BÂTIMENTS
Les principales conditions que doivent remplir les constructions scolaires résultent des desiderata exposés dans les précédents chapitres, et notre tâche pourrait se borner ici à présenter nos observations sur Tinstruction du 28 juillet 1882 , en y joignant quelques indications relatives aux écoles maternelles et aux écoles normales. Mais nous devons avouer sans détour que la divergence entre nos idées et celles qui ont présidé jusqu^ici à la rédaction des documents de ce genre est trop profonde pour qu'il nous soit permis de la dissimuler. Les architectes éminents dont les avis ont été suivis jusqu'ici n'ont pu se résigner à sacrifier leurs goûls artistiques et sont tombés dans des erreurs analogues à celles du célèbre auteur de la colonnade du Louvre, lorsqu'il construisit l'Observatoire de Paris, si monumental, mais si défectueux que les astronomes durent aussitôt établir leurs principaux instruments autour du monument qui leur était destiné. D'autre part, les auteurs des anciens règlements croyaient n'avoir pas à compter avec la dépense; de leur point de vue spécial, l'école c'était le bâtiment, tandis que pour nous, l'école c'est le contenu; à les entendre, il fallait bâtir le plus possible et le plus magnifiquement possible. Nous allons dire pourquoi nous voudrions qu'on construisît moins et avec une simplicité n'excluant pas l'élégance et le bon goût. A notre avis, les écoles devraient être bâties au moins autant pour les élèves que pour les passants.
Nous avons le profond sentiment de notre ignorance sur beaucoup de questions; les progrès que l'hygiène a faits dans ces derniers temps nous paraissent marquer les premiers pas d'une science importante , aussi ne doutons-nous pas que, dans peu d'années, les idées que nous avons exposées dans ce mémoire ne paraissent absolument surannées. Dans cette conviction , nous estimons qu'il serait téméraire de bâtir comme pour l'éternité; loin de là, il faudrait, dans la mesure du possible, faire du provisoire et surtout adopter des solutions qui ne compromettent pas l'avenir.
Nous pensons que le temps pourrait bien apporter de notables chan-
gements à Torganisation scolaire du pays. Qui sait si, avec le perfectionnement des voies de communication , certaines écoles construites récemment à grands frais ne sont pas destinées à être partiellement désertées et à ne plus recevoir que de tout jeunes enfants? Par une conséquence indirecte de la loi mémorable du i6 juin 1881, les écoles ne sont autant dire plus des établissements communaux, car le personnel enseignant est rétribué exclusivement par TÉtat. Jusqu'ici, quand les élèves des cours supérieurs de^ petites écoles rurales voulaient faire quelques kilomètres matin et soir pour profiter de renseignement plus relevé qu'ils espéraient trouver dans une grosse commune voisine, le maire de cette conmiune avait le droit de les refuser, et il en usait, tout comme le maire de leur commune, d'accord avec l'instituteur, cherchait à les retenir pour ne pas laisser tomber le produit de la rétribution scolaire. Il est à prévoir que ces habitudes, n'ayant plus aucune raison d'être, vont disparaitre peu à peu, au grand profit de tout le monde.
Qui nous assure aussi qu'il ne sera pas donné bientôt satisfaction au vœu si pressant que nous avons exprimé en faveur du rétablissement des écoles mixtes, qu'on continue tous les jours à dédoubler? Telle commune s'est obérée pour quinze ans à construire deux écoles monumentales, impropres l'une et l'autre à être transformées en école mixte, le jour où nos idées viendraient à prévsdoir.
Qui oserait affirmer qu au lendemain de la construction d'une école, telle commiune ne rentrera pas en possession d'un presbytère, dont la désaffectation eût suffi pour éviter de chaîner pour longtemps son budget? Il est à prévoir que nous verrons refleurir le binage : il n'y aura pas toujours autant de prêtres que d'églises, et bien des presbytères redeviendront libres.
