‹ Hygiène des baigneursChapitre 4 sur 57 · EN SEP · texte numérisé non relu

EN SEP

pire, firent construire à leurs frais de vastes et magnifiques établissements de bains où tout Romain, sans distinction, pouvait entrer gratis. Nous donnerons plus loin la description d’un bain à Rome, et les curieux détails qui s’y rattachent.

Mais les bains publics, quoique nombreux dans l'ancienne capitale du monde, n'étaient pas les seuls ; il existait en outre un nombre prodigieux. de bains particuliers ; toutes les maisons patriciennes ou même un peu aisées possédaient leur balnearium, ou salle de bains. Hommes et femmes se baignaient une ou deux fois par jour, le matin et le soir. Le linge de corps n'étant pas encore connu, et mp des vêtements donnant un facile accès à la poussière, rendait le bain | abris hier indispensable. L

Cette passion des anciens peuples pour le ban dura jusqu’à Constantin, qui, transportant le siége de l'empire à Constantinople, y fit construire quel- | ques bains. Mais les évêques, profitant de l’autorité que ce prince leur avait accordée, changèrent le mode d’éducation de la jeunesse romaine, firent fermer les gymnases et les bains publics, sous le prétexte d'abus et d'atteinte à la morale chrétienne.

Ainsi, ces hommes, aveuglés par leur zèle à renverser une religion qui s'écroulait, attaquèrent et détruisirent l'usage des bains que tous les philosonges avaient regardé comme un des premiers préceptes de Phygiène publique et privée. Cette violente proscription des bains engendra chez les nations chrétiennes d’affreuses maladies de peau , et i} devint plus tard nécessaire d'ouvrir des léproseries pour y recevoir des êtres hideux et imfects. Ce triste état de choses dura jusqu’au démembrement de l'empire d'Orient. Abubeker rétablit les bains en Espagne, Omar dans le Levant et Abderam en France. Mais il suffisait que l’usage du bain fût un précepte religieux chez les mahométans pour que les ministres de la religion chréüenne, profondément ignorants en ce qui concerne lhygiène, le regardassent comme une source d'immoralité et travaillassent incessamment à le proscrire. C’est ce qui arriva. Chassés des pays qu'ils avaient conquis, les musulmans portèrent en Orient les bienfaits du bain, et chez les nations chrétiennes, il fut presque défendu de se baigner.

Cependant, au retour des croisades, les princes et seigneurs croisés, qui avaient éprouvé les bons 4;

Er | ie effets du bain en Orient, s’empressèrent d'ouvrir des bains publics dans leurs capitales. Les anciens thermes romains qui, dans plusieurs villes, tombaient en ruines furent réparés, et le peuple put de nouveau se baigner, se nettoyer. Sous Philippe le Hardi, on criait dans les rues de Paris : Estuvezvous, car l'estuve est chaude. Les croisades et le commerce avaient ouvert aux Français les ports du Levant; leur goût prononcé pour limitation leur fit bientôt fréquenter les étuves et bains, au poiut qu'ils devinrent une nécessité de la vie. « On y était attiré, dit Preslay, par des raisons de propreté, de santé, mais plus encore par le besoin de société. Les uns y prenaient le bain d’eau, d’autres celui de vapeur: plusieurs n'y venaient que pour causer chaudement dans la saison froide. Ils étaient pour ces derniers ce que sont encore aujourd'hui les poëles en Allemagne, les esiaminets en Hollande et les cafés en France. »

Aux quatorzième et quinzième siècles, ils furent plus fréquentés que jamais. « Ce n’est guère que dans les bains, raconte Marchangy, ou bien à l’église et chez les accouchées que les femmes se voient. Les hommes s’assemblent aux bains, chez

ER di

les barbiers, dans les cabarets et aux halles ; 1l y a des bains particuliers dans les hôtels, et les personnes que l’on prie à diner sont en même temps invitées à se baigner. »

A celte époque, ainsi qu'aux jours de la décadence romaine, les mœurs eurent parfois à souffrir du mélange des sexes dans les établissements de bains. En 1409, un arrêté de Dijon désigne les jours où les hommes et les femmes iront séparément aux bains. « Et si quelqu'un se veuille bouter par force avec les femmes, 1 paieru soixante sous d'amende. » En 1441, les statuts synodaux d’Avionon interdirent aux clercs mariés l’entrée des étuves publiques. En 1509, toujours à l’instigation sacerdotale, les établissements de bains, si favorables à la santé, furent fermés et supprimés sous prétexte d'abus. Les instigateurs de la suppression des bains ne voulurent pas comprendre que toute bonne chose peut avoir ses abus, et qu'il n’est rien moins que sage de priver la société d’une institution utile, parce que quelques-uns en ont abusé. |

Le siècle des lumières éclaira enfin la France ; la foule des croyances absurdes, des terreurs su-

— 19 — | perstitieuses,-des abus et des préjugés disparurent; les bains publics se rouvrirent pour ne plus se fermer ; le mélange des sexes ne fut plus possible, les mœurs n’eurent plus à souffrir, et l’hygiène publique y gagna immensément.

Aüjourd’hui, un grand nombre de bains pâblics sont ouverts dans toutes les villes de France et très-fréquentés ; l'usage et les bienfaits qu’on en retire ont fait justice de leurs détracteurs, et l’on ne rencontre plus de gens assez sots pour fulminer, Comme autrefois, contre les bains publics.

Avant d'entrer dans la description et la classification des bains, nous dirons quelques mots sur les fonctions de la peau, pour mieux faire apprécier au lecteur l’allité et Pindispensabilité du bain.

Page 1