‹ Hygiène des écolesChapitre 5 sur 6 · HUI). VIRCHOW · texte numérisé non relu

HUI). VIRCHOW

traire peut être très-conges lion né pendant que les joues pâlissent.

Parmi les maladies qui naissent de ces congestions, soit passives, soit actives, trois surtout ont dans ces derniers temps été l’objet de recherches statistiques. Disons quelques mots à ce sujet des travaux du docteur Guillaume et de Ch. Becker.

1. Mal de tête. — Guillaume, qui le désigne simplement sous le nom de céphalalgie scolaire, sur 731 écoliers du collège municipal de Neuchâtel, en trouva 296, c’est-à-dire plus de l\ 0 pour 100, qui souffraient souvent de maux de tête (1). Les jeunes filles y étaient plus expôsées que les garçons, car pour elles la proportion était de 50 pour 100, tandis qu’elle n’était que de 28 pour 100 chez les garçons. Les plus jeunes parmi ces derniers étaient ceux qui souffraient le plus. Becker (2) ayant examiné 3568 élèves, garçons et filles, de toutes les écoles publiques de Darmstadt et de Bessungen, ainsi que de 3 écoles privées de Darmstadt, en trouva 91 h ou 27,3 pour 100 qui souffraient plus ou moins de maux de tête. Mais malheureusement les tableaux sont incomplets et ils ne donnent que la proportion pour 100 et non les chiffres réellement trouvés. 11 paraît en résulter que dans les écoles des villes, surtout chez les garçons, les classes inférieures donnent un nombre de malades plus considérable, tandis que dans les écoles supérieures (collèges, écoles supérieures des filles) les classes supérieures en fournissent une très-forte proportion. Dans la première classe des collèges, 80,8 pour 100 se plaignaient de maux de tête. Becker tire de ces nombres une conclusion qui ne nous paraît pas tout à fait juste, à savoir que la proportion

(1) Guillaume, Hygiène scolaire. Genève, 1 8 G â , p. 337.

(2) Becker, Luft und Bewegung zur Gesundheitspflege in den Sc/iulen. Frankfurt, a. M. 1867, S. 12.

dan6 les premières années d’école est minime et augmente par la fréquentation plus longue des classes, le nombre des leçons et la contention d'esprit. Il accuse aussi l’exiguïté du local. Il y aune autre circonstance qu’il faut aussi prendre en considération, selon nous.

H. Sainte-Claire Deville et Troost (1) ont trouvé que la fonte chauffée au rouge laissait passer différents gaz, surtout de l’oxyde de carbone. Or, on sait que la plupart des écoles sont chauffées par des poêles de fonte et que le mal de tête, le vertige, le tremblement et des accidents analogues sont les effets ordinaires de l'intoxication par ce gaz dangereux, même à très-faible dose. Mais il resterait à établir le plus ou moins de fréquence de ces accidents. Le docteur Oidtmann, qui habite un pays où l’on fait un grand usage de poêles de fonte, n’hésite pas à regarder comme très-fréquente chez les enfants des écoles l’intoxication chronique par l’oxyde de carbone (2).

2. Saignement de nez. — Guillaume l’a constaté fréquemment chez 155 élèves ou 21 pour 100. Les garçons présentaient une proportion de 22 pour 100, tandis qu’elle n’était que de 20 pour 100 pour les filles. Chez les garçons, on trouvait une diminution pour les classes supérieures. La

(1) Saintc-Claiic Deville et Troost, Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, 1868, 13 janvier.