Qui saurait aussi nous dire si la suppression prochaine de l'engagement décennal n'obligera pas à augmenter la population des écoles normales, ou si, au contraire, le développement de l'enseignement primaire supérieur ne permettra pas de relever le niveau des examens d'admission à ces écoles, qui deviendraient alors trop vastes? En effet, cette amélioration dans le recrutement permettra peut-être de réduire la durée du séjour dans ces écoles à deux ans, peut-être même à un an, c'est-à-dire au temps nécessaire pour développer les aptitudes pédagogiques des jeunes gens*
Biens n'in&ifttoDâ pad^or lea considérations de 6e genre, parce qu'elles sont d'un ordre étranger à la mission qui nous a été confiée, mais revenant à ce qai est de noire compétence spéciale, nous ferons remarquer qae sans rintervention de noire regretté collègue M. Parrot et s'il ne s'était pas produit one discussion sur ce sujet devant la Société d'hygiène et de médecine publique, on eût vu construire par centaines des écoles éclairées exclusivement par de vastes fenêtres tournées du côté du nord , cest-à'dire absolument inhabitables. Nous éprouvons une grande appréhension en voyant les erreurs de nos devanciers; nous craignons de donner des conseils trop précis, et le seul sur lequel aucune hésitation n'est permise consiste à demander qu'on soumette à l'épreuve du temps et de l'expérience les instructions que nous rédigeons d'après les idées qui ont Cours en i884.
Si beaucoup d'écoles ont été bien disposées « on nous concédera que plusieurs sont mal réussies. Il faut profiter de ce qui a été fait pour ne plus t(miber dans les mêmes fautes. Le moment est venu de se recueillir , et de procéder avec une certaine circonspection. Nous ne voudrions pas que la France républicaine imitât l'Empire qui construisit un superbe Hôtel-Dieu où le lit coûte 4tOOO francs de loyer par an, c est-àdire de quoi loger le malade avec sa famille, le nourrir et lui payer les soins médicaux à domicile, tout en économisant à l'Assistance publique les frais de journée qui sont de 3 fr. 5o cent., soit 1,277 fr. ôo cent, par an ^^K Stimulées par l'appât des millions de la caisse des écoles, nombre de communes ont construit avec trop de luxe. Combien reste-t-il encore à faire pour caser le trop-plein d'écoliers que la loi d'obligation a fait sortir de terre? Un milliard suffirait-il pour continuer dans le même style? Nul ne saurait l'affirmer. Il y aurait, dans certains cas, économie à ne pas bâtir du tout et à augmenter assez le nombre
(*) M. Ulysse Tréiat nous écrit : «Il est certain que THôtel-Dieu a coûté plus de 4o millions. On i*a nié* mais je tiens le fait pour certain. Il y a 12 millions de terrain et la construction avec ses suus-œuvres , sa chapelle inachevée , ses reprises et ses modi£cation3 a sûrement coûté 3o millions.
< A Sooiits, cela fait 80,000 francs par lit, d»ooo francs de loyer. J*avais autrefois calculé
3,000, mais 4*000 est plus vrai Le prix de journée est de 3 fr. 5o cent, on
1,277 fr. 5o cent, par an En cumulant le prix de journée, je trouve que la
journée de malade revient à ik fr. ko cents
des maitres pour rendre inutiles les vastes locaux qui coûtent si cher à édifier : on trouvera souvent une chambre convenable pour recevoir dix ou quinze élèves sous la direction d'un maître chargé du cours supérieur, et leur sortie de la classe suffira pour laisser un cube d*air suffisant à ceux qui resteront. — De nombreuses solutions de ce genre doivent être étudiées, et il faut organiser une enquête sur les meiUewrei dispositions à donner aux locaux scolaires dans les divers cas particuliers.
Dans Tespoir d'atteindre plus rapidement le but que nous indiquons, on a eu l'heureuse pensée d'organiser une vaste exposition de projets de constructions scolaires, et ceux qui ont visité en 1882 les galeries du Trocadéro où figuraient environ quatre cents plans ont été péniblement frappés du résultat presque inutile de tant d'effi)rts. Le jury luî-même a témoigné de son impuissance à démêler le vrai en se refusant à distribuer la plupart des prix qui avaient été mis à sa disposition et en annulant en partie, dans sa séance plénière, le travail préparé par ses souscommissions. L'une des causes de l'insuccès de l'exposition est attribuable à cette clause du programme , d'après laquelle les concurrents devaient se conformer au règlement du 17 juin 1880. Cétait fermer la porte à toute initiative, et cela d'autant plus sûrement que ce règlement, beaucoup trop explicite, était, au su des concurrents, Tœuvre d'une grande partie des ijaembres du jury.
