REPARTITION DU TRAVAIL ET DU REPOS. - VACANCES
Obtenir la plus grande somme de travail intellectuel possible sans nuire à la santé des élèves, tel est le problème qu'il nous faut aborder actuellement.
Nous admettons qu'on suive exactement les indications contenues dans les précédents chapitres. On n'a pas marchandé le sommeil ; les repas sont assez nombreux, les aliments convenablement choisis et abondants; il faut encore que le temps réservé aux récréations soit suffisant pour recréer, conmie le mot l'indique, les forces intellectuelles fatiguées; il faut que ces interruptions de travail soient occupées par des exercices corporels qui en augmentent l'efTet utile, en activant les échanges intérieurs de lorganisme. Si l'on veut obtenir le maximum de travail utile, il faut encore distribuer les matières des études de manière que Tune vienne faire diversion à l'autre; il faut surtout répartir les temps de repos, assez nombreux pour que la fatigue cérébrale n atteigne jamais la mesure oà V attention commence a faiblir, et assez courts pour ne pas surexciter la circulation au point de rendre difficile la reprise du travail. Telle est du moins la règle que nous poserions pour les récréations quotidiennes et qui est surtout applicable aux jeunes enfants.
Il n'est pas possible d'appliquer à l'étude de la fatigue cérébrale les méthodes graphiques, grâce auxquelles on connaît avec tant de précision les lois delà fatigue musculaire; mais les travaux récents émanant d'observateurs attentifs nous apprennent qu'il existe une grande analogie entre ces deux ordres de phénomènes. Dans les deux cas, la fatigue se produit dès le début du travail, mais n'augmente d'abord qu'avec lenteur, et si le repos intervient fréquemment , il suffît de très courtes intermittences pour qu'à chaque reprise le travail puisse être attaqué avec une vigueur peu différente de celle du début. Si, au contraire, on laisse la fatigue atteindre un degré trop marqué, qu'on peut désigner sous le nom d'épuisement, il faut un repos très prolongé pour reconstituer les forces. Ces faits expliquent la nécessité du repos dominical pour les
adultes réellement laborieux et le besoin de grandes vacances dans les professions où le travail intellectuel est poussé au delà des limites raisonnables.
Il est difficile de dire au juste quelles sont ces limites. Nous rappel* lerons seulement la règle américaine des trois 8 (8 heures de sommeil -{- 8 heures de travail+ 8 heures de liberté = 24heures)etnous pensons que cette règle est excellente, et qu'il faut considérer huit heures de travail comme un maximum qui ne doit jamais être atteint par les élèves des écoles primaires ordinaires, jamais dépassé par ceux des écoles normales. Nous y reviendrons page 91.
C'est par des repos soigneusement ménagés et par des exercices corporels suffisants qu'il est possible, suivant nous, d'augmenter le rendement intellectuel des écoliers. Si fon observe soigneusement les enfants, on s'aperçoit bientôt que le trait pour ainsi dire caractéristique des sujets distingués est d'être tout entiers à ce qu'ils font. L'un des buts de la pédagogie est d'enseigner aux élèves à acquérir cette habitude, et ce résultat ne peut être atteint si la durée de l'effort qu'on leur demande est tant soit peu supérieure à ce qu'ils peuvent donner. Surtout pour les jeunes enfants, les longues classes, les longues études vont exactement contre ce but idéal : supprimer l'inattention. Si donc on se proposait de faire rendre le maximum aux enfants, il faudrait les maintenir au travail pendant un certain nombre de séances mesurées chacune par la durée d'attention soutenue dont ils sont capables. Cette durée augmente graduellement avec l'âge, aussi peut-on allonger progressivement les séances ; d'autre part, les classes du matin peuvent être plus longues que celles du soir, et l'on peut faire des attelées d'autant plus fortes qu^elles auront été précédées d'une interruption plus prolongée; mais quoiqu'on fasse pour proportionner les séances à la fatigue présumée des jeunes gens et à la nature du travail, quelque soin qu'on apporte à la distribution des récréations et à leur emploi, on n'obtiendra jamais plus qu*un certain total d'application réelle par jour. Tout ce qu'on exigera en surcroît ne sera pas obtenu, c'est un petit mal; mais ce qui est un grand mai, c'est d'habituer ainsi les enfants à être présents de corps et absents d'esprit. Avec les règlements actuels, le cerveau des enfants ne résiste que grâce a leur merveilleuse faculté d'inattention sur laquelle on finit par compter; en réalité, la plupart des écoliers perdent une bonne partie du
temps passé sur les bancs. Ce temps, non seulement perdu mais nuisible, nous le revendiquons pour le jeu : Vélève ne devmit pas rester assis un instant sans travailler réellement.
Le mouvement, c est la joie des eufants et leur santé. • Est*il facile de concilier à la joie des enfants et la tranquillité des parents • ? Est-ce dans Tintérét des enfants qu'on leur dit sans cesse : Tençz-vous tranquilles ! ne faites pas de bruit I pas de jeux de mains ! et le reste ? Dans les familles aisées, au retour de la mer ou de la cam« pagne, on se donne une peine infinie pour refréner les habitudes de mouvement perpétuel contractées pendant les vacances : on y parvient bientôt, et les enfants ne tardent pas à perdre leurs fratches couleurs, leurs chairs fermes et leurs mouvements vifs et décidés. Bientôt on appelle avec impatience le retour de la belle saison pour retourner au bon air; ce n'est pas seulement le bon air qui avait fait merveille, c'est surtout la liberté. Rien ne démontre que Tair des villes soit défavorable à la santé ; Tair confiné des maisons et Tabsence d'exercice des enfants qu'on y emprisonne pendant plus de vingt heures par jour suffisent amplement pour étioler les jeunes générations. Avec Thabitude des jeux tranquilles, ces victimes de nos mœurs contractent une faiblesse et une pâleur excessives , une passivité à subir toutes les influences climatériques et toutes les maladies de Tenfance.
L'interdiction d'employer les coups, le pain sec et en général toutes les punitions corporelles est une difficulté, car elle prive le maître de moyens d'action qui n'ont rien de contraire à Fhygièoe. Loin de regretter ces peines brutales, nous ne voudrions cependant pas qu'il résultât de leur suppression une augmentation de pensums, des privations de récréation et des retenues trop longues. Bien des élèves seraient moins paresseux et fourniraient plus de travail, si l'on ne leur en demandait pas une somme qui dépasse la mesure de leur application possible; si, au lieu de diminuer pour eux le temps de travail , on le prolonge en manière de punition , on risque fort d'aller directement contre le but proposé. En tout cas, pour les jeunes enfants, le pensum écrit est absolument fâcheux; préjudiciable à récriture et aux bonnes habitudes d'attention s'il est gribouillé, il est nuisible à la vue et à la rectitude du corps s'il est fait avec soin.
En résumé, à moins de force majeure, les récréations auront lieu en plein air; aucun élève ne pourra s* en dispenser, ni par choix, ni pour faire
des pensums, et la plus grande partie des récréations sera employée en jeux de force ou d'adresse.
C*est en vue des récréations qu'il faut ménager dans les écoles des préaux couverts et découverts, ce qui peut conduire à doubler et à tripler la dépense, si Ton se conforme à l'instruction actuelle. Pour la superficie du terrain , tout en maintenant les prescriptions actuelles en ce qui œncerne les écoles maternelles, la i'" Soiis-Gommission propose de dire que, pour les écoles primaires, la superficie de terrain ne pourra avoir moins de 500 mètres,
La gymnastique est un des meilleurs moyens de rétablir dans Téconomie l'équilibre rompu par l'excès des occupations sédentaires. S'il est permis d'exprimer des réserves sur la nécessité d'établir des agrès dans les conmiunes rurales,, l'utilité des exercices d'ensemble, d'un bout à l'autre de l'enseignement primaire, ne fait l'objet d'aucun doute. Ces mouvements ofirent un grand intérêt pédagogique, à cause de la précision et de l'instantanéité d'obéissance qu'exige leur exécution.
Ecoles maternelles. — C'est dans les écoles maternelles qu'il est le plus facile de se conformer à tout ce que nous venons de dire; aussi voit-on de plus en plus des parents relativement riches envoyer leurs enfants dans ces établissements, où ils peuvent les laisser en toute sécurité et où l'on veille, autant et mieux qu'on ne le ferait dans la famille, à l'exercice convenable et régulier.
Les jeux librement pris au grand air ou dans le préau tiennent ici le premier rang ; et c'est affaire aux directrices de trouver la variété désirable, de surveiller autant ceux que le jeu échauffe ou énerve à l'excès que les pauvres lymphatiques timides qui restent volontiers, si l'on ne les en tire, dans une regrettable immobilité, ne voulant ni n'osant se mêler aux jeux des autres.
