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PiiOMEiNADË D'UIVËR. 21tl

On connaît Tanlique célébrité de la Vierge du Puy, appelée la Notre-Dame de France. Une statue noire avec l'enfant Jésus, rapportée d'Orient par saint Louis, fut donnée à la ville du Puy et devint bientôt l'objet d'une grande vénération et le but de nombreux pèlerinages. Louis XI et François I" y eurent une dévotion particulière. Cette statue périt en 4793, brûlée par les Vandales de cette époque ; elle a été remplacée depuis, mais ce n'est plus qu'une imitation de la vieille et vénérée relique. La première idée d'élever une statue colossale de la Vierge sur le rocher Corneille qui domine la ville appartient au Père de Ravignan. Mais, en i850, l'abbé Combalot donna la vie à cette idée qui n'était qu'en germe; à la suite d'une chaleureuse invocation de Tardent missionnaire, une souscription fut ouverte, et bientôt le projet du monument fut élaboré, mis au concours, et le modèle, dû au ciseau de M. Bonassieux, fut couronné. On s'adressa à l'Empereur, qui, outre sa part de souscription, mit à la disposition de la ville les canons en fonte de Sébàstopol. On doit savoir gré au conseil municipal du Puy d'avoir tenu à ce que la statue fût élevée à la gloire de la Vierge antique, de la Mère de Dieu, tenant dans ses bras l'enfant Jésus; c'est en effet d'après ce type consacré que la statue a été édifiée : c'est la Reine Mère présentant au monde qu'il bénit.

son fils, qui est le Fils de Dieu et le vrai Dieu luimôrae.

Ce que nous admirons le plus dans ce monument, c'est sa proportion et son effet général. Il a fallu un juste coup d*œil pour calculer les dimensions convenables d'une statue élevée à une si grande hauteur et sur un piédestal si gigantesque ; le résultat est complètement satisfaisant.

Voici les mesures exactes des différentes parties du monument. Le rocher s'élève à une hauteur de 132 mètres au-dessus du sol; le piédestal a 7 mètres au-dessus du rocher; la statue a 16 mètres au-dessus du piédestal ; c'est un peu moins que la célèbre statue de saint Charles Borromée élevée auprès du lac Majeur, mais celle-ci est en métal repoussé, et la Vierge du Puy reste le plus grand morceau fondu, non, à la vérité, d'une seule pièce.

Quand nous aurons dit que le pied seul de la Vierge a tout près de 2 mètres de long, on jugera comme nous que ce n'est pas un petit mérite que d'avoir réussi à donner à ce colosse un aspect gracieux et bien en rapport avec l'élévation du lieu et les objets qui l'entourent.

Après cette bonne visite, je vous ai dit adieu, mon cher confrère, ou plutôt à revoir; car nous ne resterons plus des années sans nous serrer la main, nous

n'en avons plus le temps, et je compte sur voire promesse de venir bientôt me voir à Montpellier.

EN SUISSE, DE GENÈVE k BERNE.

Nous entrons en Suisse par Genève.

Si nous étions mieux disposé à jouir des beautés de la campagne, si notre cœur moins serré était accessible aux douces émotions, quel plaisir n'aurionsnous pas à côtoyer ce beau lac Léman entouré de ses maisons peintes et de ses jardins comme d'une ceinture de fleurs, dont le reflet contraste dans ses eaux limpides avec celui du mont Blanc.

Et pourquoi non ? Pourquoi ne nous laisserionsnous pas aller aux impressions que réveillent toujours en nous les beaux aspects de la nature et qui ont leur source inénuisable dans notre cœur? L'âm3 retrouve du calme à la vue des bois et des montagnes, dont les lointains obscurs lui ofl'rent l'image de la solitude et du repos.

Pour moi, je n'ai jamais mieux ressenti l'influence et la douceur de la vue des champs; jamais je n'ai plus admiré les magniflcences de la végétation, la splendeur des campagnes animées par le soleil de juin; jarnais mon âme n'a été plus ouverte aux bruits

222 EXEBCICE ET YOTAGES DE SA-NTÉ.

harmoQÎeax du soir, à celle voix de la n.iliire qui semble appeler rhomme à elle pour le ramener à la Térilé par la contemplalion de ses lois étemelles; jamais je n'ai mieux compris ce langage que depuis que j'^i élé forcé de chercher un refuge à la campagne; l'esprit fatigué éprouve du soulagement en voyant l'ordre et la régularité de ces phénomènes auxquels nous devons le retour périodique et le développement des produits de la terre ; il se complaît dans l'observalion de ces lois immuables, et dont rien ne vient troubler le majestueux accomplissement.

Je ne repousserai donc pas les souvenirs des beautés pittoresques et des phénomènes naturels que j'ai rencontrés; on me pardonnera de détourner un moment les regards du spectacle des œuvres humaines pour les reporter sur celles de Dieu.

La route la plus directe de Genève à Loèche est par le Valais ; mais, ayant fait mon itinéraire par Fribourg et Berne, pour me rendre de là par Bâle à Strasbourg, je pris ma direction vers Loèche, par le canton de Berne; aussi bien je désirais visiter l'Oberland, que je ne connaissais pas, et j'allai m'établira Interlaken.

