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LES EAUX MINÉRALES DE L'OUEST DE LA FRANCE

Nous arrivons à une région bien pauvre en sources thermales, et qui n'ofire à noire observation qu'un seul élablissement. Dans tout l'ouest de la France, en Normanilie et en Bretagne, on ne trouve en effelque les eaus chaudes de Bagnoles, c'est la seule source salinede cette région, et on ne rencontre autourd'elle que des eaux ferrugineuses communes, comme il y en a partout, en exceptant toutefois les eaus de Forges.

Bagi"*'"- — Aumilieu descampagnes fleuries du département de l'Orne, couverles au mois d'avril d'un tapis blanc et velouté comme la neige des Alpes, mais dû aux Heurs des forêts de pommiers et surtout de poiriers de cette partie de la Normandie, s'ouvre la petite vallée de Bagnoles. Rien de moins attendu que cette vallée hérissée de rochers et de sapins, au fond de laquelle coule le torrent; elle semble Iransportéelà de quelque point des Pyrénées, c'est comme une petite Suisse au centre de cette terre féconde, patrie des gras pâturages et des champs plantureux, mais non du pittoresque. D'A lençon au gros bourg de Coulerne j'admirais ce jardin de la Normandie, symétriquement partagé par ses enceintes de haies comme un

vaste damier. Rien ne me faisait prévoir le voisinage d'une de ces localités thermales, d'une de ces retraites cachées où une source hienfaisante semble appeler les êtres souffrants à venir chercher le repos dans la solitude. Mais à peine a-t-on quitté le bourg de Gouterne, qu'une petite route sombre, bordée d'atbres et voûtée comme un berceau vous invite à la suivre : c'est en effet la route de Bagnoles. Dès lors, tout change autour de vous : l'espace se rétrécit, la vue se borne; au lieu de campagnes ouvertes et fleuries, vous ne voyez plus, à travers quelques éclaircies de la muraille de verdure qui borde le chemin, que des prairies arrosées par la petite rivière de la Vée. Un antique manoir, le château de Gouterne, silencieusement assis au milieu de ces eaux, se laisse enlrevoir dans un fourré, auquel conduit une majestueuse et mélancolique avenue d'arbres séculaires. Un nom historique, de terribles épisodes révolutionnaires se rattachent à ce château, placé en sentinelle à l'entrée de la vallée de Bagnoles. Le torrent s'offre bientôt pour vous guider ; une allée de peupliers suit ses contours, et vous croyez pénétrer dans le parc de quelque heureux propriétaire, amateur de pittoresque, dont le domaine s'étendrait du torrent au sommet des rochers, plutôt que dans un établissement thermal. G'est qu'en effet Bagnoles est un

véritable parc, une maison de plaisance, ou plutôt un groupe d'habitations situées au milieu d'un beau parc ; c'est là ce qui caractérise la situation de Bagnoles.

L'établissement thermal et les principaux corps dliabitation.sont situés au fond de la vallée, sur les bords du torrent. C'est le centre de la vie commune, bien calme quoique en compagnie. Mais si vous préférez la retraite absolue, ou si vous voulez vous installer à part avec votre famille, vivre à votre guise dans une maisonnette isolée, comme vous feriez dans une campagne de votre choix, gravissez ces rampes, gagnez la partie supérieure du parc, vous trouvez çà et là de petites habitations sans luxe, les unes sous la futaie, les autres au milieu d'un jardinet, au-dessus du potager, à l'exposition des poiriers et des pêchers. Là, pour un prix modeste, vous aurez de quoi loger femme, enfants et domestiques, et les fermes des environs vous offriront poules et légumes, laitage et autres denrées nécessaires à la vie. Vous n'aurez plus qu'à descendre chaque matin pour aUer prendre votre bain, votre douche, ou pour boire de l'eau de la source, suivant la nature de votre affection. Partez donc de Paris, emmenez toute votre maisonnée, et je vous réponds que vous pourrez faire un traitement complet des eaux de Bagnoles en con-

tinuant à vivre bourgeoisement, sans bouleverser vos habitudes, sans être étourdi par le fracas des coureurs d*eaux, et sans qu'il vous en coûte beaucoup plus que si vous étiez resté chez vous. N*est ce pas là un avantage rare et précieux pour un établissement thermal ? C'est pourquoi je le signale aux amateurs de la vie paisible, aux bourses modestes et aux malades qui vont demander aux eaux la santé et non les plaisirs bruyants.

