‹ Hygiène des Européens dans les pays intertropicauxChapitre 18 sur 41 · NOMBRE DES MORTS · texte numérisé non relu

NOMBRE DES MORTS

sur 100 malades.

Saint- Louis

Gorée

Gorée

Gorée

Sainte- Marie - Bathurst

Gorée

Gorée (arrondissement)

Dagona (colonne expéditionnaire).

Saint-Louis (arrondissement)

Ambulance de la pointe de Barbarie

L’Européen a d’autres ennemis au Sénégal, mais ceux-ci sont plus saisissables et moins difficiles à combattre. Le premier, c’est l’alcoolisme, l’une des causes les plus fréquentes, à notre avis, de la dyspepsie, de la diarrhée, de la dysenterie et de l’hépatite, dites endémiques par les médecins qui leur attribuent

exclusivement une origine infectieuse. L’alcoolisme ne figure presque jamais sur les tableaux statistiques de clinique, ce qui tient à différentes causes dont la nature est facile à deviner, et cependant « l’alcool est, après le miasme paludéen, le poison qui tue le plus sûrement les Européens dans ces régions (1) ». Quel enseignement ne doit-on pas tirer de ce fait qu’aucun médecin de la marine ne récusera ? Combien seraient moins sévères les conditions de l’acclimatement individuel, si tout le monde était bien pénétré de ces idées.

Le second, c’est le soleil, tantôt ennemi brutal qui foudroie l’organisme par l’un des modes de l’insolation, coup de soleil ou coup de chaleur, tantôt ennemi subtil qui porte une atteinte graduelle et sourde aux fonctions de nutrition et conduit à l’anémie progressive. Ces deux adversaires peuvent être combattus par une hygiène bien conduite.

Que faire donc pour améliorer l’état des choses et pour préparer les voies vers un acclimatement que nous n’avons pas encore obtenu?

Améliorer les conditions pathôgéniques du sol? C’est une tâche qui demande bien du temps, mais qu’il n’est pas impossible de remplir en asséchant les terrains ot en modifiant les procédés suivant la nature des lieux. L’inondation définitive de certaines dépressions du sol, le boisement, en d’autres points, par des essences végétales vivaces, avides de l’humidité des terrains, les eucalyptus notamment, la plantation de rideaux d’arbres protecteurs de la malaria, tous ces travaux d’assainissement et d’autres encore dont les circonstances locales peuvent seules indiquer la nature, peuvent et doivent être tentés. Aux noirs qui nous sont soumis

(1) Bonus, article cité.

revient le travail physique, à l’Européen la direction.

Rendre plus fréquents les rapatriements et diminuer la durée du temps de séjour ? Pour le commerçant, le retour en France, pendant la saison de l’hivernage, lui assurerait une longue existence au Sénégal, mais cette mesure pourrait être souvent préjudiciable à ses intérêts. Quant au fonctionnaire, qui sert pendant un temps limité, son rapatriement précoce est la conséquence de son état de santé, il est prescrit toutes les fois qu’il est nécessaire, et, grâce à cette mesure, la mortalité des Européens, dans toute la zone torride, n’est plus ce qu’elle était jadis. Le temps de séjour des fonctionnaires de la marine au Sénégal a été, d’un autre côté, abaissé à deux ans. Nous préférerions la limite de dix-huit mois, plus en rapport avec la fréquence actuelle des communications.

Répandre les idées d’hygiène? Leur diffusion dans les esprits et surtout dans les habitudes de tous les jours a une importance capitale. L’horreur de l’alcoolisme, la crainte des excès génésiques, le règlement sévère de l’ alimentation et bien d’autres prescriptions hygiéniques que nous retrouverons à propos de l’acclimatation, fermeront bien souvent cette porte grande ouverte qui laisse entrer nombre de maladies au Sénégal. Bérenger-Féraud a fait ressortir ce fait bien instructif que les religieux des deux sexes, à Gorée et à Saint-Louis, s’acclimatent beaucoup mieux que les Européens, et que la fièvre jaune seule, contre laquelle nous sommes tous impuissants, leur porte des coups inévitables. Ce résultat tient beaucoup à leur hygiène qui est sévère, et plus spécialement à leur tempérance et à leur chasteté (1).