Il est regrettable également de voir les enfants, venus dès 7 heures et demie ou 8 heures ou 8 heures et demie, rester immobiles, assis dans le préau sur des bancs mal commodes et dans des attitudes vicieuses, jusqu'à l'beure de l'entrée en classe. Il faut absolument, pendant l'avantclasse, laisser les enfants en liberté dans la cour ou dans le préau, sauf à les mettre au repos quelques minutes avant l'entrée en classe.
Ainsi, dans les écoles maternelles, au fur et à mesure de leur arrivée.
les enfants seront mis en liberté dans la cour ou, quand le temps ne le permettra pas, tenus au préau occupés à des marches d* ensemble, des évolutions oa autres exercices récréatifs.
Un quart d* heure ou une demi-heure avant Ventrée en classe, ils seront conduits aux privés et maintenus au repos.
Les récréations qui coupent chacune des classes du matin ou du soir seront consacrées à des marches avec chants dans la cour ou dans le préau.
Dans la récréation qui suivra le repas de midi, les enfants seront en liberté dans la cour ou dans le préau. Des jeux, variés autant que possible, seront mis à leur disposition ; on choisira de préférence les jeux qui développent la force et V adresse,
Uinconvénient du travail poussé à l'excès se rencontre d'autant plus rarement que les enfants sont plus jeunes. Leur tendance à Tinattention , leur mobilité d'esprit,' les défendent heureusement contre les tentatives de surmenage; aussi n'existe-il, en dehors des nécessités du nettoyage, aucune raison pour accorder des vacances dans les écoles maternelles : il est désirable que, sur ce point, l'article 2 du règlement modèle du 2 août 1881 soit reproduit dans tous les r^lements départementaux.
La fixation de la durée des classes et des exercices dans les écoles maternelles n'est pas sans présenter de sérieuses difficultés, car, entre l'enfant de deux ans et celui de sept ans, les différences sont plus marquées qu'entre le plus jeune et le plus âgé des écoliers primaires. Aussi faut-il établir, à cet égard , des classiBcations entre les enfants de l'école maternelle.
L'article 12 du décret du 2 août 1881, ou règlement général, prescrivant la division des enfants en deux sections suivant leur âge et le développement de leur intelligence, appelle une modification. Trois sections nous paraissent nécessaires. Nous voudrions que la première section comprît , en moyenne, les enfants de deux h quatre ans,,\dL seconde ceux de quatre a six ans. Une troisième section comprendrait les enfants de plus de six ans révolus.
La 5® Sous-Commission attribue une très grande importance à ce sectionnement nouveau et elle tient beaucoup à ce qu'aucun enfant ne soit admis en troisième section avant Vâge de six ans révolus.
De plus, la Sous-Commission demande que les enfants puissent rester
CL { école maiernellê jusqu'à la fin de Vannée êcolaire au courg de laquelle ils auront atteint Vâge de sept ans.
Ces dispositions ont pour but de favoriser le plu§ possible le premier enseignement de la lecture dans récoie maternelle. On y trouve de nombreux avantages. Il est évident d'abord qu'il est très désirable de décharger Fécole primaire de 1 enseignement de la lecture tant que faire se pourra. Il est non moins certain qu'il est de toute première impor* tance de ne pas garder en classe pendant six heures par jour des enfants de moins de sept ans*, ces séances prolongées sont nuisibles à leur santéi ne peuvent que leur donner des habitudes de flânerie, et leur présence à l'école est une gêne et un embarras pour les mattres et. pour les élèves plus avancés. Il faut donc choisir : soit créer dans toutes les communes de France des écoles maternelles ou des classes enfantines où les enfants resteront jusqu'à l'âge de sept ou huit ans, soit abréger la durée du séjour en classe pour les élèves du cours élémentaire, ainsi
que nous en ferons plus loin la proposition.
Mais revenons aux écoles maternelles.
Ni le règlement général ni le règlement modèle ne donnent d'indication quant au nombre et à la durée des classes dans ces écoles ; nous voyons seulement à l'article 26 du r^lement général que les leçons ne doivent jamais durer plus d'un quart d'heure on vingt minutes , et l'article 7 du règlement modèle semble impliquer qu'il y aura classe deux fois par jour.
Les hygiénistes de tous les pays sont à peu près unanimes à déclarer que le nombre des heures de travail intellectuel, que nous définirons en renvoyant à l'énumération faîte au paragraphe 1" de l'article 2 du règlement général, ne doit pas dépasser trois heures par jour pour les enfants de sept ans, et qu'aucune leçon ne doit fixer Tattention des enfants de cet âge pendant plus d'un quart d'heure. D'autre part, on est d'accord pour demander qu'environ les deux tiers du temps de travail soient pris sur la première partie de la journée. On arrive ainsi à admettre pour la troisième section deux heures de classe le matin et une heure le soir, et à couper chaque heure de classe par deux repos de sept minutes et demie chacun (iô+Tt+î^ + Tt + iS*^ 60). Les dent heures de classe du matin seraient en outre séparées par une récréation d'une demi-heure. La durée du séjour en classe doit être encore moindre pour
les enfants plus jeunes , soit seulement deux heures et demie pour la seconde section et deux heures pour la première ^^K
Au surplus^ bien des instituteurs expérimentés assurent que le passage par certaines éeoles maternelles est plus nuisible qu'utile au progrès des élèves; le peu qu'ils y ont appris est plus que compensé par la mauvaise habitude de considérer la classe comme un lieu d'amusement et de flânerie; plus on réduira la duréedesclassesdans l'école maternelle, mieux
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cela vaudra pour la santé des enfants; nous raffiruions d'autant plus hardiment que cette réduction parait tout au moins înoffeDsive au point de vue des études ultérieures.
Mais pour réduire au minimum la durée de renseignement, les directrices d'écoles maternelles ont besoin d'une sauvegarde contre certaines familles qui voudraient voir leurs enfants progresser rapidement; les gens peu lettrés sont impatients de voir leur bébé lire et écrire le plus tôt possible; pour les satisfaire, il faudrait tout faire converger vers ce but. Or renseignement prématuré de la lecture et surtout celui de récriture sont absolument préjudiciables à la vue et même au développement régulier du corps de l'enfant. Bien ne presse d'ailleurs ; quand, par d'autres exercices, les petits élèves auront appris à fixer leur attention pendant quelques instants, à se servir de leurs doigts, à obéir sans hésitation , l'enseignement de la lecture et de l'écriture se fera sans difficulté. Le règlement spécial devant être affîchédans l'école età la mairie, les parents sauront que la directrice obéit à une prescription administrative quand elle met à exécution les dispositions suivantes, qui pourraient figurer en tête de l'article lo.
La durée des classes n'excédera pas deux heures par jour pour la première section, deux heures et demie pour la seconde et trois heures pour la troisième section.
Aucune classe ne durera plus d'une heure sans être précédée et suivie d'une récréation d'au moins une demi-heure. Chaque classe d'une heure sera interrompue deux fois par des repos d'au moins .cinq minutes, occupés par des mouvements avec chants ou par une récréation libre; chaque classe dune demi-heure comportera une interruption.
Malgré la brièveté du temps laissé à l'enseignement dans les écoles maternelles, l'interdiction de mettre des crayons pour écrire entre les mains d'enfants âgés de moins de six ans, stipulée dans une des conclusions du chapitre IV, sera une cause d'embarras pour quelques directrices. U n'en faut pas moins tenir la main à l'exécution rigoureuse de cette prescription, indispensable pour la conservation de la vue, d'après l'opinion unanime de tous les spécialistes de la Commission.
Au surplus, nous n'avons jamais vu qu'un enfant ait fait des études plus rapides pour avoir appris à lire et à écrire avant l'âge de six ans, et il est bien d'autres occupations aussi propres à fixer l'attention des
enfants de là seconde section. Parmi les exercices utiles, nous avons mis au premier rang les mouvements rythmés, tels que la gymnastique et le chant, et, dans le chapitre V, nous avons demandé que roti augmentât la sévérité des épreuves de chant pour les directrices et inspectrices des écoles maternelles. Peu nous importe que ces dames sachent l'histoire, la géographie ou les finesses de Torthographe. Il nous faut des chanteuses, bonnes musiciennes; l'éducation musicale peut se faire sans inconvénient dès le premier âge ; on y parvient facilement à condition de s'y prendre assez tôt, et Ton n'y arrive pas si Ton entreprend trop tard. Nous ne saurions trop pousser àTéducation deToreiHe, à renseignement par Taudition. Le cri est le premier acte de Tenfantà sa naissance ; à un an , il comprend la parole et s'y exerce : suivons Tordre naturel, et si, par surcroît, nous préparons aux générations k venir les jouissances artistiques* de Tordre musical, les seules qu'on puisse se procurer sans dépense dans les campagnes les plus reculées, nous n'aurons pas regret d'avoir résisté à la tendance pernicieuse de faire travailler trop tôt les yeux de nos enfants.