Je ne parlerai pas de celte roule classique des touristes par Thunn et Interlaken, ni de cette délicieuse vallée siluée au pied delà Jungfrau, avec ses jolis lacs de Brientz et de Thunn. Tout cela est aussi connu

aujourd'hui que le bois de Boulogne, el m ilheareusement presque aussi fréquenté par de beaux équipages. Je me hâte de couriràKandersteg pour franchir4e Gemmi de bon matin et pour arriver à Loèche par . cette singulière route taillée dans un mur de rocher de 1,600 pieds de haut, au bas duquel est situé le petit village de Loèche-lès-Bains.

L'auberge de Kandersleg occupe, le fond de la gorge fermée par la montagne qu'il faut franchir pour passer de la vallée de Frugiten dans le Valais.

Du côté de Kandersteg, la montée n'est pas trop rude, et la route est parfaitement praticable pour les chevaux et les mulets ; cette route n'offre rien de remarquable jusqu'au moment où Ton arrive de l'autre côté, au point où le sol, manquant tout à coup sous les pieds, vous laisse au bord de cet immense gouffre de 1,600 pieds de profondeur, dans lequel le regard plonge et tournoie.

Lorsque j'arrivai sur le penchant de cet abîme, à huit heures du matjn, après quatre heures de marche, les nuages et les vapeurs de la nuit remplissaient encore cette profonde vallée, c'était comme un rideau blanc ondulé par les vents qui me séparait de la plaine; mais bientôt un rayon de soleil venant échauffer et dilater ces vapeurs, elles s'élevèrçnten longues écharpes contre leflancdes rochers,

puis, le voile se déchirant tout à coup, les toits brillants des petites maisons de Loèche apparurent dans un lointain infini, à peu près comme les objets que l'on regarde par le gros bout d'une lorgnette. Le rideau se referma, et la scène disparut ; mais l'air s'échauffant de plus en plus, à mesure que le soleil s'élevaitet pénétrait dans la vallée, toutes ces vapeurs blanches et mçimelonnées se mirent pour ainsi dire à danser dans l'espace et à s'élancer comme des fusées vers les pics aigus où elles restaient quelquefois attachées en flottant comme à la hampe d'un drapeau.

Ce spectacle, cette espèce de mirage, avait quelque chose de fantastique, et jamais il ne s'est offert à moi dans un lieu plus pittoresque et dans des circonstances plus favorables.

Tout se dissipa enfm sous l'influence de la chaleur, et la petite vallée de Loèche se découvrit tout entière inondée de lumière; les objets étaient si nets et tous leurs détails s'apercevaient si distinctement à travers une atmosphère si transparente, qu'il semblait que j'allais y toucher en descendant quelques marches de ce gigantesque escalier au haut duquel j'étais placé. Mais il faut suivre pendant plus d'une heure cette rampe cent fois repliée sur elle-même, qui s'attache comme un long serpent aux flancs perpendiculaires du rocher, qui disparait dans ces anfrac-

luosités pour reparaître un peu plus loin sur des crêtes et sur des saillies d'où Ton plonge sur Loèche comme du sommet des tours de Notre-Dame on plonge sur le parvis.

On sait que ce merveilleux chemin de la Gemmi, pratiqué dans les parois de cette formidable muraille, dans un trajet de plus de deux mille pieds, et d'une manière si directe, que le point de départ et celui d'arrivée se correspondent presque perpendiculairement, est l'œuvre de hardis Tyroliens qui voulurent se frayer un passage du Valais dans le pays de Berne.

Le petit village de Loèche n'a rien de séduisant, et il ne se compose guère que de baraques en bois; car comment bâtir des maisons élégantes et régulières dans un pays qui passe plus de la moitié de l'année engJouii sous les neiges, heureux quand les avalanches ne viennent pas renverser et détruire de fond en comble ses pauvres habitants? Quelques beaux hôtels se sont pourtant élevés depuis peu d'années dans les lieux les moins exposés.

N'ayant pas eu le temps de faire des excursions aux environs de Loèche, je ne parlerai pas des promenades au Torrenlhorn, au Guggerhubel, au glacier de la Dala, etc., que l'on dit superbes.

Je repris ma route par la Gemmi dont je fis l'as* cension de deux heures à six heures du matin, avec

un vieux guide que j'aimerais à retrouver si jamais j'avais le bonheur de faire de nouvelles excursions en Suisse. Ce guide au jarret de fer ne se fatiguait que lorsqu'il marchait en plaine, sur un sol horizontal ; mais, dès qu'il gravissait un rude sentier qui me faisait ruisseler de sueur, il retrouvait la liberté de ses allures, et il eût marché tout le jour sans s'arrêter. Puissance de l'habitude !

Après avoir visité le plus célèbre établissement thermal de la Suisse, je vais vous conduire dans un des plus ignorés et des plus obscurs, mais qui mérite par sa situation la visite des amateurs du pittoresque. Au reste, les voyageurs ne manquent guère de passer par la vallée de Rosenlewj, où est situé ce. petit établissement, et si peu de personnes s'arrêtent pour prendre les bains, toutes vont admirer son magnifique glacier, l'un des plus beaux et des plus curieux de la Suisse.