Ce n'est pas qu'on ne trouve à Bagnoles tous les moyens ordinaires de distraction : société, salon, cabinet de lecture, musique et bals même ; on y trouve aussi tous les moyens de transport, chevaux et voitures, pour parcourir les environs ; pour aller à Domfront visiter son château gothique, aux ruines féodales de Bonvouloir, à la vieille chapelle de Lignon, au château du Diable, à Saint-Horter, à l'antique château de Lassay ; on peut parcourir la forêt d'Audaine, et, en outre, vous aurez la chasse et la pêche à discrétion daqs le parc, et comme ce parc n'est pas séparé de la forêt, il est impossible que l'on n'y rencontre pas au moins quelques lapins.

Mais c'est surtout le calme et la douceur de la vie que j'aimerais à aller chercher à Bagnoles ; la promenade solitaire, un livre à la main ou dans la compagnie d'un ami, sous les sapins et les futaies de la

forêt OU sur les bords du lac. C'est le sentiment qui domine en visitant Bagnoles, et que ces lieux font naître ; tout vous invite à la paix du cœur et de l'esprit.

La composition chimique des eaux de Bagnoles est imparfaitement connue, on sait combien la connaissance approfondie des eaux minérales est chose récente. On ne s'étonnera donc pas que les eaux de Bagnoles soient de celles dont l'action n'est pas suffisamment expliquée par la présence des substances chimiques que l'on y a signalées. Beaucoup d'eaux dont l'efficacité est incontestable sont dans ce cas, soit que réellement ces eaux agissent en vertu de principes inconnus ou insaisissables, soit qu'une analyse assez savante n'ait pas encore pénétré dans l'intimité de leur composition.

Toujours est-il que les eaux de Bagnoles sont favorables au traitement des rhumatismes et des douleurs anciennes; si leur température était plus élevée, nous dirions que c'est une propriété générale qu'elles partagent avec la plupart des eaux chaudes ; mais, leur thermalité ne s'élevant pas au-dessus de 25 à 27 degrés centigrades, cette température ne constitue que ins assez frais ; il est vrai qu'on augmente ar- Dt cette chaleur, et probablement alors ^nt par la température et par la pro-

priété excitante que leur donnent les sels qu'elles renferment. Aussi attribue- t-on à Bagnoles une efficacité spéciale dans le traitement des affections de la peau ; leur usage détermine des éruptions propres à modifier les fonctions de cet organe. Elles sont douées de propriétés toniques très-utiles dans les maladies chroniques de l'estomac connues sous le nom de gastralgies^ et dans quelques états nerveux des entrailles et des autres organes abdominaux.

Est-ce à la présence du sel marin et des traces de sulfate de chaux, de muriate de soude et de magnésie découverts par Vauquelin que les eaux de Bagnoles doivent leurs qualités ? Encore une fois, leur analyse chimique aurait besoin, comme celles d'un grand nombre d'autres sources, d'être recommencée par des mains habiles, à la source même et dans toutes les conditions d'exactitude désirable.

Qu'est-ce que les nombreuses bulles de gaz qu'elles dégagent ? Contiennent-elles du brome, de l'arsenic? On n'en sait rien. Quelle est la matière organique qu'elles déposent ? Est-ce à cette matière qu'elles doivent leur qualité onctueuse et douce à la peau ? On l'ignore.

Fori^es. — Voici des eaux véritablement ferrugineuses, et qui sont destinées à reprendre faveur ;

3i6 EàUX minérales.

non, à la vérité comme au temps de Louis XIII, où la naissance tardive de Théritier du trône, après dixhuit ans de stérilité, futattribuéeà l'efficacité de ces eaux, mais en raison du fer qu'elles contiennent en abondance et dans la plus heureuse combinaison.

Depuis que la composition du sang et de nos humeurs est mieux déterminée, depuis que l'on connaît le rôle important que joue le fer dans nos fonctions, on fait un grand usage de ce principe en médecine, et on a inventé mille formes pour l'introduire dans l'économie ; mais souvent, après avoir essayé une multitude de préparations artificielles plus ou moins ingénieuses, on est obligé d'en revenir aux eaux ferrugineuses naturelles que l'économie supporte mieux. L'économie paraît quelquefois saturée de fer, lorsque l'estomac n'est que fatigué ; il suffit de changer le mode d'administration, de remplacer les préparations artificielles par une eau contenant naturellement le fer en dissolution, pour voir la tolérance s'établir et la santé revenir à mesure que l'élément ferrugineux pénètre dans le sang et s'infiltre dans les organes. Aussi pensons-nous que certaines sources ferrugineuses, longtemps accréditées d'une manière empirique, et puis délaissées, vont reprendre une faveur qu'elles ne perdront plus, parce que cette faveur sera méritée. Forges et Spa sont

particulièrement de ce nombre ; on ne leur attribuera plus le pouvoir spécial de combattre la stérilité, mais on saura qu'elles rétablissent les forces en restituant au fluide l'élément qui lui manque, et qu'elles raniment les organes en vivifiant le sang ; ce sont là bien souvent les meilleures conditions de la fécondité.

