LES EAUX MINÉRALES DELA CHAINE DES PYRÉNÉES
Balaruc. — Les eaux de Balaruc sont salines et chaudes, et participent des principes des eaux de mer.
Elles sont purgatives, et leur action extérieure est tonique et stimulante. Prises en boisson, elles purgent ou excitent modérément l'estomac, suivant leur dose; en bains, elles stimulent énergiquemenl la peau et fouettent le sang, lorsqu'on plonge dans le bassin môme de la source, où la température est de 45 degrés centigrades; mais, en bains mitigés, elles fortifient l'action musculaire et sont favorables aux tempéraments lymphatiques, dans les affections
scrofuleuses, les douleurs et dans quelques cas de paralysie.
On a fait de grands frais pour relever Tétablisser ment de Balaruc et pour lui rendre son ancienne splendeur. Y réussira-t-on ? on peut l'espérer. Indépendamment de leurs qualités réelles, les eaux de Balaruc sont favorisées par leur voisinage de la celèbre Faculté de médecine de Montpellier; leur prospérité tient à la sienne.
Gomme tous les pays du midi situés près de la mer, Balaruc n'offre dans ses environs rien de bien gracieux ni de bien séduisant pour la promenade; ce n'est pas encore la Camargue (1), mais quelque cbose qui en approche, de grands étangs d'eau salée, peu de végétation et des horizons plats.
liamaiou. — Les eaux de Lamalou appartiennent à la classe des eaux ferrugineuses bicarbonatées ; de plus, par une* exception assez rare dans les eaux de cette classCy elles sont thermales, c'est-à-dire chaudes. C'est là en effet ce qui caractérise Lamalou ; les eaux ferrugineuses sont généralement froides, tandis que celles-ci sont à la température de 35 degrés, juste le point convenable pour les bains et pour les piscines ; une source atteint 44 degrés, ce qui la rend propre aux douches et à son emploi en vapeur.
(1) Voyez Excursion en Camargue, p. 160 et 167.
Donwé, Hyg. G. M. ! 5 *
Quant aux propriétés médicales, voici comment s'expriment les auteurs du Dictionnaire des Eaux Minéraks (i) :
La spécialité thérapeutique des eaux de Lamaloa se rapporte exclusivement au rhumatisme, à la plupart des névropathies, y compris les paralysies nerveuses, à la chlorose et à l'anémie. Tous les auteurs qui ont écrit sur ces eaux ont rapporté de remarquables exemples de guérisons rapides de paraplégies, dans l'étiologie ou la pathogénie desquelles le rhumatisme et les causes débilitantes prolongées jouent le principal rôle.
Si j'ajoute que les eaux sont administrées sous la direction de Texcellent docteur Privât, d'une expérience consommée en pareille matière, et que le propriétaire de rétablissement y fait tous les ans des améliorations qui n'iront qu'en croissant, on verra que Lamalou n'est un lieu ni trop sauvage ni dépourvu de qualités essentielles, et que les malades, même les plus civilisés, peuvent s'y rendre avec confiance.
Améiie-ies-Bains. — C'est dans la vallée du Rech que s'élèvent les bains Amélie , qui étaient autrefois connus sous le nom de bains d'Arks^ en raison de la petite ville du môme nom située dans le
(I) Durand-Fardel, Lebret et Lefort, Dictionnaire des Eaux minérales et de l'Hydrologie médicale. Paris, 18G0 t. II.
voisinage, aux frontières d'Espagne, et auxquels le nom de la reine des Français devait porter bonheur.
Les bains Amélie alimentent deux établissements : celui du docteur Hermabessière, et celui du docteur Pujade.
L'ancien établissement du docteur Hermabessière se compose d'une jolie maison d'habitation et d'un bel édifice thermal, où abonde l'eau sulfureuse, qui se répand en bains, en douches, en vapeur et en piscine.
Non loin de là, le docteur Pujade a fait jaillir du rocher une douzaine de sources qu'il a habilement distribuées dans les différentes parties d'un établissement nouveau. Ce qui distingue cet établissement, c'est la présence de l'eau minérale à tous les étages de la maison, de telle sorte que le cabinet de bain est souvent situé à côté de la chambre du malade et fait partie de son appartement ; on peut se baigner sans sortir de chez soi, sans monter ni descendre, circonstance inappréciable pour les malades impotents, et se remettre au lit sans s'exposer aux courants d'air. C'est le seul établissement thermal dans lequel j'aie rencontré une sembable disposition.
Nos soldats fatigués et malades trouvent dans le grand établissement que l'État a fait construire, et
pour lequel il a acheté une partie des eaux surabondantes du docteur Hermabessière, un remède à leurs maux d'autant plus efficace, qu'à Taction des eaux sulfureuses et chaudes se joint le bienfait d'un climat méridional qui ne connaît point d'hiver. C'est une bonne pensée d'avoir consacré à nos troupes, habituées à la température de l'Afrique, un établissement thermal, situé dans la chaude vallée du Tech, oi!i croissent l'aloès et le grenadier, et qui se rapproche des conditions atmosphériques des contrées où nos soldats font la guerre.