En partant d'Interlaken, on va d'abord à Lauterbrunnen pour admirer sa magnifique cascade, puis on se rejid à Grinderwald, dont le glacier n'est pas à dédaigner. Rien ne ressembla moins à un glacier, et ceux de Grinderwald et de Rosenlewi présentent un contraste frappant. Le premier, formé d'une glace blanche et transparente, était Tannée dernière, quand je l'ai vi§ité, creusé par-dessous d'une vaste

caverne, diins laquelle je me suis introduit, guidé

par un petit garçon dont l'intrépidité m*a fait plus d'une fois frémir. La voûte de cette caverne, d'abord assez élevée, s'abaisse bientôt de telle sorte, qu'elle ne laisse plus entre elle et la terre qu'un étroit passage par lequel il faut ramper. J'hésitais à me glisser sous cette effroyable couche de glace dont le moindre affaissement m'eût écrasé ; mais il n'y eut pas moyen de résister à l'air engageant de mon petit guide^ qui, me prenant par la main, m'attirait en souriant dans cet étroit passage. Je sentais sur mon dos cette terrrible voûte de glace de plusieurs centaines de pieds d'épaisseur, et il ne faut pas beaucoup d'imagination pour se représenter toutes les horreurs d'un semblable tombeau où le moindre ébranlement de la glace pourrait vous enterrer vivant.

Après avoir rampé quelque temps sur les genoux et sur les mains, on voit avec satisfaction la voûte se relever ; on respire plus à l'aise, mais on attend encore avec une certaine impatience le moment où l'on sortira de cette redoutable prison.

Ce qu'il y a de plus curieux dans celte caverne à parois si épaisses, c'est que, grâce à la blancheur et à la transparence parfaite de la glace, la lumièr^ y pénètre avec autant de facilité que si l'on n'était

séparé du jour que par une mince couche de verre. Aussi cette excavation est-elle resplendissante par les effets de la lumière qui se joue, qui se brise et se reflète sur les petits cristaux de la glace.

Le glacier de Rosenlewi est, au contraire, formé d'une glace d'un bleu foncé ; rien n'est plus beau que ces immenses prismes de glace, séparés par des crevasses dans lesquelles la teinte bleue va fonçant de plus en plus, depuis l'extrémité légèrement nuancée des arêtes jusqu'au bleu intense des profondeurs. Ce glacier est suspendu au-dessus d'un effroyable torrent qui se précipite dans une fente de rocher où on l'entend mugir sans le voir, tant cette fente est profonde.

C'est un autre genre d'émotion que l'on éprouve ici lorsque, gravissant le glacier, on sent que le moindre faux pas sur cette glace, où l'on ne peut fixer le pied qu'à l'aide de petites entailles faites avec une hachette dont est armé le guide qui vous précède, vous précipiterait dans ce gouffre, où Ton entend sans l'apercevoir l'eau se briser avec tant de fracas. Mais combien le pied de ces guides est solide, comme il se pose avec assurance sur la glace, et quelle confiance vous inspire cette main qui vous lient d'une manière si ferme I Néanmoins j'ai frissonné de tout mon corps, lorsque j'ai vu un de ces

montagnards sauter sur le bord même du gouffre avec autant de tranquillité que nous le ferions sur la terrasse de Saint-Germain ; je Tài pourtant suivi dans ce point où les oreilles sont assourdies, où le regard est pris de vertige, pour contempler cette imposante voûte de glace azurée, si hardiment jetée au-dessus du torrent.

C'est au pied de ce glacier qu'est située la petite auberge qui sert de refuge au voyageur dans cette vallée sauvage, et où existe un petit établissement de bains. Je puis bien appeler cette auberge un refuge, car, ayant été surpris par l'orage dans les forêts de sapins que l'on traverse en descendant la grande Scheideck, à Rosenlewi, nous sommes arrivés, nia femme et moi, mouillés jusqu'aux os, dans celle auberge, où l'on est du reste très-bien reçu. Nous fûmes d'autant plus sensibles à la complaisance de nos hôtes, que, partie d'Interlaken le matin pour y rentrer le lendemain, nous étions sans provisions de voyage, et ce n'est qu'à l'aide d'un bon feu et d'une foule d'emprunts que nous parvînmes à nous sé« cher ; on verra néanmoins bientôt que ce ne fut pas impunément que je reçus les torrents d'eau qui nous inondèrent dans cette étroite et froide vallée.

Les chalets qui servent d'auberge dans les montagnes sont construits en planches de sapin, qui ne

mettent aucun obstacle aux bruits qui se passent dans l'intérieur de ces habitations. Sauf la vue qui ne peut s'exercer d'une chambre à l'autre, c'est absolument comme si tous les voyageurs étaient réunis dans la même pièce, on entend tout ce qui se dit et se fait dans les chambres au-dessus, au-dessous et à côté de soi.

Je ne fus donc pas étonné d'être bientôt troublé par le tapage effroyable d'une troupe de joyeux voyageurs qui venaient d'arriver, et qui se préparaient en soupant à passer la nuit dans cette auberge.

A la gaieté de leur entretien, aux éclats de rire qu'excitait chaque mot et qui couvraient tellenàenl la voix, que je ne distinguais pas l'idiome dans lequel on parlait, je ne doutai pas que ce ne fussent des Français. Je me présentai donc dans la salle à manger pour essayer de prendre part à la joie de mes compatriotes, mais je fus très-surpris de me trouver au milieu d'une société d'Allemands, de jeunes gens de la Suisse allemande. La conversation ne s'engagea pas moins entre nous, et, à propos d'excursions, ces messieurs me demandèrent si je ne comptais pas être le lendemain à Berne pour assister à la grande fête patriotique qui devait réunir les plus fameux lutteurs de la Suisse.

