LES EAUX MINÉRALES DU CENTRE DE LA FRANCE
Transportons-nous au centre de la France, et visitons le MontDore, Vichy et Néris.
lie Mont- Dore. — L'établissement du Mont-Dore est situé au centre des montagnes de l'Auvergne, au pied du Pic ou Puy de Sancy, dans une petite val**
lée OÙ coule la Dordogne. Ce beau fleuve n'est encore en ce point qu*un étroit torrent presqu'à sec en été et formé lui-même de deux minces ruisseaux, la Dore et la Dogne^ tombant en cascades des rochers voisins.
En revenant des Pyrénées, avec les impressions de ces beaux sites, de ces vertes pelouses mêlées aux rochers arides et aux plateaux couverts de neige, où le paysage, tantôt gracieux, tantôt sévère, est sans ce^se animé par des torrents; les montagnes de l'Auvergne, avec leurs cônes noirs et arides, leurs maigres prairies et leurs bruyères, paraissent tristes et désolées.
La population ne contribue pas moins au contraste : au lieu d'hommes alertes, bien tournés, à la physionomie vive, vous ne rencontrez que de ^ros paysans à la démarche lourde, écrasés sous un immense chapeau. rond qui ne vaut certes pas le béret béarnais. Au lieu de femmes svelles, portant élégamment les fardeaux sur la lêle et marchant leslemenl pieds nus, des femmes courtes, à l'air gauche, chaussées de gros souliers et coiffées de chapeaux de paille auvergnats qu'elles placent sur le devant de la tôte comme nos revendeuses.
Toutefois, môme après le voyage des Pyrénées, ce n'est pas sans émotion que du sommet du Puy de
Dôme, la vue s'étend d'un côlé sur les plaines fertiles de la Limagne, et de l'autre sur tous ces volcans éteints, sur ces amas de cendres noires, vomies par des bouches muettes aujourd'hui, mais dont la voix formidable accompagnait jadi? les révolutions du globe dont ces lieux ont été le théâtre. La vue n'est pas moins remarquable du sommet du Puy de Sancy, point culminant de ces montagnes, d'où l'on découvre, par delà le Forez, la chaîne des Alpes et le mont Blanc.
La petite vallée du Mont-Dore est elle-même assez gracieuse, et dans le* village de belles maisons, de bons hôtels se sont élevés pour loger les malades que r efficacité des eaux y attire chaque année.
Six sources principales alimentent l'établissement du Mont Dore et ne donnent pas moins de 350 niètres cubes par vingt-quatre heures, ce qui permet d'administrer environ sept à huit cents bains et douches par jour; elles offrent des températures variées depuis 17 jusqu'à 47 degrés centigrades.
Quant à leur composition, elle varie peu dans les différentes sources, et cette composition ne suffit pas pour expliquer leur manière d'agir. Les eaux du Monl-Dore sont en eflet du nombre de celles dont l'analyse chimique est assez insignifiante relativement à leurs effets curatifs; il est impossible d'attri-
buer l'aclioa dont elles jouissent dans les affeclions chroniques de la poitrine, dans les paralysies, dans les douleurs rhumatismales, ainsi que leur propriété de faire maigrir, à la petite proportioa de matières salines, de soude et de chaux qu'elles contiennent. Il est probable qu'il existe dans ces eaux quelque autre principe insaisissable à l'analyse, quelque produit organique analogue à la barégine, auxquels, outre la température dont il faut tenir grand compte, elles doivent leur efficacité.
L'établissement thermal est vaste et solidement construit, ses voûtes en pierre de lave peuvent résister aux avalanches qui menacent de l'engloutir en hiver. Mais comme il y a toujours quelque imperfection à reprocher aux œuvres humaines, on doit dire que cet établissement manque d'air et de lumière, il est sombre à l'intérieur et d'un aspect triste ; la façade est belle et l'on a eu le bon esprit de rappeler dans quelques-uns de ses détails l'architecture des monuments romains dont a retrouvé les resles.
L'établissement du Mont-Dore possède tout ce qui est nécessaire à l'administration des bains, des douches, etc. ; il est muni d'appareils bien disposés et il ne manque ni de piscines ni de bains de vapeur, c'est, en un mot, un établissement complet.
