FAUNE ET FLORE
Un grand nombre d’espèces animales et végétales de la zone torride peuvent porter atteinte, par des mécanismes divers, à la santé humaine.
I. Parmi les animaux nuisibles, les uns sont des parasites plus ou moins dangereux, et les autres des êtres agressifs qui nuisent par les blessures qu’ils font, les venins qu’ils inoculent, les matières toxiques qu’ils peuvent faire pénétrer dans l’organisme humain.
1. La Chique ( Pulex penetrans) est commune dans le centre de l’Amérique et dans les régions torrides de
crobes, en restant sur le terrain du parasitisme. Les gaz infectieux peuvent, au contraire, tuer brusquement ou lentement suivant l’intensité de l’infection»
l’Amérique du Sud. C’est la femelle qui joue le rôle de parasite de l’homme ; elle pénètre de préférence dans les téguments de la plante des pieds, dans ceux des orteils, des plis digito-plantaires. Elle fend l’épiderme et le derme à l’aide de ses scies mandibulaires et se loge dans une cavité qu’elle creuse à une profondeur variable de la peau. Si elle a été préalablement fécondée, son abdomen se développe en même temps que les œufs augmentent de volume ; ceux-ci sont expulsés dans les tissus qui circonscrivent l’animal, puis la chique meurt sur place. L’inflammation locale qui résulte de la présence de l’animal dans les tissus se développe alors, à des degrés divers, depuis le simple bouton inflammatoire jusqu’à l’abcès et l’ub cère plus ou moins lent à guérir.
2. La Mouche hominivore ( Lucilia hominivorax ) est commune dans toute l’Amérique torride et surtout dans les Guyanes. On la rencontre dans les grands bois où elle vit des détritus organiques, mais elle se transporte partout, en rase campagne, dans les villes, sur les navires. Ce sont les larves qui sont parasites : la mouche les dépose dans les fosses nasales des gens endormis et se retire : les larves se développent alors dans la partie supérieure des fosses nasales où elles rampent et déterminent la sensation du fourmillement intra-nasal, des saignements de nez, de la chaleur, du gonflement, de l’inflammation locale. Ce dernier processus s’étend bientôt aux paupières, au nez, au front : il peut y avoir de l’œdème de la lèvre supérieure. Si alors un traitement antiparasitaire n’intervient pas, le périoste des fosses nasales est atteint, les ulcérations intra-nasales et le phlegmon sousmuqueux donnent du pus qui décolle la membrane pituitaire, la cloison et le nez tout entier peuvent
être détruits. Il y a souvent de la fièvre ; parfois une méningite par propagation enlève le malade, mais la mort peut être la conséquence des seuls désordres locaux et de leur retentissement sur tout l’organisme.
3. La Mouche du Cayor (Ochromya anthropophage, ) dépose sa larve, dite, ver du Cayor, dans la région postérieure du tronc de préférence, ainsi que sur les membres inférieurs. Le sommeil sur le sable, le dormeur étant étendu sur le dos, est une cause habituelle de la pénétration du parasite : un bouton furonculeux qui occasionne des douleurs vives pendant une huitaine de jours, mais qui guérit rapidement après l’extraction de la larve par la pression, tels sont les symptômes observés.
4. Une Œstre dont la détermination spécifique n’a pas été faite, l’insecte parfait n’ayant pas été recueilli, produit’la larve parasite, dite ver macaque, qui habite la Nouvelle-Grenade, le Brésil, les Guyanes, le Pérou. Cette, larve est pyriforme et* a de 20 à 27 millimètres de long. Bien que Bonnet ne l’ait observé à la Guyane que sur le nègre et le coolie, il y a lieu, pour l’Européen, de s’en méfier. La mouche pique probablement la peau et dépose sa larve parasite sur les parties découvertes, le dos, les épaules. La sensation d’une fine piqûre, une légère inflammation locale qui peut s’aggraver si on ne procède pas à l’extraction de la larve, tels sont les phénomènes consécutifs.
