ÉTÉ. 2U
ments de Boulogne et de Dieppe; aucune ville n'appelle les étrangers comme ces charmantes cités du Nord. Mais enfin, pour retrouver les forces et la santé, pour rendre à la vie des enfants étiolés, on se privera de plaisirs ou de bien-être, et Ton ira dans quelqu'une de ces cabanes que Ton décore du nom d'établissement sur la côte de Cette et de Montpellier. Et si le courant des malades voyageurs se dirige de ce côté, nul doute qu'avant peu le Midi ne se mette au niveau du Nord à cet égard.
Ayant à parler des moyens d'entretenir la santé, en rapport avec chaque saison, et non des maladies caractérisées, notre but étant l'hygiène, et non la médecine proprement dite, nous n'avons rien à dire des eaux minérales qui s'adressent à des affections déterminées, telles que les eaux de Yichy, les Eaux- Bonnes, Barége, et j'ajouterai seulement que le changement de lieu, l'air vif des montagnes, la distraction du voyage, l'activité que donne la vue de pays nouveaux et la curiosité qu'inspirent des sites pittoresques^ sont, indépendamment de l'action propre des eaux, d'excellentes conditions de rétablissement des forces et de raffermissement de la santé ; la tête se dégage, les idées assombries se dissipent, les nerfs se détendent, l'appétit renaît, les fonctions se raniment et la constitution reprend son équilibre.
30 UYGIËiNE DES SAISONS.
Tâchez de recueillir tous ces bienfaits du voyage pour lequel vous faites des sacrifices de temps et d'argent, en vous armant de la philosophie nécessaire pour supporter gaiement les petits tracas de la route, les installations médiocres, les ennuis des paquets, et ne faites pas d'un voyage d'agrément et de santé destiné à rétablir l'harmonie et la bonne humeur une source de contrariétés «t d'agacements pour les nerfs ; mieux vaudrait rester chez soi. .
Ne prenez pas les eaux inconsidérément, surtout celles qui sont douées de propriétés actives, les eaux sulfureuses par exemple, si excitantes pour leâ constitutions nerveuses ; en fait d'eaux particulièrement douces, calmantes, sans action énergique, mais simplement bienfaisantes et qu'on peut, sous ce rapport, appeler hygiéniques, nous mettons au premier rang Néris et Plombières ; les eaux de Plombières sont, pour certaines natures nerveuses, de véritables bains de lait.
L'été est l'époque des dérangements d'entrailles, surtout dans les pays chauds auxquels on n'est pas acclimaté. S'il n'existe aucune complication et qu'il y ait simplement diarrhée légère, un des remèdes les plus efficaces et les plus commodes est le nitrate de bismuth en poudre; quelques prises de cette, substance à la dose de 50 centigrammes, dans un
demi-verre de vin au commencement des repas, font justice de ces dérangements sans apporter aucun trouble dans les occupations et dans le régime de vie. Dans les chaleurs de Tété, buvez frais^ mais non à la glace. Si vous n'êtes pas bien sûr de votre estomac et de vos entrailles, méfiez-vous des glaces, surtout hors des repas. Attendez au moins que la digestion soit faite pour vous donner cette jouissance. Prises en mangeant, les glaces font rarement mal. Un sorbet au rhum ou au café au milieu du dîner est bienfaisant^ rafraîchit et donne du ton à l'estomac ; tandis qu'il n'est pas rare qu'une glace au fruit, prise le soir, peu de temps après le dîner, ne trouble la digestion et ne produise même comme une sorte d'empoisonnement.
L'automne est le règne des fièvres quartes longues, de la diarrhée, de la dyssenterie, des coliques, de la sciatique; les attaques de goutte se renouvellent (Ribes), mais c'est en même temps la meilleure saison pour les bons tempéraments et les constitutions
moyennes; c'est le temps des vacances, de la vie à la campagne, de l'exercice en plein air, de la chasse et du repos d'esprit. Il faut en profiter et faire ses provisions d'hiver. — Les soirées commencent à devenir humides, les nuits fraîches; prenez quelques précautions à cet égard, si vous êtes d'une trempe délicate; ne vous exposez pas aux brouillards du matin sans avoir lesté l'estomac et ranimé l'impulsion de votre sang. Nourrissez-vous le mieux possible, à la condition de faire beaucoup d'exercice; on peut manger deux fois plus à la campagne qu'à la ville et faire usage d'aliments qu'on ne digérerait pas facilement dans la vie ordinaire, pourvu qu'on dépense ce surcroît de nourriture en plein air et par un continuel exercice à pied, à cheval, ou le fusil sur l'épaule.