Sans nous permettre de comparer les mérites respectifs des diverses méthodes d'enseignement du chant, nous sommes en droit de faire observer ici que la notation chiffrée de la musique est la seule qui puisse être admise dans les écoles maternelles. L'écriture sur la portée est plus pernicieuse encore pour la vue que l'écriture ordinaire, tout au moins pour les enfants dont les yeux ne sont pas d'une conformation tout à fait régulière. Au contraire, l'écriture chiffrée de la musique, à cause du petit nombre des signes et de l'absence de liaison entre eux, peut précéder sans inconvénient le premier enseignement de l'écriture : la notation en chiffres est la seule qui puisse être admise pour renseignement de la musique dans les écoles maternelles et les classes enfan-fines.
Sî l'on pouvait avoir des directrices parlant une langue étrangère, rien ne serait plus simple que d'en faire profiler les enfants : à la sortie de l'école maternelle, les élèves pourraient parler à la perfection la langue qu'on aurait choisie: pour l'enfant, l'allemand ou l'anglais ne sont pas plus difficiles que le français. Dans les familles riches, on ne s'y prend pas autrement, et, à trois ans, les enfants le plus mal doués parlent couramment trois langues sans jamais les mêler, pour peu qu'ils aient
été mis en contact avec des personnes qui ne leor parlent jamais chacune aatrement qa^en sa langae.
Personne n^est plus partisan que nous de la tendance qui consiste à substituer le plus possible le raisonnement à la mémoire, mais il y a temps pour tout Le jeune enfant est essentiellement imitateur, et s'il raisonne, c^est par des procédés qui échappent le plus souvent à Tes prit des grandes personnes. Pourquoi violenter son naturel et ne pas profiter de cette période d^imitation pour lui inculquer un certain nombre de connaissances utiles et déblayer ainsi le terrain pour lenseignemeot primaire? Qu^on fasse apprendre la table de multiplication jusquà douze, avant que lenfaut soit capable de faire une addition ; qu'ion lui enseigne les noms des départements, des chefs-lieux, des sous-préfectures avant qu^il sache que la terre est ronde, nous n^y voyons pa^ grand inconvénient, mais qu'on ne lui rompe pas la tête de raisonnements trop subtils pour lui et quil fera spontaném^it plus tard; qu^OD s'abstienne surtout de le faire lire et écrire.
Au surplus, récole maternelle, dans les antres pays civilisés, est essentiellement municipale : laissons tous les frais de ces établissements à la charge des conununes; ce sera le meilleur moyen pour qu^on n en crée pas inutflement. Dans ce même ordre d idées, les directrices d'écoles maternelles devraient être formées en dehors des écoles normales dtinstitar trices.
Classes ehfahtinss. — Par analogie avec ce que nous demandons plus loin pour les écoles primaires, dans les classes enfantines, la présence des enfants n'excédera jamais trois heures. Les enfants s'en trouveront mieux et la maîtresse chargée de la classe enfantine aura le temps de perfectionner son instruction personnelle et de se préparer an brevet complet. — Nous renvoyons d^ailleurs à ce que nous avons dit page 78.
U est essentiel que la classe enfantine ne devienne pas une garderie où les parents envoient leurs epfants pour s'en débarrasser; dès qu'on sort de l'école maternelle pour entrer à l'école primaire , il faut que k classe soit prise au sérieux. — Quant au personnel pour la direction des classes enfantines, il nous semble qu'on pourrait le trouver aisément parmi les jeunes titulaires du brevet simple : un poste de ce genre pourrait servir de stage pour la préparation au brevet complet et au certificat
d^aptitude pédagogique. On pourrait fort bien supprimer toute limite d'âge pour les maîtresses chaînées des classes eufantines, car la possession du brevet suppose Tàge de seize ans au moins : une jeune fille de cet âge, fille ou sœur de Tinstituteur et surveillée par lui, peut parfaitement remplir Temploi en se contentant d'une indemnité très modique.
Pour la répartition du travail et du repos dans les Écoles primaires ordinaires, nous remarquerons que le règlement général du 27 juillet 1882 et le r^ement modèle du 18 juillet 1882 parlent bien de six heures de classe par jour, mais ne stipulent pas nécessairement la présence de tous les enfants pendant ces six heures. En ce qui nous concerne, nous attacherions un grand prix à diminuer les heures de présence pour les élèves du cours élémentaire, surtout pour ceux de première année. A l'école primaire, comme à l'école maternelle ou dans la classe enfantine, il faut que l'enfant ail l'esprit constamment présent, et ce résultat ne peut être obtenu qu'en le gardant assez peu longtemps et pendant des séances assez courtes pour être certain de ne jamais excéder la mesure de ce qu'il peut donner. Aussi voudrions-nous régler la darée des classes à trois heures pour la première année du cours élémentaire, à quatre heures pour la seconde année.
Nous ne nous dissimulons pas les difficultés pratiques d'une combinaison de ce genre, mais elles ont été surmontées dans d'autres pays, et il nous parait opportun d'en signaler l'utilité au moment où les créations de classes enfantines vont prendre un grand développement et où il estpossible encore d'empêcher cette institution, si utile, d'entrer dans une voie fâcheuse. Nous croyons d'ailleurs que les exigences de l'hygiène, en abrégeant la durée des classes pour la division enfantine et pour le cours élémentaire, rendront un signalé service à l'ensemble des études en donnant aux maîtres plus de temps à consacrer aux cours moyen et supérieur.
Pour ne pas toucher au règlement général , nous nous bornons à demander l'insertion, dans le règlement modèle du 18 juillet 1882, delà disposition suivante , qui viendrait à la suite du premier paragraphe de l'article 7 : Les élèves du cours élémentaire resteront à Vécole au maximum deuœ heures le mxitin et deux heures le soir, y compris une récréation au milieu de chaque séance. Une classe supplémentaire pourra avoir lieu pour eux le jeudi matin.
Dans bien des cas, la même salle et la même maîtresse pourraient être affectées alternativement à la classe enfantine et au cours élémentaire, dût-on réduire à trois heures le séjour total des enfants du cours élémeotaire; en tout cas, il faut se conformer, pour le cours élémentaire, à la régie de ne jamais consacrer plus d'une demi-heure a un exercice scolaire, y compris les préliminaires, les interrogations et un repos d'au moins cinq minutes.
Les élèves du cours moyen peuvent parfaitement supporter six heures de présence à Técole, à condition de les couper par des récréations; Imterruption d'un quart d'heure au milieu de chaque classe, prescrite par l'article 7 du règlement modèle, est absolument insuffisante pour des enfants de neuf à onze ans. Pour ne pas troubler ceux du cours supérieur, nous n'apportons pas à cet article une modification aussi radicale que nous eussions voulu le faire, et nous demanderons seulement que, pour le coui^s moyen, dans les écoles à trois maîtres, chaque séance soit coupée par deux récréations d'environ dix minutes chacune.
En plus des congés réglementaires, il nous paraît utile d'introduire en France l'usage des congés de chaleur. Dans certains pays, quand ie thermomètre à l'ombre marque 25 degrés à midi, au moment du départ des élèves, ils sont prévenus qu'il n'y aura pas classe ie soir.Evi denmient une disposition de ce genre ne peut s'appliquer uniformément à toute la France : c'est bien le cas de proGter de l'heureux système do règlement modèle en y inscrivant à l'article 7, après le second paragraphe :
Quand le thermomètre marquera plus de degrés à tombre à miii^
V instituteur pourra donner congé pour l'après-midi à une partie ou à la totditi des élèves. Nous avons laissé le chiffre en blanc. Dans notre pensée il devrait, suivant les départements, varier de 22 à 3o degrés; l'expérience peut seule renseigner à cet égard et on fera bien de proposer d^abord un , chiffre assez haut pour être certain de ne pas dépasser dix ou quinze 1 congés de chaleur par an. L'obligation pour l'instituteur d^inscrire au 1 registre chaque congé de chaleur suffit pour prévenir l'abus.
La durée bien moins longue du séjour quotidien des enfants i l'école primaire nous dispenserait d'insister, autant que nous Favous fait pour l'école maternelle, sur la manière dont doit être employé k temps des récréations , s'il ne se présentait ici une autre nature de difficultés : c'est la tendance si louable des maîtres à pousser vivement les
progrès de leurs élèves. Il faut être absolument impératif dans la prescription Ae faire sortir de classe tous les ^enfants pendant les courtes récréations réglementaires ; il n'y aura qu^à les laisser faire pour qu'ils jouent; le seul soin à prendre est de les calmer quelques instants avant la reprise du travail. A cet effet, nous dirons :
Pendant les interruptions , les enfants des écoles maternelles joueront en liberté. Deux ou trois minutes avant la rentrée , ils seront mis en rangs et exécuteront une marche au pas ; si cette marche nest pas accompagnée d'un chant, il sera permis de parler dans les rangs.
