TEMPÉRATURE
avec
du tube.
la température du tube nu.
Tube nu, non recouvert d’étoffe...
Coton pour chemises
Coton pour doublures
Chanvre écru
Drap bleu foncé pour soldats
Drap garance pour soldats
Drap gris de fer bleuté pour capotes
Drap garance pour sous-officiers . .
Drap bleu foncé pour sous-officiers.
(1) Coulier, Expériences sur les étoffes qui servent à confectionner les vêtements militaires, Journal de la physiologie de l'homme et des animaux , t. I, 1858. — V. Morache, Hygiène militaire.
Nielly. 13
2. Coulier prend deux tubes analogues aux premiers; il enveloppe l’un d’eux d’une petite pièce de drap recouverte de coton, et l’autre d’une enveloppe de coton recouverte de drap. Le premier tube, préservé par le revêtement extérieur de coton, marque, sous l’influence de l’exposition au soleil, 7 degrés de moins que le second, pour le même temps d exposition.
Concluons que les tissus de coton, moins absorbants des rayons du soleil que les autres tissus, devront être employés, le jour, comme vêtements extérieurs, dans les pays torrides.
Les expériences de Franklin, de Davy, de Starck, relativement à l’influence de la couleur seule sur la faculté d'absorption de tel ou tel corps, ne sont pas moins concluantes. La science et la pratique sont fixées depuis longtemps à cet égard. Pour arriver à ces résultats, les uns ont coloré de teintes différentes les boules du thermomètre, et ont exposé les instruments au soleil; les autres ont choisi une étoffe uniforme en lui donnant toutes les teintes, et ont revêtu les boules thermométriques de ces revêtements diversement colorés, mais identiques comme tissu. Dans toutes ces conditions d’expérience, on a constaté que les degrés d’absorption des couleurs pouvaient être représentés par une échelle dans laquelle le noir possédait la plus grande intensité d’absorption., et le blanc la plus faible, avec les intermédiaires indiqués dans l’échelle suivante :
Noir ;
Bleu ;
Brun ;
Vert ;
Rouge ;
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Jaune ;
Gris ;
Blanc.
C’est donc au tissu de coton blanc qu’il faut demander les éléments du vêtement extérieur à porter le jour dans les pays torrides. Cette pratique est d ailleurs consacrée par l’usage pour les colons de la campagne et de la ville, les employés civils, les négociants. Relativement aux troupes en campagne, il est d’autres considérations à faire valoir : nous en repaierons en temps et lieu.
Passons aux vêtements à porter la nuit, quand il est nécessaire de s’exposer aux influences atmosphériques. Dans ces nouvelles conditions, il faut que l’Européen ne perde pas sa chaleur organique et qu’il ne subisse pas les effets de l’humidité nocturne. Il faudra, dès lors, donner la préférence aux étoffes qui auront un faible pouvoir déperditeur ou émissif, et une bonne capacité d’absorption hygrométrique.
1 . Goulier prend des éprouvettes recouvertes d’étoffes différentes, il les remplit d’eau chaude à 50°, et note la durée du refroidissement des liquides. C’est dans l’éprouvette recouverte de drap bleu que le liquide se refroidit le plus lentement, et c’est dans le tube recouvert de toile de coton qu’il se refroidit le plus vite. Le drap et les tissus de laine conviennent donc pour les nuits fraîches, dans les heures d’existence à l’air libre.
2. La laine est aussi le tissu qui a le meilleur pouvoir absorbant des pluies et de l’humidité; c’est la substance qui est traversée le plus lentement par l’eau atmosphérique, humidité ou pluie, ou de dedans en dehors par la transpiration cutanée, et qui évite le plus sûrement le refroidissement produit par le contact de la pluie ou de l’humidité, dans le premier cas, par
l’évaporation de la sueur d’imbibition, dans le second. Apoids égal, la laine a un pouvoir absorbant double de celui du coton ; à surface égale, ce pouvoir est quadruple, si la laine est du drap. L’expérience consiste à faire séjourner 24 heures les tissus dans l’eau et à apprécier par la balance la quantité d’humidité dont ils se sont imprégnés pendant ce laps de temps.
A tous les points de vue donc, le vêtement de drap convient pour lutter contre l’action nocive des nuits fraîches et humides.
La coiffure du colon ne nous arrêtera pas longtemps. Elle doit être suffisamment préservatrice de la chaleur solaire pour permettre d’éviter l’emploi du parasol, lequel a ses avantages incontestables, mais ne convient pas à l’homme actif. Les deux seules coiffures à adopter sont le chapeau de paille à bords larges, à cuve moyenne, pourvu de deux petits orifices de ventilation; ou le casque léger, de liège ou d’aloès, protégeant par une bonne direction de ses bords, la face, les parties latérales de la tête, la nuque et l’occiput. Il a sur le chapeau de paille l’avantage de ne pas donner prise au vent, ce qui n’est pas d’une médiocre importance dans les courses en plein air sous la zone torride.
Le choix d’une bonne chaussure a aussi son intérêt. Suivant la nature de ses occupations, le colon devra se servir de chaussures en toile forte, blanche, ou frottée de blanc, à semelles assez épaisses pour garantir le pied de la chaleur quelquefois brûlante du sol, ainsi que de son humidité, ou de chaussures de cuir disposées de manière à permettre le gonflement du pied (bottines susceptibles d’être délacées, chaussures à larges quartiers, etc.), s’il doit entreprendre des marches ou des travaux de fatigue. La chaussure ver-
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nie qu’affectionne la coquetterie créole est brûlante au pied ; les chaussures à semelles minces ne garantissent d’aucun inconvénient, qu’il provienne de la chaleur ou de la pluie : il faut les bannir de toute marche prolongée.