Il serait opportun, croyons-nous, d'ouvrir une nouvelle exposition, qui difiFérerait de la précédente par les dispositions suivantes :
1° Toute liberté serait laissée aux concurrents, et il serait admis ^ pour les écoles rurales, quon hâiit en terrain illimité; pour les écoles urbaines, quon dispose d*une seule façade ou d*un terrain d*angle,
La question étant ainsi posée, on ne verrait pas repasser, comme des figurants du cirque, ces innombrables plans d'écoles déjà exécutées, où l'architecte a dû se plier à des exigences locales, et on aurait Fespoîr de voir surgir un ou deux plans types qu'ion pourrait publier à titre de renseignement.
2® Le jury comprendrait exclusivement des fonctionnaires de Finspection, familiers avec les divers climats du pays, des hygiénistes et des ingénieurs.
Sans parier des garanties d'aptitude qu'offrirait un jury ainsi constitué, nous y verrions un autre avantage: on .couperait court à ces accusa-
tions de camaraderie qui se produisent toutes les fois que des artistes sont jugés par des confrères.
Écoles maternelles et primaires. — En attendant» il faut abriter sans délai up ou deux millions d'enfants qui ne trouvent de place dans aucune école ou qui encombrent les classes actuelles au delà du raisonnable.
Il nous semble que ce résultat peut être obtenu dans un certain nombre de cas au moyen de simples appropriations de bâtiments communaux ou de locations; en laissant , suivant TusagCf les dépenses de ce genre à la charge des communes, on peut être assuré que la dépense restera dans des proportions assez modestes pour ne pas charger l'avenir.
Mais, d'autre part, il est fâcheux de faire des dépenses dousidérables pour obtenir un résultat imparfait. Les appropriations ne sont admissibles qu'à condition d'être faites à peu de frais : dans les cas où elles entraîneraient à de grandes dépenses, mieux vaut construire à neuf.
Aucune loi n'oblige les communes à loger les instituteurs dans l'école ^^^ ; bien plus, on est d'accord pour interdire l'existence d'une communication directe entre les locaux scolaires et le logement de l'instituteur. Il est seulement dit dans la loi de i85o (art. 87) que la conunune doit un logement au maître. Sans désirer que celui-ci demeure toujours hors de l'école, comme en Amérique, nous ne voyons pas d'inconvénient grave à ce qu'on dispose du logement actuel de l'instituteur pour agrandir l'école quand la commune pourra louer ou acheter à son intention une maison convenable.
Si le déplacement de l'instituteur ne suffit pas, on pourra souvent déménager la mairie. Il n'y a pas besoin d'une bien grande salle pour
(0 Dana rinstruction du 12 mai 1867, S 5, il est dit: < Pour les petits hameaux où il faudra se contenter d'une location , vous aurez soin de n^ instatier Técole que si le local choisi présente les conditions de salubrité nécessaires ; mais vous ne vous montrerez pas difficile pour les autres conditions ; rien par exemple ne vous obligera à exiger que rinstituteur ait son logement dans la même maison que la classe. Gda sera préférable si les localités le permettent ; mais il ne faut pas que des arrangements de ce genre deviennent on obstade sérieux à la création de Técole. »
abriter les archives, ponr serrir aux séances d^an conseil iminieipsd de douze membres ou pour donner asile de temps en temps an percepteur ou au vérificateur des poids et mesures.
Dans un certain nombre de communes d^importance moyeniieT Técole existante deviendra plus que suffisante dès que la création d'upe école maternelle viendra la débarrasser des enfants de moins de sept ans. Quant à l'école maternelle, telle que nous la voudrions dans les communes rurales, nous ne supposons pas qn^on prétende actnellement en faire un monument. Quand on aura essayé quelques milliers d'inst^lations d'écoles maternelles et de classes enfantines, sous forme d'appropriations ou de constructions provisoires , on aura recueilli Tcipérience nécessaire pour poser des rè^es quant à Tédification de ces établisse^ ments.
