NOMBRE DE DÉCÈS
sur
1000 hommes.
Maladies épidémiques.
Fièvre jaune
Dengue
Choléra
j Maladies endémiques.
Fièvre paludéenne
Fièvre bilieuse mélanurique. . . .
Accès pernicieux
Insolation
Embarras gastrique
Dysentérie et diarrhée
Hépatite
Anémie
Coliques
Tænia
! Maladies sporadiques .
Bronchite
Pneumonie et pleurésie
Phthisie pulmonaire
Rhumatisme
Autres maladies internes
Maladies chirurgicales
Maladies vénériennes
Totaux
La mortalité des troupes pour cette période de vingt années a donc été de 77. Si on néglige l’élément militaire indigène qui, dans les effectifs français, est insignifiant au Sénégal, la mortalité des Européens est de 7,7 pour 100. Avant Bérenger-Féraud, Dutroulau avait calculé que pour une période de 37 années, la mortalité moyenne des mêmes troupes au Sénégal était de 10,61 pour 100 ; mais, quoiqu’il en soit des différences entre ces deux précieuses statistiques, on voit, la mortalité des troupes en France étant de 1,1 pour 100 (Morache), à quels dangers de mort sont exposés nos soldats sous le climat sénégalien.
En dehors des effectifs militaires, voyons comment est constitué et de quelle façon se comporte au point de vue de l’acclimatement, le personnel européen.
« Les Français, les Anglais, les Portugais, fournissent les principaux représentants des peuples d’Europe à la côte occidentale d’Afrique. Les Portugais ont longtemps dominé sur ces côtes, et, dans le français qui se parle à Saint-Louis et àGorée, on retrouve des traces de cette domination. Actuellement, en dehors des garnisons entretenues par les divers gouvernements civilisés dans leurs colonies réciproques, les Français forment la grande majorité des Européens commerçants sur la côte d’Afrique.
« Indépendamment des militaires, marins et employés, qui sont au nombre d’environ 1,500, on ne comptait en 1872 que 655 Européens établis dans les parties françaises de la Sénégambie, 469 hommes et 186 femmes ; 344 habitant Saint-Louis ; 141 , Gorée ; 48, Dakar; 67, Rufîsque; et 55, les comptoirs de Portudal, Sedhiou, Garabane.
« A Sierra-Leone, la garnison ne compte qu’un
nombre très faible de soldats européens, et le nombre des blancs non employés du gouvernement est encore plus faible que dans nos possessions françaises.
« Dans les comptoirs du fleuve du Sénégal, dans ceux de la Gambie, il est fort rare de rencontrer un Européen qui ne fasse pas partie de la garnison. Le commerce se fait partout par l’intermédiaire de quelques métis et le plus souvent par des noirs français ou anglais, c’est-à-dire civilisés, chrétiens ou musulmans.
«Dans les petites rivières du sud de la côte, dans celles de la côte de Guinée, on rencontre des traitants européens isolés, mais dont le séjour est toujours de peu de durée. Aucun des points de la côte occidentale d’Afrique ne peut être considéré comme ayant le droit de porter le titre de colonie dans le vrai sens du mot. Il n’y a à la côte d’Afrique que des comptoirs, que des lieux d’échange, nulle part l’Européen ne s’y établit d’une manière définitive. Les rares essais de culture sous la direction des Européens n’ont jamais persisté. Il n’y a pas de colons proprement dits ; jamais personne ne s’établit dans ces contrées sans espoir de retour vers la mère patrie. Il n’existe pas de race créole, ni de génération de race blanche pure se renouvelant en Sénégambie.
« On cite à peine quatre ou cinq personnes ayant vingt ans de séjour dans la colonie du Sénégal, et ayant survécu aux terribles destructions des maladies endémiques et de la fièvre jaune. La mortalité des médecins, qui n’y passent que deux ou trois ans, au plus, est de 18, S p. 100. »
Il est donc bien établi que dans les conditions actuelles, l’acclimatement individuel de l’Européen n’est possible qu’exceptionnellement au Sénégal.
Presque fatalement, les modifications graduelles de son organisme, au lieu de se maintenir dans des limites compatibles avec un état de santé acceptable, franchissent l’étape qui mène à la morbidité et à la mortalité. Quant à l’acclimatement de la race blanche pure, dans les parties de la Sénégambie que nous avons occupées jusqu’ici, il est encore moins possible, puisque l’adaptation individuelle n’y existe pas, pour ainsi dire.