Le lit sera de fer (1) ; c'est la seule garantie que l’on puisse prendre pour assurer la propreté de cet élément du couchage. La literie sera composée d’un ou de deux matelas de crin, de varech, de paille bien tassée et d’un traversin de même nature, de manière à obtenir un coucher dur en même temps que frais. La literie molle, le matelas de laine ou de plume empêchent tout sommeil. Les couvertures seront de toile ou de coton ; ici encore on proscrira la laine, sauf pendant les nuits fraîches, ou quand il sera nécessaire de coucher en plein air.
Le lit sera entouré d’une moustiquaire faite d’un tissu assez serré pour qu’il barre la route aux animaux ailés, et assez lâche pour qu’il facilite l’accès de l’air pur. Le lit, enfin, sera placé loin de tout courant aérien, et loin des murs, sur lesquels courent parfois, la nuit, des animaux désagréables ou venimeux.
3. J’ai dit, dans une autre partie de ce livre, à propos de l’action physiologique des climats torrides que les fonctions digestives subissaient, sous l’influence de la chaleur, une atteinte caractérisée par un seul mot : l’allanguissement. Cet inconvénient peut être combattu par une bonne conduite du régime et des fonctions corporelles qui sont en rapport direct avec
(1) Le lit de fer est, en général, économique : aussi quelques personnes, dans nos colonies, ne l’adoptent-elles pas par une vanité bien mal placée. Cependant, en certains lieux, elles pourraient aisément satisfaire à ce défaut : j’ai vu à la Havane des lits de fer d’un prix très élevé, faits pour contenter les goûts les plus prononcés pour les objets luxueux. C’est autant de gagné pour l’hygiène.
l’énergie de la digestion, l’exercice notamment. Les explorateurs souffrent plus de la faim que de la perte de l’appétit.
Entrons donc maintenant dans les détails pratiques du sujet et montrons, avant de formuler les règles de l’alimentation sous les tropiques, sur quelles bases il faut les asseoir.
Les fonctions digestives sont languissantes, si on n’y porte remède. Pourquoi?
Parce que sous la zone torride, l’organisme ne subit que des pertes réduites de calorique, le rayonnement corporel étant très faible en présence de la température extérieure élevée. Or, quelle est la source de la chaleur organique? les oxydations et les réductions qui ont pour siège l’intimité des tissus. Mais il n’est pas nécessaire que ces actes chimiques soient activés, puisqu’il n’est pas besoin d’un foyer actif de chaleur organique. Donc les aliments à consommer, hydrates de carbone, albuminoïdes et matières grasses, qui constituent l’un des éléments de la production de chaleur organique, devront être réduits dans leur quantité.
Parce que, du fait de l’exagération de la sécrétion sudorale, découlent la diminution et la concentration des sécrétions qui baignent normalement la muqueuse digestive, salive, mucus gastrique, suc à pepsine de l’estomac, suc pancréatique, bile, mucus intestinal. Les aliments ingérés trouveront donc ces liquides en moins grande quantité dans les cavités digestives et si ces aliments sont pris avec excès, ils ne seront transformés qu’en partie en hydrates solubles, en peptones, en émulsions absorbables, d’où il suit que la partie des aliments qui aura échappé à la transformation obligée, sera le point de départ d’une surcharge gastrique, peut-être d’un catarrhe gastro-intestinal, d’une diar-
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rhée, d’une dysenterie, d’une hépatite. Que si 1 on lutte contre la sécheresse de la bouche et de l’estomac par les boissons aqueuses abondantes, on tombera d’un excès dans un autre, car on diluera ainsi les liqueurs digestives sécrétées, et on les rendra moins actives.
Parce que la respiration est moins énergique après un certain temps de séjour dans la zone torride, d’où il résulte qu’une moins grande quantité d’oxygène est introduite dans le système artériel, en un temps donné, que dans les climats tempérés. Or, si cette quantité réduite du gaz comburant trouve dans l’organisme une trop grande masse de substances alimentaires, elle ne suffira pas aux oxydations et aux transformations chimiques nécessaires, d’où une rupture dans l’équilibre de la nutrition.
Parce que la tendance au repos, à l’inertie musculaire est grande dans les climats torrides, parce qu’on succombe souvent à cette tentation, et que le repos des organes diminue la nécessité de la réparation de leurs tissus. Il n’est pas de pratique plus fatale à la digestion que l’abus de la sieste.
De ces faits évidents découlent plusieurs règles pratiques importantes.
Être sobre d’aliments solides.
Être sobre de boissons.
Combattre la tendance au repos.
En bonne hygiène le colon devra faire trois repas : un repas léger le matin vers sept heures, un déjeuner à onze heures, le dîner vers sept heures du soir.
Le repas léger du matin devra être composé d’une tasse de café noir, de thé ou de chocolat que l’on accompagnera.d’une petite quantité de pain. Le café est la boisson que l’on devra préférer : c’est d’ailleurs une
habitude créole que l’Européen adopte très vite et qui n’a que des avantages hygiéniques. Tonique cardiaque par la caféine, stimulant cérébral par la caféone, modérément nutritif par les autres substances, le café convient à ce moment de la journée qui suit le réveil : il dissipe l’engourdissement du sommeil et ne surcharge pas un organisme reposé qui n’a pas encore besoin d’aliments réparateurs des forces. L’addition d’une liqueur alcoolique au café, à ce moment du jour, serait pernicieuse : je dirai plus loin pourquoi.