(2) Nous avons nous-même, dans deux communications laites à l’Aca-

démie des sciences le 24 février et le 25 mai 1868, donné le résultat de nos observations sur des malades atteints de fièvre typhoïde et qui se chauffaient au moyen de poêles de fonte. Nous croyons, sinon à un développement de la fièvre typhoïde par suite de l’intoxication lente par les gaz que dégagent les poêles de fonte, mais au moins, dans certains cas, à une aggravation sensible et particulière des accidents graves de cette maladie. On pourra consulter sur ce sujet le savant travail du général Moi in . Mémoire sur l insalubrité des poêles de fonte ou de fer exposés à atteindre la température rouge (. Mémoires de l'Académie des sciences , t. XXXVlll). mr j) )

lu RUD. VIRCHOW.

progression était moins sensible chez les filles. Becker n’a trouvé que A05 élèves, c’est-à-dire 11,3 pour 100, qui saignaient du nez, sans donner plus d’explication. Cependant, il dit que le saignement de nez était plus fréquent dans les classes supérieures des collèges, des écoles supérieures de jeunes filles et dans une école privée, c’est-à-dire dans les établissements ou les élèves passent le plus de temps et ont le moins d’exercice en plein air.

3. Goitre. Guillaume, qui, je crois, a le premier signalé cette maladie comme fréquente dans les écoles, la désigne sous le nom de goitre scolaire et dit qu’elle est connue sous le nom de gros cou. Il l’a rencontrée k\k fois, c’est-à-dire dans une proportion d’environ 56 pour 100 chez 169 garçons (à, 8 pour 100) et 2à5 filles (6â pour 100.) D’après lui, le goitre n’est pas endémique à Neuchâtel. Le goitre scolaire disparaît souven t, dit-il, pendant les vacances. Ce n’est que plus tard qu’il passe à l’état chronique. Il se montre dès l’âge de huitans chez les jeunes filles, après uneannéed'école.

Il faut bien le dire, les données du docteur Guillaume sont encore isolées, et je doute qu’elles soient acceptées par la généralité des médecins. 11 est vrai, cependant, que le sexe féminin surtout et le jeune âge prédisposent au goitre, et que la dilatation des vaisseaux du cou peut favoriser le développement de cette maladie.

Ce point mérite un examen plus approfondi, examen assez facile à faire et dont on peut espérer des résultats assez précis, puisque le mal en question a une certaine durée et que l’organe qui souffre est immédiatement accessible à la vue.

Les parents et les médecins savent, au contraire, que le mal de tête et le saignement de nez sont très-fréquents chez les écoliers ; mais il n’est pas facile là aussi d’arriver à une conclusion certaine. Les professeurs pourraient tenir note de ces accidents sous le contrôle d’un médecin, et l’on met-

Irait en regard les nombres obtenus et les conditions plus ou moins satisfaisantes du local de l’école, des classes, du temps des leçons et de la saison, ainsi que l’état des poêles et la ventilation.

Quoiqu’il en soit, on est forcé d’avouer que le séjour de l’école favorise singulièrement ces accidents, qu’il les provoque fréquemment et qu’il y a là matière à un sérieux examen.

Ce serait le moment de dire un mot de l’influence des congestions dont nous venons de parler sur les facultés intellectuelles des élèves. Il est certain, en effet, que ces congestions sont souvent accompagnées d’une grande lourdeur de l’intelligence et d’une paressed’esprit très-sensible, et si la cause persiste longtemps, on comprend le danger qui peut en résulter pour le cerveau.

Certains médecins accusent le régime de l’école de produire l’épilepsie, la danse de Saint-Guy et des maladies mentales qui peuvent éclater plus. tard. C’est surtout Heyer (1) qui a insisté le plus sur ce point. Mais ses observations ne satisfont en rien aux exigences de la science et ne reposent sur rien de sérieux. Il faut donc se contenter de signaler l’existence d’un danger qui sera d'autant plus grand que des dispositions particulières favoriseront davantage le développement de la maladie.

On comprend parfaitement qu’en pareille matière, et selon le point de vue auquel se place l’observateur, les causes occasionnelles, les dispositions particulières dont nous venons de parler, auront une plus ou moins grande signification, et l’on n’a pas besoin d’ajouter que la manière d’enseigner et la discipline en usage dans l’école doivent jouer ici un certain rôle et être prises en considération.