5. V Œstre cuterehre (Cuterebra noxialis), commune en Nouvelle-Grenade, au Mexique, au Brésil, dans les Guyanes, et sans doute dans toute l’Amérique tropicale, bien qu’elle n’ait pas encore été signalée partout, dépose également dans les tissus des larves que l’on nomme en Nouvelle-Grenade gusanos de monte ou nuches. La Cuterebre nuisible ne pique que les par-
ties découvertes. L’homme peut ne pas éprouver de douleur au moment de la piqûre, et ne la ressentir qu’au moment où la larve s’est développée. On constate alors la présence d’une petite tumeur, pourvue à son sommet d’un petit orifice, au travers duquel on aperçoit un corps blanchâtre : c’est la larve qui est toujours en mouvement. En général, sauf l’insomnie, qui n’est pas d’ailleurs la règle, le malade n’éprouve aucun symptôme incommodant ou grave. Si la larve siège dans le voisinage d’un organe important, dans l’orbite, par exemple, le malade court des dangers auxquels il faut remédier le plus tôt possible.
6. La Tique américaine , tique tropicale, tique de Cayenne, est un acaride microscopique d’une couleur jaune-rouge quand il est à jeun, gris-blanchâtre quand il est repu. Il pique la peau et se gorge de sang.
. 7. Un autre acaride microscopique, non classé encore, le Pou d’ Agouti, se fixe, comme le précédent, dans les régions fines de la peau pour s’y gorger de sang. Il est très commun à la Guyane.
8. Dans tous les pays torrides, mais spécialement en Abyssinie, à la côte occidentale d’Afrique, en Syrie, en Gochinchine, l’Européen est exposé à prendre l’un ou l’autre ténia, armé ou inerme. Le second est de beaucoup le plus commun. Est-ce parce que, comme on l’a dit récemment, le ténia armé n’est autre chose qu’un ténia d’abord inerme, puis parvenu à un développement plus avancé? C’est possible, mais cela n’est que d’un intérêt secondaire ici. Les ténias, qu’on soit uniciste ou dualiste en cette matière (1), s’intro-
(I) Mon collègue et ami le Dr Baquié m’a communiqué tout récemment le fait de l’expulsion simultanée par un malade de son service de deux ténias, l’un inerme, l’autre armé. C’est incontestablement un argument en faveur de l’unité spécifique des ténias.
duisent dans le tube digestif, par les boissons aqueuses qui n’ont pas été filtrées ou bouillies, par l’ingestion des viandes de bœuf et de porc cuites d’une manière insuffisante. Le Botriocè'phale , appelé à tort ténia lata, appartient plutôt à la zone tempérée ; cependant on l’a observé dans l’Inde, à Geylan. On n’a pas pu établir jusqu’à ce jour s’il s’introduisait dans l’organisme par le fait de l’ingestion de certains poissons, spécialement des salmonés, ou par toute autre mode.
9. Les Ascarides lombricoïdes paraissent plus communs dans la zone torride que partout ailleurs. Bien que leur présence dans le tube digestif, soit le plus souvent exempte de gravité, il est des cas où elle donne lieu à des accidents inquiétants. Il faut donc éviter l’accès des ascarides dans l’organisme en ne buvant que des eaux filtrées ou bouillies, si l’on n’a pas à sa disposition des aiguades de choix.
10. On ignore généralement d’où provient la parasite, dit Anhylostome duodénal, produisant le mal-cœur des nègres, la cachexie africaine, dont quelques Européens ont été atteints aux Antilles ; mais on suspecte beaucoup les eaux réputées potables et non filtrées ou bouillies (1).
11. Le Dragonneau ou füaire de Médine qui détermine la maladie connue sous le nom de draconculose , est un ver de la famille des grandes filaires : il est endémique dans plusieurs localités des zones chaude et torride, mais surtout à la côte occidentale d’Afrique. On l’observe à Médine, localité située à 350 lieues del’em-
(1) On ne peut guère s’étonner de la présence de l’ankylostome chez les Européens, en pays torride, depuis que le parasite a été signalé chez les ouvriers atteints d’anémie du Saint-Gothard. — V. V Ankylostome duodénal de l'anémie du Saint-Gothard , par lq Pr E. Bugnioq à Lausanne, Genève, 1881.
