DU SOMMEIL
Le sommeil est un réparateur si précieux qu'il importe de n'en pas ménager la durée : le temps gagné sur le sommeil est reperdu eo détail tout le long de la journée, par suite de fatigue ou d'excitation nerveuse. Il faut que les enfants et les jeunes gens dorment assez et qu'ils se couchent tôt.
Quant à la durée du sommeil, les hygiénistes sont d'accord pour affirmer qu'il faut environ dix heures de sept à douze ans, et que la durée du sommeil doit être plus grande en hiver qu'en été. La i'® Sous-Commission a été d'avis qu'il ne fallait pas tenir compte des différences individuelles , par suite desquelles certaines personnes dorment beaucoup moins longtemps que d'autres, et elle propose de dire que la durée du sommeil sera calculée sur an minimum de neuf heures au mx)ins pour les élèves de moins de douze ans, et de huit heures pour les grands élèves des internats et pour ceux des écoles normales, La 4* Sous-Gomtuission demande neuf heures pour tous les élèves des écoles primaires supérieures.
Le régime des veilles continues est pernicieux, surtout pendant la jeunesse : le plus souvent les écoliers qui demandent à veiller sont ceux qui ont flâné dans la journée et se figurent regagner ainsi le temps perdu. Nous sommes loin de méconnaître les diversités des tempéraments; bien des personnes ne possèdent que le soir toute leur lucidité et toute leur force d'imagination , et si une règle inflexible éteignait à heure fixe les lampes de tous les poètes, de tous les savants, nul doute que bien des chefs-d'œuvre d'imagination ou d'invention ne verraient jamais le jour. Il n'en reste pas moins acquis, par l'expérience des siècles, qu'en règ^e générale le travail du matin est préférable ; il est présumable aussi que la vie s'entretient mieux à la lumière du jour qu'à celle des lampes. Sans faire intervenir la question d'économie de luminaire ni celle d'hygiène delà vue , nous voudrions placer minuit précisément au milieu de la nuit des écoliers. Mais l'adoption de cette règle dans toute sa rigueur s'éloi^n.Q
trop des habitudes reçues pour que nous puissions la recommander; l'espérience enseigne d'ailleurs qu'en hiver il est pénible de se lèvera la lumière et de procéder, malgré le froid, auï soins de toilette que nous ne voulons pas trop sommaires. Tout nous conduit donc à laisser suivre les errements habituels : le lever aurait lieu vers 5 heures et demie eo été et 6 heures et demie en hiver.
On rencontre chezies gens mal élevés une singulière tendance à troubler le sommeil des autres quand ils ne dorment pas eux-mêmes. 11 importe de prendre eu main la défense de* dormeurs par une exacte discipline. Dans les écoles normales, par exemple, huit heures sont données au so]imieil ; ce n'est pas au dortoir, mais au sommeil effectif qu'il faut assurer ce temps : à l'heure fixée pour le coucher, qui sera par exemple 9 heures et demie en été et 8 heures et demie en hiver, il faut que tous les élèves soient dans leurs lits et que tout bruit ait cessé.
Le syslèmedescujej présente, sous ce rapport, un avantage marqné,en rendant plus difficiles les conversations de lit à lit , et si l'on veut faire les frais sufFisanls, les cases permettent également l'installation de lavabos individuels où la toilette peut se faire des pieds à la tête tous les jours.
Un calinet d'aisances avec arinoirs doit être annexé à chaijae dortoir; la ventilation de ce cabinet doit être particulièrement soignée. La présence d'urinoirs à cet endroit est surtout nécessaire si l'on n'admet pas de vase de nuit dans les dortoirs. Entre seize et vingt ans, les Jeunes gens bien portants dorment tout d'un trait. Les vases sont nécessaires pour les petits enfants et pour la plupart des adultes, mais ici on peut supprimer cette cause de mauvaise odeur. On peut l'atténuer en n'admettant que des vases en porcelaine, à l'exclusion de ceux en faïence.
il est bien de faire quitter les chaussures avant l'entrée des élèves au dortoir et de leur donner des chaussons ou des galoches.
Il ne faudra pas s'effrayer de voir la température des dortoirs s'abaisassez fortement. Des jeunes gens couchés dans de bons lits et aur iés à se couvrir la tête supporteraient à peu près le plein air par tous temps. Nous ne demandons pas qu'on laisse les fenêtres ouvertes :oute saison, comme dans certaines contrées de l'Amérique du Nord les bords du Rhin, mais on devra tenir la main à ce qu'il ne soit
porté obstacle par personne au fonctionnement régulier de la ventilation. Douglas Galton, dont l'autorité en pareille matière est bien reconnue, demande que la température des dortoirs ne descende pas au-dessous de 4 ou 5 degrés. Nous pensons qu'une température notablement plus basse ne présente aucun inconvénient.
Les dortoirs doivent être aérés, toutes fenêtres ouvertes, pendant une grande partie de la journée. La literie doit être également exposée à l'air pendant plusieurs heures tous les jours : il doit être interdit de faire les lits dès le matin.
Ce serait ici le lieu de faire ressortir les inconvénients majeurs* des internats pour les mœurs et la santé des élèves, car c'est au dortoir que le vice solitaire se développe, par une sorte de contagion, chez les jeunes gens qu'on a négligé de fatiguer corporellement. M. Bràunig, sous-directeur de TEcole alsacienne, a bien voulu rédiger à notre intention une mémoire sur ce sujet si important; si les parents savaient où les choses en sont arrivées dans nos établissements publics, on verrait se produire une vive réaction contre le système des internats.
Si nos mœurs ne permettent pas la suppression de l'internat pour les écoles normales, surtout pour celles de filles, nous pensons du moins que la Direction de l'enseignement primaire n'est pas assez riche pour dépenser un centime en faveur d'internats primaires: les classes primaires supérieures dans les grosses communes , les écoles primaires supérieures dans les villes, ont déjà fait naître fort heureusement le système tutorial qui est pratiqué en France dans une mesure plus large qu'on ne paraît le croire dans certaines sphères administratives.