(1) Heyer, U cher die allzu grosse Anstrengung der kôrperlichen und geistigen Krüfte in Kindes und Junglingsalter. Berlin, 18G4.

™ nui), vihcuow.

/i. Déviations de la colonne vertébrale. — En général, les médecins qui se sont occupés de l’hygiène des écoles, et un grand nombre d orthopédistes accusent les mauvaises habitudes de maintien qu’on y contracte de produire souvent la déviation de la colonne vertébrale, et, en particulier, celte déviation qu’on désigne sous le nom de scoliose. Si, dit Fahrner (1), on parvient à démontrer que 90 pour 100 de ces déviations se développent pendant les années que l’enfant passe a l’école, et que ces déviations répondent exactement a la position qu’il prend en écrivant, on sera certainement en droit d’accuser les maisons d’éducation d’être une des causes principales de la maladie.

Au moyen d’un dessin qui nous paraît exact, Guillaume montre très-clairement le rapport qui existe entre la forme ordinaire de la scoliose et la position que l’on prend en écrivant, et il ajoute que, sur 731 élèves, il en trouva 218 (près de 30 pour 100) qui accusaient une déviation de l’épine dorsale.

Les orthopédistes sont unanimes pour déclarer que la plupart des scolioses se développent pendant le temps des études. Rlopsch (2) a rassemblé les observations des médecins spécialistes et établi que la plupart des scolioses commencent à se montrer entre dix et quatorze ans. Eulenburg seul les place d’abord entre la 7e et la 12ü année (3). Mais plus tard [U) il indique l’âge de six à dix ans. Cela ne change rien au résultat définitif, car toutes ces données se rapportent au temps passé h l’école, et l’on peut dire, avec certitude, que la scoliose ordinaire est une maladie qui se développe pendant les années de l’école. Mais

( l) Dus Kind und der Schultisoh. Zurich, 1865, S. 6.

(2) Orthopüdische Studien und Erfahrungen. Breslau, 1822, S. 22.

(3) Mittheilungen aus dem Gebiete der schwedischen Heilgymnastik. Berlin, 1855, S. 19.

(û) Journal fur Kinderkrankheiten, 1862, S, 38.

il n’est pas bien sûr que le régime scolaire soit la principale cause de cette maladie. On manque ici de points de comparaison avec les époques antérieures et avec les pays où l’école n’est pas obligatoire. Le témoignage du primary school comittee de New-York , que Guillaume cite, a une certaine valeur, cependant il faut avouerqu’il n’est pas concluant. D’un autre côté, si l’on pouvait, comparer plusieurs écoles entre elles, on aurait peut-être l’explication de la différence qui existe entre les chiffres d’Eulcnburg et ceux des orthopédistes.

On hésiterait peut-être à accuser les écoles, car la scoliose frappe le sexe féminin dans une proportion bien supérieure. En effet, Guillaume compte sur 350 garçons 62 cas, 18 pour 100, et sur 381 filles h\ pour 100. Nous ferons remarquer qu’on fait entrer dans ce nombre beaucoup de cas très-légers et qui n’ont aucune importance. Les observations des orihopédistes concernant des cas beaucoup plus graves sont plus frappantes. Klopsch compte 8è à 89 pour 100 de cas de scoliose parmi les filles. Adams (1) a trouvé que sur 173 cas, 151 appartenaient au sexe féminin et 22 seulement au sexe masculin. Knorr(2), sur 72 cas, en a constaté 60 chez les jeunes filles. Ces chiffres démontrent que le régime de l’école n’est ni l’unique, ni la principale cause de la scoliose, car l’expérience prouve que cette affection se montre chez les jeunes filles qui ne fréquentent pas l’école, et les orthopédistes en trouvent aussi la cause dans certains travaux et surtout les travaux d’aiguille. Si cela est vrai, on devrait accuser ici bien plus sévèrement que l’école les habitudes du foyer domestique. Gardons-nous cependant d’amnistier entièrement le régime de l’école, autrement

(1) Lectures on the pathology and treatment of latéral and other forms ob curvature of the spine. London, 1865, p. 194.