bouchure du Sénégal, chez les nègres de la côte d’Or, au Gabon, où cependant il paraît céder le pas à la filaire de l’œil, au Gap, dans le Soudan. Au Sénégal, il est très fréquent, car Trucy a pu en relever 146 cas traités à l'hôpital de Saint-Louis, pendant une période de dix ans. On l’a signalé aussi sur les bords de la mer Rouge, dans l’Arabie Pétrée et dans l’Hedjaz, sur les rivages de la mer Caspienne et du Golfe Persique à Bokkara dans le Turkestan, sur les bords du Gange et de l’Indus, à Pondichéry, aux Antilles, à Curaçao où il est extrêmement fréquent. Il n’existe ni à Bourbon, ni à Madagascar. Dans les divers cas observés dans la zone tempérée, on est presque toujours parvenu à démontrer l’origine africaine du parasite. Le dragonneau pénètre toujours dans l’organisme, disent les uns, à la suite de l’ingestion d’eaux que l’on a cru potables, puis il chemine au travers des tissus jusqu’aux téguments. Il pénètre directement dans la peau, dit notre collègue Trucy ; car « on rencontre le plus souvent les lîlaires aux jambes et surtout aux pieds, or, si elles s’introduisaient dans l’économie par le tube digestif, comme l’ont voulu un grand nombre d’auteurs, pourquoi ne les rencontrerait-on pas aussi souvent et même plus souvent au tronc, aux cuisses, aux bras? Pourquoi ce parasite irait-il, de préférence, se loger dans les points les plus éloignés du tube digestif? D’autre part, comment expliquer la fréquence de cette affection chez les soldats indigènes qui vont le plus souvent pieds nus, lorsque si peu d’Européens qui, eux, sont toujours chaussés, en sont si rarement atteints? Ces deux catégories d’individus boivent cependant, à Saint-Louis du Sénégal, l’eau provenant d’une même citerne (1). » Ces arguments seraient de nature à con-
(I) Trucy, Remarques sur la filaire de Médine. Thèse. Montp. 1873.
vaincre s’il n’existait pas en clinique des faits évidents de pénétration du dragonneau par la voie gastrique (1). Le parasite, c’est la femelle : dans les tissus c’est un cordon blanc laiteux pelotonné sur lui-même et pouvant dépasser la longueur d’un mètre. L’animal se loge, par ordre de fréquence, dans les téguments des pieds, des jambes, des cuisses, du tronc, du scrotum, des membres supérieurs. Une démangeaison locale à laquelle succède une tuméfaction accompagnée parfois de la présence, au palper, d’un cordon cylindrique sous-cutané plus ou moins résistant, tels sont les symptômes du début. On voit ensuite apparaître, au sommet de la tumeur, une vésicule phlycténoïde qui se brise d’elle-même et qui permet de constater, à son centre, un corps filiforme et blanchâtre : c’est le dragonneau, dont on ne doit opérer l’extraction que peu à peu, en plusieurs jours, sous peine de le rompre.
12. On ignore quel est l’habitat exact de la Filaire microscopique, filo.ria sanguinis hominis, filaire de Wucherer, filaire de Bancroft , que l’on a rencontrée dans des cas d’éléphantiasis des Arabes, de tumeurs lymphatiques, d’hémato-chylurie, d’érysipèle des pays torrides, et de craw-craw. On en a toutefois constaté la présence, une fois à notre connaissance, dans les eaux d’une rivière du Brésil (2), de sorte que, quelle que soit l’opinion que l’on professe sur le rapport qui existe entre la présence de cette filaire dans le sang des ma-, lades atteints des maladies que nous venons de nommer
(1) Da Silva Lima, De la filaire de Médine ou ver de Quinée rencontré à l’état endémique dans la province de Bahia et de son introduction dans le corps humain par l’eau en boisson. Arch. de Méd. navale , mai 1881.
(2) Découverte de filaires embryonnaires dans l’eau potable de la Carioca (Rio de Janeiro). V. Arch . de Méd . navnle , 1878, 1er sem., p. 313.
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et la marche de ces affections, le fait invoqué conduit comme tant d’autres renseignements d’une autre nature, à la nécessité de la filtration ou de l’ébullition des eaux à boire, toutes les fois que la qualité de la source n’est pas hors de doute (1).
En dehors de tout parasitisme, la faune torride compte un grand nombre d’espèces, petites et grandes, inférieures ou élevées dans la série, qui peuvent porter atteinte à la santé ou à la vie du voyageur, de l’explorateur, du colon, du soldat, du marin.
