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LES EAUX MINÉRALES DE LA PROVENCE ET DU DAUPHINÉ

' Ciréoulz. — Gréoulx est à peu de distance d'Aix et de Marseille, mais Gréoulx est surtout à peu de distance d'Hyères, et Ton pourrait s'y rendre en un jour, malgré les montagnes qu'il faut traverser, si les communications par Barjols étaient régulièremen l établies. Je signale ce voisinage parce que ces deux localités médicales me paraissent se rattacher l'une à l'autre par certains liens et destinées à se prêter un mutuel concours : Gréoulx pourrait être, suivant moi, le Bonnes des malades qui vont à Hyôres pour finir l'hiver et respirer un air plus doux.

La constitution des eaux de Gréoulx a del'analogie avec celle de la célèbre source des Pyrénoes; ces eaux sont sulfureuses comme les Eaux-Bonnes, elles

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contiennent des sels de même nature, une forte proportion de chlorure de sodium et une matière organique onctueuse ; Tune et l'autre déterminent un certain degré d'excitation que Ton tempère en les coupant avec du lait ou un sirop adoucissant ; elles conviennent aux tempéraments lymphatiques, aux enfants et aux jeunes filles faibles, et ne deviennent purgatives qu'à une dose élevée.

Voilà bien des points de contact, mais quelle différence dans les conditions du climat ?

L'une est située dans une gorge de montagnes couvertes déneige, délicieuses en été, mais inacessibles pendant les trois quarts de l'année ; l'autre est en pleine Provence, au milieu des chaudes campagnes où croît l'olivier et où Ton ne connaît pas l'hiver.

Ce n'est pas chose commune qu'une source sulfureuse chaude dans un pays ouvert et loin des neiges ; presque toutes les eaux chargées de soufre sortent de terre au pied des glaciers ; pour les atteindre, il faut gravir les montagnes et s'exposer aux réactions de la nature âpre et sévère qui les entoure. Ici, au contraire, à Gréoulx, quel climat, quel ciel, quelle douceur d'atmosphère le soir I Pas d'abaissement subit de la température, et la froide humidité ne vient pas vous saisir après le coucher du soleil. Voilà

une région, voilà un climat fait pour les constitutions molles et lymphatiques, pour les poitrines délicates, pour les poumons malades, et à leur disposition pendant six mois de Tannée. Je m'étonne qu'on ne les y envoie, pas, aussi bien que les malades affectés de douleurs et de rhumatismes ; une saison à Gréoulx serait bien souvent le complément d'un hiver passé à Hyères.

La source et l'établissement sont situés au milieu de beaux ombrages, et de sa chambre on se rend aux bains, à la douche et à la buvette, sans sortir de la maison. Les eaux sont tellement abondantes qu'elles coulent sans interruption dans les baignoires ; la nuit, lejour, jamais on ne ferme les robinets ; il n'y en a pas. C'est un bruit de cascade étourdissant. Les bains se prennent donc à eau courante ; chaque baignoire est une sorte de piscine où l'eau, sans cesse renouvelée, conserve une température fixe et permet un séjour indéfiniment prolongé. Gréoulx est une de ces sources privilégiées qui fournissent une eau intarissable, à une température précisément en rapport avec celle du corps, n'ayant besoin d'être ni réchauffée ni refroidie ; cette eau s'écoule en outre par une pente naturelle, sans réclamer le secours des pompes et des réservoirs. On sait, par comparaison avec des établissements dars

des conditions contraires, ce qu'il faut depeine et de frais pour produire imparfaitement ce que la nature prodigue si libéralement ailleurs. Les propriétaires de Gréoulx n'ont eu à construire qu'un appareil à vapeur pour élever la température des éluves. Ils feraient bien, pourvus comme ils le sont d'eaux surabondantes, de creuser un beau bassin où les malades et les enfants s'exerceraient à la natation. Ils ne peuvent faire moins après avoir amené dans leur parc des eaux jaillissantes qui annoncent l'intention de donner à leur établissement tout le développement et tout l'agrément dont il est susceptible.