(2) Erster Bericht dergymn, orthop. und elektrischen Heilanstalt in München. 1860, S, 23.

rud. vmcnow.

on pourrait appliquer le même argument à la myopie qui existe bien plus fréquemment chez les garçons que chez les lillcs.

Si la statistique nous montre que l’usage des livres est plus nuisible aux yeux des garçons, et que les travaux d’aiguilles sont préjudiciables surtout à la colonne vertébrale et à la poitrine chez les jeunes filles, il en résulte des devoirs très-précis pour l’école dont lès habitudes se conservent si facilemen t à la maison.

Quelques orthopédistes, Bouvier (1) entre autres, refusent au genre d’occupaLion et au maintien toute influence sur la production de la scoliose. Mais il y a ici une circonstance qui nous paraît tout à fait concluante, c’est que la déviation de la colonne vertébrale est bien plus fréquente à droite qu’à gauche; or, tout le monde connaît l’inclinaison du corps à droite pendant qu’on écrit, eL le fait est signalé par Guillaume. La môme remarque peut s’appliquer au dessin, aux travaux d’aiguille, etc. Il est impossible de ne voir là qu’une simple coïncidence et l’on ne peut guère expliquer la production de la scoliose ordinaire d’une autre façon. Parow, en parlant de la nécessité d’une modification des tables des écoles, dit que sur 282 cas de scoliose, il y en avait 218, c’est-à-dire près de 79 pour 100 pour lesquels il était impossible de trouver aucune cause de maladie, soit interne, soit externe, et qu’on était obligé d’accuser uniquement l’habitude d’un maintien vicieux.

Il ne faudrait cependant pas en conclure que dans les déviations de l’épine dorsale les muscles jouent le seul rôle, comme certains orthopédistes le prétendent. Il est certain que les os de la colonne vertébrale subissent certaines modifications qui persistent. C’est pendant la croisai) Leçons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur. Paris, 1858, p. 427.

sance, au moment ou le système osseü* est en pleih développement, qu’on observe ces changements qui donnent àla colonne vertébrale une forme anormale, modifient les rapports de situation, atteignent les os delà poitrine et du bassin, ceux de la face ellë-mûme, et ont ainsi une influence marquée sur les viscères. En effet,, il résulte des mesures spirométriques de Schildbacli (1) que chez les enfants de 13 à 17 ans atteints de scoliose, la respiration diminue d’un tiers, et ,dans certains cas, de la moitié. Or, on sait quel rôle important joue la respiration et à quel point des troubles aussi graves peuvent compromettre la santé.

Les médecins ne sont pas d'accord sur le mécanisme de formation de la scoliose. Tandis que Klopsch indique comme point de départ des désordres dans les os du bassin dont le développement inégal produit d’abord une déviation dans la partie inférieure de l’épine dorsale, Hiiter, au contraire (2), fait venir la scoliose d’un développement inégal des deux moitiés de la poitrine. Quoi qu’il en soit de ces diverses opinions qui me paraissent résulter d’une spécialisation exagérée d’observations en elles-mêmes exactes, elles n’excluent pas la possibilité d’admettre qu’un maintien vicieux et l’exercice trop uniforme de certains muscles sont la première cause de ces déviations.

Dans les cas rapportés par Klopsch, il s’agit surtout de désordres du côté du cartilage postérieur du bassin. Or, dans la position que l’on occupe en écrivant, le corps repose trèssouvent et pendant longtemps sur la fesse gauche, et il est très-naturel que le cartilage gauche soit plus comprimé.