Quelles sont les causes de ce défaut d’acclimatement, et par ailleurs, pouvons-nous espérer que cet état de choses pourra être modifié?
L’Européen, dans les lieux d’occupation qu’il a si malheureusement choisis au Sénégal, y rencontre deux ennemis redoutables : l’infectieux palustre qui règne dans tout le bas pays et tout le long des fleuves et de leurs affluents, et l’infectieux telluro-pélagique de la fièvre jaune, propre aux localités que baigne l’Océan, le long de la Sénégambie. Le premier de ces fléaux est endémique, le second endémo-épidémique.
Nous avons vu plus haut, dans le tableau dressé par Bérenger-Féraud, que la morbidité par maladies palustres atteignait le chiffre de 905 malades sur 1,000 hommes de garnison, et la mortalité, celui de 18 décès. C’est dire qu’un très petit nombre d’Européens-échappent à la maladie. Si on considère, en outre, qu’une première imprégnation par le miasme palustre ne s’efface que par le rapatriement, que devient l’acclimatement? Cet état de choses durera longtemps encore, car, pour en entrevoir l’amélioration, il faudrait changer de fond en comble les conditions telluriques du bas pays.
La fièvre jaune endémique en Gambie, spécialement à Sierra-Leone et à Sainte-Marie-Bathurst, semble
ne se développer à Corée et à Saint-Louis que par voie de transmission, de telle sorte qu’on peut admettre que des règlements quarantenaires sévères peuvent en préserver ces deux localités (1).
« En est-il de même de la haute Sénégambie, et notre colonie ne serait-elle pas aussi menacée d’une extension épidémique par la voie de Bakel que par la voie du littoral? Si la fièvre jaune peut éclater spontanément à Macarthy (Horton), il est difficile de comprendre que les environs de Bakel, dont les conditions telluriques et météorologiques sont presque identiques à celles de Macarthy, ne puissent pas devenir euxmêmes un foyer spontané de fièvre jaune. Dans tous les cas, nos possessions de la haute Sénégambie se trouvent dans des conditions climatologiques et dans des conditions de voisinage avec la Gambie qui les exposent beaucoup. Tous les ans, les Peuls du Fouta sénégalais font des excursions jusque sur le littoral de la Gambie. Et si le commerce européen est nul dans ces régions, il n’en existe pas moins un commerce considérable entre les indigènes. On comprend donc la possibilité de l’invasion de Bakel par la fièvre jaune, soit par développement spontané, soit par importation par l’intérieur des terres ou par les marigots qui réunissent, dit-on, les bassins des deux fleuves dans l’hivernage (2). »
Nous ne croyons pas, pour notre part, au développement spontané du typhus amaril dans l’intérieur
(I) On ne saurait trop faire ressortir avec quelle persévérance notre collègue Bérenger-Féraud a soutenu, par des arguments et des mesures pratiques, la doctrine de la prophylaxie quarantenaire appliquée aux différents points de notre colonie du Sénégal menacés par la fièvre jaune. V. B. Féraud, Maladies des Européens au Sénégal et Fièvre jaune à la Martinique.
(’2) Borius, Art. Sénégambie, Dict. encycl. des sciences médicales ,
de la Sénégambie, car ses foyers d’origine exigent toujours la présence des rivages maritimes, mais l’importation est certainement à redouter, et cela devra être une préoccupation importante des médecins et des ingénieurs qui présideront aux travaux du chemin de fer projeté. La fièvre jaune est, en effet, ail Sénégal, l’occasion d’une mortalité énorme, comme on peut s’en assurer en consultant le tableau ci-joint dressé par Borius (1) ; en outre, comme l’Européen ne fait pas souche au Sénégal, la fièvre jaune qui l’enlève détruit tout sans retour, l’acclimatement pour le typhus amaril qu’acquièrent, dans certaines régions torrides, des enfants nés dans le pays, ne pouvant, au Sénégal, s’appliquer à des familles de race blanche. Yoici le tableau de Borius.
(1) Borius, même article.
Épidémies de fièvre jaune au Sénégal.