Sans être un lieu de plaisir, Gréoulx est un séjour agréable. Des eaux, de beaux ombrages, un salon de réunion, de musique et de bal, un cabinet de lecture, un café, un billard, etc. ; au dehors, des sites pittoresques et la promenade sur les bords du Verdou, n'est-ce pas assez pour de vrais malades qui vont aux eaux sérieusement chercher la santé?

mgne. — A une demi-lieue de Digne est une autre source minérale, analogue à celle de Gréoulx, mais plus chaude, plus riche en principes sulfureux et plus active.

L'analogie ne s'étend pas aux établissements, quoiqu'ils appartiennent, dit-on, au même propriétaire. Celui-ci est dans l'état le plus simple, le plus primitif.

et môme le plus barbare. Des grottes ou plutôt des cavernes obscures, taillées dans le rocher, de la voûte desquels Teau tombe par une fissure naturelle, servent d'étuves et de cabinets de douche. Que me parle-t-on, dans les livres, de hauteur de douches et de volume d'eau variant à volonté 1 L'art ne va pas si loin à Digne ; vous descendez dans un antre où la lumière pénètre à peine, et, après vous être frotté les yeux, vous apercevez à terre des corps mouvants comme des reptiles ; ces corps se tournent et se retournent pour exposer à l'eau qui tombe d'en haut les parties affectées de leurs membres, leurs articulations gonflées ou immobiles ; ce sont les baigneurs. Le cabinet de bain et le bâtiment d'habitation flanqué contre la montagne sont dignes de ces antres et de ces étuves souterrains pratiqués dans le roc. Je •n'ai visité les chambres que les portes entre-bàillées, et je n'ai pas eu envie d'y pénétrer.

Dire ce qu'il y a d'eau à Digne, c'est impossible ; elle sort en plusieurs points du rocher, et jamais on n'a pris la peine de la recueillir et de la mesurer. Je la crois abondante, et ses vertus sont démontrées par l'expérience et par la composition.

On ne conçoit pas comment une source aussi intéressante, située à portée d'une ville chef-lieu de département, sur la rive d'un torrent orné d'ar-

bres, qui fait une des promenades de la ville, n'est pas devenue la propriété de cette ville ou du département. Celte source, qui pouvait peut-être devenir, pour Digne, ce que sont les eaux d'Aix en Savoie, pour la ville qui les possède, est restée négligée, abandonnée comme si elle était reléguée dans un point inaccessible des montagnes ; tandis que Ton a souvent fait les plus grands efforts pour atteindre les plus cachées I Nous allons en voir un bel exemple.

liamotte-les-Bains. — A quatre lieues de Grenoble, au milieu d'un pays sauvage, au fond d'un ravin profond, sur le bord de la Drac, torrent formidable dans lequel se précipite une cascade comparable aux plus belles de la Suisse, jaillit une source chaude d'une température élevée, d'une abondance excessive, et analogue, par sa composition chimique, à l'eau de la mer.

S'il était possible d'asseoir en ce lieu un établissement thermal, ce serait assurément le plus riche en ressources thérapeutiques, celui qui disposerait le plus amplement de ces puissants modificateurs que l'on trouve dans les eaux chargées de sel et de chaleur. Mais comment construire dans cette fente et comment s'y faire place ? Le rocher descend à pic des deux côtés du torrent ; et comment se fixer auprès de ces eaux qui, gonflées tout à coup par la