C'était une rude journée pour un homme qui

n'est pas seul, que d'aller de Rosenlewi à Berne, en passant par le Reichenbach que nous voulions visiter, et par Interlaken, où nous avions nos bagages à reprendre. Mais poussés par le désir de voir une de ces fêtes populaires et primitives dont on fait tant de récit en Suisse, nous partîmes le lendemain matin de bonne heure, et nous pûmes voir encore la fameuse chute du Reichenbach et arriver à l'heure du départ du bateau à vapeur de Thunn, où nous devions retrouver notre voiture pour aller à Berne.

J'oubliais de dire que l'établissement minéral de Rosenlewi se compose de quelques baignoires dans lesquelles on amène l'eau d'une source sulfureuse qui coule dans les environs ; cette eau est analogue à celle d'Enghien, froide comme elle, et on la fait chauffer pour l'usage des malades.

Nous cheminions donc aussi rapidement que possible pour exécuter notre grand trajet, lorsqu'à la descente de la montagne, là où il devient impossible de rester à cheval, je fus désagréablement surpris, en mettant pied à terre, de me sentir cloué au sol par une force invincible ou plutôt par une douleur atroce ; c'était une douleur rhumatismale dans l'articulation du genou, fruit des torrents d'eau glacée que j'avais reçus la veille I

2ai EXERCICE ET VOYAGES DE SANTÉ.

Mais les plus profondes vallées de la Suisse et les lieux les plus escarpés offrent aujourd'hui plus de ressources et de commodités aux voyageurs que les environs de Paris. A peine me trouvais-je ainsi fixé à terre, sans pouvoir bouger, dans Timpossibililé de continuer la route à cheval ou de la faire à pied, que je vis arriver une chaise portée par deux vigoureux montagnards ; ils me prirent, me placèrent sur leur brancard, et me descendirent doucement ainsi pendant plusieurs heures, en me faisant passer par le Reichenbach et par les sentiers les plus abruptes, d'où Ton jouit d'une magnifique vue sur la vallée de TAar.

Quant à la fête patriotique de Berne, elle ne valait assurément pas Tempressement que nous avions mis à l'aller voir; les luîtes des athlètes suisses ne valent pas un des tours d'Auriol, et il se fait tous les jours aux Champs-Elysées mille cabrioles qui valent mieux que cette gymnastique des descendants de Guillaume Tell.

EAUX MINERALES

Quel est le mode d'action des eaux, quelles sont les ressources que possèdent les établissements thernaux, quels sont les divers procédés d'adminîstra-

lion des eaux, quels sont les rapports des médecins avec les malades, et quelles sont les propriétés spéciales et générales des eaux minérales? voilà autant de questions vastes et difficiles que je n'ai pas la prétention de résoudre toutes, mais que je voudrais éclairer par la discussion et par les faits que j'ai eu l'occasion d'observer.

Avant d'exposer le peu que l'on sait sur ce sujet, n'est-il pas nécessaire de se demander d'abord si elles ont une action réelle; si les effets qu'on leur attribue ne sont pas plutôt le résultat de l'imagination, du 'changement d'air et de vie, de la distraction, que des propriétés mêmes des eaux, et des principes qu'elles

contiennent? Cette question serait oiseuse, si, à côté des médecîns qui préconisent avec enthousiasme l'efficacité des sources thermales, il n'y en avait pas d'autres assez nombreux qui leur refusent toute action spéciale autre que celle que l'on obtient en tout lieu par l'application des substances semblables à celles qu'elles renferment. Il y a exagération des deux côtés, et la vérité est entre ces deux extrêmes.

A la rigueur nous pourrions nous dispenser de discuter la question qui consiste à se demander comment agissent les eaux minérales, et comment on peut se rendre compte des effets qu'elles produisent.

La solution de ce problème n'est nullement exigée en médecine. Car, chose remarquable, les médicaments dont l'effet est le plus constant, le plus certain, sont précisément ceux dont le mode d'action est en même temps le plus obscur, le plus incompréhensible, exemple : le quinquina, l'opium, le mercure, le vaccin et tous les autres spécifiques.

Mais les eaux thermales ne sont pas, à propreprement parler, des spécifiques, et d'ailleurs l'étude de leur manière d'agir se lie tellement à la connaissance des cas dans lesquels elles conviennent, que Ton ne peut guère séparer l'une de l'autre; et, si le problème est encore insoluble, nous voudrions au moins indiquer le meilleur moyen de l'éclairer.

II n*est pas indifférent dans cette question d'invoquer le lénioignage de l'antiquité, de rappeler l'usage que faisaient les Romains des eaux niinérales et de montrer les nombreux vestiges des thermes, des temples et des ex-voto, élevés par la reconnaissance près des principales sources que nous fréquentons encore aujourd'hui.

Où ce grand peuple n'a-t-il pas laissé des traces de son séjour ou de son passag3 ? Jusque dans les gorges les plus reculées de nos montagnes, partout où existent des sources thermales, au centre comme à l'extrémité de la France, dans l'Auvergne comme dans les Pyrénées, les Romains avaient élevé des thermes et consacré des temples aux divinités bienfaisantes de ces lieux. Et, tandis qu'aujourd'hui nous ne parvenons qu'à grand'peine à construire des bâtiments carrés, sans aucun ornement, tandis que quelques-uns de nos éUiblissements thermaux, dépourvus de toute architecture, ne sont pas achevés, les fouilles du Mont-Dore, de Bagnères, de Néris, etc., font découvrir des débris de riche sculpture, des colonnes monumentales ayant appartenu à des édiflces dignes des grandes cités.