Les bains d'Amélie sont situés au pied du Ganigou, but d'excursion intéressante, (jue l'on peut faire dans la même journée (1).
lie Vernet. — La route de Perpignan au Vernet, par Prades et Villefranche, est délicieuse. Je connais les plus jolies vallées des Pyrénées ; il n'y en a pas de plus charmante que celle-ci. Le sommet des montagnes qui la bordent manque un peu de bois et de verdure, grâce au droit de parcours qui livre à la dent des bestiaux ces roches dénudées et met un éternel obstacle au reboisement. Mais le pied de ces montagnes couvertes de vignes, grattées jusqu'au rocher par la main du vigneron, qui plante un ceps partout
(I) Voyez Excursion au Canigou, p. 45.
OÙ il peut réunir et fixer quelques poignées de terres, les maisons des pauvres villages groupées en amphithéâtre et s*ouvrant comme de vraies lanières sur le flanc des montagnes, et au-dessous la végétation vigoureuse et luxuriante de la vallée, tout cela, couronné par les pics neigeux du Canigou, forme à chaque sinuosité de la route autant de tableaux qui touchent l'âme et la font rêver. Les forts de Ville franche, qui ferment si hermétiquement ce passage des Pyrénées, sont d'un effet pittoresque. Lorsque les ponts-levis de cette petite place, resserrée entre des montagnes de rochers à pic , sont levés, la France est absolument fermée de ce côté; c'est comme une bonne serrure sur un grand coffre-fort. Les feux croisés des forts incrustés de chaque côté dans la roche ou perchés sur les sommets écraseraient une armée qui tenterait de franchir cet étroit passage.
On ne se fait pas une idée des rues des villages que Ton traverse en allant au Vernet, ce ne sont pas des rues, ce sont des fentes dont on ne croirait jamais pouvoir se dégager ; on ne songeait guère aux voitures lorsqu'elles ont été construites, et leurs pauvres habitants n'imaginaient pas qu'ils y verraient un jour circuler des équipages, et pourtant ces ruelles étroites, tournant à angle droit, ont été tra-
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versées par ceux d'Ibrahim et par les grandes voitures de la cour que le roi Louis-Philippe avait mises à la disposition de rillustre malade. On ne conçoit pas comment on a pu se tirer de ce labyrinthe sans abattre ou sans écorner les maisons ; il a fallu dételer les fourgons et les traîner à bras, mais aujourd'hui encore ces rues sont sillonnées le jour et la nuit par les diligences et par les omnibus des établissements thermaux, dont les conducteurs vous mènent rondement et sans accrocher.
En sortant de ce défilé, la vallée s'élargit, et Ton aperçoit les établissements situés au pied des montagnes qui s'arrondissent en cirque autour d'eux. Le premier que Ton rencontre est celui de M. Mercadet ; le second, situé un peu plus loin au milieu des jardins et des bosquets qui semblent faire le fond de cette petite vallée, est celui que Ton nomme rétablissement des Commandants ; c'est là .qu'a été reçu et traité Ibrahim-Pacha. Cet établissement, dont l'histoire est curieuse, presque romanesque, va nous offrir des dispositions nouvelles et intéressantes à observer .
Et d'abord qu'est-ce que les Commandants? Je ne puis pas faire l'histoire du Vernet sans dire quelque chose des hommes qui l'ont à peu près fondé et qui le dirigent ; eh bien ! les commandants sont en effet
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deux anciens militaires, ayant tous les deux commandé la petite ville de Villefranche. Après avoir honorablement servi leur pays, MM. Couderc et de Lacvivier, vivant en frères, mettant leur avoir en commun, ont acquis le Vernet ; ils s'y sont retirés, et, appliquant les ressources de leur esprit comme celles de leurs épargnes à l'amélioralion de rétablissement, ils en ont fait ce que je vous dirai tout à l'heure, un établissement unique par les conditions nouvelles et par les perfectionnements qu'ils ont réalisés.
L'association de ces deux frères d'armes a failli un moment être troublée, non par la discorde, l'accord le plus parfait ayant toujours régné entre eux, mais par des circonstances qu'ils n'avaient pas prévues.
Ayant tout mis en commun sans contrat^ et sur cette parole qui entre militaires est un engagement d'honneur, ils n'avaient pas songé à ce qui arriverait après eux ; le dernier vivant devait hériter de l'autre. Sur ce simple engagement, ils se mirent à l'œuvre, et, quoique l'esprit d'entreprise soit encore peu développé dans cette partie de la France, leur intelligence et leur résolution inspirèrent confiance, et les capitaux qui leur manquaient leur furent offerts par de nombreux amis. De là, des intérêts as-
résistance à leur volonté ; espèce d'enfants gâtés tout-puissants, entourés d'esclaves toujours prêts à obéir au moindre signe et à satisfaire leurs plus ridicules fantaisies. Il a fallu tout l'ascendant d'un caractère tel que celui de Lallemand pour plier cette nature indomptée aux exigences d'un traitement long et pénible. Ce n'était pas le courage qui manquait à Ibrahim, il a supporté l'opération sans mot dire^ mais c'était la patience et la modération dans ses caprices.
Au milieu d'une foule d'actes barbares, eu égard à nos mœurs, on vil pourtant quelquefois sortir de cette âme rude des sentiments de délicatesse et de bonté dont une éducation européenne eût tiré un excellent parti. C'est ainsi que la grossièreté habituelle d'Ibrahim envers les femmes s'est en certaines occasions changée en galanterie fine et du meilleur goût. Voulant faire un cadeau aux dames de la famille de son médecin, il fit un soir enlever les châles que ces dames avaient déposés dans l'antichambre de ses salons. Lorsqu'on vint pour reprendre ces châles, grand fut Tétonnement de ne les plus retrouver; on commençait à s'inquiéter, lorsque Ibrahim fit jeter de magnifiques cachemires sur les épaules de ces dames.