fonte des neiges, s'élèvent de plusieurs mètres et roulent avec fracas les blocs arrachés aux flancs de la montagne? Nul espace n'existe, et, à moins de faire sauter à la mine ces murailles gigantesques qui resserrent le torrent et la source , ou de jeter sur ce torrent lui-même une voûte allant d*un escarpement à l'autre, pour recevoir les fondements d'un édifice, il n'y a pa^ moyen de s'établir en ce lieu. Et que deviendraient les malades forcés d'habiter au fond de ce gouffre, oîi le soleil ne pénètre que lorsqu'il tombe à plomb sur la tête, entre ces deux murailles qui ne laissent entrevoir que le ciel ? Il existe, à la vérité, quelques pauvres établissements dans des conditions du môme geni^. J'ai souvenir d'en avoir aperçu un dans les Pyrénées-Orientales, qui nous apparaissait, à quelques centaines de pieds au-dessous de nous, comme si nous le considérions parle gros bout d^une lorgnette. Mais les malades aujourd'hui sont plus délicats que jadis, ils ne s'accommoderaient guère d'un pareil séjour.

Et pourtant les Romains n'avaient pas reculé devant ce site redoutable ; on trouve tout au fond de ce précipice des vestiges de ces constructions impérissables que l'on est sûr de rencontrer partout oîi il y a une source minérale, et qui attestent la passion de ce peuple pour les bains, sa foi dans les vertus de

ces eaux mystérieuses élaborées au sein de la terre.

Comment les modernes s'y sont-ils pris pour utiliser ces eaux précieuses? Pendant des siècles, on allait les puiser à la source et on les transportait à dos de mulet jusqu'au village voisin. Cet usage étant encore suivi il y a quelques années, c'était le seul moyen de se procurer les eaux de Lamotte ; mais leur renommée était si grande, leur efficacité si bien établie dans l'opinion du peuple, qu'on ne s'arrêtait devant aucune difficulté.

On a fait un pas de plus, pas gigantesque, comme on va le voir, et pour lequel il a fallu une grande résolution, une sorte d'acharnement. A un kilomètre de la source et à 2 ou 300 mètres au-dessus d'elle, s'élève un mamelon isolé sur lequel on voyait les ruines d'un château, ancien domaine de la famille de Morges. C'est là qu'une compagnie a entrepris de faire arriver les eaux de Lamotte. Le château a d'abord été reconstruit et disposé pour un établissement de bcrins. Un grand réservoir a été établi, et, audessous, des cabinets pour les douches, les bains et les étuves.

Une machine hydraulique simple, mais d'un puissant effet, pompe l'eau de la source et la pousse dans des tuyaux de fonte jusqu'à une hauteur de 200 pieds. Le moteur est l'eau de la cascade elle-même, qui

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tombe d'un point moins élevé, mais dont le volume compense ce qui manque à sa chute. Cette eau arrive directement dans des pompes disposées horizontalement ; elle repousse les pistons et aspire par le même effort l'eau minérale; celle-ci, agissant à son tour sur Tautre face des pistons, les presse en sens contraire; une soupape interceptant tout à coup l'arrivée de l'eau motrice, et la laissant échapper au dehors, les pistons, refoulés par Teau minérale, reviennent sur leurs pus ; un nouvel effort et un nouveau mouvement de l'eau motrice déterminent une nouvelle course des pistons, qui force l'eau minérale às'introduiredansle tuyau d'ascension : c'est ainsi que par les efforts opposés de ces masses d'eau et par le jeu alternatif de la machine, Teau minérale, toujours pressée par derrière, s'élève jusqu'à 900 pieds, en suivant les tuyaux de fonte qui s'attachent comme un long serpent aux flancs des rochers. Arrivée à ce point d'élévation qui domine l'établissement thermal, elle trouve un canal qui, par une pente naturelle, l'amène dans les réservoirs. La machine représente donc une sorte de cœur, dont les contractions aspirent d'un côlé l'eau naturelle, et lancent de l'autre l'eau minérale; les tubes d'eau froide représentent les veines, et les tubes d'eau chaude les artères de ce cœur formé par les pompes;

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rétablissement est le corps de ce vaste appareil, auquel aboutit la circulation.