L 'Oursin de la mer Rouge ( Echidnus mamillatus) pique le pied de l’imprudent qui marche sur les piquants aigus de son test. Presque toutes les Méduses pélagiques sont urticantes. La Cyanée belle de Pondichéry sécrète un venin irritant. Le Cancer ruricola , crabe de terre, est suspect, aux Antilles, à cause des accidents de diarrhée cholériforme qu’a quelquefois occasionnés l’ingestion de sa chair. Une Crevette de Bornéo , dont l’espèce n’a pas encore été définie, peut causer les mêmes accidents. Le Gara, patte de l’Amérique du Sud pique les parties découvertes du corps et ne lâche prise que lorsqu’il est gorgé de sang et de lymphe ; sa piqûre peut donner la fièvre. VArgas de Colombie fait une piqûre très douloureuse et très redoutée dans ce pays. La Galéode vorace du Bengale qui attaque les insectes et les petits lézards, se met sur la
(1) J’ai présenté dans la séance de l’Académie de médecine du 11 avril 1882, un jeune Breton atteint d’une dermatose eczématoïde dont les vésiculo-pustules contenaient une filaire analogue ou semblable à celle que le Dr O’Neill, de la marine anglaise, a signalé dans le craw-craw. Il s’ensuivrait que cette dernière dermatose n’est pas plus exotique que le mal-cœur caractérisé parla présence de l’ankylostome duodénal, que l’aïnhum, etc. On comprend l’importance de ces faits au point de vue de la géographie médicale, du diagnostic, du traitement.
défensive quand elle est menacée par l’homme et le mord parfois cruellement. Le Latrodecte de Madagascar-, autre aranéide, fait une morsure qui, au dire des indigènes, peut produire la mort. Le Vancoho de la même île passe pour être très dangereux. L’Araignée orange de Curaçao et de toute la côte du Venezuela , fait à l’homme une morsure qui se reconnaît à une légère tache grise, humide, ronde comme un pois. Le Latrodecte assassin de la Martinique est une espèce très voisine du Malmignatte de Madagascar et détermine, par sa morsure, des accidents qui peuvent aussi être très graves. Les Mygales de toute la zone intertropicale sont des araignées venimeuses de grande taille qui attaquent les passereaux, et même, dit-on, les pigeons. Le voyageur mordu éprouve une douleur vive au point touché et voit survenir rapidement une tuméfaction plus ou moins étendue qui s’accompagne souvent de fièvre. Le Scorpion de la Colombie est fort dangereux. Quand il pique les téguments, « outre la douleur locale, on voit, dit le Dr Posada-Arango par expérience personnelle, une petite plaque érythémateuse, dure, avec un point ecchymotique au centre, ce sont comme des gouttes froides qui tombent sur le corps, un peu d’angoisse, de malaise vague et d’étourdissement, et, ce qui est caractéristique, un engourdissement très marqué de la langue, une sorte de paralysie incomplète. L’individu sent sa langue comme plus grosse, pesante, difficile à mouvoir, ce qui fait bégayer ou embarrasse plus ou moins la parole, en même temps que les facultés tactiles et gustatives de la langue sont émoussées. » Le Scorpion du Mexique, celui de V Inde et celui d 'Amérique produisent des effets analogues. Les Scolopendres ou mille-pieds sont redoutées dans la zone torride. Celles dont les morsures sont les plus cruelles,
sont la Scolopendra insignis du Sénégal, la S. morsitans de la côte occidentale d’Afrique, le Malfaisant des Antilles (1). Ces animaux mordent à l’aide de leurs pieds-mâchoires, situés des deux côtés de la tête et communiquant avec une glande venimeuse. De la douleur, du gonflement au niveau de la morsure, du frisson, de la fièvre, tels sont les symptômes que l’on observe. Une scolopendre avalée avec de l’eau, dans l’obscurité, par un officier du 16e léger, à Cayenne, en 1828, a déterminé une tuméfaction énorme du cou, des accidents nerveux effrayants et finalement la mort.
