèrent ; mais il importerait de savoir si depuis l’époque où ces recherches ont été publiées, des faits nouveaux se sont produits, si, notamment, il n’a été observé, dans aucune circonstance, à quelque degré que ce soit, le moindre trouble dans la santé des ouvriers employés à la fabrication du phosphore; si aucun d’eux n'a présenté, soit dans les premiers temps de son entrée dans la fabrique, soit plus tard, un dérangement des fonctions digestives, une altération quelconque des organes respiratoires, et enfin l’affection spéciale des os maxillaires, observée chez les ouvriers qui fabriquent les allumettes.

S’il existe à Lyon ou dans les environs quelque établissement où se préparent des allumettes pliosphoriques, il sera bon d’étudier, comparativement à cc’point de vue, les individus qui y seraient employés.

Il est du plus haut intérêt de connaître, dans tous scs détails, la fabrication du phosphore ordinaire et du phosphore rouge, telle qu’elle a lieu actuellement.

Y a-t-il, soit dans les procédés de fabrication, soit dans la disposition des ateliers, soit dans la manière d’être des ouvriers, quelques conditions spéciales qui les préservent des émanations phospliorées, ou, au contraire, ceux-ci sont- ils exposés aux vapeurs de phosphore et en absorbent-ils une certaine quantité, ainsi que l’a constaté autrefois M. Dupasquier ?

Enfin, le conseil d’hygiène et de salubrité du département du Rhône est invité à joindre à ces renseignements toutes les observations que lui suggéreront l’enquête locale à laquelle il devra se livrer et sa haute expérience de toutes les questions qui se rattachent à l’hygiène publique.

J’ai compté sur son empressement à répondre, en cette circonstance, à l’appel que je me plais à faire à ses lumières, et je vous prie, Monsieur le Préfet, de lui transmettre l’expression de celle confiance que m’inspirent Son zèle et son dévoûment.

Recevez , Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération trèsdistinguée.

Le Ministre

de l’agriculture, du commerce et des travaux publics,

Signé.’ Rouheii.

Dans le but de satisfaire aux désirs exprimés dans la lellre de M. le Ministre, une Commission composée de MM. Rougier, Vice-Président, et Glénard, Secrétaire du Conseil, fut chargée de procéder à une enquête dans les fabriques de phosphore et d’allumettes de Lyon. De cette enquête est résulté le Rapport suivant, que le Conseil a adopté pour la réponse à faire à la lettre ministérielle :

Parmi les questions si nombreuses et si variées qu’embrassent dans leur étude lés conseils d’hygiène publique et de salubrité, il en est peu d’aussi importantes que celles qui ont trait à l'hygiène professionnelle. Les découvertes qui se font, dans les régions élevées de la science, renferment souvent les germes d’applications utiles. Descendant alors dans le domaine pratique, elles donnent naissance à des industries diverses qui contribuent bientôt au bien-être de l’homme en augmentant la somme de scs jouissances. Mais si ces industries sont profitables à la société, trop souvent elles sont funestes à ceux qui les exercent. Les hommes qui manipulent la matière pour l’approprier à nos besoins, pour en faire sortir un produit utile àtous, ne le font pas toujours impunément; trop souvent ils sontvielimes de leur industrie. Tel produit préparé dans nos usines, qui \a satisfaire aux mille besoins de notre existence, aux caprices sans cesse renaissants de notre amour du luxe, compromet chaque jour la santé, la vie même des ouvriers qui le fabriquent. C'est donc une raison de reconnaissance autant que d’humanité qui doit nous porter à nous intéresser au sort de ces hommes qui paient de leur vie le bien-être de tous. C’est un devoir pour nous de nous efforcer d’améliorer leur profession , de tâcher de les soustraire aux dangers auxquels ils sont exposés.

Étudier l’influence qu’exercent sur la santé des ouvriers les diverses professions industrielles ; examiner la nature, la cause des dangers qu'elles peuvent présenter ; chercher les moyens d’atténuer ces dangers, d’en préserver ceux qui y sont exposés ; éclairer sur ces divers points l’autorité dont l’action protectrice s’étend à toutes les classes d’individus, voilà la mission des conseils de salubrité, en ce qui touche l’hygiène professionnelle.

C’est celle mission que vous clés appelés à remplir aujourd’hui, au sujet d’une industrie spéciale, sérieusement incriminée, et dans l’exercice de laquelle le gouvernement se propose d’intervenir pour y introduire des

reformes de nature à lui enlever scs dangers. Il s’agit de l'industrie qui manipule le phosphore.

Depuis longtemps on a formule contre les fabriques de phosphore et surtout contre les fabriques d’allumettes phosporéos de scvcres accusations, l'n certain nombre de médecins hygiénistes leur attribuent, et surtout aux dernières, une influence funeste sur la santé des ouvriers qui y travaillent ; ils les regardent comme la source de nombreuses et très-graves affections.