Quelquefois il boudait son docteur au point de ne
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plus vouloir le regarder; mais bientôt, poussé parla reconnaissance, il se jetait dans ses bras et le remerciait des services qu'il lui avait rendus.
L'arrivée du prince égyptien au Vernet fut entourée de toute la solennité qu'on pouvait déployer en ce lieu. C'était le soir; tout était illuminé sur son passage, et les montagnes elles-mêmes étaient éclairées par des feux de joie.
On avait fait de grands frais pour installer l'illustre malade; un pavillon tout entier avait été disposé et richement meublé ; les lustres étaient allumés, et la maîtresse de la maison attendait avec impatience l'effet des soins qu'elle avait pris pour recevoir convenablement son hôte. Elle s'informait à l'un de ses officiers de la manière dont il exprimerait sa satis-faction ou son mécontentement : « Si son Altesse est contente, répondit l'officier, elle dira (j'ai oublié les mots propres, mais prenons les premiers venus, cela ne fait rien à l'afiaire), elle dira: Ama; et, si elle est fâchée, elle dira : Baibi.
Le prince arrive enfin, il est conduit dans ses appartements ; il se jette sur un sofa, et d'un air de mauvaise humeur il répète dix fois de suite : Baîbi! Baîbi! Baîbi! Ce mot fatal va durement retentir au cœur de la pauvre dame. Ce que l'on avait fait pour bien accueillir Ibrahim était précisément ce qui le
directe existe entre les deux sources, et même, à en juger par la qualité de cette nouvelle eau, elle pourrait bien contenir au moins autant d'eau de l'Allier que d'eau minérale proprement dite. Il n'y avait peut-être pas de quoi effrayer l'État autant qu'on a réussi à le faire.
^Comment fixer d'ailleurs la limite précise dans laquelle il ne sera pas permis de sonder? A Vichy, partout oh l'on fouille la terre, on voit venir l'eau minérale, en creusant les fondations d'une maison aussi bien qu'en faisant un puits, et toutes ces eaux souterraines communiquent probablement entre elles. On ne peut pourtant pas interdire indéfiniment l'établissement d'un puits ou la construction d'une maison. Le décret du gouvernement provisoire n'en est pas moins très- sage dans ses dispositions
Mais jamais la question ne s'est présentée d'une manière aussi nette qu'au Vernet.
Les sources de l'établissement des Commandants ne jaillissent pas du flanc même de la montagne; elles sortent de la paroi du rocher qui forme en cet endroit comme une épaisse muraille. Un côté de cette muraille appartient aux Commandants, c'est celui qui donne issue à l'eau minérale ; l'autre côté est la propriété du voisin. Or, ce voisin, en vertu de la loi qui lui permet de jouir de son. terrain comme
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bon lui semble^ les conditions de ne pas nuire à autrui étant tout à faitillusoiresenfaitd'eaux minérales, ce voisin se mit un jour à ouvrir dans le rocher une énorme tranchée précisément dans la direction des sources voisines. Pendant plus de six mois, les propriétaires des sources furent condamnés à entendre jouer la mine et frapper les coups de pioche qui faisaient sauter en éclat la roche qui recelait leur trésor. Aucune loi ne les défendant contre cette atteinte directe portée à leur propriété, leurs réclamations et leurs plaintes furent inutiles. Ils étaient dans la position d'un homme qui, ayant sa fortune dans son secrétaire, entendrait percer la cloison de sa chambre, attendant à chaque instant, et sans pouvoir s'y opposer, que les pièces d'or s'écoulent dans la chambre de son voisin. Cet instant arriva effectivement pour les Commandants.Un soir, on vint leur annoncer que l'eau avait jailli de l'autre côté, après un dernier coup de mine heureusement dirigé; et il n'était que trop vrai que cette eau était bien la leur, car le niveau des réservoirs baissa rapidement. Ainsi, plus d'eau pour alimenter \eé douches et les baignoires, plus de circulation de chaleur dans les chambres des malades !
La position était cruelle ; l'établissement pouvait ôtre ruiné, et le publicy eût perdu lui-même un puis-
sant remède à ises maux, des servitudes particulières interdisant au voisin d'utiliser les sources qu'il détournait sur son terrain.
Ce fut dans cette situation critique qu'intervint le décret du gouvernement provisoire (décret des 8-10 mars 1848) qui suspend toute exploitation de sources obtenues par de semblables moyens, aux environs de sources appartenant à d'autres (4).
oiette. — Je n'ai pas voulu quitter le Vernet sans aller voir, près d'Olette, les magnifiques sources d'eau sulfureuse bouillante qui sortent en abondance de tous les points d'un rideau sur les bords du torrent, et qui restent là sans emploi.
Ces eaux, signalées par J. Anglada (2), n'ont pas moins de cent degrés de température ; elles sont riches en principes sulfureux.
Transportons-nous maintenant à Ussat ; la route qui y conduit, ainsi qu'à Ax, suit les bords de TAriége en passant par Tarascon ; je pourrais essayer de dépeindre cette vallée vraiment splendide, entou^^ rée d'une ceinture de montagnes neigeuses, et coupée çà et là de monts en pain de sucre de l'elTet plus original; mais je crains d'abuser des descriptions, et je me hâte d'arriver à Ax.