Dans un travail entrepris dans un autre but que celui qui nous occupe, un orthopédiste expérimenté, Schild-

(1) Beobachtungen und Betrachtungen über die Skoliôse. Amsterdam, 1862, S. 7.

(2) Die Forment wichelung fini Skelet dés nienschlichen Thorax. Leipzig, 1865, S. 87.

nun. vircuo'w.

bacli (1), fail remarquer que les jeunes filles sont souvent assises de telle sorte que leurs vêtements sont comprimés sous l’un des deux côtés du siège. Les bancs des écoles sont ordinairement placés de telle sorte que du côté gauche se trouve la fenêtre et du côLé droit l’entrée. Les jeunes til les en entrant dans la classe s’avancent donc du côté gauche entre le banc et la table, et quand elles sont assises, elles ont sous elles, à gauche, leurs robes sans plis, tandis que à droite elles sont deux ou trois fois repliées sur ellesmêmes, ce qui constitue une épaisseur de un à deux pouces.

Quand il s’agit, comme Hüter l’a très-justement remarqué pour la plupart des cas, d’une déformation de la poitrine, il faut bien admettre une pression conLinue exercée sur l’un des côtés. Cette pression est produite par une inclinaison de côté, inclinaison due à l’action des muscles. Mais pourquoi l’inclinaison du thorax se fait-elle à droite? Après des recherches longues et consciencieuses, Herm. Meyer (2) en trouve la cause dans la position qui résulte de l'effort fait pour placer l’épaule droite aussi haut que possible, effort produit par la hauteur exagérée des tables ; il la trouve encore dans l’action de pencher la tête du côté gauche pour observer la marche de la plume, ainsi que dans les différentes attitudes obliques qui se renouvellent si souvent avec ou sans motif. 11 ne faut pas, pour cela, regarder les muscles comme produisant la scoliose, dit Meyer, car les muscles qui produisent la tenue vicieuse que nous venons de dire n’amènent pas d’emblée les positions et les changements de forme par une traction directe, mais ils donnent ce maintien qui agit conjointement avec les autres causes inhérentes à la constitution particulière de l’individu.

Dans un mémoire ultérieur qui s’occupe spécialement de

(1) I n meirtem Archiv, 1867, Bd. XLI*S. 22.

(2) In meinem Ai'clriv} 1866, Bd. XXXV, S. 251.

la question des bancs de l'école (1), Meyer est d avis que les tables hautes qui se trouvent éloignées du corps favorisent singulièrement le développement de la scoliose, et il pense qu’il est urgent de changer la disposition des tables et des bancs. Prince (2) fait remarquer combien un repos forcé et l’immobilité chez l’enfant qui grandit contribuent lui faire prendre des positions vicieuses, qu’il garde ensuite pour toujours. CeLle observation mérite d’être prise en très-sérieuse considération, surtout dans les école des filles.

Dans tous les cas, il résulte de ce que vous venons de dire des règles précises pour les écoles. II faut que les écoliers et surtout les jeunes filles soient assis convenablement et que leur tenue sur les bancs soit surveillée; d’un autre côté, il faut par la gymnastique donner à leurs membres, en temps opportun, la somme d’exercice à laquelle ils ont droit.

5. Maladies des viscères de la poitrine. — Parmi les viscères de la cavité thoracique, les organes de la respiration sont ceux qu’on trouve le plus souvent malades par suite d’une hygiène mal entendue.

Il faut placer ici en première ligne la phthisie pulmonaire et les scrofules. Lorinzer signale particulièrement ces deux affections dans son travail, et Carmichael insiste sur leur fréquence. Ce dernier auteur raconte que, dans une école paroissiale qui n’avait pas de cour et où les enfants étaient forcés de rester toute la journée dans les classes, sur 2U jeunes filles bien nourries et bien vêLucs, 7 devinrent scrofuleuses. Arnolt fut chargé de visiter à Norwood une école de garçons, composée de 600 élèves où les scrofules étaient

(1) In meinein Archiv, J 867, Bd. XXXV11I, S. 29.