La 4* Sous-Commission attache une grande importance à ce qu'il ne soit fait aucun devoir ni appris aucune leçon en dehors de V école par les élèves du cours élémentaire. Un enfant de sept à neuf ans qui a fourni cinq ou six heures de travail mental dans une journée a rendu tout ce qu'çn peut lui demander ; loin de donner à d'aussi jeunes enfants des devoirs à rapporter ou des leçons à étudier chez eux, nous avons demandé qu'on réduisît leur temps de présence à l'école.
Si cette réduction était un fait accompli, on pourrait admettre que les enfants eussent une petite leçon à apprendre chez eux. Les parents la font réciter bien volontiers et cela établit un lien utile entre eux et l'école.
Pour les élèves du cours moyen, le travail à domicile peut atteindre une heure environ , et on peut exiger de la part des élèves du cours supérieur un travail d'une heure et demie. Ces tâches étant calculées d'après l'aptitude au travail d'un élève de force moyenne, il y a lieu de les diminuer pour les enfants souffrants et débiles. Les élèves les mieux doués et les plus énergiques sauront y ajouter des lectures, pour le choix desquelles le maître peut intervenir.
H est très désirable que ces travaux soient faits réellement à domicile. L'avantage d'habituer la jeunesse à travailler sans surveillance, celui d'intéresser les parents aux études des enfants, suffiraient déjà pour faire supprimer le plus possible les études surveillées. Au surplus, ces études sont un supplément d'assiduité préjudiciable à tous les intérêts des maîtres, et la prescription de faire les devoirs à domicile établit pour les enfants un repos forcé entre la classe du soir et le travail supplémentaire. Les habitudes prises sont trop enracinées déjà pour qu'on puisse, par mesure générale, interdire les études surveillées; nous espé-
rons cependant que la circulaire du 22 avril 1882, interdisant les études surveillées payantes, finira par avoir raison de Tabus que nous signa- Ions. Quant à l'objection tirée de Tabsence de place à la naaison paternelle « elle conduirait loin : pourquoi alors ne pas garder les élèves à dîner et à coucher, par crainte qu ils ne soient pas assez confortablement à la maison? Le but de Tinstruction primaire est totalement manqué si Ton n'apprend pas aux élèves à travailler intellectuellemeni en dehors de l'école.
A l'approche des examens, certains maîtres, animés d'un zèle louable d'ailleurs, réunissent quelques-uns de leurs élèves dans une étude on dans une classe spéciale qui a lieu le matin avant la classe réglementaire. S'il s'agit d'une étude, il faut s'y opposer absolument; mais s'il s'agit d'une classe, et pour les meilleurs élèves du cours supérieur seulement, nous n'y voyons aucun inconvénient. Rien n'empêche d'autoriser cesélèves de choix à faire ensuite des travaux personnels pendant les cours réguliers dont ils ont dépassé le niveau. Il faut éviter, s'il se peut, de placer ces classes supplémentaires après la classe du soir. En tout cas, il faut exiger une récréation d'un quart d'heure au moins entre les classes supplémentaires et les classes ordinaires.
Au surplus, les maîtres prudents feront bien de dissuader leurs élèves de se présenter de trop bonne heure et surtout dès l'âge de onze ans, ainsi que le permet la loi, aux examens du certificat d'études primaires; c'est exposer sérieusement la santé des enfants que de les surmener avant l'âge en vue d'un examen.
La journée du dimanche doit être entièrement libre. Si des cours accessoires sont nécessaires, ils ne devraient avoir lieu que le jeudi matin, pour les seuls élèves du cours swpéricar^ et leur durée ne devrait jamais excéder deui: heures.
Il est très désirable que l'instituteur organise, le jeudi ou le dimanche, des promenades telles qu'elles ont été prévues et réglées par le Manuel de gymnastique. Dans ces promenades, ainsi que dans les séances de gymnastique proprement dite, il faut attacher le plus grand prix à l'exercice de la course de résistance. Une armée sachant courir gagne en force tout ce qu'elle gagne en vitesse.
Si tes programmes sont trop chargés pour permettre de faire ce que nous demandons, qu'op les allège; il n'est pas nécessaire que tous les enfants soient de première force en grammaire et en calligraphie» Si
Ton n*y prend garde, les écoles deviendront particulièrement propres à fournir des instituteurs, comme notre enseignement secondaire était devenu une parfaite préparation à la section des lettres de TEcole normale supérieure. Tout enseignement tend ainsi à tourner dans un cercle : si, par égard pour Thygiène, on évite de trop charger les enfants, ûous espérons qu'ils n'y perdront pas en ouverture d'esprit.
Les vacances des écoles primaires n'ont aucune utilité par rapport à la santé des enfants; du moment où les règles de l'hygiène auront été observées tout le temps, nous n'avons aucun profit à espérer d'un changement d'habitudes; aussi, du point de vue borné qui est le nôtre, il convient de regarder les vacances comme un mal nécessaire auquel il faut se soumettre par considération pour les maîtres et pour les parents. L^obligation de la fréquentation scolaire impose à cet égard des ménagements et nous concevons fort bien qu'on ah abandonné au préfet, assisté du conseil départemental, la mission un peu politique de fixer répoque et la durée des vacances. S'il n'y avait pas à tenir compte de la fatigue des maîtres, nous voudrions que la durée des grandes vacances fût très différente pour les différents âges. C'est ainsi que nous voudrions qu'on accordât tout au plus une semaine en été aux élèves du cours élémentaire, car à. cet âge une interruption quelque peu prolongée fait perdre non seulement les connaissances acquises, mais surtout, ce qui est plus grave, le pli, l'habitude de l'attention, la discipline morale qui sont le levier de tout l'enseignement. Pour les jeunes écoliers, nous avons abrégé la tâche quotidienne; nous voudrions, par compensation, qu'il fût possible d'augmenter le nombre de jours passés annuellement à l'école et nous croyons que les parents ne s'en plaindraient pas.
Pour les élèves du cours moyen, aux congés spécifiés par l'article 18 du règlement modèle, on pourrait joindre de vacances de quinze jours en été; enfin on pourrait conserver les habitudes actuelles pour les enfants du cours supérieur, qui peuvent réellement, à la campagne, rendre des services pendant la moisson et auxquels on pourrait, dans les villes, donner des taches de vacances pour les habituera s'instruire alors même qu'ils ne sont plus sous l'œil du maître. Mais en somme, conmie hygiénistes, en présence d'enfants qui deviennent des embarras pour les familles, qui n'ont pas la faculté de faire des voyages et qu'on a soigneusement évité de surmener, la nécessité des vacances ne nous ap-
parait pas et nous inclinons à trouver leur durée actuelle plus longue qu*il ne conviendrait. On pourrait les réduire dans les écoles à plusieurs maîtres, en établissant un roulement dans le personnel enseigoaat.
Les Écoles primaires supérieures sont de création récente; il importe qu'il s y établisse tout d'abord, à tous les points de vue, de bonnes habitudes hygiéniques. En Tabsence de règlement officiel, nous ne pouvons entrer dans une discussion de détail ; nous nous bornerons à dire que, suivant Tàge des élèves, en y comprenant les devoirs et les leçons à apprendre , le travail intellectuel ne devra pas dépasser plus de sept ou huit heures, et comme on ne saurait accorder moins de neuf heures au sommeil , il restera huit ou sept heures pour les soins de propreté , les repos , les récréations, la musique , les exercices militaires et gymoastiques et les travaux manuels. C'est ce qui se fait généralement.
Le caractère particulièrement énergique des élèves qui peupleront ces établissements et leur âge plus avancé permettent des séances de travail bien plus prolongées qu'à Técole primaire. Sauf pour le dessin et les travaux manuels, pour lesquels des séances d*au moins deux heures sont nécessaires et ne présentent aucun inconvt'nient, nous voudrions qa aucun exercice ne fut prolongé pendant plus d'une heure et nous poserons une heure et demie comme limite extrême.
Pour la répartition des récréations, dans les Internats primaires supérieurs, on pourra se conformer à ce qui sera dit plus loin relativement aux écoles normales.
Les vacances deviennent plus utiles dans ces écoles de degré supérieur; une partie des élèves sont assez éloignés de leurs familles pour ne pas pouvoir y passer les dimanches ; il faut faciliter le plus possible ce retour à la maison paternelle: neuf jours environ pour le jour de Van, comprenant la veille de Noël et le i*"" janvier, autant à Pâques, trois semainei ou un mois pendant les grandes chaleurs, donneraient le moyeîi de retourner trois fois par an chez les parents. — Comme longueur de repos, ces vacances suffisent, et, si ce n'était par égard pour les maîtres, nous n'eo voudrions pas davantage.