(1) \uy.î)umnd-Y2irdéi,Dict. des eaux minérales. Paris, 1860,
t. II, p. 155, ai*t. LÉGISLATION.
(2) Anglada, Eaux minérales sulfureuses, Paris, 1827.
Ax. — La petite ville d'Ax, située au fond de la vallée de TAriége, est une véritable localité thermale ; le sol repose sur une nappe d*eau minérale ; les vapeurs sulfureuses s'échappant par toutes les fissures imprègnent Tair d'une odeur de soufre; Peau chaude jaillit en une multitude de points, elle est à la discrétion des habitants; elle sert à tous les usages domestiques, on en pétrit le pain, comme on en fait la lessive, le pain est excellent et le linge parfaitement blanchi. C'est un spectacle curieux de voir les femmes du pays faire leurs opérations de ménage à la fontaine bouillante, tandis que d'autres lavent dans le bassin public, ou s'y baignent les jambes. Cette population serait sans doute bien embarrassée de vivre dans un pays où les fontaines ne donneraient que de l'eau froide ; jamais on ne fait chauffer d'eau en ce pays, pas même pour se faire la barbe.
Ax, par sa position, par son aspect et par la nature de ses eaux, est le Luchon de cette partie des Pyrénées, avec une nature moins grandiose, et moins pittoresque, mais avec beaucoup plus d'eau.
Ax est remarquable par l'abondance, la variété et la tenipérature de ses eaux ; on ne compte pas moins d'une quarantaine de sources sulfureuses à divers degrés et formant une véritable gamme thermale, dans laquelle chaque malade peut choisir le ton ap-
proprié à ses besoins, la température, modérée dans les unes, et brûlante dans les autres.
Il ne faudrait pas croire pourtant que ce pays est aussi dénué que pourraient nous le faire croire, à nous autres Parisiens, son éloignement et son nom encore peu connu de nous. Ax possède trois établisse ments thermaux : Tun, situé au centre, près d'une belle promenade, est vieux et délabré ; le seoond, parfaitement situé pour la vue, contient un bon nombre de cabinets de bain et de chambres d'habitation qui ne demanderaient qu'un peu plus de confortable ; le troisième enûn, adjoint au bel hôtel de M. Sicre, est élégant et complet.
La petite ville d'Ax, bien plantée et bien entretenue, possède de beaux et grands hôtels et des maisons garnies, dans lesquels on est bien logé et bien nourri pour quatre francs par jour.
Il y a en outre un charmant petit hôpital, dont rintérieur pourtant ne répond pas à l'extérieur, mais comment n'a-t-onpas encore élevé à Ax un grand hôpital civil ou militaire? Y a-t-il une localité plus propre que celle-là, par l'abondance de ses eaux, par le bon marché de ses denrées et par la quiétude dont on y jouit, à un grand établissement de ce genre ?
Au delà d'Ax, on n'a trouvé longtemps que des sentiers pour aller, à pied ou à cheval, à Mérens, à Puy-
cerda et dans la petite république d'Andorre. Mais aujourd'hui la belle route qui vient de Toulouse va réjoindre la route d'Olette ; ainsi est établie la communication entre les établissements thermaux de TAriége et ceux des Pyrénées-Orientales.
Ussat. — Les eaux minérales d'Ussat sont situées à quelques lieues de Foix, sur les bord de TAriége, au pied d'un- immense escarpement et du talus formé par les éboulements de celte haute muraille de rochers. Le nouveau bâtiment de bains contient une quarantaine de baignoires en marbre blanc dans lesquelles l'eau va en diminuant successivement de température, depuis le degré des bains les plus chauds jusqu'au degré le plus frais, et sans mélange d'eau froide. C'est là une des grandes ressources de cet établissement, dont on tire un excellent parti dans les affections nerveuses.
Les eaux salines d'Ussat sont particulièrement employées dans les maladies des femmes ; voisines des eaux sulfureuses d'Ax, elles leur viennent eh aide pour calmer leur action excitante, ou sont aidées par celles-ci dans leur propre action. Ces sources, douées de propriétés très- distinctes, se prêtent un mutuel concours; c'est l'avantage que présente aux malades la réunion dans la même localité de sources de natures diverses.
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Audinac. — Audioac est un joli petit établissement de bains situé à deux lieues de Saint-Girons,au milieu d'un jardin anglais, dans une vallée assez fraîcbe . Ce lieu n'est pas destiné aux amateurs qui vont chercher au loin les grands effets de la nature, et pour lesquels l'usage des eaux minérales n'est bien souvent qu'une occasion de faire diversion aux fatigues de leur esprit. Il offre aux malades de l'Ariége et des départements voisins des eaux salutaires et les agréments d'une vie facile, dans une jolie campagne à portée de la ville.
Les eaux d'Audinac sont rangées dans la classe des eaux thermales acidulés ferrugineuses.
Ces eaux à la fois toniques et légèrement purgatives sont très- utiles dans une foule de cas; elles doivent à la réunion de ces deux propriétés de pouvoir être administrées avec persévérance dans les affections qui réclament l'emploi du fer, sans produire les inconvénients ordinaires de cette substance; elles contiennent en effet en elles-mêmes le remède propre à combattre les efTets du fer sur les entrailles; et d'un autre côté leur action tonique en même temps que laxative les rend précieuses pour le traitement de certaines altérations des voies digestives, dans lesquelles il faut laver pour ainsi dire les organes sans les débiliter.