Les sources de Forges contiennent le fer combiné à un acide découvert par Berzélius, et que Ton désigne sous le nom d'acide crénique. Le crénate Je fer existe abondamment dans les eaux de Forges ; c'est sans doute à lui que sont dus les flocons jaunâtres que l'on voit flotter à la surface de l'eau des sources, et qui présentent, dit on, un phénomène très-singulier, a Ces flocons augmentent d'une manière très-marquée, avant le lever du soleil, et une heure avant son coucher ; s'il doit survenir un orage ou une grande pluie, on voit l'eau se troubler* par la quantité de flocons qu'elle entraîne ; enfin on juge de la violence de l'orage ou de l'abondance de la pluie, parla quantité de flocons jaunes qu'on observe dans cette eau, et par le temps pendant lequel elle est troublée, c'est le baromètre du pays. » Un pareil fait demanderait des observations nouvelles pour être confirmé.

Les sources de Forges, situées dans une partie de

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in Normandie, entre N«afchiM et Goam^, à peu de -distance de Roaen, <^)«iit un «^oer agréable aux inulades qnî ne Tenlent pas eotmrâa k>in, et qui œ uecherchent ni les plaisirs du ntoode ni les aspects 'fîUoresquei de la nature.

LES EAUX MIHteMJS DU NOM) DE U.nUMCE.

Si j'ania Tinté Sabt-AmaBd

pendant la saison des eaux, je n'aurais pas pu me dispenser de me plonger dans ces boues infectes pour éprouver par moi-même l'action, que l'on dit merveilleuse, de ce vaste cataplasme qui enveloppe toute la surface du corps ; mais j'avoue que je ne me fuis aucune idée agréable de cette immersion, d'autant plus que la température de ces boues est Irès-peu élevée, et que l'on éproui'e en j' entrant un frisson que la réaction seule fait cesser. Cette réaction est le résultat de l'excitation produite à la peau par la pression des boues et par leur nature tant soit peu irritante; mais jusqu'à ce que la chaleur soitrevenueà l'extérieur, ce doitétre une sensation pénible que ce frissonnement dans une vase semi-liquide avec le dégoût qu'inspirent ces immersions successives des malades sans renouvellement de la matière.

C'est une idée bizarre que celle de plonger des malades dans une boue marécageuse, et, si je n'avais tant de respect pour Texpérience, je serais lente de croire qu'il en est peut-être des boues de SaintAmand comme de certains remèdes dégoûtants auxquels s'est attachée pendant longtemps une foi superstitieuse, et dont le progrès des lumières a fait justice. Mais les bons effets de ces boues sur les articulations malades, à demi ankylosées ; sur les membres atrophiés, rétractés, sur les vieilles cicatrices, et surtout dans les rhumatismes contractés au bivouac, les résultats mêmes obtenus sur les animaux malades témoignent de la vertu réelle de ce remède.

«Après la conquête de la Hollande, qui eut lieu en 1 794, au milieu d'un hiver très-rigoureux, on envoya à Saint-Amand, disent Pâtissier et Boutron-Gharlard, un grand nombre de militaires, atteints de rhumatismes si violents que, chez plusieurs, la paralysie et l'atrophie des membres en furent la suite ; d'après le rapport de M. Armet, la plupart de ces militaires furent guéris ou soulagés. »

L'établissement de Saint-Amand, situé dans* un pays plat et marécageux, se compose d'une vaste rotonde dont le sol, divisé en compartiments, forme une multitude de cases remplies de boue et assez profondes pour que Ton puisse y plonger le corps

DoNH*, Hyg. G. M. *^

droit presque tout entier. Chaque case est transformée en cabinet par les rideaux qui l'entourent; on ne renouvelle que rarement les boues, mais elles sont chauffées et entretenues dans leur état semifluide par de nombreux filets d'eau thermale.

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