Lorsque le village du Monl-Dore sera plus proprement tenu et surtout mieux pavé, lorsque les guides sauront mieux leur métier et qu'ils ne vous feront plus arriver une demi-heure après le lever du soleil au point d'où vous deviez contempler ce spectacle, nous signalerons ce progrès, qui reste à faire pour le bien-être et l'agrément des étrangers.
vichy. — Vichy est tellement connu, que j'en dirai peu de chose ; Vichy transformée, c'est la reine des résidences thermales.
Quel singulier pays que celui-là, où l'on ne peut donner un coup de sonde, creuser un puits, ni pour ainsi dire faire un trou en terre, sans obtenir de l'eau alcaline, d'une saveur de lessive et jouissant des propriétés que l'on sait ! Il n'y a pas longtemps encore, la difficulté à Vichy n'était pas de découvrir de l'eau minérale, c'était au contraire de se procurer de l'eau pure, de l'eau ordinaire, et cela dans une étendue de plusieurs lieues.
II serait curieux de bien étudier les maladies qui régnent dans la vallée de Vichy, afin de voir si l'alcalinité des eaux qui baignent ce sol, et qui doit se retrouver à quelque degré dans la plupart des sources et des puits dont les habitants font usage, a quelque influence sur la nature des maladies, si les dispositions morbides en sont modifiées. Y a-t-ii
là plus ou moins de graveleux, de calculeux et de goutteux qu'ailleurs ?
L'établissement thermal est magnifique, et, malgré ses immenses proportions, il suffit à peine au nombre des malades qui affluent à Vichy. C'est que nonseulement ces eaux s'adressent à une foule de maladies , à des catégories d'affections variées et très- répandues, mais ces sources sont à peu près uniques dans le monde, et on y accourt des divers points de lEurope. En outre, la clientèle de Yichy se recrute dans les hautes classes de la société, car les engorgements des viscères et du foie^ la gravelle, la pierre et la goutte, sont souvent le produit d*une vie oisive, d'un régime confortable et d'une alimentalion succulente.
Les eaux de Yichy sont-elles favorables au traitement de la goutte ? Prunelle {\) disait non , Ch. Petit disait oui ; l'un repoussait les goutteux, l'autre les attirait; c'était embarrassant. Pour moi, tout ce que je puis dire, c'est que les eaux alcalines sont évidemment propres à combattre un des effets ordinaires de la goutte, la présence de l'acide urique
(i) Prunelle, Sur les propinétés attribuées aux eaux de Vichy contre les calculs de la vessie (Bulletin de l'Académie de médecine. Taris, 1838 39, t. III, p. 811 et suiv.).
(•2) Ch. Petit, Du inode d'action des Eaux de Vichy et de leurs applications thérapeutiques, Paris, 1850.
en excès dans les urines; que par analogie on peut supposer qu'elles ont la propriété de dissoudre les engorgements articulaires également formés d'acide urique ; mais ce ne sont là que des effets, que des produits de la goutte, et quant à la goutte elle-môme, à son principe, à sa cause, on ne peut rien avancer, et l'expérience seule doit prononcer.
Quant à. savoir si l'eau de Vichy est propre à dissoudre les graviers et les pierres, il faut distinguei* : c'est moins la substance du calcul lui-môme que les eaux alcalines attaquent, que la matière organique, le mucus condensé qui unit, qui cimente les particules pierreuses. Mais c'est l'essentiel, car le but est de désagréger les calculs formés ; on conçoit donc que l'eau de Yichy agisse également bien sur toutes les espèces de pierres ; quelle que soit leur composition, leur ciment est toujours le môme. Toutefois je ne m'y fierais pas dans tous les cas; car j'ai vu des pierres se former si rapidement à l'aide des sels alcalins que produisent certains individus, que je ne hasarderais pas d'exciter encore cette sécrétion, en leur faisant prendre de l'eau de Vichy. Ah ! si l'eau de Vichy prévenait la formation de la matière muqueuse qui tend à unir chez les calculeux les substances salines qui existent chez tout le monde, mais qui ne s'agglomèrent pas dans l'état
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Donsal, ce serait là une propriété bien précieuse; la pierre serait ainsi attaquée dans son origine et dans sa principale cause. Mais on ne connaît jus< qu'ici ni la circonstance qui modifie le mucus cl lui communique des propriétés aggluLinatives ni !e moyen de prévenir celte modification, on ne sait pas, en un mol, pourquoi les matières saliues de l'urine ne s'agglomèrent pas, chez la plupart des individus, même lorsqu'elles exislcnt en excès, cl pourquoi, au contraire, elles s'agglomÈrenl chez quelques autres. On ignore, par conséquent, ie moyen de s'opposer à la produclion de la matière organique qui sert de ciment aux graviers et aux calculs.