Mais dans ce long trajet, qui n'a pas moins de 1900 mètres de développement, combien d'eau est perdue et combien de cbaleur l L'eau, qui a plus de 60° à la source, n'en possède plus que 33 ou 34 à l'établissement ; cette température, suffisante pour les bains, est trop faible pour les douches et les étuves ; il faut donc réchauffer l'eau, et c'est à cet effet qu'est établi un serpentin qui fait circuler de la vapeur au sein de l'un des réservoirs. Outre le regret de voir ajouter cette dépense aux frais énormes de la machine, quel regret plus vif n'éprouvet-on pas en songeant à cette quantité de calorique naturel perdu, et àcette masse d'eau qui ne parvient pas à sa destination 1 Combien on eavie les conditions heureuses de ces sources qui arrivent d'ellesmêmes à la température et avec la pente convenable I Que d'engins dispendieux et sujets à accidents, que de bras employés et que de journées de travail chèrement payées dans les établissements qui ont à éle« ver et à chauffer leurs eaux 1 Mais dans aucun on ne voit rien de comparable à cette machine fonctionnant au fond d'un affreux précipice, prenant l'eau dans cette profondeur et la portant à 2 kilomètres de distance et à 300 mètres de hauteur.

Eh bien ! ce n'est pas tout. Il est question maintenant d'envoyer les eaux de Lamotte jusqu'à Grenoble I

Ces eaux sont donc bien précieuses? Elles ont en effet une grande renommée dans tout le Dauphiné^ leur réputation est confirmée dans l'opinion du peuple et dans celle des médecins. On y vient de toute l'ancienne province, et des départements voisins chercher un remède contre les rhumatismes et les douleurs, contre les suites des Luxations et des fractures ; contre les plaies des os et les ulcères ; contre les scrofules et les maladies de la peau^ certaines espèces de paralysie, etc.

A défaut de plaisirs proprement dits, les bains de Lamotte offrent des sites curieux et pittoresques. Les mines d'anlhracite, que Ton va chercher jusqu'au cœur de la montagne, méritent d'élre visitées; il y a des rochers inaccessibles pour les amateurs d'ascensions et d'entreprises hasardées. Le ravin, la cascade et la machine elle-même sont des phénomènes dignes des amateurs de contraste et de belles horreurs de la nature.

Uriagre. — Il faut nous transporter maintenant dans le domaine d'un riche gentilhomme qui met sa passion, son amour-propre et son luxe dans l'établissement thermal situé au pied de son château.

Héritier de ce domaine, M. de Saint-Ferriol n'est pas le fondateur de l'établissement, il existait en vestige avant lui; mais d'une simple chaumière il a fait des thermes qui rivalisent avec ceux de l'État ; chaque jour il agrandit, perfectionne, embellit les bains, les maisons d'habitation, les jardins environnants, les promenades et les routes, car M. de Saint-Ferriol est un homme de goût, un artiste qui a le bonheur d'être riche. On dit qu'il a déjà consacré 2 millions à l'établissement d'Uriage. Son château, d'une architecture gothique et originale, est au sommet d'un mamelon planté au milieu d'une de ces vallées de l'Isère si verdoyantes et si fécondes ; c'est un musée qui réunit dans ses salles gothiques les produits de l'art de différentes civilisations et de plusieurs siècles. Les bains sont au pied de ce monticule et font point de vue au château, comme le château leur fait point de vue. La vallée, entourée de belles montagnes encore couvertes de neige au printemps, mais qui dans peu de jours seront émaillées de fleurs et parsemées de troupeaux, s'étend jusqu'à Vizille, célèbre par l'assemblée des États de province oîi furent proclamés les principes qui devaient bientôt après retentir dans le Manège de Versailles.

On arrive à Uriage par une charmante route; à une lieue de Grenoble, cette route se détourne pour

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s*enfoncer entre les replis de montagnes qui cachenl de petites vallées délicieuses. En une heure on est à rétablissement, et des omnibus font un service continuel.

C'est un lieu très-animé qu'Uriage : outre les nombreux baigneurs qui y séjournent, c'est un but de promenade pour les habitants de Grenoble. On y va aussi de la ville prendre des bains mitigés.