N'est-ce pas là la véritable vie de l'homme, les conditions réelles de sa force et de sa santé, et n'estil pas fait pour courir les champs et les bois, plutôt que pour gratter du papier, assis sur une chaise? Mais puisque nous ne pouvons pas nous soustraire à ces nécessités de la vie sociale, conséquence du péché originel, tâchons d'en atténuer les inconvénients par la vie rustique et champêtre de l'automne.
Les hommes de cinquante ans surtout, qui corn-
mencent à prendre du corps, à s'empâter, qu'on' me passe l'expression, dont les organes se chargent de graisse, dont le cœur tend à devenir volumineux, chez lesquels la circulation s'embarrasse, la respiralion est moins libre, dont la tête s'alourdit, sous le poids d'une nourriture substantielle et d'une vie sans dépense, ont grand besoin du violent exercice qu'on ne peut prendre qu'à la campagne et pendant la saison des chasses; c'est l'époque de la vie où il ne faut pas se laisser engourdir par la paresse et l'oisiveté, amollir par les délicatesses d'une vie opulente et mondaine, ni intimider par la crainte exagérée de compromettre sa santé. Ne vous habituez pas à considérer votre personne comme si précieuse, osez la risquer quelquefois dans des excursions lointaines et pénibles, fatiguez votre corps, trempez-le de sueur, et vous vous trouverez bien de ces prétendus excès; voilà la bonne hygiène des gens bien constitués et qui veulent continuer à être bien portants.
Pour les enfants, la campagne est une seconde nourrice ; ils s'y élèvent pour ainsi dire tout seuls et presque sans soins. La plupart des précautions de régime nécessaires à la ville, et si souvent insuffisantes, deviennent inutiles à la campagne; les estomacs digèrent ce qu'ils ne pouvaient pas sup-
porter, les entrailles se raffermissent^ et l'on voit des enfants, qu'on désespérait d'élever à la ville,, pousser aux champs comme des champignons.
Par la même raison, tes organisations épuisées, par la fatigue des affaires ou des plaisirs, par des. aifections chroniques ou de longues convalescences^ doivent aspirer au séjour de la campagne pendant l'automne. A celles-ci, la vie douce, l'exercice modéré, le repos même, mais avec le bénéfice d'ua bon air.
« Je doute, dit Rousseau, qu'aucune agitation vio^ lente, aucune maladie de vapeurs puisse tenir contre un séjour prolongé dans les montagnes, et je suis surpris que les bains*de cet air salutaire et bienfaisant ne soient pas un des grands remèdes de la médecine et de la morale. »
La campagne^ dit justement Ribes j[i), c'est le changement d'air, pour le citadin et pour les gens du monde. Vous traiterez avec succès à la campagne des maladies opiniâtres^ par cela seul qu'elles avaient été contractées à la ville ; les migraines, l'asthme, la coqueluche, les crampes d'estomac, etc.
Les personnes maigres, d'un tempérament lymphatique, sont fatiguées par les voyages et n'engrais-
(I) Ribes, Hygiène thérapeutique, Paris, 1860.
sent pas; le séjour à la campagne, ou elles font des excursions en voiture et même à pied, augmente chez elles l'activité nutritive, suscite le développement de la graisse, etc«
En général, la vie que l'on mène à la campagne rétablit l'embonpoint, quand on arrache ceux qui en ont besoin à un genre de vie contraire à la santé et <lont la maigreur est la conséquence.
On peut obtenir le rétablissement complet de la santé par le séjour à la campagne ; Tair natal, dans quelques circonstances, n'a pas une influence moins heureuse.
Usez modérément des fruits et empêchez vos enfants de s'en gorger entre leurs repas. Que leur vie soit réglée, et ne leur laissez pas prendre l'habitude de manger ou de boire hors des repas. Qu'ils apprennent à supporter la faim et la soif surtout, même dans leurs jeux, en été ; c'est le moyen d'éviter bien des petits accidents et de fortiûer leur moral en même temps que leur estomac.
La règle est la condition de la santé comme de la sagesse. •