(1) B. Féraud, Maladies des Européens au Sénégal,

Créer des sanatoria ? Dans l’état des choses, il n’est pas facile d’en décréter l’établissement immédiat. Les altitudes du Fouta-Djallon ne sont pas encore d’un accès facile pour plusieurs raisons, et le rapatriement est certes plus pratique aujourd’hui, si l’on songe à la distance qui sépare les altitudes dont je parle des points que nous occupons sur le littoral de la Sénégambie. Si l’on cherche à résoudre la question dans les archipels voisins de la côte, il faut tout d’abord renoncer aux Bissagos, extrêmement insalubres. Reste donc les îles du Cap-Vert. Santiago, Saint-Nicolas, Mayo, sont malsaines, mais Saint- Antoine, Saint-Vincent, Brava, Boavista et Fogo jouissent d’une bonne réputation. Ne serait-il pas possible de créer, sur l’une de ces îles, un lieu de convalescence international qui profiterait, au moins, aux Portugais, aux Anglais et à nos compatriotes?

N’occuper que des points relativement salubres, tels que Saint-Louis, Dagana, Gorée, Rufisque, Dakar? Mais la fièvre jaune qui a fait à plusieurs reprises irruption à Saint-Louis, à Dagana, à Gorée, à Dakar, ne fait-elle pas perdre trop largement à ces localités le bénéfice qu’elles tirent habituellement de leur climat, quelque supérieur qu’il soit à celui des postes situés le long du fleuve? Pour un motif ou pour un autre, la valeur relative des postes au Sénégal étant à peu près la même, il faut renoncer à tous ou n’en abandonner aucun. D’autre part, que deviendrait l’influence française dans cette région importante de l’Afrique, si on abandonnait cette possession, comme quelquesuns n’ont pas craint de le proposer? Est-il possible de renoncer à une contrée où nous sommes les maîtres après tant de sacrifices et qu’il est actuellement indispensable de relier à nos provinces d’Algérie ? Ne

commettrait-on pas la faute qui a failli être faite, il y a une quinzaine d’années, pour notre belle colonie de la Cochinchine, inhabitable, disait-on, à cause de son insalubrité, faute que l’on regretterait amèrement aujourd’hui.

Favoriser les croisements de race ? D’après B. Féraud, ce que l’on constate, à l’heure qu’il est, ne serait pas favorable à cette mesure ; le petit groupe de métis ne se multiplie pas, il tend même à disparaître; les filles sont plus nombreuses que les garçons; à la seconde génération de mulâtres, ces filles avortent facilement et leurs produits sont inféconds (1), etc. A un si triste état de choses qui semble devoir condamner le croisement, y a-t-il un remède? Nous le croyons. Sur ce sujet, en effet, le Dr Borius a fait, dans un travail récent (2), des réserves qui nous paraissent fondées et qui font envisager à un point de vue tout différent l’histoire passée et l’avenir du métissage au Sénégal. Pendant plusieurs siècles, les unions temporaires conjugales entre blancs, négresses et signares, étaient dans les mœurs du pays ; un contrat avait lieu verbalement, devant des témoins notables, mais sans consécration civile ou religieuse, et ces unions, qui étaient très fécondes, avaient le plus souvent l’appui ou la protection des gouverneurs. Actuellement, les mœurs ont changé. Ces unions ont à peu près disparu, la naissance d’un métis est un scandale, et l’avortement est le trop fréquent résultat des grossesses qu’il faut maintenant dissimuler. La morale et l’acclimatement par le croisement ont reçu, de ce fait, un choc bien rude contre lequel il y a urgence de réagir.

(1) B. Féraud, Maladies des Européens au Sénégal.

(2) Borius, Topographie médicale du Sénégal. Arch . de Méd. navale , t. XXXIII,' XXXIV et XXXV.

Transporter dans les altitudes tous les efforts de la colonisation ? C’est là un problème plus facile à poser qu’à résoudre ; à notre avis, cependant, il contient tout l’avenir du Sénégal. Je ne pense pas que l’on puisse compter jamais sur la prospérité de cette possession, si l’on reste dans un statu quo dont nous connaissons les difficultés sans cesse renaissantes, et nous dirons ici, pour nous résumer, que la colonisation ne nous y paraît possible que dans les conditions suivantes : occupation de plus en plus restreinte, par les blancs, des postes du littoral et du bas fleuve ; hygiène quarantenaire rigoureuse sur toute la côte au point de vue de l’importation de la fièvre jaune; emploi des nègres et des métis sur le littoral et dans le bas fleuve pour l’occupation et le peuplement de ces points ; protection et encouragement des croisements de race; occupation aussi rapide que possible par les blancs des altitudes de la Sénégambie ; croisements de races favorisés dans les points occupés; observance rigoureuse des règles de l’hygiène individuelle.