Au déjeuner et au dîner, le colon peut trouver sur sa table des aliments presque aussi variés qu’en Europe, mais le plus souvent moins animalisés, moins substantiels. Cette circonstance est favorable au bon entretien de la santé, puisqu’elle vient en aide à la sobriété. Le colon respectera d’ailleurs, autant que cela sera possible, ses habitudes digestives; il fera préparer ses mets comme il le faisait en Europe, et adoptera le régime mixte sans jamais abuser des fruits (I).
La paresse digestive, sous la zone torride, appelle en quelque sorte l’usage des condiments, et le colon s’abandonne d’autant plus volontiers à leur emploi que dans tous ces climats, ils sont en général aussi savoureux qu’actifs. « Stimulant local énergique de la muqueuse gastrique, le condiment réveille l’appétit, active les sécrétions salivaires et stomacales et contribue puissamment à la complète élaboration des aliments dans l’estomac : à la faveur de son action, tout passe promptement, les substances les plus indigestes
(1) En général, les fruits sains sont la banane, la goyave, la papaye, la barbadine, la datte, le cachiman, le cherimolia, le corossol, l’avocat, la mangue, le mangot, la pomme cythère. Les fruits dont il faut craindre l’abus sont l’ananas, la noix de coco, l’orange, le citron, le chadeck, le tamarin, l’arachide, le melon, la pastèque, la sapotille.
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comme les plus digestibles. L’absorption de ses principes et leur mélange avec le sang communiquent à celui-ci des propriétés stimulantes qui activent toutes les fonctions et donnent à l’économie une vigueur et une tonicité bien propres à l’élimination des miasmes. » (Celle.) Cette stimulation digestive, nous l’avons éprouvée bien souvent et nous l’avons trouvée fréquemment bienfaisante : mais il ne faut pas omettre de dire que l’usage immodéré du piment, du gingembre et du kari, condiments exotiques les plus répandus, conduit directement à l’inappétence et aux douleurs gastralgiques.
C’est surtout dans le choix et l’usage de ses boissons que le colon se trouvera bien d’être prudent et réservé.
Les boissons aqueuses devront, plus que partout ailleurs, provenir d’une origine non suspecte. L’inges tion d’eaux impures, d’apparence potable, peut conduire à la fièvre palustre, à la diarrhée, à la dysenterie, peut occasionner l’introduction dans la cavité digestive des ascarides très fréquents dans la zone torride, des ténias, de l’ankylostome duodénal, des diverses filaires, peut-être du principe inconnu de la verruga du Pérou. L’abus des boissons aqueuses, soit entre les repas, soit dans le cours de ceux-ci, noie les sécrétions gastriques, conduit aux sueurs profuses, aux bourbouilles, à l’inappétence ; l’ingestion d’eau froide ou glacée, en quantité trop grande, a produit fréquemment la diarrhée cholériforme, la dysenterie et la mort subite. La seule règle hygiénique relative à l’usage des boissons, est celle qui prescrit l’emploi des vins austères, des vins de Bordeaux particulièrement, aux deux repas principaux en les coupant d’eau en quantité variable, Le vin de Bordeaux, s’écrie Cre-
vaux, voyageant de Cayenne aux Andes, c'est le remède de l’anémie !
On pressent déjà le rôle des boissons alcooliques prises à l’excès dans les conditions thermiques des pays dont nous étudions les influences.
L’alcool est répandu dans toute la zone torride avec une profusion qui n’a d’égale que celle que l’on constate en Europe. Les races exotiques ont pour ce liquide une passion dont les récits des explorateurs nous ont appris l’intensité (1). Indigène ou exotique, l’alcool est partout sous différents noms et par diverses origines. C’est le bouza ou soubié de l’Arabie, sorte de bière que le Coran ne peut défendre, dit le musulman, puisque ce n’est pas du vin, c’est le toc (2) de Madagascar, lepombé (3) d’Afrique, le vin de palme (4) du Sénégal et des Guinées ; le vin de dattes et le bouja (5) de la Nubie; le vin de Palmyra de l’Afrique orientale ; le talla y le maïsse (6) d’Abyssinie; le milaffo du Congo; le chong (7) du Tbibet ; le liau (8) de Siam ; le colon (9), le sinday (10), le tary de l’Hindoustan; le gomouti (11), Xhellwaterr (12) de Batavia, le brum (13) de Sumatra, le
(1) Nous avons vu, à la côte d’ivoire, un nègre se laisser rouer de coups de bâton vigoureusement appliqués plutôt que de lâcher une bouteille d’eau-de-vie qu’il avait dérobée et dont il vidait le contenu. Il n’en est pas resté un petit verre.
(2) Jus fermenté de la banane et de la canne à sucre.
(3) Liqueur fabriquée avec du millet cuit et fermenté.
(4) Sève fermentée du palmiste obtenue par incision du bourgeon terminal.
(5) Boisson provenant d’un mélange d’orge, demiel,depoivreetd’eau.
(6) A base de miel, d’eau et d’une racine amère.
(7) Boisson fermentée faite avec du riz, de l’orge ou du froment.
(8) Même préparation que la précédente boisson.
(9) Vin de sève du cocotier.
(10) Vin de la sève d’un palmier.
(11) Vin de la sève du palmier gomonti.
(12) Vin de la sève du palmier gomonti additionnée d’épices.
(13) Vin produit par la fermentation d’une décoction de dattes.