(2) Orthopedics . Philadelphia, 1866, p. 100*

1UJD. VIRCHOW.

très-communes et où régnait une grande mortalité. On attribuait cet état de choses à une nourriture malsaine et insuffisante. Il résulte du rapport d’Arnotl que le reproche était mal fondé, mais que la ventilation était tout h fait défectueuse. On remédia à cet inconvénient, et bientôt on vit diminuer les accidents dont nous venons de parler (1).

On pourrait citer beaucoup d’autres exemples du môme genre, mais, il faut l’avouer, ici encore la statistique fait défaut, et c’est seulement par des documents isolés et indirectement que l’on peut démontrer l’influence de la fréquentation de l’école sur le développement de la phthisie. Nous possédons’ par exemple, pour Berlin, des tableaux exacts dressés d’après les âges et le genre de rnorf (2). Or, si l’on pîend l’âge de l’école, on constate une croissance rapide de la mortalité par la phthisie pulmonaire pour l’âge de 10 à 15 ans qui se fait déjà sentir dans la période de 5 à 10 ans, et qui, dans les périodes qui suivent, de 10 à 20 ans, augmente d’une manière considérable; sur 100 cas de mort on trouve, pour l’âge de 5 à 10 ans, â,81 pour 100 qui meurent de la phthisie pulmonaire ; 10 à 15 ans, 12,96 pour 100; 15 à 20 ans, 31,88 pour 100.

Ajoutez à cela 8,93, 7,90 et â,7â pour les scrofules et quelques autres affections du mêmegenre, et vous aurez un résultat d’autant plus saisissant que le typhus et le choléra seuls fournissent,une mortalité à peu près semblable pour les mêmes âges. Sans doute, il est impossible d’attribuer à l’école seule cette mortalité et la vie domestique peut réclamer ici une large part d’influence. Néanmoins, le fait a

(1) M’Cormac, On lhe nature, treatment and prévention of pu'monary consumption. London, 1855, n. 48. — Ancell, A treatise on tuberculosis. London, 1852, p. 445. — Benj. W. Richardson, The lujgienic treatment of pulmonary consumption, Lond., 1857, p. 13.

(2) Engel, Die Sterblichkeit und Lebenserwurtung in Preuss. Staate und bcsonders in Berlin, 1863, S. 96-97.

sa valeur et certaines conditions d’hygiène, qui ont une grande importance, doivent contribuer, selon nous, à cette mortalité dans les écoles.

On doit citer comme particulièrement nuisibles :

1° L’air vicié par le grand nombre d’enfants;

2U Les refroidissements fréquents causés parles variations de température du local, les courants d’air, et, par suite, les angines, les fluxions de poitrine, etc.;

3° La poussière ;

U° La gêne dans la respiration comme conséquence de la position assise longtemps prolongée.

Jusque dans ces derniers temps, on n’avait pas une idée très-claire sur les causes delà phthisie pulmonaire; on la confondait avec la tuberculose et on la rangeait dans la classe des maladies héréditaires sans causes connues. De nouvelles recherches ont appris que, sous la désignation de phthisie pulmonaire, on avait compris différents accidents simultanés ou successifs, quelquefois isolés et ayant une existence propre, mais avec cela de commun qu’ils finissent tous par produire des ulcérations du poumon. La plupart sont d’origine inflammatoire ou catarrheuse et ont pour causes le refroidissement et la respiration de matières excitantes (poussière, charbon, etc.). Ces accidents durent d’autant plus qu’ils sont entretenus par une respiration incomplète qui produit une accumulation et une rétention des matières de sécrétion. Ajoutez à cela la viscosité de ces matières qui se dissolvent et s’épaississent et sur la nature desquelles l’air respiré a autant et peut-être même plus d’influence que la qualité de l’alimentation, et enfin le retour incessant de toutes les causes d’excitation.