Après les salons de Vichy et les salons de conversation des établissements d'Allemagne , celui d'Uriage est un des plus beaux; aussi y donne-t-on des soirées et des bals où la foule se presse. Grenoble fournit» au besoin, danseurs et danseuses.

Les eaux d'Uriage sont à la fois salines et sulfureuses; elles contiennent par litre jusqu'à 14 grammes de sel de chaux, de soude et de magnésie, et 10 cenlimèlres cubes de gaz acide sulfhydri que.

Ce sont des eaux excitantes, propres à agir sur la peau et sur les intestins; à certaine dose, elles sont purgatives ; cette action est utilement employée comme moyen dérivatif. Leur usage est particulièrement indiqué dans les maladies chroniques de la peau, les dartres de toutes espèces; c'est là, pour ainsi dire, leur spécialité. Mais M. le docteur Gerdy les a employées aussi avec avantage dans beaucoup

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d'autres affections, dans les cas de scrofules, de rachitisme, contre les rhumatismes, etc., etc.

La température peu élevée de ces eaux, 27 degrés centigrades, exige qu'on les chauffe pour les bains et les douches. Il paraît que les Romains les employaient déjà ainsi, car on a retrouvé, dit-on, les ruines romaines d'un appareil de chauffage, le seul exemple de ce genre que l'on connaisse jusqu'ici.

M. de Saint Ferriol n'a rien épargné pour l'aménagement des eaux; elles sont amenées, du centre de la montagne, par une galerie de 300 mètres; la disposition des douches, bains de vapeur et bains russes, rappelle celle de l'établissement de Néris.

Vouloir parler des excursions d'Uriage, ce serait entreprendre la description des merveilles du Dauphiné. Il suffit de dire qu'on va chercher des montagnes et des sites pittoresques en Suisse, et que l'on pourrait bien s'arrêter à Grenoble ; la Suisse n'offre pas beaucoup de sites plus curieux que le département de risère. La seule route de Gap à Grenoble mériterait d'être parcourue. Les Alpes françaises sont beaucoup moins connues que les Alpes suisses, et il deviendrait original d'en entreprendre

l'exploration. Nous en dirons quelques mots à propos des eaux d'Allevard.

AiieYard. — Allevard est plus connu des artistes,

des géologues et des métallurgistes, que des coureurs d'eaux minérales; ses mines de fer carbonate, gui donnent le meilleur fer de France, sa fonderie et ses paysages sont explorés depuis longtemps ; sa source est au contraire de date récente ; elle était encore ignorée il y a quarante ans, et se perdait inutilement dans le torrent de Bréda.

L'eau minérale d'AUevard est une eau sulfureuse à peu près froide, plus riche en principes sulfureux que celle d'Uriage, mais contenant moins de sels» Elle est donc chauffée pour être administrée en bains, en douches et en vapeur.

Elle convient dans les affections rhumatismales, dans les maladies de la peau et dans d'autres circonstances que M. Nièpce, le médecin inspecteur, a soigneusement décrites avec l'indication des règles à suivre pendant le traitement des eaux minérales.

L'eau est conduite à quelque distance de la source dans un bel établissement thermal, agréablement situé, au milieu d'un jardin, où se trouve également un hôtel confortable.

La clientèle d'Allevard est nombreuse; on y vient chercher non-seulement les bains sulfureux, mais les bains de petit-lait que M. Nièpce a établis à l'imitation de ceux de la Suisse, et qu'il combine

heureusement avec l'usage de l'eau minérale dans le traitement des affections nerveuses et catarrhales. Le petit-lait est apporté chaque matin de la montagne, à dos de mulet, par les bergers faiseurs de fromages.

