‹ Hygiène des Européens dans les pays intertropicauxChapitre 30 sur 41 · PL XXI · texte numérisé non relu

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de l’Océanie se présente aux navigateurs comme une montagne volcanique très élevée qui se dresse dans la solitude du Pacifique. Mais quand on s’approche, il est facile de reconnaître que le feu souterrain n’est pas le seul créateur de cette île. Autour d’un cône central de roches ignées, les infatigables zoophytes ont formé une ceinturé (1). » A un point de vue orographique plus précis, la grande Taïli est un cône tronqué percé de cratères éteints dont le point culminant, l’Oreana, compte 2,624 mètres d’altitude, et la petite Taïti, commençant en pente douce à partir de l’isthme de Taravao jusqu’au mont Niu, haut de 1,324 mètres, finit au sud de l’île par « d’effrayantes falaises que les Tahitiens appellent Pari (2). »

Sur le rivage, le sol paraît marécageux : là, en effet se place comme couche superficielle, une bande de terre plate qu’interrompent des amas d’eau douce auxquels on a d’abord donné le nom de marais ; mais ces terrains d’alluvion, d’apparence palustre, ne donnent la fièvre ni aux indigènes qui y ont placé leurs habitations, ni aux Européens qui en respirent l’atmosphère, ce qui est dû, d’après l’explication très satisfaisante qu’en a fourni notre collègue Nadeaud, à ce fait, qu’après avoir traversé les couches alluvionnaires superficielles des plages, les eaux pluviales filtrent à travers les sous-sols de corail et ne demeurent, en aucune région, à l’état d’eaux stagnantes. La flore principale des marécages, le palétuvier, manque d’ailleurs sur ces terrains. En s’éloignant du rivage, le sol s’élève, se creuse de riantes vallées et se couvre d’une végétation qui n’a pas sa pareille au monde et dont

(1) Hercouet, Étude sur les maladies des Européens aux îles Tahiti. Thèse de Paris, 1880.

(2) Hercouet, loc. cit.

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la richesse ne commence à diminuer que vers les hauts sommets.

« Les endémies graves des pays chauds manquent presque complètement à Taïti ; les Européens n’y contractent pas non plus les affections a frigore de l’appareil respiratoire (1). »

« Il n’y a pas à Taïti, à proprement parler, de phénomènes d’acclimatement sensibles pour lesEuropéens qui émigrent : nul pays ne paraît plus favorable au maintien de la santé. Les convois de troupes qui reviennent de cette colonie ne présentent nullement le cachet caractéristique des contrées tropicales (2). » « A Taïti, les symptômes de l’acclimatement ou plutôt de l’anémie tropicale ne prennent pas un caractère inquiétant (3). »

On peut conclure de ces propositions inspirées à leurs auteurs par l’observation des faits que les maladies des Européens à Taïti, tuberculose pulmonaire, lièvre typhoïde, dysenterie, hépatite, hématurie chyleuse, éléphantiasis, syphilis, alcoolisme, tétanos et quelques autres, sont purement accidentelles et n’ont rien à voir avec l’acclimatement. Seule l’anémie due aux hautes températures pourrait entrer en ligne de compte, si la plupart des cas observés ne tenaient, soit à des séjours antérieurs dans des colonies tropicales insalubres, soit à des infractions continuelles aux règles d’hygiène. Les faibles chiffres de mortalité annuelle, 0,42, — 0,39, — 1,00 pour 100 que l’on a de tous temps enregistrés chez les Européens séjournant à Taïti, donnent la certitude de l’acclimatement indi-

(1) Hercouet, Thèse citée.

(*2) Arch. de Méd. navale ; Rapports médicaux de Gallerand, de Prat, d’Erhel, de Brousmiche, etc.

(3) Hercouet, Thèse citée.

viduel et de race dans ces heureuses régions. Gela peut avoir d’autant plus d’importance qu’il n’est pas impossible que dans un laps de siècles inconnu, le groupe oriental de la Polynésie et spécialement les Tuamotou et les îles de la Société, envahies sur leurs attols par les polypiers corallins qui les environnent, ne finissent par constituer un petit continent dont il sera à ce moment très opportun de s’être assuré le protectorat ou la possession.

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