Pensionnats primaires. — Toutes les considérations qui précèdent sont applicables aux pensionnats primaires. Ces pensionnats avaient lear
raison d'être alors que la qualité et le nombre des écoles faisaient défaut Aujourd'hui que les écoles se sont multipliées et que le niveau de renseignement s'est unifié en s'élevant,le mieux serait que cette institution fût supprimée. Pour Tinstant, nous devons faire observer que l'instituteur autorisé à tenir un pensionnat manquerait gravement à Tun de aes premiers devoirs, si pour maintenir Tordre dans sa maison ou sous prétexte d'occuper les pensionnaires , il -les tenait enfermés pendant de longues heures de soi-dbant études. Pour l'emploi des récréations, nous renvoyons à ce que nous dirons au sujet des écoles normales.
Nous exprimons le vœu de voir, partout où cela se pourra , le système tutorial se développer et rendre inutiles les pensionnats primaires. Nous n'ignorons pas les difficultés d'une pareille entreprise, si contraire à nos habitudes, maïs nous considérons l'internat comme un très grand mal, et il faut faire tout ce qui sera possible pour résister à sa propagation parmi la clientèle de l'enseignement primaire, tant ordinaire que supérieur. .
Écoles normales. — Recherchons d'abord quel est le temps laissé disponible pour les récréations. — Il est dit à l'article i" de l'arrêté du 3 août 1881 que sur les heures de la journée six « environ • seront employées aux soins de propreté, repas, récréations et exercices corporels, mais le même article demande que cinq heures « au moins » soient consacrées au travail personnel. Si nous additionnons les six heures avec les heures indiquées aU tableau de répartition des matières d'enseignement (art. 5 du même arrêté), nous trouvons que sur les cent soixante-huit heures de la semaine , en admettant le repos total du dimanche et l'emploi total du jeudi, il en reste une par semaine sans affectation en première année, aucune en seconde et deux en troisième année. Dans ces conditions, les six heures « environ • de repos intellectuel sont singulièrement compromises. Avec le règlement actuel , ces trente-six heures par semaine , qui comprennent les repas, sont déjà ébréchéespar sept heures degymn astique et de travaux manuels , et elles doivent fournir aux matières facultatives, telles que les langues vivantes, la musique instrumentale. C'est encore sur ces six heures qu'on prend les soins de propreté, et il faut entendre par là non seulement la toilette individuelle, mais souvent aussi le nettoyage de tous les locaux.
En réalité, on impose àees jeunes gens une sorte d'essoufflement in-
tellectuel continu î qtfon leur accorde quotidiennement quelques instants de véritable liberté; nous nous contenterions de bien moins qu'il n'est accordé à l'Ecole polytechnique.
La propagation du goût de la gymnastique est un intérêt social et patriotique de premier ordre, et nous nous assodons sans réserve aux efforts de l'initiative individuelle qui peut seule fonder et faire prospérer les sociétés de gymnastique. Nous sortirons même du cadre qui noas est tracé en demandant qu'on tienne la main à l'exécution des règlements concernant l'enseignement de la gymnastique dans les établissements d'enseignement secondaire; la violation permanente de ces r^ements est presque un péril national.
Si la gymnastique est indispensable pour les jeunes gens, surtout pour ceux qui se livrent à un travail intellectuel intensif, ses bienfaits sont beaucoup moins évidents pour la population des écoles primaires.
Qu'on y trouve un intérêt pédagogique à cause de la précision et de l'instantanéité d'obéissance exigée par les exercices d'ensemble, qu'on veuille l'imposer comme un correctif des mauvaises attitudes scolaires, rien de mieux ; mais nous ne saurions attacher une bien grande importance au développement de cet enseignement dans les écoles rurales.
La modération que nous mettons à demander la pratique des exercices gymnastiques dans les écoles primaires donnera peut-être plus de poids à nos réclamations en faveur de ces exercices dans les écoles normales.
Les élèves-maîtres sont précisément à l'âge où les exercices corporels , poussés jusqu'à la fatigue sont absolument nécessaires pour maintenir l'équilibre de la santé. L'arrêté du 3 août 1881, relatif à Temploi du temps dans les écoles normales, consacre trois heures par semaine à la gymnastique et aux exercices mililaires pour les élèves-maîtres et deux heures pour les maîtresses, et spécifie que ce temps sera pris sur les récréatipns. Pour les institutrices, on peut se contenter des deux heures inscrites au règlement, mais les trois heures accordées pour les élèvesmaîtres sont d'autant plus insuffisantes que la partie théorique , la course, la natation, les exercices militaires (y compris le tir et l'intonation]
arrivent à réduire notablement le temps consacré à la gymnasiiqne pure. Nous demandons deux heures et demie par semaine, à raison d'une séance d'une demi-heure par jour, sauf le dimanche et lé jeudi. Nous tiendrions à ce que cette leçon fut toujours suivie d'une récréation d'une demi-heure environ, pendant laquelle les élèves qui en auraient le goût ou en sentiraient le besoin seraient autorisés à continuer l'emploi des agrès. Qu'on ne nous parle pas du temps que l'acceptation de nos propositions enlèverait aux études. U est démontré qu'une heure d'exercices bien fatigants rétablit l'équilibre de l'économie au point de rendre bien plus profitable le temps consacré au travail intellectuel : nous rendons en réalité aux études utiles plus que nous ne semblons leur prendre au profit du corps.
C'est à l'unanimité que la i"^ Sous-Gommission adopte la rédaction suivante: Pour les écoles primaires supérieures ejt les écoles normales, on se conformera à la règle des trois 8 d'après laquelle, sur vingt-quatre heures, il convient dUen réserver huit au sommeil et de ne pas en consacrer plus de huit au travail intellectueL La gymnastique, la natation, les exercices militaires, les manipulations chimiques, les travaux manuels et la musique sont les seules matières qui puissent être enseignées en dehors des huit heures de travail.
Plus il est difficile d'obtenir la pondération convenable entre les exercices du corps et ceux de l'esprit, plus nous devons insister pour qu'on s'y applique. Les jeunes paysans qui ont peiné toute la semaine se décident difficilement à prendre le dimancke un livre ou à jouer aux jeux tranquilles : les boules, les quilles, la danse, voilà leurs délassements, tandis que l'homme d'étude, s'il se laisse aller^ cherchera plus volontiers sa distriaction dans une partie de whist ou d'échecs qu'aux jeux en plein air, qui lui seraient si profitables. Chez les uns comme chez les autres, il se produit une sorte d'entraînement par l'habitude auquel il est nécessaire d'opposer la résistance la plus patiente et la plus ingénieuse. En ce qui concerne les écoles normales, nous voudrions y voir des assortiments de jeux tels que cerceaux, volants, balles, cordes à sauter ,crockets, etc., pour les filles, et pour les garçons, des balles, des raquettes, des boules, des quilles, un cricket, etc., sans parler des jeux qui sont restés populaires dans différentes régions de la France : la dépense ne serait pas grande et le profit serait considérable. U faut recom-
mander encore les jeux de course et de saut, particulièrement le jeu de barres, où se déploient tour à tour Tagilité , la décision du coup d'œil, Ja rapidité de Texéculion et l'énergie de la volonté. Les récréations prolongées sont nécessaires pour pouvoir engager les grandes parties de jeu, si favorables à la formation des 'caractères.
On ne saurait^ trop le répéter, la fatigue corporelle n'est pas seulement salutaire au point de vue du développement physique; quand elle n'est pas poussée à l'excès, elle agit favorablement sur le travail intellectueL C'est de plus, au moment de l'adolescence, un préservatif moral des plus efficaces : nous signalons tout particulièrement ce point de vue aux réflexions des directeurs.
Nous avouons d'ailleurs ne pas comprendre l'utilité de surmener les élèves-maîtres. A leur sortie de l'école primaire, ils savent à peu près tout ce qu'ils auront à enseigner : où peut être la difficulté pour eux d'apprendre en cinq ou six ans ce qui leur manque? Il n'y a pas à les bourrer de connaissances, mais à développer leurs qualités morales et leur jugement, à étendre leur horizon. Il faut que l'école normale soit un intermède entre les sept ans qu'ils ont passés à l'école rurale comme élèves et les trente ans qu'ils y passeront comme maîtres : en les surchargeant de travail, on risque fort de passer à côté du but. Les heures de liberté contribueroat à en faire des hommes distingués.