Enfin, la mise en pratique ies idées émises plus haut (p. i4) nous pardt de nature à couper court aux difficultés soulevées par les communes qui refusent de se conformer aux exigences de la loi du 20 mars i883. II est dur pour le budget d'une petite commune de construire une maison pour un hameau situé à 3* kilomètres et qui contient vingt enfants Jâge scolaire. Parmi ces vingt élèves, le quart ou la moitié, suivant la distance ou le climat, sont parfaitement en état de venir tous les jours au chef-lieu de la commune; pour les dix ou quinze autres, est-il vraiment nécessaire de bâtir une maison? L'opinion opposée est tellement enracinée dans Tesprit de» populations qu'on a dû voter une loi spéciale qui donne aux préfets le droit d'obiiger les conmiunes à emprunter dans ce but, malgré avis contraire du conseil général. Plutôt que d'user de cette loi, qui est entre ses mains une arme nécessaire, un préfet prudent devra négocier et accepter une maison existante où fou réservera une chambre pour les élèves après avoir aménagé un logement pour la maîtresse.
Dans toutes les appropriations et dans les constructions urgentes dont nous venons de parler, îl faudrait autant que possible se conformer aux principes posés dans tout ce rapport. En particulier, Tapplication des règles de ventilation est d'autant plus indispensable ici que les locaux Berottî plus bas de plafond et que les fenêtres seront moins nombreuses. II est bien entendu qu'on ne doit jamais faire d'appropriaftion» coûteuses : ce serait réunir les inconvénients du provisoire et du définitif.
Noos n'igoorons pas que dans un grand nombre de communes, la situation vraiment trop mauvaise des locaux scolaires, jointe à des considérations d'ordre politique autant qu'administratif, ne permet pas de différer Fédification d^écoles définitives. Aussi avons-nous annoté les instmctions du 28 juillet pour la construction des écoles maternelles et four la construction des écoles primaires élémentaires^ Les modifications que nous avons apportées à cette instruction portent principalement sur le choix de remplacement, sur Torientation, sur Tédairage et sur les précautions à prendre pour assurer aux plans une élasticité qui permette de modifier ultérieurement les écoles qu'on bâtirait d'après les idées actuelles.
Egolbs normales. •— > Plus encore que pour les écoles primaires, F élasticité est une condition sine qua non que doit offrir un plan d'école normale. Outre les variations probables des besoins de personnel et les transformations des programmes des écoles normales, une considération importante doit faire prévoir des modifications notables dans la population respective de ces écoles. Depuis l'introduction de la gratuité, les écoles normales n'ont de départemental que le nom, et il esta présumer qu'avant peu on aura intérêt à augmenter les écoles normales situées dans les départements où l'instruction générale des populations permet un bon recrutement, et à réduire ou peut-être même à fermer celles qu'on est en train de bâtir dans les départements arriérés. Tout comme certaines régions de la France fournissent des médecins, d'autres des employés de l'enregistrement, etc., certains départements formeront de plus en plus des instituteurs pour l'ensemble du pays ou pour une région.
Quand une école ordinaire est insuffisante, on a toujours la ressource d'en ajouter une nouvelle, soit à côté, soit sur un autre point du territoire de la commune. Que fera-t-on en cas d'insuffisance d'une école normale? Avec les tendances actuelles de spécialisation des locaux, nous ne voyons guère, comment on se tirerait d'affaire si , dans une école construite pour trois promotions de vingt élèves, on voulait introduire des promotions de vingt-cinq, ou bien encore si l'on voulait loger deux promotions de trente élèves chacune. U faut prévoir ici précisément le même inconvénient que présentent les beaux appartements des maisons modernes
où chaque coia a sa destination. Mais tandis que le locataire auquel survient un accroissement de famille, s'il ne peut caser un berceau supplémentaire, a la ressource de déménager, en matière d'école normaie, Taccroissement de population est un désastre. Il est impraticable de répartir les élèves-maitres d'un département entre deux établissements, et Je déménagement de toute Técolc est aussi ruineux qu'un incendie. U faut donc, de toute nécessité, que les plans soient dressés en prévision d'un accroissement possible.
Cette nécessité, jointe aux raisons plus graves encore exposées au chapitre II (p. 21), nous engage à insister pour que les écoles normales soient installées à la campagne.
C'est avec intention que nous proposons de ne pas annexer forcément une école maternelle aux écoles normales d'institutrices: il est à prévoir en effet que dans peu de temps les directrices d'écoles maternelles seront formées dans des établissements spéciaux, car on se trouve toujours mal d'avoir deux cat^ories d'élèves sous une même direction : citons comme exemple l'enseignement secondaire spécial , qui devra disparaître quand les écoles primaires supérieures aiux)nt pris un développement suffisant.
Nous avons préparé des instructions pour la construction des écoles primaires supérieures et des écoles normales.