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toeak (1) des Bandjarais, le sagueer (2) des indigènes d’Amboine, le vin de coco des Philippines ; Yy-wer-a des îles Sandwich ; le vin d'orange de Tahiti ; le pouchiry (3), Youïcou (4), le payouaran (5) de l’Oyapock ; le masato (6), le guaruso (7) des Andes ; la chicha (8) des Indiens cholos ; le kooi (9), le cahaca (10) du Brésil, le tafia, le rhum, le mabi des Antilles, le pulque (11) du Mexique, etc., etc. Qu’on ajoute à cette énumération incomplète de boissons enivrantes, les eaux-de-vie de France, ses vins capiteux, les trois-six, dits eaux-de-vie de traite, les vins amers, les liqueurs d’absinthe et tous les prétendus apéritifs qui inondent nos établissements coloniaux, et l’on aura une idée approchée des désastres que produit l’alcoolisme sous la zone torride. Nombre de congestions cérébrales, de coups de chaleur, de cas de diarrhée, de dysenterie, d’hépatite et de congestions du foie, le délirium tretnens rapide, l’anémie profonde, doivent être mis sur le compte de l’usage habituel des boissons fermentées. « A Saint-Louis», àGorée, dit notre collègue Borius, ce n’est pas seulement dans les cafés que l’on use largement des alcools. Le meuble indispensable de tout logement, quelque peu confortable qu’il soit, est tou-
(1) Vin de la sève d’un palmier.
(2) Même provenance.
(8) Vin produit par la fermentation du manioc.
(4) Même provenance.
(5) Même provenance.
(G) Vin de maïs.
(I) Vin de riz.
(8) Vin de maïs.
(9) Vin de jus de pommes.
(10) Vin de canne à sucre. On dit aussi caxaça , cachasse. V. Crevaux, De Cayenne aux Andes, dans le Tour du Monde, 1881, et Agassiz, Voyage au Brésil. Hachette, 187 4.
(II) Vin de la sève de l’agave americana.
jours une table sur laquelle sont des verres, de l’eau fraîche dans un vase poreux, une bouteille d’absinthe et une bouteille de vermouth. Il serait impoli de ne pas offrir à boire à celui qui a bravé la chaleur pour venir vous visiter, il serait de mauvaise grâce de refuser l’offre qui vous est faite. Les occasions de boire sont ainsi partout multipliées. La thérapeutique ellemême peut être incriminée et le quinquina au madère est devenu à la mode. La pharmacie devient une succursale de l’estaminet. Nous avons connu des alcooliques qui faisaient un usage exclusif du quinquina au vin blanc. L’abus des liqueurs d’absinthe et des vermouth est d’autant plus dangereux que ces liqueurs sont ordinairement de qualité inférieure. Les marques de fabrique que portent les bouteilles sont sans valeur. Ces marques et les bouchons estampillés sont vendus, par des contre-facteurs sans doute, et les flacons sont remplis dans la colonie même par les débitants. S’il faut en croire les médecins anglais, les excès alcooliques sont encore plus fréquents chez les Européens de leur nation (1). »
Les désordres organiques produits par l’abus des boissons fermentées sont, bienentendu, les mêmes que ceux que l’on constate en Europe, mais il arrive qu’ils sont plus rapides et plus profonds parce que la muqueuse de l’estomac et de l’intestin n’est plus protégée par des sécrétions aussi abondantes, parce que le foie dont le rôle s’efface, comme nous croyons l’avoir démontré, ne supporte pas aussi aisément l’action irritante des molécules alcooliques qui le traversent, et parce que l’alcool, lancé dans l’économie, tend à augmenter la quantité de calorique organique, alors
(1) A. Bonus, Topographie médicale du Sénégal. Archives de Médecine navale , novembre 1881,
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qu’il conviendrait que la température du sang n’eût aucune tendance à s’élever.
Les boissons acidulés ne conviennent pas, en général, au bon entretien de la santé. L’orange et le citron qui en font presque partout la base, ont l’inconvénient d’exagérer les propriétés acides des sécrétions gastriques et de jouer ainsi un rôle antidigestif absolument contraire à celui que l’on attribue si justement aux alcalins en thérapeutique ; en outre, la quantité d’eau qui sert à étendre le jus exprimé de ces fruits pour composer le breuvage, surcharge outre mesure la cavité digestive sans grand bénéfice pour l’apaisement de la soif. La règle de ne consommer aucune boisson, quelle que soit sa nature, est absolue et facile à suivre, nous pouvons l’affirmer par expérience, dans le cours des journées où la vie n’est pas active et se passe dans la maison ; cette règle n’est plus exécutable si la journée du colon se passe en plein air, dans le mouvement, et si la marche surtout a provoqué des pertes sudorales : dans ce cas, ne pas apaiser sa soif est un supplice qu’il n’est pas nécessaire d’endurer, à condition qu’on sache s’y prendre pour y parvenir. Le bain frais, les affusions froides, l’usage du café et du thé légers à l’eau, pris froids, à la paille, à la bombilla (1), par petites gorgées espacées, sont les seuls palliatifs inoffensifs de cette soif ardente que produit la chaleur tropicale.
J’ai dit, à propos du repas du matin, combien était bienfaisant l’usage du café dans les pays torrides. Le thé jouerait le même rôle, avec un bénéfice nutritif moindre. Le chocolat, dont on n’abuse du reste jamais, est plutôt un aliment qu’une boisson : il est fort usité
(1) Petite boule métallique fenêtrée qui termine le tuyau au moyen duquel on aspire le maté dans f Amérique du Sud.
dans toute la zone intertropicale où il possède d’ailleurs des qualités savoureuses inconnues en Europe. Quant au maté, autre boisson aromatique qui fait partie des habitudes journalières des peuples du Brésil, du Paraguay, de la Confédération argentine, etc., et qui renferme 0,45 p. 100 de caféine sans huile essen- * tielle, il a, grâce à la présence de cet alcaloïde, les propriétés toni-cardiaques du café. Ce serait donc une boisson hygiénique si on n’en abusait d’une manière insensée parmi les peuples que j’ai nommés : pris avec un excès qu’entraînent la coutume, l’imitation et l’habitude, le maté conduit souvent à l’inappétence et à la gastralgie.