Les insectes nuisibles sont en très grand nombre. Il y a plus particulièrement lieu de se défier : — de la Mouche à tête rouge d’Abyssinie , laquelle, écrasée sur la peau, détermine l’apparition d’une ampoule, et plus tard des furoncles douloureux et rebelles; — de la Mouche Tzetzé de l’Afrique australe, dont la piqûre, peu dangereuse en général, guérit cependant parfois très lentement ; — de la petite Mouche de Pondichéry , fourmillant aux mois d’août et de septembre dans l’atmosphère, voltigeant constamment autour des
(1) et Je confesse que la créature que j'ai aperçue ce matin, en ouvrant les yeux, â mon réveil, ne me parut rien moins qu’agréable : c’était un énorme mille-pattes (^scolopendre), ayant près de trente centimètres de long, arrêté tout près de moi; ses pattes innombrables paraissaient sur le point de se mettre en mouvement et ses deux cornes ou palpes s’allongeaient avec une expression venimeuse. Ces animaux ne sont pas seulement hideux à voir, leur morsure est fort douloureuse sans être toutefois autrement redoutable. Je me glissai doucement hors du canapé, sans déranger autrement mon affreux voisin qui ne tarda pas à être victime de la science ; on l’emprisonna adroitement sous un large gobelet d’où il passa dans un bocal plein d’alcool. Le capitaine Faria me dit que ces mille-pattes sont très souvent apportés à bord avec le bois, dans lequel ils se cachent de préférence ; mais qu’on les voit rarement à moins qu’ils n’aient été dérangés et chassés de leur cachette. De pareils visiteurs, on se passerait volontiers. » M. et madame Agassiz, Voyage au Brésil , Hachette, 1874.
yeux, cherchant à se poser sur les paupières, et déterminant au bout de quelques jours une véritable épidémie d’une blépharo-conjonctivite purulente transmissible, à laquelle on donne dans l’Inde le nom de clordeuil (1) ; — des Mouches de l’Yapura (2) ; — de la fourmi noire de l’Afrique torride orientale (3); — le voyageur Barth a été très incommodé par la morsure de la Fourmi noire du Soudan, dans le Baghirmi, près du lac Tchad (4); — de la Fourmi guissondé de l’Afrique australe dont parle Serpa Pinto (5) ; — des Fourmis de Cayenne, dites flammants, dont les morsures occasionnent parfois delà fièvre ; — des Fourmis rouges du Gabon, marchant en colonnes serrées dans l’herbe et dans les sentiers; — des Fourmis blondes du même pays, au corselet allongé, faisant leurs nids sur les arbres et toutes
(1) Huillet, Contribution à La Géographie médicale, Pondichéry. Arch. de Méd. nav., 18G8, 1er semestre, p. 85.
(2) J. Crevaux, De Cayenne aux Andes. Tour du monde , 1881, 1e'' semestre.
(3) Voyage aux grands lacs de l'Afrique orientale, par le capitaine Burton. « Bêtes et gens sont affolés par la morsure d’une fourmi noire qui a plus de vingt-cinq millimètres de longueur; sa tète de bouledogue est pourvue de mâchoires puissantes qui lui donnent la faculté de détruire les rats, les serpents et les lézards. Elle habite les lieux humides, creuse ses galeries dans la vase, infeste les chemins, et comme toutes ses congénères, elle ne connaît ni la crainte, ni la fatigue. Rien ne peut lui faire lâcher prise lorsque, ramassée sur elle-même, elle vous tord les chairs et vous transperce de ses mandibules, qui vous lardent comme une aiguille rougie. » — Voyage de Burton et Speke. Tour du monde.
(4) « Ma grande affaire, à moi, était de me défendre contre de grosses fourmis noires dont l’obstination m’aurait beaucoup amusé si leurs attaques avaient été moins personnelles. Une fois, mon lit se trouvant sur leur chemin, elles m’assaillirent avec fureur; je tombai sur elles, écrasant, chassant, brûlant, sans repos ni trêve, ce flot qui coulait toujours, et cela pendant deux heures, avant d’avoir pu le détourner. » Barth, Voyages et découvertes au centre de l'Afrique. Tour du monde. Hachette, éditeur.
(5) Serpa Pinto, Comment j'ai traversé l'Afrique, Tour du monde, 1880-1881.'
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prêtes pour l’attaque ; — des abeilles du Haut-Nil et de l’Abyssinie; — des moustiques de la zone torride tout entière.
