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LES EAUX MINÉRALES DE LA SAVOIE

Aix en SaToie. — J'ai une prévention favorable pour les eaux d'Aix, et je leur dois môme une certiiine reconnaissance. Fatigué par l'ardeur du soleil de Provence au mois de juillet, je suis arrivé souf-

frant, presque malade en Savoie. Ayant perdu les forces et Tappélit, je n'avais plus de goûta continuer mon voyage; dans cet état de langueur et de maladie insupportable, contre lequel il n'y a guère de remède spécial, j*ai eu l'idée d'avoir recours aux eaux, non pas d'une manière méthodique et continue, mais selon la médication perturbatrice ; c'est-à-dire que je me suis fait donner une douche générale, alternativement chaude et froide, ou douche écossaise, avec friction et massage de& membres ; après quoi j'ai été hermétiquement enfermé dans des couvertures de laine chaudes, et soumis à une transpiralion abondante pendant une heure. C'est merveille, comme je suis sorti de là souple, frais, dispos, la tête et l'estomac dégagés, respirant à l'aise et ne ressentant plus rien de cet accablement qui frappait tous mes organes. N'ai-je pas raison de dire que les sources thermales sont des remèdes préparés par la nature pour toute sorte de imaux, et qu'il ne s'agit que de les bien choisir et de les bien appliquer?

Aix e§t une localité thermale privilégiée ; la nature lui a prodigué ses faveurs : eaux à différents degrés de sulfuration et d'aclivité, d'une température telle, qu'on n'est obligé ni de les chauffer ni de les refroidir, s'écoulant par une pente naturelle en douches variées et puissantes, et dans une telle abondance

qu*elles sont intarissables, qu'elles jaillissent librement jour et nuit par je ne sais combien de robinets qu'on ne ferme jamais, qu'elles inondent les cabinets, alimentent les piscines et les fontaines publiques; et toute cette richesse dans un pays délicieux, au pied de ces belles montagnes qui s'élèvent en gradins jusqu'au mont Blanc, et sur les bords du Bourget, ce beau lac formant lui-môme comme un grand bain qui vous invite à vous plonger dans ses eaux azurées. Quel bain en effet, et quel charme que ces eaux, limpides et bleues comme les eaux des lacs glacés, et chaudes comme celles de la mer?

A-ton réalisé tout ce que de telles conditions semblent offrir, et l'art s'est-il montré au niveau de la nature, dans cet heureux pays ?

Aix peut servir de modèle aux autres établissements en plusieurs points.

Les eaux d'Aix sont parfaitement administrées, rétablissement est organisé et outillé d'une manière remarquable, et tout y est prévu ; on a varié autant que possible les moyens de les appliquer à tous les cas ; nulle part la médecine n'a déployé plus d'invention et n'a imaginé plus de procédés ingénieux pour varier les applications de l'eau sous toutes ses formes, à tous ses degrés de force, de température, de volume, etc., depuis le jet insen-

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le climat, par Tagrément du pays, par la vie douce et sans faste que Ton y mène. Ce n'est pas un séjour de plaisirs bruyants, de grandes réunions de danse et de jeu, où les toilettes s'étalent avec luxe, et où l'or roule sur les tapis verts; rien n'est plus simple que les habitudes d'Aix, mais aussi rien n'est plus riant et plus gai que la place de cette petite ville, point de départ et d'arrivée de toutes promenades, à pied, en voiture, à cheval et surtout à âne. Du balcon des hôtels établis autour de cette place on jouit du spectacle le plus animé, le plus varié et le plus amusant; c'est une lanterne magique vivante, avec la couleur locale et l'effet pittoresque des âniers en costume de Savoyards, et de la foule des promeneurs des deux sexes, de tout âge, de tout pays et de toute tournure, se livrant aux plaisirs champêtres, enfourchant leurs montures ou grimpant dans un char de côté, pour aller sur les bords du lac, à Haute-Combe, ou à la cascade du Grésy, à jamais célèbre par la chute et la mort de la jeune baronne de Broc, sous les yeux de la reine Hortense. La promenade au monastère de Haute-Combe, situé à l'extrémité du lac du Bourget, est une des plus belles et des plus intéressantes que Ton puisse entreprendre. La traversée du lac se fait en petits bateaux avec de bons rameurs, et cette course est tarifée, ainsi

que toutes les autres, de manière à n'avoir aucune discussion sur le prix. L'abbaye de Haute-Gombe est le Saint-Denis de la maison de Savoie; c'est le lieu de sépulture des princes de cette famille, que le roi Charles- Félix a fait magnifiquement restaurer. On pourrait souhaiter plus de goût dans les ornements de la chapelle ; mais l'easemble est d'un caractère pieux, et quelques tombeaux sont décorés de statues finement exécutées.

Mais ce qui est beau surtout à Haute-Combe, c'est le site, c'est le lac, encadré d'un côté par des montagnes abruptes et sombres dont le pied vient baigner dans ses eaux limpides, et de l'autre par des rives verdoyantes parsemées de hameaux et de vieux châteaux. Pendant que je contemplais ce beau Jac du jardin de la petite auberge de Haule-Combe, un aiglon planait dans les airs en décrivant de grands cercles et en exécutant ces mouvements ondulés qui ont pour effet, dit-on, de fasciner la victime sur laquelle les oiseaux de proie s'apprêtent à fondre. Je ne voy^iis rien à la surface du lac qui pût faire l'objet de la chasse de ce jeune aigle, et pourtant il paraissait attaché à la poursuite d'un être animé. Tout à coup je le vois fondre du haut des airs, s'abattre sur le lac, raser l'eau, et se relever rapidement en emportant un poisson dans ses serres. N'est-ce pas là une ma-

nière habile de pêcher, et qui demande une grande vigueur et une admirable précision ?

A une plus grande distance, Chambéry offre ses charmantes promenades, celle des Charmettes surtout, que je recommande à ceux que le souvenir de Jeun- Jacques émeut; aucun lieu n'est plus propre à les toucher, car c'est bien la demeure de M"* de Warens et de Rousseau ; rien n'est changé dans cette maison et dans ce jardin, qui semblent abandonnés de la veille.

Enfin, si vous voulez vous enfoncer jusqu'à la grande Chartreuse, vous jouirez de l'aspect solitaire et pittoresque de ce monastère situé au niilieu des montagnes, au fond d'une gorge profonde, où de , vieux moines, retirés du monde depuis longues années,' vous recevront de bonne grâce.

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