Après tout, ce n'est qu'en appeler à l'expérience des siècles, et cette expérience est encore un des plus précieux témoignages que nous possédions en faveur

de la vérité, témoignage plus inébranlable souvent que les décisions de la science et des académies.

Mais, si Ton veut des preuves d'un ordre moins élevé, plus à portée de certaines intelligences, nous citerons l'exemple des animaux, des chevaux poussifs que l'on conduit chaque année aux Eaux-Bonnes, à Cauterets, à Bagnères-de-Luchon, et qui ne subissent pas moins que l'homme l'influence salutaire de ces eaux, probablement sans le secours de l'imagination.

Les eaux minérales se divisent en cinq groupes : Eatix sulfureuses, eaux ferrugineuses, eaux salines, eaux alcalines, eaux gazeuses.

Mais cela ne suffit pas, et il faut établir des subdivisions dans ces groupes trop compactes. Ainsi je partagerai donc les eaux sulfureuses, au point de vue de l'application et de la convenancç des malades, en eaux plus ou moins excitantes pour le système nerveux, en eaux fortes et en eaux faibles, en eaux à Ja fois salines (j'entends salines à un haut degré) et sulfureuses, en eaux riches en chlorure de sodium, ayant une action spéciale sur les organes de la respiration, et enfin, sous le rapport du climat, en eaux situées dans des régions plus ou moins chaudes. Il y aurait aussi à tenir compte du degré de température, de l'abondance de la source, et du mode d'ad-

MODE D'ACTION DES EAUX MliNÉRALES. 237

ministraiion ; mais ces considérations ne viennent qu'en seconde ligne.

Et d'abord il paraît bien démontré que l'effet des eaux thermales sur Téconomie n'est pas proportionné à la quantité de principes minéraux que l'analyse chimique y découvre. Les eaux sulfureuses, dont le soufre paraît être le principal agent, les eaux ferrugineuses, qui doivent leur principale propriété au fer, tiennent probablement en partie leur vertu du mode de combinaison de ces substances, de leur association avec quelque autre élément difficile à saisir, car les plus riches en soufre ou en fer ne sont pas toujours celles qui agissent le mieux. Les sources* deBaréges et les autres sources naturelles sulfureuses des Pyrénées, Luchon,Cauterets, contiennent beaucoup moins de soufre que certaines eaux sulfureuses accidentelles, telles que celles d'Enghien, et elles sont néanmoins, dans .certains cas, plus actives que celles-ci (1).

Il est vrai que les eaux naturelles, outre le soufre, renferment une matière organique particulière, dont la nature intime est peu connue et que la chimie moderne décrit sous le nom de harégine; cette matière, que Ton voit se déposer sous forme d'une gelée

(1) Voyez plus loin sur Bagères, p. 284.

transparente, n'appartient qu'aux eaux sulfureuses naturelles et contribue probablement à leur efficacité.

11 ne faut pas oublier non plus la haute température de ces sources, qui agit sans doute puissamment sur l'économie; cette température ne peut être remplacée par la chaleur artificielle qui altère et affaiblit toujours plus ou moins l'énergie des principes en dissolution.

Le problème est encore plus difficile et plus curieux pour certaines eaux salines dans lesquelles l'analyse chimique ne découvre qu'une quantité de ^nalières tout à fait en disproportion avec leur degré d'énergie, comme dans les sources du Mont-Dore, par exemple; ii y a donc là un inconnu digne d'exercer la sagacilé des savants et des médecins.

Quelquefois même la quantité de matière minérale est tellement faible dans certaines eaux, que l'on ne conçoit pas comment elles peuvent influer sur l'économie, et on serait lente de nier leur action. Les eaux de Forges, par exemple, ne donnent pas même un grain de sel de fer par litre ; que peut faire une si minime proportion de substance que nous sommes obligés d'administrer à haute dose dans la médecine ordinaire pour produire quelque effet I Et pourtant personne ne conteste la propriété émi-

MODE d'action DES EAUX MINÉRALES. 239

nemment ferrugineuse des eaux de Forges. Le fer est sans doute combiné dans ces eaux à un étal particulier qui le rend plus facilement assimilable. Les eaux de Néris sont dans le môme cas relativement aux sels que l'analyse en retire.