Les individus exposés aux émanations qui se produisent et se répandent dans les ateliers où se manipule le phosphore seraient sujets, selon eux, à diverses maladies du tube digestif, des organes respiratoires, et de plus à une affection spéciale, la carie des maxillaires, affection le plus souvent mortelle. A l’appui de ces allégations, ils citent un assez grand nombre de faits observés tant en France qu’en Allemagne qui paraissent établir d’une manière irrécusable l’action délétère qu’exercent les émanations phosphorées sur l’économie.

On conçoit que de pareilles assertions, qui intéressent la santé d’une population ouvrière assez considérable, aient dû éveiller l’attention du gouvernement et le porler à prendre des mesures propres à combattre les dangers de celte industrie; d’autant plus que le remède est tout trouvé; remède simple et d’une application facile. Il suffirait à ce phosphore, qui répand à l’air des vapeurs si odorantes et considérées comme si délétères, de substituer le phosphore modifié par l’action de la chaleur, ce phosphore d'une nouvelle espèce qui n’exhale ni odeur ni vapeur, qui peut meme être introduit sans danger dans l’économie. Mais tous les observateurs ne sont pas d’accord sur l’influence qui doit être attribuée aux vapeurs phosphorées. Quelques-uns contestent ou nient que ces vapeurs exercent une action délétère sur l’économie ; il appuient leur manière de voir sur l’examen des faits, sur l’observation de l’industrie qui ne leur a révélé aucun cas de maladie que l’on puisse certainement attribuer à une action spéciale des émanations du phosphore sur l’économie. Avant donc d’ordonner la substitution du phosphore rouge au phosphore ordinaire, avant que d'adopter une mesure qui ne pourrait moins faire que de jeter quelque perturbation dans la fabrication et le commerce des allumettes phosphorées, et qui aurait pour effet nécessaire de hausser le prix d’un objet qu’en raison de son immense consommation, on peut considérer comme un objet de première nécessité ; avant, dis-je, d’adopter une semblable mesure, le gouvernement, en présence des assertions contradictoires émanées d’observateurs également dignes de foi, a besoin de savoir jusqu’à quel point celle mesure est nécessaire et applicable. Pour y arriver, il a ordonné une enquête qui se poursuit parles soins du comité consultatif d’hygiène publique, cl qui devra recueillir tous les documenls scientifiques et statistiques capables de fixer l’opinion

sur la réalité des dangers attribués à l’industrie qui travaille le phosphore.

Le Conseil d'hygiène de Lyon est appelé à témoigner dans celte enquête, à fournir sa part de renseignements. Sa position auprès de la fabrique de phosphore la plus considérable de France, les travaux antérieurs d’un de scs membres, A. Dupasquier, sur celle question, rendaient son témoignage important, nécessaire. M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, par une letlrc en date du 25 juin 1355, vous demande de le renseigner sur les points suivants, savoir : « Si dans aucune circonstance il n’a été observé, à quelque degré que ce soit, le moindre trouble dans la santé des ouvriers employés à la fabrication du phosphore ; si aucun d’eux n’a présenté, soit dans les premiers temps de son entrée dans la fabrique, soit plus tard, un dérangement des fonctions digestives, une altération quelconque des organes respiratoires, et enfin l’affection spéciale des os maxillaires observée chez les ouvriers qui fabriquent les allumettes ? — Quels sont les résultats de l’ observation faite à ce point de vue dans les fabriques d’allumettes phosphorées? Comment se préparent le phosphore ordinaire et le phosphore rouge ? Y a-t-il, soit dans les procédés de fabrication, soit dans la disposition des ateliers, soit dans la manière d’être des ouvriers, quelque condition spéciale qui les préserve des émanations phosphoréesj ou, au contraire, ceux-ci sont-ils exposés aux vapeurs du phosphore et en absorbent-ils une certaine quantité ainsi que l’a constaté autrefois Dupasquier? etc. »

Pour mettre le Conseil d’hygiène à même de répondre à ces questions, nous avons visité, M. Rougier et moi, la fabrique de phosphore de MM. Coignet, ainsi que les principales fabriques d’allumettes de l’agglomération lyonnaise. Les ateliers, les opérations qui s’y pratiquent ont été examinés dans leurs moindres détails ; les maîtres et les ouvriers ont été minutieusement interrogés. Nous nous sommes mis, en outre, en rapport avec MAI. les médecins à qui leur position, soit dans les hôpitaux, soit ailleurs, pouvait avoir fourni l’occasion de connaître ou de traiter des malades appartenant à l’industrie du phosphore. Ce sont les résultats de cette enquête que nous allons exposer dans ce Rapport, pour lequel nous utiliserons encore les renseignements qui se sont produits dans la Société de médecine, lors de la discussion qui a eu lieu dans sou sein à la demande de AI. Rougier, sur la question qui nous occupe. Nous mettrons encore à profit un travail inédit d’un jeune docteur, AI. Humbert, naguère interne des hôpitaux de Lyon, qui a observé plusieurs cas de nécrose phosphogénée et qui a en outre étudié d’une manière toute spéciale les conditions hygiéniques de l’industrie qui fait l’objet de celte enquête. Nous avons donc le droit d’espérer que ce Rapport sera le tableau fidèle de l’état actuel de la fabrication du phosphore et des allumettes phosphorées à Lyon, ainsi que de son influence sur les ouvriers qu'elle emploie.

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