Bassin de la Sierra-Leone. — La rivière Sierra- Leone prend sa source dans le massif du Fouta- Djallon sur le versant opposé à celui qui donne naissance au Niger, et court suivant une direction générale N.-E., S. -O., pour se jeter dans l’Atlantique sur l’un des points d’une large baie dont une partie du rivage porte la ville de Free-Town. « Cette ville est située par 8°, 30' de latitude nord et par 15°, 30' de longitude ouest de Paris. C’est une grande et belle ville de 20,000 habitants ; son aspect riant et pittoresque ne permettrait pas de croire à son insalubrité bien connue, si l’on se bornait à une analyse superficielle. La péninsule de Sierra-Leone est formée de vertes montagnes qui paraissent d’origine volcanique,

dont la plus haute, le Régent ou Pain de sucre, Sugar loof, s’élève à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa population est de 40 à 50,000 habitants ; y compris celle de Free-Town. Au centre même de la ville de Free-Town, se trouve un coteau abrupte de 120 mètres de haut possédant un beau plateau et servant de station militaire. Le reste de la ville est bas, excepté dans la partie appelée Tower-Hill (1). »

En fait, malgré quelques-unes des conditions orographiques dont nous venons de parler, Free-Town et ses environs sont un des lieux les plus délétères du globe, ce qui tient à ce que le pays situé au sud du territoire anglais est bas, éminemment palustre, couvert de mangles et de palétuviers. L’insalubrité de cette région rappelle, au point de vue du paludisme, celle des îles de la Sonde, mais de plus, la fièvre jaune y est endémo-épidémique et y a toujours causé une grande mortalité parmi les Anglais. Aussi ontils largement substitué l’élément noir à l’élément blanc dans leurs garnisons et réduit considérablement, par cette mesure, la morbidité et la mortalité des troupes. 1,000 hommes donnent, en effet, àSierra- Leone, 740 malades et 30 morts, pendant qu’à Saint- Louis et à Gorée, le même effectif fournit, comme nous l'avons vu, 1,960 entrées à l’hôpital et 87 décès.

Bassin du Mesurado. — A l’embouchure du Mesurado est Liberia, colonie noire d’origine américaine fondée par une société de Yankees. Les rares individus de race blanche qui habitent Liberia y subissent les influences désastreuses qui sévissent à Sierra- Leone et ne peuvent y vivre plusieurs années.

Guinée septentrionale. — Le dernier mont méridio-

(1) Borius, Art. Sénégambie, Dict. encycl. des sc. méd.

ooamassie

PAYS DES ftEHftSTlS

nal de la chaîne du Fouta-Djallon s’articule avec les premiers massifs de celle des monts Kong. Ces derniers, courant dès lors de l’ouest à l’est, parallèlement à la côte et à l’équateur, laissent passer le fleuve Niger dans l’une de leurs dépressions orientales et continuent leur trajet à l’est vers les régions à peu près inexplorées de l’Afrique centrale. La Guinée septentrionale est constituée par le versant sud des monts Kong et des étages de plus en plus déclives à mesure que l’on se rapproche de la mer. Ses côtes, très marécageuses, portent successivement les noms de côte des Graines, d’ivoire, d’Or, des Esclaves, de Bénin. L’espace compris entre ces rivages et la chaîne montagneuse, est un pays fertile, bien arrosé, coupé de forêts.

Les Anglais occupent aujourd'hui la côte d’Or à l’exclusion de toute autre nation, et tendent à étendre leur protectorat jusqu’au royaume des Achantis. Nous possédions, il y a peu d’années, trois établissements sur cette côte, Grand-Bassam, Assinie, Dabou, situés ainsi que les postes militaires qui les protégeaient, au milieu de marigots, de lagunes et de terrains alluvionnaires ; nous avons cru devoir les abandonner à cause de l’insalubrité du climat.

Les conditions hygiéniques de la région sont, en effet, bien mauvaises. L’année, sur toute la côte de Guinée, peut être partagée en quatre saisons, deux sèches et deux humides : en fait, il n’y a pas de saison absolument sèche, et si cette condition météorologique donne à la flore de ce pays une fécondité inimaginable, elle favorise également à un degré inouï l’éclosion des miasmes telluriques et oppose, jusqu’à nouvel ordre, un obstacle insurmontable à tout acclimatement des blancs. « Tout Européen qui