Les eaux de Plombières sont de celles qui démontrent le mieux que les sources thermales, que ces eaux préparées dans le sein de la terre, par des procédés inconnus, jouissent de propriétés dont la science et l'analyse ne rendent pas encore compte : il est un autre exemple plus remarquable encore de ces propriétés mystérieuses, et bien propre à convaincre les esprits les plus incrédules, dans une eau fameuse de la Suisse, dans la source de Loèche, qui, de même que les eaux de Plombières, ne fournissent à l'analyse que quelques matières salines, et dont l'action est des plus énergiques, quelquefois môme redoutable. Le phénomène de la poussée qui se manifeste à la peau, tantôt par des éruptions de plaques rouges semblables à Térysipèle, à la rougeole ou à la scarlatine, tantôt par la tuméfaction des membres ou par une transsudation abondante, une sorte de suppuration de toute la surface du corps, ce phénomène particulier aux eaux de Loèche (1) se

(*) Voy. plus loin Tarticle consacré à Loèche.

montre quelquefois, mais à un faible degré, aux eaux de Plombières; on voit survenir des ébullitions qui disparaissent par l'usage môme des bains. On serait tenté d'attribuer cette réaction singulière, soit à la température élevée de l'eau, soit à la durée des bains, à la macération que fait éprouver à la peau le séjour prolongé des malades dans des piscines où ils ne demeurent pas moins de trois à quatre heures par jour ; mais, en i)arlant des bains de Loèche, je démontrerai que la poussée tient à une action spéciale de l'eau, indépendante de sa température et de son application plus ou moins longue, à la surface de la peau.

Faut-il admettre, avec certains auteurs, que les eaux thermales n'agissent que par leurs propriétés excitantes, propriétés qu'elles doivent tantôt au soufre, tantôt aux sels et aux matières terreuses, mais surtout à leur température, et que toutes sont comparables, sauf le degré d'excitation qu'elles produisent?

Nous savons bien que les mêmes maux sont quelquefois guéris par des eaux de diverses natures : par des eaux salines et par des eaux sulfureuses, par des bains de mer comme parles sources thermales. Nous avons vu des cas de rhumatisme traités avec succès par les eaux froides de la mer, aussi bien que par les

eaux chaudes de Luchon ; de même que, dans la médecine ordinaire, on applique avec avantage tantôt le froid, tantôt le chaud, tantôt les vapeurs brûlantes, tantôt les compresses glacées sur les membres affectés de douleurs rhumatismales. Ces moyens différents, opposés en apparence, aboutissent au môme effet : une réaction vive sur la peau, qui souvent enlève le mal ; mais ce n'est pas une raison pour refuser aux eaux minérales une action spéciale dont l'analyse chimique ne rend pas suffisamment compte. ({ Les chimistes, disait Chaptal, n'analysent que le cadavre des eaux minérales. »

Certains praticiens exercés à la thérapeutique des eaux pensent que l'action des sources thermales réside surtout dans l'espèce de perturbation qu'elles produisent, dans l'excitation qu'elles portent à la peau, dans la réaction qu'elles déterminent vers les parties malades ; c'est plutôt, suivant eux, en suscitant un travail organiique, en rétablissant des sécrétions supprimées, en imprimant une nouvelle activité à des maux stationnai res, à des organes languissants et engorgés, que les eaux rétablissent la santé, que par une action spéciale, par une vertu particulière sur la nature même du principe morbide. Dans l'opinion de ces médecins, les eaux thermales (sauf les exceptions faciles à saisir) agissent toutes à peu près de la

Doîf^B, Hyg. G. Mi **'

242 EAUX MINERALES.

même manière ; ce que Ton obtient avec Tune, on pourrait, à un degré plus ou moins prononcé, Tobtenir avec l'autre, et la plupart des sources des Pyrénées seraient aussi propres les unes que les autres à la cure des différentes catégories de maladies chroniques, que Ton adresse à chacune d'elles. Je ne me rends pas garant de cette opinion ; mais elle m'a été exprimée par un médecin attaché depuis longtemps à un des établissements les plus suivis des Pyrénées. Nous concluons que le mode d'action des eaux thermales, comme celui de beaucoup d'autres médicaments, est encore peu connu.

Les sources thermales que la France possède en si grande abondance, et en si grande variété, sont une des richesses de notre pays, et l'avenir ne peut qu'accroître cette richesse si on sait en tirer un bon parti.

Nos eaux minérales, par leur abondance et par leur variété, peuvent rivaliser avec les sources les plus favorisées de nos voisins, et môme les surpasser ; nulle part sur le globe on ne trouve une réunion de sources thermales comparable à celle qu'offrent

les Pyrénées ; en aucun point, des lieux plus beaux ne se présentent à la vue des baigneurs ennuyés; et, pour compléter cet ensemble, aucun pays ne possède en son centre des sources telles que celles de Vichy et du Mont-Dore, à sa circonférence de plus belles plages pour les bains de mer que celles de rOcéan et de la Méditerranée, surtout depuis que les grandes lignes de chemins de fer ont ouvert des voies rapides aux nombreux malades qui sont assurés de Irouver le bien-être et une bonne direction dans nos établissements d'eaux minérales, en même temps qu'un remède à leurs maux!

Les eaux minérales du nord, de Test et de l'ouest de notre pays, n'offrent pas à beaucoup près des observations aussi intéressantes que celles du midi.

Est-ce ma faute, ou celle du climat, du soleil, de l'aspect des lieux, ou bien enfin est-ce que les sources minérales de cette partie de la France n'ont pas pour le médecin l'intérêt et l'importance qu'offrent celles des Pyrénées, de l'Auvergne et du Bourbonnais ?