Si l'on nous objecte l'impossibilité de trouver tous les jours les heures de récréation indispensables, bien qu'à la rigueur notre rôle doive se borner à exposer des desiderata, nous répondrons que celte impossibilité n'est pas absolue. Un premier moyen , qui serait de prendre sur les cinq heures de travail personnel où sur les exercices facultatifs, dous paraîtrait fâcheux.
Un second moyen serait de raccourcir le temps consacré à l'enseignement. Cela nous parait extrêmement facile. Ne pourrait-on pas réduire à des interrogations l'instruction morale et civique, en mettant entre les mains des élèves le manuel dont se servirait le professeur ? Ne peut-on pas abréger beaucoup le cours de langue et de littérature françaises ? Pourquoi continuer des dictées, des analyses, etc.? Les hygiénistes de tous les pays, sans s'être donné le mot, paraissent s'accorder à traiter en ennemie l'étude de la langue maternelle, qui absorbe
la plus grande partie du temps des écoliers; il nous semble que si les instituteurs ne recevaient pas de « notions historiques sur l'origine de certaines règles », telles que «Torigine du pluriel en aux, Tadjectif grand, Torigine du futur et du conditionnel , l'origine des adverbes en ment », etc., ils ne seraient pas tentés d'enseigner à leur tour ces belles choses à des enfants destinés à quitter l'école sans avoir acquis une foule d'autres connaissances plus nécessaires. Empruntant à M. Gréard l'expression de notre pensée, nous répéterons que « la grammaire a des anomalies et des subtilités dans le secret desquelles il est tout à fait inutile de faire entrer les enfants ». Les jeunes gens qui entrent à l'école normale savent assez de grammaire pour qu'il y ait intérêt à en rester là : un enseignement complémentaire verserait nécessairement du côté de la subtilité. Nous en aurions long à dire sur les programmes des écoles normales, mais ce serait trop nous écarter de notre rôle spécial d'hygiénistes.
' Un autre moyen nous fournirait aisément du large : il suffirait, en effet, de réduire un peu la durée des grandes vacances, qui a été malheureusement fixée à sept semaines par l'article SAdu décret du 29Juilleti88i.En effet, défalquant les dimanches, jeudis, vacances et congés, il reste au maximum deux cent quatorze jours de plein travail. En admettant dix heures de travail par jour, pour gagner une heure de récréation par jour, il faudrait prendre vingt et un jours de travail en plus. Bien que trois semaines de vacances suffisent pour les jeunes gens, il conviendrait, par égard pour les mattres, de conserver au moins un niois; ajoutons même, de Noël au i'"* janvier, une semaine qui donnerait un repos utile après lequel on reviendrait avec de nouvelles forces. Nous n'en gagnerions pas moins pour Tannée une cinquantaine d'heures de travail qui, combinées avec une légère réduction des programmes, permettraient de donner les heures de plein repos qu'il nous faut pour chaque jour de plein travail. D'ailleurs les parents qui ne sont pas riches sont parfois fort embarrassés de ces grands garçons qu'ils nourrissent à ne rien faire pendant deux mois.
En résumé, i7 serait utile d'accorder, dans les écoles normales, dix jours de congé de Noël au 2 janvier, une semaine à Pâques, et de réduire à quatre ou cinq semaines la durée des grandes vacances.
Quanta l'époque des vacances, il importe évidemment de la faire coïncider avec les grandes chaleurs : nous proposerions volontiers la date du
5 aoât, en mémoire de la nuit da 4 août 1789. La rentrée aurait lieu le 9 septembre. Les élèves de troisième année auraient d'ailleurs toujours un repos suffisant avant d'aller rejoindre leur poste.
Nous ne prétendons pas qu'il faille fixer une date uniforme pour les vacances dans toute la France, mais il serait bon de prescrire tout au moins que ta rentrée, dans les écoles normales, aura lieu au plus tard le 15 septénaire.
Dans toute cette question des vacances, on oublie trop que les facilités de transport ont complètement modifié les conditions anciennes. Tandis qu'il était parfaitement sage autrefois, par économie de temps et d'argent, d'accorder une seule interruption annuelle bien longue aux élèves de l'enseignement secondaire, et surtout aux étudiants, qui avaient souvent à traverser toute la France pour rejoindre leurs familles, rien n'empêche aujourd'hui de donner partout les trois courtes vacances que nous demandons. Qu'on en fasse rexpériénce. Bien peu d'élèves manqueront d'aller chaque fois auprès des leurs, et cela d'autant plus sûrement qu'en règle générale, pour les écoles normales, les jeunes gens appartiennent k des familles établies dans le département où est située l'école.
Les conseils de M. Carré, inspecteur général, nous ont été particulièrement utiles pour la rédaction de ce chapitre dont les conclusions ont été formulées parla i"^ Sous-Commission, en ce qui concerne l'hygiène des internats.
MEDEGINB DES ECOLES.
L^article Sa du règlement général des écoles maternelles (décret du 2 août 1881) stipule qu'un médecin nommé par le maire visite une fois par semaine les écoles maternelles et inscrit ses observations sur un registre particulier. D autre part, chaque école normale possède un médecin, désigné par la commission de surveillance. Entre ces deux degrés extrêmes de renseignement, la grande masse des écoles primaires ne reçoit pas de visites médicales. Tout repose actuellement sur la benne volonté des municipalités; il n^est pas mauvais qu'il en soit ainsi ; une organisation hiérarchisée de services médicaux dans les écoles serait une entrave pour ceux qui, dans un avenir prochain, recevront la mission d'organiser la médecine publique en France.
Dans un trop grand nombre de cas , le rôle du médecin se borne à faire acte de présence à Técole ; il ne lui est pas prescrit d'examiner les locaux ni de passer les élèves en revue, et comme il reçoit une indemnité médiocre, sa conscience est satisfaite quand il a demandé s'il n'y a rien de nouveau. Il importe donc de mettre les maîtres au courant de plusieurs questions qui, dans une bonne organisation, devraient être du ressort du médecin.
C'est pour ces motifs que la 5^ Sous-Commission, par la plume si autorisée du docteur Napias, termine son rapport en disant : % Celles des modifications auxquelles la Sous-Conmùssion tient le plus ont pour but d'introduire les notions d'hygiène dans les programmes des cours et des examens pour la direction et l'inspection des écoles maternelles, et de stipuler Vadjonction d'an médecin hygiéniste au jury d'examen tel qu'il existe actuellement.
« Il ne parait pas possible en effet d'obtenir une exécution précise des rè^ements et instructions relatifs à l'hygièpc des écoles si le personnel n'est pas en situation d'en comprendre l'utilité et d'en apprécier la valeur. »
Obéissant à un sentiment tout à fait analogue, la k^ SouSrCommîssion a voulu aller au plus pressé ; il ne lui suffisait pas d attendre que le régime des examens fut modifié; elle a voulu mettre dès maintenant entre les mains des maîtres et des maîtresses un Manuel cThygiène scolaire dont elle a arrêté la rédaction . Il appartient à la Commission générale de reconmiander à M. le Ministre la publication de Timportant travail de la d* Sous-Commission, auquel nous avons fait de nombrcax emprunts.
Dans tous les précédents chapitres, nous avons eu exclusivement en vue rhygiène, c'est-à-dire les précautions à. prendre pour prévenir les maladies, pour fortifier les élèves et pour conserver dans leur int^;rité les organes des sens. Que faut-il faire en cas de maladie?
Un grand nombre de maladies peuvent atteindre Tenfance pendant la période scolaire. La peau de Tenfant est délicate, les muqueuses sont sensibles à Texcès, de là des éruptions plus faciles, des inflammations catarrhales interminables avec tendance aux récidives et à la chronicité. Le retentissement de ces lésions de surface sur le système ganglionnaire est fort commun, et pour peu que Tenfant ait été touché par la diathèse scrofuleuse, on sait quel danger sa santé peut courir. Le rapide développement que subit Tappareil céphalo-rachidien constitae une prédisposition aux méningites, aux encéphalites; les convulsions, la chorée, Tépilepsie, se montrent aussi fréquemment dans cette période de la vie. La diphthérie fait alors ses plus grands ravages. La coqueluche trouve un terrain tout préparé et c'est par excellence Tépoque des fièvres éruptives.
La délicatesse, Timpressionnabilité des oi^anes, ont une bonne part à réclamer dans la fréquence, chezTenfant, des affections des voies respiratoires. Les fièvres intermittentes, dans les pays marécageux, font beaucoup de ravages chez les enfants de moins de dix ans.
Nous ne citons que pour mémoire le goitre scolaire, qui a été signalé en Auvergne, en Savoie et en Dauphiné; il tient sans doute à des conditions qui appartiennent plutôt à la contrée qu au milieu scolaire.
Rappelons la fréquence de la myopie scolaire et de la scoliose, doot nous avons déjà parlé dans un autre chapitre, et citons les saignements de nez et les maux de tête si fréquents dans les écoles mal ventilées et chez les écoliers surmenés.