Après cette digression disons adieu aux magnillques sources de Vichy, arrôtons-nous encore un moment devant la source de la grande Grille et devant la source de l'Hôpital, dont on ne peut se lasser de voir le bouillonnement, produit par les nombreuses bulles de gaz acide carbonique qui soulèvent l'eau, et rendons nous à Néris.
XiriK. — Les nombreuses ruines d'édifices romains que l'on trouve à Néris montrent quelle importance les conquérants des Gaules attachaient à ces sources.
Et pourtant l'analyse chimique des eaux de Néris est assez insignifiante ; un peu de soude, un peu de
chaux à rétat de chlorure, de sulfate et de carbonate, des traces de silice, et voilà tout ; mais ces eaux sont chargées d'une substance onctueuse indéfinissable à laquelle probablement elles doivent leur vertu calmante.
On ne peut pas se faire l'idée de toutes les ressources qu'il a fallu déployer, de toutes les combinaisons qu'il a fallu imaginer pour varier l'administration de ces eaux, pour trouver en elles, comme dans une sorte de pharmacie, le remède propre à toutes les circonstances, à toutes les variétés des affections auxquelles elles conviennent. Et comme ce sont surtout les maladies nerveuses, les douleurs, les convalescences difficiles à la suite des fatigues de l'acouchement, qui viennent chercher du soulagement à Néris, on a eu fort à faire pour s'accommoder aux exigences, aux caprices même de ces affections dans lesquelles le moral est souvent aussi troublé que le physique. On peut dire qu'il a été pourvu à tout avec une remarquable habileté. Aussi quand on visite cet établissement, quand on en parcourt les différentes parties et que l'on passe en revue les détails, il nous semble faire l'anatomie d'un corps et suivre les ramifications d'un vaste système artériel. Ce qu'il y a de conduites d'eau serpentant sous le sol, et sur les voûtes de tuyaux
de tous les calibres, s'anastomosanl les uns avec les aulres, de robinets et d'ajutages, est innombrable ; c'est un labyrinthe dans lequel on se perdrait si Ton n'était conduit par un guide expérimenté.
11 y a donc à Néris des bains de tous les degrés, des douches de tous les volumes et de toutes les pressions, depuis la plus faible jusqu'à la plus énergique; des bains de vapeur et des piscines oii l'on transpire comme au temps de madame de Sévigné; et tout cela gradué à volonté par des robinets dont les orifices, calculés avec précision, donnent tel degré de température à un quart de tour, tel autre à un demi-tour. On peut recevoir les douches, tièdes sur une partie du corps, et très-chaudes sur une autre, de même qu'elles peuvent passer par tous les degrés de force et de volume. L'idéal, pour compléter ce système, serait d'élever successivement la température de la même douche,, et de lui faire parcourir l'échelle thermométrique de 10 degrés jusqu'à 40 et au delà.
Le mécanisme de ce vaste appareil est si artistement combiné, que tout s'exécute sans bruit sans que l'on entende un ordre transmis à haute voix. Le silence et le calme régnent dans l'établissement au milieu de la plus grande activité du service.
Les prescriptions médicales étant indiquées d'avance, chacun est à son posle, le malade tranquillement dans son bain, les surveillants, à la porte des cabinets, les doucheurs à leurs réservoirs, etc. S'il s'agit d'augmenter la température d'un bain ou d'une douche, non d'après la volonté du malade, car il n'a pas les robinets à sa disposition, mais d'après la prescription du médecin, il n'y a rien à dire ; un indicateur, communiquante la fois avec le cabinet et avec les réservoirs, marque sur un tableau les divers degrés de chaleur, il suffit de le placer sur le numéro 30, par exemple, pour que l'employé préposé aux réservoirs soit averti, et à l'instant, par un tour de robinet, l'eau arrive à la température demandée.
On conçoit quelle doit être la quantité d'eau fournie par les sources pour suffire à un tel emploi ; elle n'est pas en effet de moins de 1000 mètres cubes en vingt-quatre heures, et d'une eau à 51® centigrades.
Je ne finirais pas si j'entreprenais de décrire l'ensemble de ce système et toutes ces inventions ingénieuses, il suffira de dire que tout est prévu, et calculé comme dans une machine de précision.
EAUX HINËRALES.