4. Parmi les soins corporels, les ablutions et les bains jouent un double rôle de nettoyage de la peau et de rafraîchissement de l’organisme. C’est dire que le bain chaud, celui de 30 à 33 degrés, devra être proscrit au moins comme habitude; si en effet, il a pour résultat de produire une desquamation plus profonde de l’épiderme, une netteté plus grande du revêtement cutané, il a le grand inconvénient d’exagérer les pertes sudorales et de débiliter l’organisme : l’abus qu’en font les Orientaux, dans les latitudes chaudes ou torrides, est connu de tout le monde, ainsi que leurs effets débilitants, il ne faut pas imiter cette pratique.
Le bain dégourdi, le bain frais, le bain froid, qu’ils soient d’eau douce ou d’eau de mer, ont en revanche de grands avantages et d’excellents effets, qui sont la propreté et la souplesse suffisante de la peau, l’abaissement de la température organique, la préservation des éruptions diverses, le réveil des fonctions intestinales et pulmonaires.
On adoptera donc dans la pratique, au début le bain
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dégourdi, puis ultérieurement le bain quotidien à température progressivement décroissante jusqu’à 15 degrés par exemple. Si le bain n’est pas possible, l’ablution fraîche devra le remplacer.
o. L’exercice n’est pas dans les habitudes des races créoles et cela est très fâcheux, car le goût du repos et la coutume de la sieste qui, à tant de points de vue, leur sont funestes, font souvent des prosélytes parmi les nouveaux arrivants et conduisent directement à l'insomnie nocturne et aux troubles de la digestion. La sieste a ses partisans et ses détracteurs: il y a longtemps que, par expérience, je me suis rangé parmi ces derniers : je suis donc dans le camp d’Armand Reclus lorsque parlant des coutumes de l’Amérique centrale à propos du percement de l’isthme de Panama, il déclare « que le premier devoir de l’homme qui veut conserver son énergie physique et morale, c’est de déclarer au hamac une guerre acharnée. Le dictateur qui décréterait l’auto-da-fé de tous les hamacs rendrait au pays panamérien le plus grand des services, car ici, le hamac, c’est l’ennemi (d). » Je ne pense pas autrement, pour ma part, et j’étendrais sans hésiter cette proscription du hamac et de la sieste à tous les pays torrides.
L’exercice, dans les régions tropicales, est une nécessité, comme partout ailleurs, et malheur à celui qui le retranche de son hygiène : je n’ai jamais craint de m’y livrer, dans la journée même, pendant la saison fraîche, aux Antilles, au Mexique, sur la côte du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade, au Sénégal, soit à pied, soit à cheval, sous forme de promenade, d’ex-
(1) Armand Reclus, lieutenant de vaisseau, Panama et Dariea, un vol. in-12 avec cartes et gravures. Paris, Hachette. Y. Tour du Monde, 1880.
cursion ou de chasse : bien garanti contre les effets du soleil, je n’y ai jamais trouvé que des avantages de toute nature. La période de l’hivernage ne permet pas de s’y livrer en plein jour, mais les heures de la matinée et celles du soir peuvent encore, pendant cette saison, être utilisées pôur l’exercice. Il n’y a pas de pratique qui assure mieux la rénovation de l’appétit, la souplesse corporelle, l’équilibre des forces, le sommeil réparateur et la nutrition normale des tissus.
6. J ai dit ailleurs quels étaient les inconvénients qui sont attachés aux influences des rayons solaires directs, des réverbérations de cesrayons, des fines poussières sablonneuses, sur les organes de la vue ; c’était dire en même temps que les ablutions froides, légèrement astringentes ou aromatiques, sur la surface des paupières, la privation de boissons alcooliques, la recherche de l’ombre et des demi-jours, le soin de régulariser les fonctions alvines, l’emploi de verres à teinte de fumée ou de lunettes métalliques protectrices suivant le cas, sont autant de règles d’hygiène et de préservation à adopter par le colon.
7. Quant aux fonctions de la génération, elles demandent une hygiène des plus sévères : outre que nombre de syphilis exotiques peuvent dans leur évolution rappeler les horribles désordres produits parles premiers cas de la syphilis historique, l’abus seul des rapprochements sexuels est particulièrement débilitant sous la zone torride ; la faible mortalité des personnes vivant chastement dans notre colonie du Sénégal et mise en lumière par Bérenger-Féraud en est une preuve que l’on pourrait fournir dans toutes les régions des climats brûlants. « Les plaisirs sexuels ont tué plus d’hommes, bien certainement, que l’ivrognerie (Celle), » Non seulement, en effet, ils nuisent
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en produisant directement la débilité organique, mais en outre en facilitant l’éclosion des maladies sporadiques ou endémo-épidémiques qui dérivent des inlluences du climat torride.
IV. Conditions de durée de la colonisation. — Les hommes de race blanche pure, et plus spécialement les Anglais, les Hollandais et les Français ne se sont pas acclimatés dans la plupart des pays torrides, parce qu’ils ont presque toujours choisi, comme lieu de premier établissement ou de résidence définitive, les localités placées près des rivages maritimes ou situées à l’embouchure des fleuves et des rivières. Il y avait lieu — nous le savons maintenant par expérience — de concentrer tous ses efforts pour gagner au plus vite les régions élevées au-dessus du niveau de la mer et de ne donner aux points primitifs de l’occupation qu’un rôle secondaire dans la colonisation.