La position d'Allevard est belle, et tout ce qui l'entoure est vraiment délicieux; la route qui y conduit de Grenoble à travers la vallée du Grésivaudan offre tout ce que le contraste des montagnes et des vallées profondes, tout ce que la végétation féconde au pied des rochers et des cimes couvertes de neige, ont de plus resplendissant. En descendant d'Allevard du côté de la Savoie, c'est plus merveilleux encore; à quelques centaines de pieds au-dessous de la route est une magnifique vallée, parsemée de villages avec leurs clochers bordés de ferblanc reluisant au soleil; un mont, couvert de la plus riche verdure, s'élève au milieu de cette vallée comme un pain de sucre, et projette au loin son ombre; à l'horizon s'étendent les hautes montagnes aux neiges éternelles. Quand cette vallée, cette verdure, ces rochers et cette neige sont inondés de la lumière oblique du soleil couchant, l'effet est admirable, il ne frappe pas seulement les yeux, mais il pénètre le cœur et élève l'àme.

Il faut environ cinq heures pour aller de Grenoble

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à Allevard ; on suit l'Isère pendant la moitié du chemin, puis on gravit la montagne à droite; Allevard est à l'entrée d'une gorge étroite au fond de laquelle mugissent à la fois les eaux du torrent qui se précipitent avec fracas, et les martinets et les forges de la fonderie de M. Gharrière. Ce haut fourneau, où l'on voit le minerai passer successivement à l'élat de fonte, de fer et d'acier, puis prendre sous les marteaux et dans les filières toutes les formes réclamées par l'industrie, n'est pas la moindre curiosité d'Allevard. Ces fournaises ardentes, ces machines, ces turbines, ces soufflets, ces lourds marteaux mis en mouvement avec une force prodigieuse par la chute du torrent, dans un pareil lieu, près de la cascade du Bout du-Monde, sont d'un effet saisissant; tous ces bruits divers donnent le vertige. Mais celte espèce de précipice est bien différent de celui de Lamolte : les escarpements de rochers sont ici couverts d'un tapis de verdure; de leur sommet à la base, ils laissent pousser entre leurs crevasses les plus vigoureux sapins.

A quelques pas de la fonderie, au centre d'un fourré que l'œil ne pénètre pas d'abord, est l'élégante habitation de M. Charrière^ véritable maison parisienne au milieu d'un jardin anglais, dont les accidents sont formés par un torrent et par des rochers

bien naturels. Rien n'est moins sauvage que Tintérieur de cette maison : salon orné avec goût^ galerie de tableaux servant de salle de billard, rien ne manque pour faire oublier que Ton est au bout du monde; et, en effet, M. Charrière passe toute Tannée, l'hiver même, sans ennui, avec sa famille, dans ce lieu plus que champêtre.

L'établissement thermal est dans la partie la plus ouverte de la vallée; le soleil inonde le jardin au milieu du jour, mais il se cache de bonne heure derrière la montagne, et il faut se garantir soigneusement du froid qui descend de ces hauteurs et qui s'élève du torrent glacé.

Parmi les excursions que Ton entreprend d'Allevard, il en est une d'un genre nouveau que j'ai bien regretté de ne pouvoir exécuter. Ce n'est pas celle du Pont-du-Diable ni du Ponthaut, ce n'est pas celle des Sept-Lacs qui doit être bien belle, ni même du château de Bayard; c'est celle de la montagne que Ton a imaginé de faire descendre en traîneau. On met deux heures à gravir cette montagne à cheval, et dix minutes à redescendre par ce moyen; cette promenade me paraît fort piquante, et j'aurais voulu essayer cette montagne russe d'un nouveau genre.

AïTL em ProTemee. — Dans leur passion pour les

eaux minérales, les Romains, que n'éclairait pas la science de la chimie, ne consultaient que Tinstinct et l'expérience. Mais cet instinct était sans doute assez sûr, car nous avons encore recours aujourd'hui aux sources qu'ils fréquentaient. Ce n'était pas la proportion exacte de soufre ou de tel principe salin qui déterminait leur choix ; l'importance de leurs constructions atteste qu'ils suivaient d'autres règles. Ils avaient /élevé des thermes considérables à Aix en Provence et à Aix en Savoie, deux sources peu riches en ce que nous nommons principes minéralisateurs.