Les voyageurs, mais plus particulièrement les marins, doivent redouter un certain nombre de poissons qui sont les uns vulnérants, les autres toxiques (1).
On a signalé parmi les accidents produits par les poissons vulnérants : la morsure de la Murène moringue des mers tropicales, la blessure produite par la lancette caudale de Y Acanthure chirurgien , la piqûre que peut faire au baigneur l’épée aiguë et dentelée de la Raie pastenague, celles que déterminent les aiguillons acérés du Diodon orbiculaire. Le Machoiran, le Scorpène rascasse, la Vive araignée, piquent au moyen des rayons épineux de leurs nageoires dorsales ; les Chabots sont armés d’épines préoperculaires ; le Plotose rayé se défend au moyen de ses épines dorsales et pectorales ; le JSiphon épineux et la Thalassophryne reticulata blessent au moyen de leurs rayons épineux du dos aussi bien que par ceux de l’opercule, etc.
Les poissons toxiques sont encore plus nombreux, mais on n’a pas bien établi, jusqu’à ce jour, les différences précises qui existent entre ceux qui paraissent dangereux par leur chair propre et ceux qui doivent leurs propriétés malfaisantes à l’état de putréfaction ou encore à la nature des aliments qu’ils ont pu ingérer. En hygiène pratique, on considère comme dangereux ou suspects : le Serran ouatalibi, le Serran créole, le Serran arara, la Sarde à dents de chien, la Sphyrène bécune, espèce signalée surtout dans l’Amérique tropicale, la Sphyrène yello de la mer des Indes, le
(1) Voy. pour plus amples détails le chapitre consacré aux Poissons dangereux, dans mes Eléments de Pathologie exotique , p. 120. Delahaye et E. Lecrosnier, éditeurs, 1881.
Scorp'ene rascasse et le Scorpene à antennes des mêmes mers, les chairs putréfiées du Thon commun , du Tassart, de la Bonite, du Quatre , des Carangues , du Pagre, de la Daurade sarbe. Le Gobie porte-crin ou Calou-oulouvé de Pondichéry, la Baudroie épineuse , la Vieille et le Scare catau-bleu de Pile de France sont généralement considérés comme toxiques en tous temps et par eux-mêmes, ainsi que les œufs du Ca-thiaï de Gochinchine, la chair de la Sardine dorée, de la Sardine des Antilles, de la Melette vénéneuse des archipels océaniens, des Diodons, des Tétrodons, des Ghétodons de Java.
Les serpents venimeux pullulent dans la zone torride. Dans l’Inde, disent les documents anglais pour 1880, il y a eu, dans la Présidence du Bengale seulement, 10,064 personnes mortes victimes de la piqûre des serpents. A Pondichéry, d’après Huillet, on a enregistré dans l’espace de quatre ans et demi, sur les relevés de la police, 118 piqûres dont 44 mortelles; or bien des cas appartenant aux districts ruraux ont échappé à cette statistique désolante. A la Martinique, on compte en moyenne, 60 décès annuels par la piqûre du Bothrops. A Java, à Cayenne, au Brésil, les accidents sont assez communs.
Tous les explorateurs ont parlé des dangers que leur ont fait courir les caïmans (1), les crocodiles, les hippopotames et les fauves. Parmi ces derniers, le tigre est assurément le plus redoutable. Dans l’Inde etl’Indo-Ghine, il tue dans une proportion sans doute très inférieure à celle que l’on constate pour les ophidiens venimeux, mais bien considérable encore. Dans l’Inde, 359 personnes, la plupart de race indigène, ont
(1) JacarèSf de l’Amérique intertropicale.
été étranglées par des tigres dans la seule présidence du Bengale, pendant l’année 1880. En Cochinchine, les Annamites, qui sont beaucoup plus souvent attaqués par ces fauves que les Européens, en ont une véritable terreur. D’après Harmand, les tigres affectionnent les brousses situées dans les environs des villages qui peuvent leur fournir les animaux dont ils se repaissent. Ils attaquent rarement les hommes en général, le Cambodgien et l’Annamite beaucoup plus souvent que les Européens, les femmes plutôt que les hommes. La mort n’est pas aussi affreuse qu’on pourrait le supposer tout d’abord, le tigre bondissant sur sa victime et la frappant à la nuque « d’un coup de sa patte de fer qui suffit sinon pour la tuer, du moins pour l’assommer complètement (1) . » Le Dr Corre a dépouillé les statistiques médicales des cinq premières années de l’occupation, et pendant cette période qui a vu un si grand roulement d’effectif, il n’a noté qu’un seul cas d’enlèvement par le tigre (2).