Ce court aperçu suffira pour montrer combien une école avec des dispositions vicieuses et une surveillance insuffisante peut agir d’une manière dangereuse sur la santé des enfants, et combien l’on doit craindre qu’une partie des

HUD. VIRCHOW.

cas de phthisie qui entraînent la mort des jeunes gens des écoles n’aient pour cause unique l’école elle-même, sans compter les germes de la maladie qu’on peut y puiser et qui n’éclatent que plus lard.

Rien n’csl plus fréquent chez les écoliers que la toux et les maux de. gorge. Dans son rapport sur l’état hygiénique des Lycées de l’empire français, Vernois place en première ligne, parmi les maladies qu’il a observées, les angines et les maladies des bronches. On comprend que chez un enfant faible le défaut de soins dans ces maladies peut avoir les conséquences les plus graves. Voilà assez de motifs pour ne jamais se départir d’une prudence et d’une sollicitude de tous les instants.

6. Maladies des organes du bas-ventre. — Rien n’est plus discutable que celte opinion qui accuse le régime des écoles de produire la constipation, défaire naître de bonne heure et d’entretenir les hémorrhoïdes. Je ne veux pas dire que les craintes élevées à ce sujet soient tout à fait chimériques, mais il est difficile d’arriver à établir ici une base certaine. En effet, la plupart de ces maladies ne sont pas mortelles et échappent aux recherches de la statistique ; de plus, comme il faudrait faire entrer en ligne de compte d’autres effets nuisibles dont on ne peut accuser l’école, ceux de l’alimentation entre autres, on comprend qu’il est impossible de faire ici la part de l’influence du régime scolaire. Tout le monde est d’accord pour reconnaître combien une position vicieuse, quand on est assis, a d’influence sur la circulation des organes du bas-ventre; mais peut-on dire quels sont les effets produits sur la rate, le foie, l’estomac, les reins, etc.? Nous ne pouvons examiner ici que les deux seuls points que les résultats de l’expérience aient éclairés.

Parlons d’abord des organes de la digestion.

La fréquentation assidue de l’école a une influence telle sur l’appétit, qu’après quelques semaines ou du moins quelques mois, on constate chez les enfants des intervalles d’inappétence et de dyspepsie. Des irrégularités dans les selles, une élaboration du sang incomplète, de la lassitude, de l’amaigrissement, le manque d’appétit, voilà les phénomènes qui se produisent tout d’abord, et sur lesquels insiste, à juste titre, le docteur Gasl (1). Mentionnons aussi en premier lieu le manque de ventilation, dans les locaux des écoles, le manque d’exercice convenable et la contention d’esprit. La prolongation du temps passé à l’école, l’essai que l’on fait en ce moment d’augmenter les heures de l’étude pendant la matinée, au profit des récréations de l’après-midi, tout cela contribue à aggraver les inconvénients dont nous venons de parler.

Le second point concerne les organes génitaux des deux sexes.

Tout en faisant abstraction des influences du mauvais exemple et de l’entraînement, le seul fait de rester assis pendant de longues heures, l’excitation de l’esprit, l’existence de troubles dans la digestion suffisent pour agir sur les organes sexuels. Les jeunes filles, surtout à l’époque de la puberté, devront être l’objet d’une sollicitude particulière. Ce pointa été bien traité par Gast et nous nous contenterons de renvoyer à son mémoire. Ajoutons qu’il nous semble qu’on ne comprend pas assez l’importance d’avoir pour les jeunes filles des institutrices expérimentées et la nécessité d’une surveillance active exercée par des femmes.

7. Maladies contagieuses. — l’out le monde sait que certaines maladies contagieuses, la rougeole et la fièvre scar-

1 , Aerzthchc Vorschl&ge zur Hef'onn des Volksschulvuesens in Sachseiii Leipz., 1863, S. 7.

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