Mais ces rivages, ces embouchures étaient plus favorables que toute autre région à l’avenir du commerce, au ravitaillement par la mer, à la conservation des points occupés ; en outre, les difficultés de l’accès dans le pays intérieur, le manque de moyens de transport, l’absence des routes, la crainte souvent légitime de la malveillance ou de la férocité des indigènes, l’ignorance de la carte et du climat du pays, se dressaient comme autant d’obstacles devant les premiers occupants.
Dans ces conditions d’établissement souvent mal fondé au début, mal poursuivi ultérieurement, la race blanche n’a pu faire souche au Sénégal, en Gambie, en Guinée, au Gabon, sur toute la côte orientale d’Afrique, dans l’Inde, dans l’Indo-Chine, en Malaisie, sur les rivages intertropicaux de l’Amérique, à moins de renouveler fréquemment le sang de sa race par des
mariages avec des Européens récemment débarqués, ou de retremper sa vigueur perdue par des voyages dans les zones tempérées. A la Réunion, à Maurice, où la santé de la race blanche a été meilleure que dans la plupart de nos autres colonies torrides, l’acclimatement n’a cependant jamais été obtenu, et de nos jours, il devient de moins en moins possible dans ces deux îles, par suite d’un paludisme plus actif que jamais. A Taïti seulement, et dans quelques îles polynésiennes dont l’occupation par les différentes nations maritimes est plus récente, les Européens ont pu s’acclimater. Là, en effet, ils n’ont eu à lutter que contre les influences thermiques : là ils n’ont trouvé ni le paludisme intense, ni la fièvre jaune, ni le choléra, ni la peste.
En fait, l’inacclimatement qui constitue le fonds de l’histoire des colonisations, a ses causes principales dans la présence presque générale, entre les tropiques, d’un paludisme trop actif et de la fièvre jaune, dans l’ignorance ou l’oubli des règles si importantes de l’hygiène individuelle, dans la répugnance pour le croisement avec les races exotiques.
Le paludisme n’est guère attaquable en grand, il faut bien l’avouer. Qu’on se représente l’étendue des surfaces torrides qu’il conviendrait d’assainir et l’on sera vite convaincu qu’à moins de rencontrer des conditions locales qui permettraient de transformer des marais alternatifs en surfaces définitivement couvertes par des eaux, il faut se contenter d’un assainissement limité, c’est-à-dire de celui que l’on peut obtenir par la plantation d’espèces végétales, à racines avides d’humidité, par le comblement au moyen de terrains éboulés ou apportés, plus dangereusement par le creusement de canaux d’écoulement.
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Après avoir composé ainsi avec le paludisme dans les localités où il faut posséder un centre de colonisation, il est nécessaire, pour fonder une colonie durable, de fuir les rivages et les embouchures et de pénétrer dans les régions intérieures. Les Nègres et les Mongols ne sont pas beaucoup moins sujets que nous aux maladies palustres, mais ils les ont souvent évitées en fondant leurs États dans les lieux voisins des altitudes.
Le Dahomey, le pays des Ashantis dans la Guinée septentrionale, les monarchies barbares établies autour du massif du Fouta-Djallon, tout le plateau du Dekkan, les territoires intérieurs de Sumatra et de Java, le plateau de Madagascar, etc., voilà des points où le paludisme des côtes n’exerce que très faiblement ses ravages, et où les influences météorologiques ont perdu leur caractère excessif : aussi les races indigènes de ces régions ne subissent-elles pas, par le climat du moins, ces déchets navrants que la race blanche accepte depuis si longtemps dans ses établissements sur les rivages.
La fièvre jaune est encore plus dévastatrice que le paludisme, car elle procède par bouffées terribles, fauche d’un seul coup un grand nombre d’Européens, et pose à nouveau le problème de la colonisation ou même de l’occupation. Contre un pareil fléau, il n’y a que deux remèdes : l’exploitation des rivages par les nègres et les races de couleur, c’est-à-dire la création de races métisses, et foccupation des altitudes par les blancs. Agir autrement, c’est renouveler la fable des filles de Danaus.
Il faut donc faire de grands sacrifices pour fonder une colonie durable, car, au point de vue des risques àcourir, on trouve, de la côte à l'altitude, des distances
parfois considérables (1). L’avenir d’un établissement ne peut cependant reposer que sur ces bases : perte d’hommes au début, dépenses énormes. Dans des entreprises d’une autre nature faites sous la même zone, la race blanche n’a pu éviter ces graves nécessités : la pose des rails d’Aspinwall à Panama a coûté bien des existences et de grosses sommes d’argent : le percement de l’isthme panamérien, l’établissement du chemin de fer du Sahara et du Sénégal exigeront de grands sacrifices. Ces travaux cependant sont dans la tâche de l’humanité : il faut les accomplir, et cela vaut mieux que de décimer les hommes sur les champs de bataille des deux mondes.
Je ne reviens pas sur la part que prennent, dans l’acclimatement de la race blanche sous la zone torride, les infractions aux règles de l’hygiène. La partie de ce livre qui traite des influences pathogéniques des éléments divers des climats de cette zone, l’a démontré, je pense, surabondamment. Sachons donc bien, une fois pour toutes, qu’un grand nombre de nos maladies exotiques dérive de ces infractions et que si nous ne pouvons éviter la fièvre jaune, la peste, le choléra, une fois développés autour de nous ; s’il nous est difficile de lutter contre l’impaludisme tropical, sans que cette tâche toutefois soit impossible à remplir, il nous appartient du moins de combattre plus efficacement par l’hygiène individuelle les insolations, les diarrhées, les dysenteries, les hépatites, l’alcoolisme, la syphilis, les agressions de la faune et de la flore tropicales et bien d’autres accidents au devant desquels nous allons souvent d’un cœur léger.