IL La flore tropicale (3) comprend un certain nombre de végétaux épineux , c’est-à-dire pouvant être vulné= rants, et des espèces toxiques dont les effets ont une gravité inégale suivant le végétal qui fournit le suc irritant ou la substance vénéneuse. Le suc du Mancemillier irrite les téguments en y produisant des vésicules et des pustules douloureuses ; l’amande du Sablier élastique cause des coliques, de la diarrhée, un état syncopal, quelquefois la mort ; le suc laiteux du Manioc tue par l’acide cyanhydrique qu’il contient;
(1) Harmand, Bulletin de la Société d'acclimatation. Les grands mammifères de Vlndo-Chine. Discours prononcé en séànCe annuelle.
(2) Communication orale.
(3) V. pour plus de détails, éléments de Pathologie exotique , p. 752 et suiv.
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la graine du Purguer du Sénégal produit la superpurgation accompagnée de symptômes choléroïdes. Parmi les Aroïdées, le Draconte polyphylle occasionne du délire , des éclats de rire involontaires , des gestes forcés, des étourdissements, une ivresse maniaque. Dans le même genre végétal, les Gouets arborescent , vénéneux et hérédacé, la Colocasie hérédacée , ingérés par imprudence, produisent les effets des purgatifs drastiques, c’est-à-dire des nausées, des vomissements, des selles diarrhéiques et sanguinolentes, des coliques, des sueurs froides. Aussi Fonssagrives recommandet-il de se méfier dans les pays torrides de toute « racine provenant d’une plante à spathe monophylle, ventrue inférieurement, ouverte en cornet à sa partie supérieure, contenant un spadice droit, cylindrique, renflé à sa base, ayant assez la forme d’un gland très allongé à cupule inférieure (1). »
Le suc d’une cucurbitacée, le Momordique nexiquen, et celui que l’on exprime du fruit de plusieurs solanées, du Calebassier vénéneux, de la Morelle mammiforme, les feuilles du Datura stramonium , produisent les mêmes effets que les Aroïdées toxiques. Les feuilles fraîches de la Lobélic à longues fleurs contiennent un suc très irritant de la muqueuse oculaire, si on la touche par mégarde, la main étant imprégnée de suc, et de la muqueuse digestive, si les feuilles ont été ingérées par imprudence. Vapocyn citron paraît tuer à la façon de l’atropine.
Les voyageurs et les explorateurs sont en outre, dans certaines régions torrides, exposés aux flèches empoisonnées des indigènes. D’après Livingstone, certaines peuplades riveraines du Zambèze trempent leurs
(1) Fonssagrives, Hygiène navale, 2e édition, p. 637.
dards de guerre dans les entrailles d’une chenille ou d’un crapaud , le venin du Cobra capel sert à enduire les flèches des Hottentots ; les Boschismans emploient, pour cet usage, le suc de la Vipera cornu ; les Indiens de Colombie, le venin d’une Rainette. On se sert, en pays Pahouin, du suc de Ylnée ; dans la province de Sierra-Leone, du Mancone ou Téli ; à Madagascar, du Tanghin vénéneux ; chez les Hottentots, du suc de l’ Hœmanthus nudus, de Y Amaryllis distica et de l’écorce bouillie de Y Acocanthera venenata. On emploie en Indo-Ghine le poison de Yacun ; dans les tribus Mois, un poison convulsivant non déterminé ; à Bornéo, un enduit composé dans lequel entrent le suc d’une Antiaris toxicaria, une décoction du Calamus pericarpus, les feuilles d’une Hydrocotyle et du tabac. C’est un mélange du suc d’une Euphorbiacée et de la décoction d’une Apocynée inconnue qui constitue le poison des flèches des archipels Polynésiens les plus voisins de l’Australie. Les diverses variétés de curare sont la base des poisons des flèches des tribus amazoniennes.
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