Lorsqu'un élève, dans une école ou dans un pensionnat, a été atteint d'une maladie coAtagieuse, il est nécessaire, pour empêcher le mal de se répandre, de prendre des précautions sur lesquelles les médecins ne sont pas d accord. Le mieux serait, quant à présent, de se conformer aux prescriptions suivantes, qui ont été formulées récemment par l'Académie de médecine :
l"" Les élèves atteints de la varicelle, de la variole » de la scarlatine, de la rougeole, des oreillons ou de la diphthérie, seront strictement isolés de leurs camarades.
2'* La durée de Fisolement devra être de quarante jours pour la variole, la rougeole (?), la scarlatine et la diphthérie; de vingt-cinq, pour la varicelle et les oreillons^
3"" L'isolement ne cessera que lorsque le convalescent aura été baigné.
â° Les vêtements que V élève portait au moment où il est tombé malade devront être passés dans une étuve à plus de 90 degrés et soumis à des fumigations sulfureuses, puis bien nettoyés.
5° Les objets de literie, les rideaufli de lit et la chambre d'isolement, les meubles et les parois mêmes de la chambre devront être largement désinfectés, lavés, puis aérés.
6° L* élève qui aura été. atteint, en dehors d'un étailissement d'instruction publique, de tune des maladies énumérées dans ce rapport, ne pourra être réintégré que muni d'un certificat de médecin attestant qu'il a satisfait aux prescriptions ci-dessus énumérées.
Nous ajouterons qu'il y a lieu de recommander à F Assistance publique le système des colonies de vacances sur lequel notre collègue M. Daily a appelé l'attention de la ji'' Sous-Commission et celui des écoles de rachitiques, qui donnent de si bons résultats en Italie.
Écoles maternelles et primaires. — Si Ton considère que la population scolaire constitue près du sixième de la population totale du pays, on reculera peut-être devant l'idée de donner des soins médicaux complets et gratuits à toute la jeunesse des écoles. Il semble que pour les externats le rôle du Gouvernement doive se borner : i° à faire appliquer les règles générales de l'hygiène,, en surveillant la construction et la bonne tenue des locaux et l'exécution des prescriptions relatives aux récréations, etc.; 2"" à apprécier les cas où l'état morbide des enfants doit
les autoriser à suspendre ou à restreindre la fréquentation de Técole ; 3® à empêcher les épidémies de s^aggraver par Tinobsenration de» règles quarantenaires que l^Administration a le devoir d*édicter; à"** à décider a fermeture temporaire des écoles infestées.
Pour montrer que les idées que nous avons exprimées peuvent parfaitement entrer dans la pratique, nous intercalons id une circolaire dont les heureux effets n'ont pas tardé à se faire sentir à Bruxelles et qui a été adressée au personnel enseignant par le service d'hygiène de cette ville.
Principns dbiU.
Combattes le mt] àhà le principe.
« Des affections morbides qui peuvent atteindre le ONrps humain , les unes ne sont nuisibles ou dangereuses que pour le malade seul, les autres peuvent le devenir par contamination ou infection pour les personnes de Tentourage.
« Dans le premier groupe se classent toutes les maladies du cadre nosologique; dans le second, plus spécialement les maladies contagieuses, telles que la fièvre typhoïde, la scariatine, etc.
«D serait nécessaire, pour sauvegarder Tétat sanitaire d'une école, de constater la présence de ces dernières affections dès leur début, afin d'en empêcher la propagation ; l'instituteur devrait donc élre mif à même d'en reconnaître les signes prodomiques positifs. Il n'est maiheareusement pas possible de réaliser ce desideratum; car ces affections n'offrent que rarement, dans leur période initiale, un caractère tranché; elles échappent même parfois à l'œil attentif et exercé du médecin. Est-ce à dire qu'il faille laisser croître et s'étendre le mal avant de pouvoir s'y opposer!^ Nullement, car l'étude de certains symptômes généraux permettra toujours de reconnaître à son début la présence d'une maladie grave, et si parfois on versait dans une erreur qui, d'ailleurs, ne saurait entraîner de préjudice réel, si Ton attribuait de la valeur à une indisposition qui n'en a pas, on aurait en revanche la certitude de ne pas laisser subsister au sein d'une école des germes morbifiques. Du reste, le retour d'un enfant dans sa famille, ou son isolement dans une infirmerie, ne peut que lui être favorable, si son état de santé est compromis, n'importe à quel degré. Jamais un excès de prudence ne serait à blâmer en pareil cas.
• Nous nous proposons de décrire succinctement et à grands traits les
signes des mdadies qui permettront à Finstitiitear de prendre sang retard des mesures préservatrices convenables*
«Pour faciliter Texposition de ces signes, nous diviserons les aflFections traosmissibles en : il ^ noaladies internes avec fièvre initiale; B. maladies internes dans lesquelles la fièvre est peu marquée au début; C. maladies sans fièvre» et enfin D, maladie» externes ou ayant leur siège à k surface du corps.
« A. — La première catégorie comprend : la variole, la scarlatine, la grippe,
« Les symptômes qui attirent dès Tabord Tattention sont ceux d'un état- fébrile intense : une forte douleur de tête, générale ou localisée; une chaleur exagérée de la peau; une injection oculaire marqpée par un pouls vif, plein et dur ; un accablement général ; une prostration physique et intellectuelle ou une agitation insolite; parfois des nausées, des vomissements, de la courbature et des douleurs dorsales et des membres ; une soif intense, une grande sécheresse de la bouche et un enduit saie de la langue.
« B. — Les aftections de la deuxième catégorie dans lesquelles la fièvre ne se présente pas toujours dès le début sont : la fièvre typhoîàe, la rougeole, le croup, Y angine caaennease et la varieelle.
« A la période initiale de ces maladies, Taccablemeni est ta règle; il existe une faiblesse corporelle et intelleetuelle^ une inattention marquée. Outre ces symptômes, auxquels peuvent se joindre eeux de la fièvre ^ décrits plus haut, il faut noter encore : pour hk fièvre typhoïde, une sorte d^hébétude qui se lit dans le regard, une douleur continue des membres, une somndfence avec lourdeifr de tête, sa^poemenls de nez; pour la rougeole, une toux saccadée, persistante, agaçante, des éterauements fréquents, du larmoiement et un éclat briHant des yeux ; pour le crm%p et Vanghtê conennease, la raucHé de la vofx, une to«x k afccen^t particulier, pareil à cehri quVfte produirait en vibrant dans> un tuyau de métal; en outre, le fond de la gerrge, tuméfié, laisse apercevoir des plaques blanchâtres recouvrant partiellement les âmygdsdes et la luette. Le danger de propagation de ees deux dernières affectiocis est extrême^
« La varieelle est la [dus bénigne des afiiections centtagieases v elle nie se reconnaît souvent qu'à Tapparitien mr le cdrps de papittts rottg!0S
auxquelles succèdent rapidement des vésicules à tète arrondie et contenant une sérosité transparente.
« C — Les maladies transmissibles sans fièvre au début sont : la coqueluche, les ophtalmies catarrhales et gixcnuleuses.
« La coqueluche a tout d'abord Tapparence d'un rhume; seulement la toux est plus saccadée, plus persistante et plus vibrante; la concomitance connue d'un cas de cette affection dans la famille de l'enfant contribuera à éclairer le diagnostic. Plus tard, l'affection se reconnaît sans erreur possible à des accès très caractérisés : ce sont des quintes formées de secousses de toux continues qui produisent une sorte de suffocation passagère, bleuissent la face, gonflent et font larmoyer les yeux, et aboutissent à un cri particulier, cri de rappel semblable à celui du coq, et à une abondante expulsion de mucosités filantes et claires. Ces accès ne peuvent être méconnus par aucune des personnes qui en ont été une fois spectatrices.
« Les ophtalmies contagieuses sont reconnaissables à la rougeur des yeui, au gonflement des paupières, à la photophobîe ou crainte de la lumière, à la douleur dont l'organe est le siège, et surtout à l'abondance d'un liquide louche qui s'échappe des angles et du bord libre des paupières.
• Au groupe des maladies non fébriles, nous devons ajouter les affections du système nerveux dont la propagation n'est pas due à un principe morbide virulent ou miasmatique, mais qui peuvent reconnaître pour cause l'imitation ou la peur.
« Ces maladies sont : Yépilepsie, les convulsions, les attaques de nerfs, la chorée.
«Les enfants atteints de ces affections spasmodiques doivent être immédiatement soustraits à la vue de leurs camarades. Nous croyons donc nécessaire d'entrer, à ce sujet, dans quelques détails, afin que l'instituteur puisse prendre sans délai les mesures opportunes, et signaler plus tard au médecin inspecteur les symptômes observés pour statuer, d'accord avec celui-ci, sur le renvoi ou sur la réadmissioa de l'élève.