L'établissement possède deux sources abondantes et tièdes, et se compose d'un élégant bâtiment de bains contenant douze cabinets et deux douches.
Anius. — Aulus est un établissement dont il est curieux d'observer et l'origine et le développement; par sa situation, il deviendra le point d'union entre les eaux minérales des Hautes-Pyrénées et celles des Pyrénées-Orientales.
En 1823, un jeune lieutenant d'un régiment de ligne, commandant un détachement placé à la frontière d'Espagne, atteint depuis longtemps d'une maladie que les remèdes spécifiques n'avaient pu guérir, errait mélancoliquement dans la vallée d'Aulus. Frappé de la teinte rouillée d'un petit ruisseau qui coulait au milieu de roseaux et d'un terrain tourbeux, il eut l'idée que cette eau pouvait être douée de propriétés médicales, et que peut-être elle lui serait utile. 11 lui fallut braver le préjugé du pays qui considérait cette eau comme malsaine, en raison des reptiles et des crapauds qu'elle semblait attirer, et qu'elle attirait en effet par sa température plus douce que celle des ruisseaux environnants. Le malade essaya l'usage de cette eau; s'en trouvant bien, il continua, et sous l'influence de ce régime il recouvra, dit-on, la santé.
Toujours est-il que ce faK eut du retentissement
dans la contrée, des malades du même genre vinrent boire l'eau d'Aulus ; la renommée de cette modeste source cachée dans des roseaux, au fond d'une vallée des Pyrénées, s'étendit, et le nombre des malades s'accroissait chaque année.
Bientôt enfin les propriétés toutes spéciales de cette eau parurent démontrées, et le concours des malades fut tel, relativement aux ressources de cette pauvre localité, qu'il fallut bâtir quelques maisons et disposer des chambres pour recevoir les étrangers. La source fut entourée d'une enceinte de maçonnerie, et peu à peu la cabane où était installée la seule baignoire en bois que l'on possédait se transforma en un petit établissement bien modeste encore, mais ayant déjà une dizaine de cabinets. Un pont a été construit sur le torrent qui sépare la source de la commune d'Aulus, l'avenue a été plantée d'acacias, et des hôtels, de vrais hôtels s'élèvent à l'entrée du village.
On dit qu^'un cheval attaqué de la morve, bien et dûment déclaré morveux par les vétérinaires de Toulouse, a été guéri par l'usage des eaux d'Aulus. Or on sait, grâce aux travaux de Rayer (1), que la morve, outre les ravages qu'elle fait parmi les che-
(1) Rayer, De la morve et du farcin chez rhomme. {Mémoires de r Académie de médecme.)Vtm»^ 1827« t. VI, p. C3S.)
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vaux, est une de ces maladies qui ont le fatal privilège de se transmettre à l'homme; elle est constamment mortelle pour lui, et à peu près incurable chez les animaux.
Nous sommes loin de prétendre qu'il faille ajouter foi immédiatement à ce que Ton rapporte des propriétés spécifiques des eaux d'Aulus; nous faisons même toutes nos réserves à cet égard; mais c'est bien le cas d'examiner. Ce que Ton peut dire de positif de ces eaux, c'est qu'elles sont à la fois purgatives, toniques et excitantes.
Quant à leur composition chimique, l'analyse de MM. Pilhol et Pinaud a démontré qu'elles contiennent des chlorures, des sulfates, de la magnésie, de la chaux, du fer, de Tacide carbonique libre, des traces de magnésie, de cuivre et d'arsenic. Est-ce à cette dernière substance, si efficace dans certaines affections de la peau et dans plusieurs maladies invétérées, que les eaux d'Aulus devraient les propriétés qu'on leur attribue? Nous ne savons, mais dans tous les cas, ce n'est pas là une composition indifférente.
Aulus est une de ces vallées qui semblent à la limite de la terre habitable, ou du moins l'enceinte de montagne qui la termine et l'enveloppe comme d'un mur parait infranchissable ; mais que ne franchissent
pas rhomme et les animaux I Ces montagnes sont en effet peuplées pendant la belle saison de bergers et de troupeaux qui vont chercher l'herbe succulente des hautes vallées ; un port (passage), assez âpre, les fait communiquer avec l'Espagne, un autre conduit à la vallée d'Ustou, le pays des ours, c'est là que sont dressés tous ceux que l'on montre sur nos foires, c'est rindustrie des habitants de ce village.
Bagrnères de liitchon. — Les eaux dcLuchon sont éminemment sulfureuses, et elles ont une température très-élevée, trop élevée môme pour pouvoir être administrées telles qu'elles sortent du rocher (ou griffon en terme technique) ; la source la moins chaude, dite eau blanche^ n'a pas en effet moins de 36 degrés centigrades, c'est la seule dans laquelle on puisse se baigner sans la refroidir, les autres ont 47, 52, 55, 59 et jusqu'à 67 degrés; ce sont, dans le même ordre, ainsi que je l'ai constaté pendant mon séjour, les sources de V Enceinte, de Richard, de la Grotte supérieure, de la Reine et de Ray en.
Cette haute température des sources de Luchon est un inconvénient; car, s'il est bon d'avoir beaucoup de chaleur, suivant l'axiome : qui peut plus peut moins, il est nécessaire d'avoir un bon système réfrigérant pour appliquer ces eaux au corps humain»
DoMNé, Hyg. G. M. 16
Une des conditions qui donnent de l'avantage à certains établissements sur Luchon, à Bagnères en particulier^ c'est de posséder des sources sortant de terre au degré propre à notre nature et toujours le même.