L'eau d'Aix en Provence, surtout, n'est nullement sulfureuse ; elle contient à peine quelques sels, mais elle est abondante; sa chaleur, en sortant de la terre, est en rapport avec celle du corps, et cette eau est douce et onctueuse à la peau ; il n'en fallait sans doute pas davantage pour la faire adopter par les conquérants des Gaules. Ces sources existent encore, et leurs qualités n'ont pas changé; et pourtant Aix n'est pas une localité thermale courue aujourd'hui. C'est que la manière de prendre les bains est bien difl'érente chez nous de ce qu'elle était chez les Romains; c'était alors une grande affaire, dans laquelle la composition chimique de l'eau jouait le moindre rôle. Voici comment on procédait : le bai-

gneur déposait ses vêtements dans une espèce de vestiaire appelé apodyptère; de là il se rendait à une autre pièce, Voncluaire, où des esclaves l'enduisaient d'une huile parfumée. Il passait ensuite dans la salle du gymnase, et, après s'y être livré à divers exercices, il allait, le corps en sueur, se plonger dans une des vastes baignoires du caldaire, doni l'eau éjtait maintenue à une température élevée. Là on le brossait, ou plutôt on le raclait assez rudement avec une lame de métal ou d'ivoire nommée strigile, A côté du bain chaud on trouvait l'étuve humide ou (épidaire, qu'il ne faisait en quelque sorte que traverser pour se rendre au frigidaire, immense bassin d'eau froide où l'on pouvait se livrer à la natation. Ce bain était précédé et suivi de plusieurs frictions. A sa sortie de l'eau, des esclaves enveloppaient le baigneur dans une couverture moelleuse appelée sindon , l'essuyaient bien soigneusement avec du linge et des éponges, le parfumaient d'essences précieuses, puis enfin le reportaient à Vapodyptère, où il reprenait ses vêtements. Autre temps, autre manière de prendre les bains. Voilà un bain complet, comme il ne nous est pas donné d'en prendre à nous autres modernes.

Ce que les Romains demandaient à la gymnastique, nous le demandons aux vertus chimiques de

Teau, voilà pourquoi Aix, ce grand therme antique, où Ton se rendait sans doute des provinces éloignées de l'empire, n'est plus qu'un établissement de bains agréable, fréquenté par les habitants du pays et des environs. Mais ce n'est pas un établissement à dédaigner ; l'abondance de ses eaux, leur température, leur propriété onctueuse et la facilité de les prendre toute Tannée, dans un lieu commode, sous un beau ciel, sont des avantages inappréciables pour les malades dont les nerfs ébranlés réclament une eau douce et calmante, et qui ne peuvent ni attendre ni aller loin.

On assure que la ville d'Aix a Tintention d'agrandir et d'améliorer son établissement de bains ; de vastes projets sont, dit-on, à l'étude pour remplacer le bâtiment actuel par de grandes constructions au sein desquelles les baigneurs trouveraient à la fois toutes les variétés de bains, de douches, de piscines et d'éluves, des logements confortables et de beaux jardins.

Les eaux d'Aix mériteraient que l'on mît à exécution un pareil projet; on pourrait les rendre pour ainsi dire universelles, en leur communiquant artificiellement les propriétés des eaux minérales actives ; elles se prêteraient on ne peut mieux à ces mélanges, tels qu'on les pratique en Allemagne,

avec les principes des autres eaux. Que Ton ait à Aix, comme à Bade, un dépôt des principales eaux minérales de toute l'Europe, les sels tout préparés pour faire à volonté un bain alcalin, sulfureux, les eaux mères des salins voisins, comme on le fait à Hombourg, et Ton pourra prétendre, non à la brillante destinée des établissements qu'enricbissent à la fois leur tapis vert et la belle nature qui les environne, mais à une prospérité proportionnée à Taccroissement des ressources thérapeutiques.

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