« 1. Vertige épileptique, — Le malade s'assied ou tombe; la face est pâle et inamobile, les yeux sont hagards, des tremblements involontaires agitent les membres supérieurs et la face; retour facile de l'intelligence après deux ou trois minutes.
« 2. Epiîepsie ou mal caduc. — L'enfant pâlit , parfois jette un cri, tombe privé de connaissance et frappé d'insensibilité; la respiration s'arrête, le corps se raidit, puis est secoué violemment par des alternatives de contraction et de relâchement musculaire. La face devient dun rouge violacé, les traits sont déviés et agités de mouvements convulsifs, les dents grincent, la langue est souvent mordue et déchirée, une mousse écumeuse et quelquef(Hs sanglante, poussée par les mouvements saccadés d'une respiration sifBante, sort avec bruit d'entre les lèvres ; puis, retour delà respiration normale, pâleur de la face, somnolence. L'enfant s'éveille étonné, hébété, brisé par la fatigue, des accès sont variables en nombre et en durée chez le même malade, et^ à l'origine, la santé peut être parfaite dans les intervalles.
«3. Attaque de nerfs, — Celte' affection est moins grave et ne peut atteindre que les plus âgées parmi les jeunes filles des écoles ; l'imitation est une cause puissante de son développement. Ces attaques peuvent être provoquées par la moindre contrariété. Les symptômes sont ; agita* tien générale^ cris, pleurs, mouvements beaucoup plus étendus que dans l'épilepsie ; la perte de connaissance est nulle ou incomplète. La malade doit être exclue de l'école jusqu'à ce qu'il soit bien démontré que la crise, développée accidentellement par une cause morale, ne tend plus à se reproduire.
«4. Convulsions de V enfance. — Dans les classes maternelles, les convulsions peuvent être produites par des causes diverses*, émotions, peur, indigestion, vermination, etc L'enfant doit être isolé et trans^ porté immédiatement chez ses parents.
« 5. La chorée, — Cette a£Fection est bien plus dangereuse au point de vue de la propagation par imitation ; elle est permanente et consiste dans la production de mouvements involontaires, irréguliers, désordonnés, qui peuvent occcuper tout le corps ou se borner à un membre, à un côté du corps, au cou, à la face. Parfois très légère, elle peut s'étendre au point de détruire toute possibilité de mouvements volontaires et d'empêcher la marche.
« Tout choréique doit donc être renvoyé de l'école et ne peut y reparaître qu'après un temps assez long, sa guérison étant manifeste.
«Les tics netveux, forme localisée de la chorée, motivent comme celle-ci l'ostracisme; seulement, pour certains tics moins caractérisés.
la mesui» peut sembler rigoorsnse; la sentence, dans ce cas, sera réservé^ au médecin.
« D, «—Dans la dernière classe des maladies contagieuses , nous plaçons celles qui sont produites par des parasites animaux on végétaux et qui siègent à la surface du corps*
« Bien qu'une description succtacte permette de {«connaître ces aOections, il est nécessaire, pour jastifier le renvoi d'un élève, que celui qu'on soupçonne d'en être atteint soit présenté au médecin de Técole, lequel confirmera le diagnostic ; en attendant, il est prodent d*îaoler Ten&nt de ses compagnons dans la classe même.
• Ces affections sont t i^ ia gale; 2^ les teignês, qui se subdivisent en : fftveuse, tonsurante et décalvante. On les reconnaît aux caractères suivants :
ft 1. Gale (parasite animal). ***** La gale est le résultat de la présence sous l'épiderpie d'un animal particulier (VAearas scabiei). Symptômes: petites vésicules transparentes au sommet, dues à l'existence de Tacams, et isiégeant principalement à la* face interne et à la commissure des doigts, aux poignets, aux bras, aux aisselles, sur le ventre, etc. Ces vésicules produisent une vive démangeaison, surtout pendant la nuit, et sont presque toujours déchirées par le malade et remplacées par une croûte brunâtre. Il en part fréquemment une petite traînée blanchâtre ou grisâtre de 2 à 5 millimètres de long, se terminant par une bosselure d'une couleur foncée oà se loge facarus. La gale peut se guérir en quelques heures si elle est convenablement traitée»
« 2. Teignes. — Elles sont caractérisées par des parasites végétaux.
« Teigne favense (végétal : VAehûrion) , siège généralement sur la tète. Symptômes : petites croûtes jaunâtres , inégales , constituées par des espèces d'écaillés creusées en godets; les cheveux, décolorés, grêles et cassants, traversent ces o'oâtes, qui peuvent envahir la totalité du cuir chevelu.
« La démangeaison est assez vive. La tête exhale une odeur caractéristique analogue a celle de Turine de chat. Cette affection entraîne à sa suite Talopécie ou calvitie.
# Teigne tonsurante (végétal t le Tricophyton tonsamnt) , siège sur le cuir chevelu. Signes : cheveux grêles, friables, moins colorés que ceux des parties voisines; de noirs ou de blonds ils sont devenus rougeàtres ou d'un gris cendré: de plus, ils sont rompus très inégalement à 2
ou 3 miflimètres au-dessus du niveau de Tépiderme. H se forme ainsi par la chute des cheveux une véritable tonsure de retendue d'une pièce de 2 francs et au delà. La surface de ces plaques est inégale, couverte d'aspérités et de débris grisâtres, pulvérulents, et offre une teinte un peu bleuâtre.
« Teigne décalvante ou pelade (végétal : le Microsporon)^ siège sur toutes les parties couvertes de poils : cuir chevelu, sourcils, etc. Signes: démangeaisons, chute des poils, des cheveux, précédée parfois, mais non constamment, par des altérations de résistance et de couleur. Les plaques dénudées, de grandeur variable, sont unies; la peau est douce et d'une blancheur remarquable. Cette ailection, qui parait très innocente, est peut-être la plus grave des teignes ; elle passe longtemps inaperçue et peut laisser le corps entier complètement dépourvu de poils. L'habitude qu'ont les enfants, dans leurs jeux, d'utiliser la coiffure les uns des autres, est la cause la plus fréquente de contagion. Il faut donc les mettre en garde contre cette coutume réprouvée par l'hygiène. »
Par des instructions analogues à celles qu'on vient de lire, les municipalités mettront le personnel enseignant en mesure de faire beaucoup de bien. Si, de plus, on organise une inspection médicale, il faut exiger des médecins chargés de ce service des connaissances spéciales : la démographie, l'anthropologie, les procédés d'examen des organes des sens, de visite de la bouche, etc., doivent constituer une partie du bagage du médecin scolaire.
Écoles normales. — Dans les internats, l'Administration est substituée entièrement aux familles. Il lui incombe de soigner les malades qu'elle ne peut renvoyer chez eux à cet effet, et les écoles normales doivent posséder des infirmeries avec chambres d'isolement Nous introduisons dans le règlement relatif à la construction des écoles normales des indications sur les conditions que doit remplir l'infirmerie.
Nous ne pouvons quitter les écoles normales sans insister sur les conclusirfns du remarquable rapport rédigé par MM. Bouchard et Bourceret en 1881 au nom d'une conoimission chargée de faire une enquête sur l'état sanitaire de l'école normale d'instituteurs de la Seine, et en particulier sur une épidémie de fièvre typhoïde. Il parait probable que
rage, le défaut d^acclimatation , la fatigue nerveuse, Tinsuffisance de la vie au grand air et le défaut d'activité corporelle ont rendu les élèves particulièrement aptes à contracter la fièvre typhoïde. Les germes du mal pouvaient exister dans Teau employée en boisson ou provenir des puisards et des fosses dont les gaz pénétraient librement dans rétablissemenL La situation était en outre d'autant plus mauvaise queTécole était située au-dessus d'un sous-s6l argileux, en contre-bas de la colline de Passy.
Au cours même de notre travail , nous avons proposé toutes les prescriptions nécessaires pour éviter les causes de maladie énuoiérées par MM. Bouchard et Bourceret. Si nous y revenoos, c'est pour dire que l'observation des règles de l'hygiène est particulièrement nécessaire pour la construction des écoles normales et. pour l'emploi du temps dans ces établissements. Nous remarquons avec regret que, sur ces derniers points, aucune suite n'a été donnée au rapport que nous venons de citer: témoin l'épidémie de fièvre typhoïde qui s'est produite peu de temps après à l'école normale d'Auxerre ; le directeur a payé de sa mort l'inapplication des prescriptions si sages de la commission chaînée de l'enquête d'Auteuil.
Malgré ce nouvel avertissement, le surmenage, le mauvais état des latrines, et le reste, continuent à être à l'ordre du jour dans les écoles normales.