J’arrive aux croisements de race et j’estime qu’ils sont
(1) De sa source dans le Fouta-Djallon à son embouchure, le Sénégai a plus de 1,600 kilomètres.
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nécessaires pour Favenir des colonisations. Qu’on ne s’élève pas tout d’abord, et à priori, contre une opinion qui, aux yeux de bien des gens, n’est même pas digne de l’examen : il est plus profitable de se rendre compte des faits passés ; on y trouvera plus d’un enseignement salutaire, et celui-ci entre autres, que l’histoire de l’homme est en grande partie l’histoire de ses mélanges.
La race blanche, pour commencer par le type historique le plus élevé, s’est singulièrement mélangée dans son propre sein. Où trouver actuellement des types purs des variétés primitives de cette race? Où est le Gaulois primitif, où le Saxon, l’Angle, Libère , le Grec, le Germain, le Sarmate?
Si nous interrogeons le nouveau monde, ne nous donne-t-il pas depuis un siècle, et surtout depuis une trentaine d’années, le spectacle d’un mélange continu et fécond entre les groupes anglais, allemands, irlandais, français, italiens, etc.?
Nous sommes donc, nous, peuples caucasiques, moins purs au point de vue de notre sang d’origine, et cependant plus intelligents, plus aptes à mettre à contribution, par l’industrie, les immenses richesses de notre planète, plus propres aussi à jouir des enivrantes conceptions de l’art. Il n’est pas difficile de le démontrer.
On a dit cependant le contraire. Ces mélanges, a-t-on prétendu, qui ont créé les groupes modernes de la race caucasique, ont provoqué la dégénérescence de cette race.
De Gobineau invoque le témoignage de l’histoire. Au dire de cet écrivain original, les grandes civilisations sont le fait des races blanches pures; quand les variétés de ces races se mélangent entre elles, la déca-
dence des sociétés découle de ce fait, comme se souille un noble cru au contact d’un vin étranger. Après le siècle de Périclès, on assiste à la chute des républiques grecques ; après la République romaine et le siècle d’Auguste, on inscrit la décadence de l’empire des Césars. Mais, dirons-nous, le siècle de Louis XIV n’est-il pas lumineux, si on le compare à l’époque de Clovis, et n’est-ce pas l’influence latine qui a fait prospérer peu à peu la Gaule, dont le sang, pendant la domination romaine, s’était mélangé avec celui des conquérants? Aujourd’hui, après tous nos croisements entre groupes caucasiens, pouvons-nous trouver que le percement de l’isthme de Suez, l’entreprise du tunnel de la Manche et du canal de Panama, la télégraphie et la lumière électrique, soient des œuvres inférieures à toutes celles qu’enregistre l’histoire des temps passés? Dans le domaine des arts, nous n’avons pas, dit- on, un homme égal à Phidias, mais en peinture et en musique, quelle race pure a jamais égalé la nôtre? Où Chercher un Raphaël, un Rossini dans l’antiquité? Si l’on ne se préoccupe que des arts utiles, dira-t-on que le mélange des variétés de la race blanche qui peuple les États-Unis, en ait provoqué la décadence?
Quant au métissage vrai, c’est-à-dire à la fusion entre elles des trois grandes races de l'humanité, qu’at-il donné?
En fait, ce métissage, qu’il faut éviter avec tant de soin, disent quelques-uns, sous peine de dégradation humaine, existe partout et sur une grande échelle. Notre vieux monde qui se croit si pur, n’a pas que du sang caucasique dans ses veines, il s’en faut. Que de familles de couleur dans les ports, dans les grandes villes d’Europe, qui ont réussi à rayer de leur passé de famille, ce qu’une idée sociale étroite considérait
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comme une souillure, et combien d’autres attendent du temps la disparition de cette prétendue tache originelle.
Si l’on sort d’Europe, il n’est plus besoin de fouiller dans les généalogies : le métissage s’y pratique, s’y étale en grand, toujours eugénésique quand les conditions du climat local ne sont pas fatales à toutes les races, réussissant presque partout, infusant à des peuples endormis un sang nouveau, et donnant souvent à ses produits une résistance précieuse contre les infectieux et les météores, dans la zone torride notamment.
Il est démontré aujourd’hui que ces croisements ont presque toujours été eugénésiques.
Les races arabe et nègre se sont croisées avec succès dans le pays qui fut le berceau de l’islamisme, au point de faire dominer leur métis, par le nombre au moins, dans certaines régions de l’Arabie. De même, les générations issues de ces croisements pullulent le long de la côte orientale d’Afrique, du cap Guardafui à l’embouchure du Zambèze. — La race hindoue actuelle, qui se chiffre par 50 millions d’âmes, est un mélange de nègres autochthones, de gens de race jaune et de conquérants blancs ariens descendus de l’Asie centrale. — Les Singalais modernes tiennent de l’Hindou, du Malais et de l’Arabe. — Les Mimuongs, métis de Chinois et d’Annamites, sont féconds, et bien que peu nombreux jusqu’à ce jour, ils commencent à tenir leur place dans l’empire d’Annam et en Cochinchine. — Si le Chinois se multiplie dans la plupart des îles de l’archipel Malais dont le climat dévore les générations de race blanche, ce n’est pas toujours, il est vrai, par le métissage qu’il y réussit, mais bien par l’adaptation naturelle à sa race pour ces climats excessifs ; quand
les circonstances l’amènent à vivre, sans une compagne chinoise, dans certaines de ces îles, à Luçon notamment, il n’hésite pas à s’unir aux femmes tagales, et ses produits qui prospèrent et se multiplient, rêvent la domination future des Philippines. Dans cette même île de Luçon d’ailleurs, il y a plus de métis d’Espagnols, de Chinois et de Tagals que de représentants des trois races mères. De même, à Mindanao, dans les centres de population, les métis d’Espagnols et de Tagals forment la majorité des habitants.