Il est vrai que la partie nord de la France est beaucoup moins bien partagée sous ce rapport que ne l'est la partie du midi. Tirez une ligne de Nantes à Besançon, et d'un côté vous aurez les sources remarquables de Vichy, de Néris, du Mont-Dore et une

*** EALX ]|[5ÊftALE5.

foule d'autres eaux acidulées : et, i rexlrêmilé méridionale, la riche collection d'eaux sulfureuses et salines dont l'immense chaîne des Pyrénées renferme le précieux dépôt dans son sein. De l'autre côté dans la partie nord, vous ne trouverez plus, sauf quelques rares exceptions, que des sources ferrugineuses répandues çà et là. Le soufre, le gaz acide carbonique, les sels alcalins et la température, ces éléments énergiques ont disparu pour faire place presque partout à des eaux froides chargées de fer principe essentiel à la vérité, qui joue un grand rôle aujourd'hui en thérapeutique,mais dont l'action uniforme ne s'applique qu'à un seul ordre de maladies. Et puis les montagnes escarpées, les vallées élroilos et profondes, les torrents, les forêts de sapins, les aspects pittoresques, en un mot, ne sont-ils pas le complément indispensable des eaux Ihermales?

Or la Flandre, la Normandie, et même les Vosges ne peuvent rivaliser avec les Pyrénées. Aussi quelle que soit la valeur intrinsèque des eaux de Plombières, de Bourbonne, de Luxeuil, de Conlrexeville, d6S<u*n(*Amand et do Forges, ces sources ne peuvent prétendre à la vi^ue don! jouissent celles de Luchon et de (^uiterots.

La grande variélé d Vaux minérales est un em-

CHOIX D UNE STATION TnEUMALE. 243

barras pour le malade et souvent môme pour le médecin. Gomment faire son choix au milieu de toutes ces sources, dont la plupart s'adressent aux maladies, et où se diriger? Toutes les eaux chaudes par exemple, sulfureuses ou non, ne guérissent-elles pas les rhumatismes et les douleurs? Toutes les eaux sulfureuses ne sont-elles pas bonnes pour les maladies de la peau, les plaies anciennes, etc. ?

Il y a pourtant quelques règles à établir dans cette confusion.

L'embarras vient surtout de ce que ces eaux variées, les plus diverses en apparence, sont également recommandées dans des affections de même nature. Je le répète, toutes les eaux thermales ont la prétention d'être favorables aux rhumatismes de tout genre, et celles qui sont froides prétendent bien au même avantage, à l'aide d'une température artificielle. A quelle source donner la préférence, dans ce dédale d'eaux plus ou moins thermales, qui surgissent de tous les points de la France et autour d'elle?

Il faut bien le reconnaître, il y a là une difficulté inhérente à la nature des choses, à l'état actuel de la science des eaux; et môme à celui de la médecine. Nous ne connaissons pas encore assez à fond les principes constituants des eaux, leurs agencements et leur mode d'action; nous ne distinguons pas tou-

jours assez bien les variétés des affections morbides de même espèce, pour dire précisément quelle nature spéciale d'eaux, quelle dose de principe minéralisateur conviennent à telle nuance de rhumatisme. Cette science n'est pas faite, peut-être môme n'estelle pas faisable, et les éléments n'en existent-ils pas; il y a peut-être, et dans le mode d'action des eaux, et dans les variétés de maladies que nous prenons pour exemple, un fonds commun qui permettra toujours d'appliquer à ces maladies des moyens en apparence divers, mais ayant des propriétés générales communes. Quant à présent, nous admettons que la température, aidée de quelque propriété excitante, est une condition générale favorable à la guérison des affections rhumatismales. Nous ne sommes guère plus avancés, sous ce rapport, qu'au temps oh madame de Sévigné allait redemander à Vichy l'usage de ses mains rhumatisées.

Toutefois, nous trouverons dans les progrès récents de l'analyse chimique,' dans l'appréciation des constitutions, et dans la connaissance des lieux, des moyens de nous guider et d'établir au moins des catégories.

Pour nous, voici ce que nous admettons d'une manière générale avec les meilleurs auteurs (i) :

(L) Voyez Durand Fardet, Lebret et Lefort, Dictionnaire des Eaux minérales, Paris, 18 GO.

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Les sources de Bourbonne, de Bourbon-rArchambault, de Balaruc,sont favorables à certaines espèces de paralysie ;

Les Eaux-Bonnes, le Mont-Dore, Gauterels, sont très- efficaces dans les affections chroniques de la poitrine ;

Vichy, Saînt-Nectaire, Conlrexeville, la Preste dans les engorgements des viscères et dans la gravelle ;

Saint-Sauveur, Néris, Bagnères-de-Bigorre dans les affections nerveuses ;

Baréges, Bagnères-de-Luchon, etc., dans les maladies de la peau, les rhumatismes et les plaies d'armes à feu.

Ce qui ne nous empêche pas de tenir compte des circonstances individuelles, du tempérament, etc., pour choisir ielle eau de préférence à telle autre analogue.

Parmi les eaux sulfureuses énergiques, il en est qui portent, principalement^ leur action sur le système nerveux général, d'autres dont l'action est plus locale ; les premières telles que Luchon, quelques sources de Cauterets, Ax dans l'Ariége, sont surtout riches en principes sulfureux, volatils, les autres telles que Barèges, Saint-Sauveur et quelques autres sources de Cauterets, en principes sulfureux fixes. L'état du système nerveux, son plus

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OU moins de susceptibilité, doivent donc détermine^ le choix entre ces différentes eaux et leurs analo^ gués, dans le cas où l'on veut avoir recours aui:^ eaux sulfureuses.

Parmi les eaux sulfureuses douces, je place Aix en Savoie, Arles, et le Vernet dans les Pyrénées- Orientales.

