LA CAMARGUE ET LES SALINES DE PECCAIS
qu'elles s'élèvent autour d'eux et menacent de les engloutir. D'un mouvement unanime, la population court aux quatre portes de la ville, les ferme et les calfeutre exactement, et, confiante dans la solidité de ses murailles, dans l'imperméabilité de cette enceinte qui n'offre aucune issue, attend patiemment le lever du jour qui doit lui révéler l'étendue du désastre. Bientôt en effet la plaine n'offre plus qu'une vaste surface liquide qui s'unit i la mer, et au milieu de laquelle la ville d'Aigues-Mortes flotte pour ainsi dire comme un vaisseau à l'ancre. Et ainsi pendant trois mois toute communication avec la terre fut interrompue autrement qu'en bateau ; l'eau battait les murailles de la ville comme elle bat les flancs d'un navire en pleine mer, mais pas une goutte n'entra dans Tintérieur ; on se promenait à pied sec dans les rues de cette ville plongée de plusieurs mètres au-dessous du niveau de l'eau; deux fois en deux ans cette espèce de phénomène se renouvela de la môme manière, et cette immense rade était sillonnée par les embarcations qui servaient à transporter les voyageurs et à alimenter la ville.
La première fois on en fut quitte pour les angoisses qu'inspirait le danger d'être submergé d'un moment à l'autre, mais la seconde inondation fut
suivie d'un affreux désastre; les eaux, en se retirant, laissèrent la terre imprégnée de débris organiques qui, sous le soleil brûlant de cette région, développèrent des miasmes putrides dont Tair fut empoisonné ; une épidémie cruelle décima la population ; des bommes qui se levaient bien portants le malin mouraient à midi, et les familles trouvaient expirants dans leur lit ceux des leurs qu'elles avaient quittés la veille en bonne santé.
On se demande, en voyant une ville si curieuse à visiter, si triste à habiter, ce qui peut y fixer des individus qui n'y sont pas nés et qui n'y sont pas attachés par rimpossibilité d'en sortir.
Ah I c'est que non loin de là est une source inépuissable de richesses, les fameux salins de Peccais.
Lorsqu'on n'a pas visité les salines du Midi, il est impossible de se faire une idée de l'étendue, de l'immensité d'une pareille exploitation ; c'est par lieues qu'il faut compter la superficie de ces bassins, où l'eau de la mer, soumise à l'ardeur du soleil, s'évapore et laisse déposer et cristalliser le sel qu'elle contient. Mais, quelle masse d'eau à déplacer, à transporter, à transvaser d'un bassin dans l'autre jusqu'à ce qu'elle ait acquis le degré de concentration convenable ? Des machines à vapeur, les unes dans le système français, une autre dans le système