Quant au degré de sulfuration des eaux, il varie, dans les différentes sources de Luchon, dans la proportion de 3 à 7, et offre ainsi les plus grandes ressources pour le traitement des diverses maladies» Cette appréciation de la quantité de soufre, si longue et si délicate par les anciens procédés de la chimie, est un jeu aujourd'hui depuis que M. Dupasquier, professeur de chimie à Lyon, a fait connaître son ingénieuse méthode (1). Ce procédé qui permet d'apprécier immédiatement la quantité de soufre contenue dans les eaux sulfureuses, et de comparer les sources les unes aux autres , est fondé sur la propriété qu'a l'iode de se combiner d'une part au soufre, et de l'autre de bleuir l'amidon lorsque, la combinaison étant opérée, tout le soufre a été absorbé par l'iode. Veut-on savoir combien une eau contient de soufre ? il suffit d'avoir une dissolution alcoolique, titrée d'iode, et de verser de cette dissolution dans l'eau sulfureuse préalablement mêlée à
(1) A. Dupasquier, Mémoire sur la construction et V emploi du sulfhydromèire, Paris, 1841.
une petite quantité d'amidon. Tant qu'il y a du soufre dans l'eau, il absorbe l'iode, et l'amidon ne bleuit pas; mais, dès que les dernières parcelles de soufre sont combinées à l'iode, la propriété qu'e celte dernière substance de bleuir l'amidon apparaît, le liquide prend une teinte bleuâtre, et c'est le point où il faut arrêter l'opération. La quantité de solution iodique employée pour saturer le soufre indique la proportion de cette substance contenue dans l'eau ; c'est ainsi que, pour les différentes sources de Luchon, il a fallu, pour la source dite Eau blanche, 2 degrés d'iode; pour celle de V Enceinte^ 3; pour celle de la Reine^ 5 ; et pour celle de Bayen, 7. A l'aide du calcul indiqué par M. Dupasquier, il est facile de tirer de ces chiffres les quantités de soufre contenues dans chacune de ces eaux.
Maintenant à quel état, sous quelle forme, dans quelle sorte de combinaison le soufre se trouvet-il dans les eaux sulfureuses ? C'est un point sur lequel l'opinion des plus habiles chimistes n'est pas encore unanime, et nous n'entrerons pas dans cette discussion.
II y a un grand travail à faire sur les eaux thermales en général, et surtout sur le groupe si important de la chaîne des Pyrénées; c'est l'analyse et le jaugeage exact de toutes ces sources. Ce travail a déjà été fait,
me dira-t-on, et par des hommes de mérite et d'autorité en pareille matière ; les analyses de J. Anglada (i)^ celles des membres de l'Académie de Médecine (â) spécialement chargés des eaux minérales, et surtout les travaux de J. P. A. Pontan(3),auquel on doit d'utiles recherches sur les eaux minérales en général, et sur celles des Pyrénées en particulier, sont des documents précieux. Mais, d'une part, la science marche, et, de l'autre, les analyses ne sont pas complètes ou n'ont pas le caractère officiel d'un travail d'ensemble entrepris par les ordres du gouvernement. Toute analyse exécutée loin des sources elles-mêmes, sur de l'eau envoyée avec toutes les précautions désirables, et à plus forte raison sur des résidus d'évaporation, est une analyse incomplète et souvent nulle.
Il va sans dire que les eaux de Luchon sont na-
(1) J. Anglada^ Mémoires pour servir à ^histoire générale des eaux minérales sulfureuses et des eaux thermales, Paris, 1827- 1833, 2 vol. in-8, et Traité des eaux minérales et des établissements thermaux des Pyrénées orientales. Paris, 1833.
(2) Bulletin de V Académie de médecine. Paris, 1836-1869, tomes I à XXXI V. Passim, Cette publication est le recueil officiel où se publient les analyses d'eau faites par les membres de l'Académie, à la demande du ministre de l'Agriculture, qui désire s'éclairer et faire constater les propriétés des eaux, avant de les déclarer d'utilité publique.
(3) Fontan, Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées. Paris, 1853.
turellement sulfureuses , comme la plupart des sources des Pyrénées,- c'est-â-dire qu'elles se combinent au soufre dans les profondeurs de la terre, d'où elles proviennent, et non par leur rencontre avec des matièreà organiques en décomposition, ainsi que cela arrive pour certaines eaux sulfureuses dites accidentelles y comme celles d'Enghien par exemple. Cette distinction, déjà indiquée par Orûla a été (i) parfaitement établie par Fontan.
. Une autre question plus importaute pour l'art et pour l'application, est de savoir si le soufre est le seul agent thérapeutique des eaux sulfureuses, si c'est à ce principe seul qu'il faut attribuer Tefiicacité de ces eaux dans les maladies, si, en un mot^ on peut se rendre compte de leur action par la seule présence du soufre.
Nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons déjà dit de cette question dans l'étude consacrée à l'examen du mode d'action des eaux (2).
Les maladies traitées à Luchon sont particulièrement les affections rhumatismales anciennes, les affections catarrhales des membranes muqueuses, les affections lymphatiques et scrofuleuses, les maladies de la peau et les paralysies.