met le pied sur cette terre devient promptement un valétudinaire. On trouve, à la côte de Guinée, toutes les maladies endémiques des pays chauds. Les forêts sont, autant que les marécages des terres basses, des foyers d’une production de malaria d’autant plus intense que les pluies durent huit mois et que les saisons dites sèches sont encore fort humides. Si nous cherchons à comparer ce climat à celui du Sénégal, par exemple, on peut dire qu’il est constamment aussi malfaisant que l’est celui de ce dernier pays pendant les quatre mois de son court hivernage. La réputation d’insalubrité dont nos possessions de la côte de Guinée jouissent dans les populations de Gorée et de Saint-Louis est aussi mauvaise que celle dont le Sénégal jouit lui-même en France. Il n’y a rien d’exagéré dans ce dire de l’opinion publique. » A un si triste état de choses, y a-t-il un remède qui fasse au moins entrevoir la possibilité de l’acclimatement individuel? Il n’existerait que dans la création de sanatoria desquels toute influence malarienne serait bannie. Les trouverait-on dans les îles voisines ? Sainte-Hélène qui est relativement salubre est éloignée de toute côte; Saint-Thomas, Fernando-Po, l’île du Prince en sont trop rapprochées et subissent les influences malsaines de ce voisinage ; reste l’Ascension, île saine où les Anglais ont établi depuis longtemps un lieu de convalescence. Quant aux altitudes, elles n’ont malheureusement pas été jusqu’à ce jour le point de mire de notre occupation. Il en est cependant plusieurs qui ont été utilisées par d’autres nations. C’est ainsi, qu’au dire de Lombard, des négociants et des missionnaires bâlois et brêmois épuisés par le climat palustre, humide et brûlant de la côte d’Or ont repris de nouvelles forces en séjournant sur les premières

et secondes terrasses des monts Akuapem (1) : Il est indispensable que nous fassions des efforts analogues si nous voulons recouvrer un jour l’influence que nous avons perdue sur ces côtes aussi riches qu’insalubres.

Côtes du golfe de Biafra. — A l’est du golfe de Bénin, la côte occidentale d’Afrique qui courait jusque-là parallèlement à l’équateur, forme le golfe de Biafra en s’infléchissant vers le sud et confine à la limite nord de la Guinée méridionale. Parallèlement à cette côte, qui porte les noms de Vieux-Calabar et de Gabon, court une ligne de montagnes dont le Camarones est le point culminant, à plus de 4,000 mètres d’altitude, et dont le pic le plus méridional s’articule avec les montagnes du Congo.

Aucun acclimatement n’a été tenté au Yieux-Calabar ; on y rencontre d’ailleurs les conditions saisonnières et telluriques, c’est-à-dire les influences désastreuses pour la santé, que nous avons signalées en Guinée septentrionale. Un jour viendra, sans doute, où l’on pourra utiliser les efforts accumulés des explorateurs, et mettre à profit l’influence probablement très bienfaisante des altitudes qui bordent les rivages.

Le Gabon et les régions qui l’environnent sont mieux connus. Notre établissement, au Gabon, est situé sur la rive droite d’un large estuaire dans lequel se jettent le Gomo, le Ramboë et le Boquoé, et qui se prolonge dans l’intérieur des terres, dans la direction du nord-ouest au sud-est. Les rives de cet estuaire sont constituées par un sol à trois couches; un humus épais que recouvre une luxuriante végétation; une couche argilo-sablonneuse de laquelle émergent par

(1) Lombard, Climatologie médicale.

place des rognons d’une pierre de taille ferrugineuse ; une couche de calcaire fin. Quelques plaines sablonneuses que recouvrent les pluies de l’hivernage se rencontrent en différents points. Les bords de l’estuaire, les rives de ses nombreux affluents, sont le plus souvent garnis de palétuviers. — La température moyenne du Gabon est de 28°, 5 ; pendant les mois les plus chauds, elle est de 26 à 29° à 6 heures du matin, de 30 à 32°, à 2 heures de l’après-midi, de 28° le soir; pendant les mois les plus froids, on observe le matin 25 à 27°, à 2 heures 28 à30°, puis 26 à 28°le soir.

— Il y a quatre saisons, deux sèches et deux humides.

Du 15 janvier au 15 février, petite saison sèche.

Du 15 février au 15 mai, petite saison de pluies.

Du 15 mai au 15 septembre, grande saison sèche.

Du 15 septembre au 15 janvier, grande saison de pluies.

Toutefois, dans le cours de certaines années, la petite saison sèche compte un nombre de jours pluvieux, tel qu’elle ne peut être considérée comme scindant en deux parties les deux saisons pluvieuses, d’où il suit, que pour ces années exceptionnelles, on ne compte plus que deux saisons, la saison sèche, de mai à septembre, et l’hivernage, de septembre à mai. — Les vents soufflent au Gabon, d’une manière générale, de l’est, c’est-à-dire du continent, pendant la première moitié du jour, et de l’ouest, c’est-à-dire du large, pendant la seconde moitié. — L’humidité est énorme ; les pluies et les orages très fréquents pendant les mois de février, mars et avril ; l’état électrique très accusé.

— Les maladies les plus répandues chez les Européens sont : 1° les maladies palustres, spécialement la fièvre intermittente à type hebdomadaire et la cachexie paludéenne ; 2° l’anémie progressive essentielle, sans

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