L’Australie, la Mélanésie, la Polynésie, sont surtout peuplées par des indigènes, mais les métis d’Européens ne sont pas rares en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux Fidji et ailleurs ; et le plus souvent ils ont été féconds dans leur descendance.
Sans le mélange des races, le Centre-Amérique et toute l’Amérique du Sud en seraient-ils au point historique où nous les voyons aujourd’hui ? On parle et à juste raison de l’adaptation facile des Espagnols et des Portugais à la zone torride, il n’est plus possible de douter de ce fait : cette aptitude, pour des raisons qu’a fait valoir excellemment Bertillon, est très supérieure à celle des colons de France et surtout à celle des gens de race anglo-saxonne. Mais cette précieuse faculté leur a-t-elle servi à éviter le métissage ? En aucune façon, puisque cette fusion des races est, depuis plusieurs siècles, pratiquée sur une grande échelle au Mexique, dans tout le centre Amérique, à Cuba, en Nouvelle-Grenade, au Venezuela, dans l’Équateur, au Pérou, au Chili, dans les États-Unis de la Plata et, dans toutes les provinces maritimes de l’empire du Brésil.
C’est donc en grande partie par le croisement que la zone torride a été peuplée. Pour avoir le droit de rester purs, il a fallu que les Européens, à quelque
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souche qu’ils appartinssent, se fixassent dans des régions spéciales de cette zone, pays tempérés du haut et du moyen Mexique, hauteurs de l’île de Cuba, altitudes de Santa-Fé de Bogota, de Quito, de Caracas. Encore et parla force des choses, ont-ils souvent, sur ces divers points, failli à leurs premiers engagements ou à leurs intentions premières, et se sont-ils alliés, comme providentiellement, aux races étrangères à leur sang.
Dans les régions insalubres, sur les rivages à fièvre jaune, — L’Amérique intertropicale est souvent dans ce cas, — le métissage était indispensable à la prospérité de leurs établissements, et en fait, la population métisse domine à la Vera-Cruz, à la H'avane, à Guayaquil, dans tout le Centre-Amérique, à Pernambuco, à Babia, et pour sortir des latitudes torrides, à Rio-Janeiro du Brésil.
Est-ce un bien, est-ce un mal ? Je n’hésite pas à dire que c’est un bien. Le mulâtre du Sénégal possède, dit Thévenot, des qualités précieuses d’intelligence, d’imagination et de cœur. Le P. Labat, Rufz de Lavison, partagent les mêmes idées au sujet des mulâtres des Antilles. J’en ai suivi déjà plusieurs dans leur carrière de marin, de soldat, de médecin, d’administrateur, de commerçant , d’habitant (1), et je n’ai rien vu qui permît de les déprécier systématiquement. L’éducation et l’instruction les avait élevés au même niveau que les blancs, ni plus, ni moins. Quant aux femmes de couleur, elles naissent avec toutes les qualités du cœur et de l’esprit sur lesquelles doit s’appuyer l’éducation pour en faire, en temps opportun, des femmes intelligentes et dévouées. En faut-il davantage pour qu’elles
(1) L’habitant, aux Antilles, exploite une entreprise agricole, une habitation.
Nielly.
deviennent les égales des blanches ? Elles le sont souvent, en effet.
En matière de métissage, tant valent les deux variétés de races mères, tant valent leurs produits. « Deux races bonnes donneront un produit meilleur; deux races mauvaises, un produit pire, deux races, l’une bonne, l’autre mauvaise, un produit mauvais relativement à l’inférieure : la loi d’hérédité s’exerce fatalement, logiquement ; mais une foule d’autres conditions s’y mêlent, qu’on ne peut en distraire : l’action des milieux, l’acclimatement, les mœurs, l’éducation, les lois sociales (1). »
Il ne faut pas condamner une race en masse et la déclarer inférieure. Il y a nègre et nègre, indien et indien (2), comme il y a blanc et blanc. Voyez ce que disent Livingstone, Baker, Gameron, Serpa Pinto, Schvveinfurt, Stanley, Mage et bien d’autres explorateurs, de certaines tribus nègres de la zone africaine. Le Gabonais est une brute humaine, le Pahouin un sauvage intelligent et apte à la civilisation. Combien les explorateurs que j’ai nommés ne citent-ils pas de types de nègres africains très supérieurs aux tribus Pahouines en vigueur, en intelligence, en idées sociales?^ vont-ils pas parfois jusqu’à s’extasier sur la perfection des formes, sur la beauté même de certaines tribus ? Agassiz et Crevaux nous ont entretenu de l’affabilité, de la générosité, du goût pour les arts, du sentiment des convenances de plusieurs des peuplades indiennes au milieu desquelles ils ont séjourné.
Le croisement vaudra ce que vaudront les pères. En attendant, il peuple la zone torride, quoi qu’on fasse,
(1) Topinard, L' Anthropologie. Reinwald, éditeur. Paris, 1879.
(2) J’entends Indien américain.
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« Les Ladinos (1) pourraient à eux seuls, s’ils le voulaient, transformer l’Amérique centrale, et mettre en plein rapport ce sol qui ne demande qu’à récompenser l’homme de son travail. C’est ce qu’ils feront assurément le jour où de plus fréquents contacts avec la race européenne leur fera surmonter leur paresse (2). » C’est partout une question de temps.
ARTICLE II