(1) Orfila, Mémoires sur les eaux de Cauterets, 1834.
(2) Voyez p. Î37.
Il faudrait des séjours répétés et prolongés pour observer les malades et se prononcer sur les résultats du traitement ; il ne m'appartient donc pas de discuter cette question, et c'est aux médecins de la localité à nous faire connaître les faits de leur pratique.
Bairnères de Bi|porre. — Si nous allons de Ba-
gnères de Luchon à Bagnères de Bigorre, nous trouvons des lieux d'un autre aspect, et des malades d'une tout autre nature. Bagnères de Bigorre est la ville la plus propre et la plus nette que l'on puisse imaginer ; tout autour d'elle est gracieux; sa vallée, largement ouverte, est parsemée de vertes prairies arrosées, comme la ville elle-même, par une multitude de petits canaux dérivés de l'Adour, et qui les fécondent admirablement. Tenant d'un côté à la plaine de Tarbes, on y arrive directement et sans passer par les gorges étroites et sévères qui donnent accès aux vallées enfoncées dans l'intérieur des montagnes, comme la vallée de Luchon ou comme celles de Barèges , de Cauterets ou des Eaux-Chaudes. Moins élevée que ces dernières, la température y est plus douce, et c'est à peine si l'on commence à apercevoir la neige des premiers inonls avancés des Pyrénées ; Bagnères de Bigorre semble reposer au milieu d'un parc qui se prolonge jusque dans la
fameuse vallée de Gampan et dont le premier plan des Pyrénées forme Thorizon. Aussi point de sites sauvages autour de cette ville, mais partout des promenades charmantes , plantées de bouquets d'arbres disposés comme par la main d'un artiste pour l'ornement des points de vue et pour le plaisir des yeux.
Cette nature est parfaitement en harmonie avec la propriété de ces eaux ; ce ne sont plus ici des sources sulfureuses destinées aux maladies graves, aux infirmités les plus tristes de la nature humaine. Les eaux salines de Bigorre conviennent aux tempéraments fatigués, aux femmes nerveuses chlorotiques ou épuisées parla vie et les plaisirs des grandes villes, ce séjour appelle les constitutions délicates, languissantes ou surexcitées par les impressions morales, par les excès du système nerveux. Tout y est disposé pour reposer ces organisations délabrées, pour calmer les agitations des nerfs, rafraîchir les imaginations et les esprits^ et môme pour consoler les cœurs quand ils sont accessibles aux douces beautés de la nature; l'usage gradué de ces eaux onctueuses, toniques et légèrement excitantes, dissipe les vapeurs, chasse le spleen, celte cruelle maladie de l'âme, en ranimant les forces digestives, et en raffermissant les entrailles. Il est difficile de résister à la
douce influence des sources de Foulon et de Salut y auxquelles on arrive par une allée de jardin anglais et dont les flots tombent sans jamais s'arrêter (les conduits n'ont pas même de robinets) dans de vastes baignoires de marbre.
Les douleurs téelles et caractérisées, les affections prosaïques, comme les rhumatismes invétérés ou comme les engorgements du foie, trouvent de précieuses ressources dans les eaux variées de force et de température qui sourdent en abondance du sol de Bagnères.
L'établissement thermal est remarquable par le luxe de ses constructions toutes en marbre, par sa disposition intérieure et par ses cabinets de bains.
Barèfpes. — Quel contraste, entre Bagnères de Bigorre et Barèges I Ici encore, quelle harmonie entre l'aspect des lieux et le remède qu'ils offrent aux maux de l'humanité! Gomme il faut être sérieusement malade pour venir dans ce pays triste et froid, dans cette gorge étroite et dénudée, ravagée par les avalanches et par les torrents, obscurcie par les brouillards et que les loups seuls peuvent habiter pendant six mois d'hiver I
C'est qu'en effet les eaux de Barèges sont la dernière ressource des malades rongés de douleurs, perclus de leurs membres, des infirmités contractées à
la guerre, des anciennes plaies qu'aucun autre moyen ne peut cicatriser et des espèces les plus hideuses de l'innombrable famille des affections cutanées. Aussi les eaux de Barèges n'appartiennent pas seulement à la France, ce sont les eaux du monde entier, et l'on y voit venir des malades des contrées les plus éloignées du globe. Que d'inûrmes et d'éclopés on rencontre, et quelle activité règne nuit et jour à l'établissen^ent, aux bains , aux piscines et à la douche I Combien de pauvres créatures qui ne peuvent se montrer, se cachent dans ces chaises fer-
mées qui circulent et se croisent sans cesse, pour les porter à ces sources salutaires d'oii elles attendent une nouvelle vie l Que de mystères renferment ces chaises que l'on voit passer près de soi pleines de douleurs que Ton ignore I
On ne vient pas à Barèges pour son plaisir, ou si par hasard quelques curieux y passent en joyeuse humeur, combien cette disposition est promptement réprimée par la vue des capotes grises des malades de l'hôpital militaire, qui se marient si tristement au sombre aspect des ravins et des flancs nus et déchirés des montagnes !
Et pourtant, on s'amuse à Barèges, on s'y réunit, on y joue et on y danse. Quelle est la physionomie de ces bals et de quels danseurs se composent-
ils? Je ne saurais tous le dire^ par expérience ; mais des Parisiennes qui s'y connaissent m'ont assuré que les bals étaient très-gais, très-animés ; n'est-ce pas là un des miracles si communs, dit-on, produits par les eaux de Barèges ?