Mais il ne faudrait pas croire que les eaux dans lesquelles dominent les principes fixes, que celles mêmes où le soufre est en petite quantité, soient inoffensives à l'égard du système nerveux et le laissent en repos ; toutes les eaux sulfureuses sont plus ou moins excitantes ; si donc on a affaire à une organisation éminemment impressionnable, et que le soufre ne soit pas un agent indispensable du traitement, gardez-vous des eaux sulfureuses les plus douces en apparence, même de celles d'Aix, adressezvous à Plombières, à Néris, à Bourbon-Lancy , à Bourbon-l'ArchambauU, à Bagnères-de-Bigorre, à Ussat, aux bains de Lamotte, à Bourbonne, à Bagnoles, etc.

En fait d'eaux énergiques, celle de Challes, près de Chambéiy, est au premier rang. Les plus fortes eaux connues marquent 40 degrés au sulfhydromètre ; celle-ci, chose inouïe, marque 200 degrés. Dès qu'elle touche une pièce d'argent, elle la noircit, et, quand on la boit, il semble que Ton boit du soufre

liquide. Cette eau extraordinaire est froide ; outre sa grande proportion de soufre, elle renferme du brome et de l'iode : elle rend de grands services dans le traitement du goitre. Deux ou trois bouteilles de cette eau suffisent à rendre un bain très-sulfureux ; aussi l'emploie-t-on dans quelques établissements, à Aix en particulier, pour augmenter dans quelques cas le degré de sulfuration de Teau.

Après Challes vient Enghien, puis l'établissemBnt d'Allevard, dans le Daupbiné.

Est-il nécessaire d'agir sur la peau et de produire en même temps une dérivation sur les voies digestives? Allez à Uriage, à Baréges, etc.

Les eaux qui ont une action spéciale sur les organes de la respiration sont les Eaux-Bonnes et les Eaux-Chaudes, Gréoulx en Provence, et les eaux des Pyrénées-Orientales, le Sernet, Amélie.

Sous le rapport du climat, les eaux de Gréoulx sont à la portée des malades, pendant plus de six mois de l'année ; celles de Casléra- Verduzan, dans le Gers, et celles des Pyrénées-Orientales jouissent aussi d'une température méridionale. ^

Aix en Savoie a pendant quatre mois un climat délicieux ; la plupart des autres eaux sulfureuses sont dans les montagnes avec les conditions des sites élevés.

Les eaux ferrugineuses sont très-communes an centre, à l'ouest et au nord de la France ; il y en a d'excellentes autour de Paris, entre autres celles de Pas^. Les plus fameuses sont celles de Forges et de Spa ; l'une et l'autre sont très-efficaces ; les sources de Spa sont plus variées, et leur établissement est plus complet.

Parmi les eaux salines, alcalines, gazeuses, il faut distinguer celles qui ont une action spéciale bien connue ; les eaux de Gontrexeville, si efficaces dans les maladies de la vessie et des reins ; les eaux de la Preste, des Pyrénées-Orientales pour la gravelle. Il est presque inutile de rappeler la spécialité des eaux de Yichy ; on connaît leur action dans la goutte, et celle des eaux de Carlsbad, qui fond et dissipe à vue d'œil les plus énormes engorgements du foie. Les fameuses piscines de Loèche se recommandent dans les maladies de la peau les plus invétérées, etc.

Les paralytiques et les perclus ont le cboix entre Balaruc et Lamotte, espèces de bains de mer chauds, et les boues de Saint-Amand ; les eaux de Bagnères, de Néris, de Plombières, de Luxeuil, d'Ems, et bien d'autres, se partageront cette foule de maladies nerveuses, de dérangement des fonctions digestives, et de tant d'autres affections sans nom, résultat des

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fatigues de la vie mondaine, des préoccopalions des affaires ou des Iravaox de cabinet

Le régime de vie des différents pars où Ton ra prendre les eaux n'est pas non plos indifférent. Si votre estomac ne peut supporter les assaisonnements à l'huile et à la graisse, n'allez pas dans le midi. Mais où aller pour les eaux sulfureuses, car il n'y en a pas dans les régions du bon beurre ? Aix en Savoie est une des localités les mieux parUigées à cet égard, et où les habitudes parisiennes se trouvent le moins dérangées.

Quant au mode d'administration des eaux, il varie et se perfectionne de jour en jour, nos établissements ont beaucoup gagné sous ce rapport depuis quelques années. J'aime ceux où l'on trouve une surabondance d'eau qui détourne de toute idée de fraude et de parcimonie; j'aime une température assez élevée pour dispenser de tout moyen de chauffage, et, quand l'eau m'arrive en outre par sa pente naturelle et sans interruption, c'est la perfection. Peu d'établissements réunissent toutes ces conditions à. la fois.

Néris et Bourbon sont riches en eau et en température.

Le Mont-Dore est un établissement modèle.

Les établissements des Pyrénées proprement dits

sont généralement riches en eau, en température et en appareils.

Les établissements de TAriége sont en voie de progrès ; ceux des Pyrénées-Orientales sont ingénieusement disposés.

En parlant de chaque station en particulier je ne dissimulerai pas mon goût pour telle ou telle station. Je tâcherai de faire connaître les ressources et Jes distractions que chacun, suivant son caractère, peut trouver dans ces différentes localités.

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