Les sources de Barèges offrent le double avantage de jouir d'une grande vertu par leur composition, et de sortir de terre à des températures variées, toutes appropriées à l'organisation humaine.. La moins chaude ne descend pas au-dessous de 28 degrés, et la plus chaude ne s'élève pas au-dessus de 44 ; entre ces deux extrêmes, la nature a échelonné tous les degrés intermédiaires, de telle sorte que l'on prend Jci les eaux telles qu'elles jaillissent du rocher, sans être obligé de les chauffer ou de les refroidir en passant par tous les degrés suivant le cas.
CauteretB. — Cauterets est une ville considérable pleine de mouvement et fréquentée par un grand nombre de baigneurs. Des sources sulfureuses abondantes, nombreuses, variées de force et de température, justifient cet empressement. Il y a en effet à Cauterets des sources pour tous les degrés des maladies auxquelles s'appliquent les eaux sulfureuses ; on n'en compte pas moins de dix. Les plus importantes sont la source dite des Espagnols, qui marque 48 degrés,et celle de la Raillèrej qui marque 38 degrés.
Ces deux sources alimentent deux établissements bien disposés, mais dont l'un surtout, celui des Espagnols y est complet; jadis perché à mi-côte, dans un lieu éloigné de la ville, d'un accès difficile, il s'élève aujourd'hui au sein de Gauterets, à portée de tous les malades, et réunit en bains, douches et piscines tout ce qui est nécessaire au bien-être et au traitement des diverses affections ; là, enfin, j'ai eu le plaisir de trouver des vestibules spacieux, des cabinets élégants et commodes divisés en deux sections, et des douches de toute espèce d'une grande énergie que l'on peut augmenter et modérer à volonté suivant le besoin.
Baux-Bonnes. — Depuis que les médecins ont compris qu'il ne fallait pas attendre que les malades fussent dans un état désespéré pour les envoyer aux Eaux-Bonnes, qu'il fallait au contraire les prendre au début, l'efficacité de ces eaux dans les affections de poitrine, contre les premières atteintes de phthisie, a été mise hors de doute, elles succès nombreux que Ton en obtient chaque année, justifient la vogue immense que leur ont donnée les médecins de Paris.
C'est aux Eaux-Bonnes que l'on trouve la société la plus élégante des Pyrénées.
La médecine est facile à faire aux Eaux-Bonnes ; constater l'état de la poitrine et le degré d'altération
des poumons, renvoyer les malades trop avancés, dont le traitement ne pourrait que hâter la fin, et qui compromettraient inutilement la réputation des eaux ; garder les autres en leur faisant boire chaque matin quelques verres d'eau sulfureuse, suivant l'état de leur force et leur susceptibilité nerveuse, tel est à peu près le régime universel des malades des Eaux- Bonnes.
L'établissement thermal, élégant de forme, ne peut pas manquer d'être suffisant pour un traitement si simple ; il se borne à la buvette, à laquelle chacun vient puiser à son heure ; les bains ne sont qu'un accessoire compté pour peu de chose.
Bonnes s'est singulièrement améliorée et embellie depuis quelques années, grâce à l'argent qu'y répandent une foule de malades riches et au zèle intelligent de quelques personnes reconnaissantes qui l'ont dotée d'une promenade précieuse pour les malades à courte haleine ; le chemin horizontal, créé par les soins des comtes de Kergorlay et Dulong de Rosnay et dé MM. Deville etMoreau, est un véritable monument qui mérite la reconnaissance des malades, les promenades Grammont etJacqueminot ont également leur prix pour les personnes auxquelles l'usage des eaux a rendu la respiration plus libre et la force de gravir la montagne.
Cambo. — A Gambo, nous trouvons une source sulfureuse accidentelle dans le genre de celle d'Ënghien, et une source ferrugineuse.
L'établissement de Cambo est très-fréquenté par les habitants de Bayonne; ils y sont attirés non-seulement par les eaux qui ont toutes les propriétés des eaux sulfureuses et ferrugineuses, mais par les agréments du pays.
Cambo est situé dans une des plus charmantes vallées du pays basque, sur les bords de la Nive, que Ton peut descendre en barque, jusqu'au bourg d'Ustaritz, en franchissant sept ou huit chutes d'eau sur lesquelles les mariniers du pays font glisser la barque avec une adresse étonnante. Cette promenade des nassesy ainsi qu'on la nomme, est une des plus piquantes que Ton puisse faire, lorsque l'eau est un peu haute. C'est à Cambo que, pour la première fois, j'ai vu les cacolets, dont l'usage se perd chez nous à mesure que nos routes s'améliorent, mais qui sont toujours adoptés dans les provinces basques espagnoles. C'est, suivant moi, une délicieuse manière de voyager; j'aime ces couples d'hommes et de femmes suspendus aux flancs d'une mule, qui se livrent au plaisir de la conversation en même temps qu'ils sont doucement portés. Je regrette que le bon état de nos routes permette d'aller partout en voiture, et que les
DoTini, Hyg. G. M. *''
cacolets^ dont Teffet se marie si bien au pittoresque des montagnes, soient abandonnés. Je voudrais qu'il prit fantaisie à quelques élégantes de les importer à Paris, au bois de Boulogne, et je suis sûr qu'avec un bon cheval, un bel harnachement et l'habilelé que mettraient certaines écuyères à les conduire, ils auraient le plus grand succès.